‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du ConservatoireChapitre 904 sur 1158 · III. — llu.ssiiii l'a Vii-iiiK-, :\ Paris cl i"! I.oiitircs · texte numérisé non relu

III. — llu.ssiiii l'a Vii-iiiK-, :\ Paris cl i"! I.oiitircs

(iHsa-iHai).

Avant ScmiwHij(/(;,Rossini avait composé une cantate, Lu ricnnouccnzti , qu'il lit exécuter pour lasoii'éi! à sou bénéfice le 17 décembre 1821 au S. Carlo, et un opéra sérieux, 'Irlniirn, que lui avait commandé la direction du tliéAlre impérial do Vienne, mais qui fut représenté pour la première fois, en i;uise de répétition, au S. Carlo, le soir du 2<') décembre lK2i, avec un grand succès. Cet opéra oui le même succès à Vienne, lorsi]ue,au mois d'aviil de l'année suivante, il fut exécuté sous la direction de l'auteur. « Quels chan-

teurs! Quelles voix!

i;rivail de Vienne à sa femme

le i;rand philosophe Iléfjel. — o l'iràce, volubilité, vif,'ueur, seiitiinenl, tout y est. Hubini, Donzelli, Tamburiui, Lablaclu', M™" Fedor! Je n'aurais jamais cru qu'on cbautàt ainsi sur la terre!... Je comprends bien maintenant pourquoi à Heiliu nous nous montrons si hostiles envers la musique de l\ossini : c'est parce qu'elle est faite pour des ^'osieis italiens... Cette musique doit èlre chantée comme chantent les Italiens, et alors aucune autre ne peut la surpasser. »

Dans Zelmira Kossiui s'enf^afjea dans une manière différente de celle de ces premiers onvraf^es, manière qui s'accentua davantage dans la Senti nunide et dont (ritilldume Tell sera le résultat. Il y omit plusieurs traits caractéristiques de son premier style, tels que, par exemple, le crescendo et plusieurs moyens de modulation dont il avait fait usage jusqu'à satiété; taudis que de nouvelles combinaisons d'harmonie ou irinstrumentation, el surtout de nouveaux principes d'expression dramatique, germaient dans sa tête, (irincipes qui prendront plus tard leur complet développement.

L'accueil fait par le peuple et par la cour viennois au grand compositeur fut on ne peut plus enthousiaste. Il était accompagné de la célèbre Colbrand, qu'il avait épousée quelques semaines auparavant. Son voyage de noces parut celui d'un prince du sang au milieu de ses sujets les plus alfeclionnés et les |dus lidèles : des visites de très hauts personnages; des audiences demandées par des artistes, des gens de lettres, des célébrités politiques; de somptueux festins offerts par l'élite de l'aristocratie viennoise, tles invitations aux dîners de gala chez le prince de -Metlernich; des ovations de tout un peuple au théâtre et dans les rues. En vain une partie de la presse locale, dirigée par Ch.-M. Weber, jalouse du triomphe d'un Italien, reprochait au public d'oublier un Haydn et un Mozart et de tomber aux pieds de ce corrupteur de l'art. Tous les soirs où l'affiche annonçait la représentation d'un opéra de Uossini, le théâtre se remplissait de spectateurs et retentissait d'applaudissements enthousiastes. « Hier au soir — c'est le même Hegel qui parle —j'entendis le Darbiere pour la troisième fois eu peu de jours. Il faut bien que mon goût soit terriblement dépravé, puisque je trouve ce Kigaro de Rossini cent fois préférable a. celui de -Mozart. »

Pendant son séjour à Vienne, Rossini alla visiter Beethoven. Le récit que fit le Pesarese lui-même de cette visite est intéressant'. Il avait déjà entendu à

1. Le récit est rapporté Gdêlenient par Michotle [la Visite de B. Wafjiierd lîossini, Paris, Fischbacher, 1906, pages 25-33). Schindler, lun dos biograplies de Beethoven, afllrme erroDément que celui-ci refusa <te recevoir le jeune compositeur. D'autres (V. par ex. Dauriac, Jtûssini, Paris, Laurens [1900], p. 55) soutiennent que les deux célê-

Milan c]uclques quatuors du grand syinplionisti' et en avait reçu une; profonde impression. Lorsqu'il eut assisté à Vienne à l'exécution do VlltSrinijue , il ne put résister au désir très vif do voir ce génie extraordinaire et de lui parler. Carpani, l'auteur connu di's U'ii/itine et des ilossi/u'xne, se chargea de faire la présentation. La visite ne fut pas longue, pour cette raison que Heelhoven était alors complètement sourd. Carpani traduisait et écrivait à mesure qu'ils parlaient. Le compositeur allemand félicita Rossini de son Darbiere et lui conseilla de ne plus écrire que des opéras bouffes, parce qu'il était d'avis que les Italiens ne pouvaient se montrer excellents qu'en ce genre. Quand le Pesarese voulut lui exprimer sa |iropre admiration pour ses ouvrages immortels et sa propre reconnaissance de lui avoir permis de la lui exprimer de vive voix, le pauvre vieillard répondit : « Oh! un infelice! » Il lui adressa ensuite quelques questions sur la préparation de la Zelmira. et enfin, après lui avoir soirfiaitéune bonne interprétation et l'heureux succès de cet opéra, il le salua en lui recommandant surtout de faire beaucoup « du lîarbiere ». Rossini, affligé de l'abandon où était laissé le très grand artiste, employa tous ses moyens pour pousser la haute société viennoise à soulager cette existence difficile, mais il n'y réussit pas.

Vers la fin de juillet de 1S22, Rossini était déjà leveiiu à Bologne. Pendant qu'il jouissait d'un repos bien mérité dans la villa de Castenaso (sur le territoire de Bologne), propriété de sa femme, il reçut ilu prince de Metternich l'invitation de se rendre à Vérone, où alors étaient assemblés en congrès les ge(")liers des peuples européens, qui, entre leurs délibéra^tions liberticides, aimaient à être réjouis par les joyeuses mélodies de Rossini. Le maître accepta l'invitation, et composa pour cette occasion quatre cantates : // vero omafjijio, donné dans le théâtre Philharmonique de cette ville, le 3 décembre 1822, L'imi/urio felice, Ln SticraAllennza et II Bnrdo, toutes trois exécutées en particulier; en outre, il dirigea le concert offert par !\letternich aux plénipotentiaires.

Le succès obtenu par Rossini à Vienne donna envie à d'autres impresarii étrangers d'engager le célèbre compositeur. Celui-ci accepta les propositions que lui fit le directeur du théâtre italien de Londres d'un double engagement, pour lui comme compositeur, et pour sa femme comme ■prima donna; et au mois d'octobre 1823 il quittait pour la seconde fois l'Italie.

Pour aller à Londres il fallait passer par Paris. Lorsque Rossini arriva dans cette ville, le soir du '1 novembre, tout le Paris dilettante, peuple et noblesse, se mit en mouvement pour lui faire fête-. On donna en son honneur à l'Opéra-Comique une représentation spéciale du Darbiere, k laquelle assista le maître, accueilli avec enthousiasme; un concert dans le palais de la duchesse de Berry, où il se fît applaudir non seulement comme compositeur, mais aussi comme chanteur exquis; uudinerchez M.Paër, directeur de musique à l'Opéra italien qu'on voulait faire passer pour un adversaire du Pesarese; un somptueux banquet, auquel prirent part cent cinquante personnes, parmi lesquelles toutes les célébrités artistiques et littéraires alors présentes dans la capitale de la Trance.

l)res maîtres se virent, mais qu'ils ne se parlèrent pas. Cela aussi est faux.

2. Ceux qui désirent connaître d'autres notices détaillées sur ce premier séjour de Rossini à Paris peuvent lire Pintéressant volume de M. Jullien, Paris diletlante (Paris, Firmin-Oidot et C", 1884), p. 67-86.

ENCrCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIOSXAIRE DU COXSERVATOIRE

L'accueil que Rossini rerut à Londres ne fut pas moins eulhousiasle, autant de la part de la cour que de la population. Selon l'engagement stipulé avec la direction de ce théâtre italien, il devait diriger en personne la représentation de quelques-uns de ses vieux opéras et en écrire un nouveau, La figlia deW aria, de genre fantastique. Cependant de novembre 1823 à juin 1824 il Ht paraître sur la scène II Twia in Italia, VOtello, la Snnlramidc et La donna del Lagn, composa une cantate, Il pianto délie Muse per la morte di lord Hijron. qui fut exécutée dans un conceit le 26 juin 182i'; mais à cause de la faillite de Tinipresario du théâtre, déclaiée dans les premiers jours de juillet, il laissa à moitié la composition de l'opéra La figlia delV aria, qu'il avait d'ailleurs écrite lentement et à contre-coîur, car le sujet lui était antipathique. 11 retourna à Paris pour prendre le chemin de l'Italie^.

IV. — Opéras écrit** à Paris [du n Voyage à Reims » ù <i dinillaonie Tell » (1HS5-1829)]. Le prétendu silence rossinien.

Mais à Paris, le ministre de la maison royale lui offrit la direction de la musique du théâtre Italien, qu'il accepta avec les appointements annuels de 25.000 francs. Avant de s'établir dans la capitale lie la France, voulant arranger ses intérêts en Italie, il partit le 22 septembre 1824 pour Bologne. Il séjourna un mois dans cette ville, et le 2 novembre il était de nouveau à Paris pour prendre possession de ses fonctions.

Le premier ouvrage qu'il écrivit à Paris fut une opérette bouffe en un acte, // viaggio a Rfims o L'clbergo del giglio d'oro, qu'on lui commanda à l'occasion du sacre de Charles X. Exécutée sur la scène du théâtre Italien en présence du roi et de la cour, eu juin 1823 2, cet acte, qui dura trois heures et que le manque d'action lit paraître encore plus long, fut jugé un peu sévèrement par la critique parisienne. Il contenail pourtant des morceaux d'un travail exquis, que l'auteur inséra ensuite dans Le Comte Onj. On loua surtout un morceau d'ensemble à quatorze parties réelles. « On ne peut rien imaginer — écrivait VEtoile — de plus majestueux que cette masse d'harmonie qui procède sans bruit et avec une clarté admirable. »

Après quelques représentations, Rossini retira la partition.

La réussite de ce premier ouvrage fut cependant salutaire pour lui; il comprit qu'il avait affaire à un public très dill'érent du public italien et s'apprèla à transformer son style. Cela ne put naturellement s'elfectuer que par degrés, et après une certaine préparation, à laquelle ne fut pas étrangère l'audition des symphonies de lîeetlioven et des opéras de Spontini et de Weber, qu'il n'avait pas entendus jusqu'alors. Ainsi , avant de commencer un nouvel opéra,

1. Cantate pour ténor et chœur avec accomijagnemcut d'orchestre. i. il ne séjourna donc pas cinq mois à Londres, comme l'écrivent tous les biograiihes, mais davantage.

3. L'exécution fut parfaite. Y chantèrent la Pasta, la Mombclli, la Schiasselti, la Cinti et l'Amigo; Donzelli, Ëordogni, Zucchelli, Levasseur, Pellegrini, Graziani.

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