‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du ConservatoireChapitre 905 sur 1158 · Lajarle, Bibliothèque music. du Théâtre deî'Opêra · texte numérisé non relu

Lajarle, Bibliothèque music. du Théâtre deî'Opêra

3. Au milieu de la joie de ce grand succès, le maître fut attristé par la nouvelle de la mort de sa mère, qu'il aimait tendrement, survenue à Bologne le ta mars.

Dans la môme année 1827 Rossini publia des Vocalises et solfèffcs pour rendre la voix oijHe et apprendre à chanter selon le goût moderne, pur Hossini ; l'avis, Pacini éditeur; le Deuxième Quartetto da

il prit haleine et s'exerça dans la réfection de ses vieux opéras, s'occupant à débarrasser cà et là le chant de ses ornements superllus, à enrichir l'instrumentation, à imprimer aux airs et aux morceaux d'ensemble un caractère plus simple et plus dramatiquement eflicace.

Le premier opéra qu'il soumit à ce travail de transformation fut le ilaoniello II, librelto traduit et réduit en trois actes par Balocchi et par Soumel, partition corrigée et augmentée par l'auteur et représentée sous le titre de Le siège de Corinlhe, au théâtre de l'Opéra, le lundi 9 octobre 1826, avec un immense succès •.

Cet opéra contient, en effet, des morceaux d'une grande valeur, tels que l'air et chœur de Mahomet et le chœur final du deuxième acte, et spécialement la scène de la bénédiction des drapeaux dans Je dernier final. « La musique des deux premieis actes, écrivait le Pilote, est certainement de ce célèbre maitie , mais celle du troisième ne lui appartient pas; elle est du Dieu de l'harmonie ! » Le roi Charles X voulut lui donner une marque de son admiration en lui conférant la croix de la Légion d'honneur •.

L'opéra resta au répertoire jusqu'au mois de juin 1844, mais l'enthousiasme qu'il suscita les premiers soirs diminua peu à peu, spécialement parce que le drame, ébauché sur le libretto italien par des personnes inexpertes, était froid et languissant '■.

Encouragé par ce succès, Rossini se mit aussitôt ii préparer avec les mêmes vues un remaniement du .Mosè in Egitto; mais cette fois le travail de restauialion et de renouvellement fut plus considérable. Ue deux actes on en fit quatre, et de la première édition il ne resta seulement que sept morceaux; lout le reste fut composé pour les nouvelles situations introduites par Balocchi et Jouy, qui avaient remanié et traduit le librelto. Moïse, exécuté admirablement par M™" Dahadie, Cinti et Mori, par Nourrit et Levasseur, le soir du 26 mars 1827, au même théâtre de l'Opéra, fut accueilli avec enthousiasme. Le public demanda instamment Rossini à l'avant-scène, et il dut y paraître.

« Jouis de ton triomphe, Rossini, — s'écriait Fétis dans sa Revue musicale, — il est bien mérité! Tes admirateurs sincères n'ont plus rien à désirer pour ta gloire; tes détracteurs et tes envieux doivent renoncer à une lutte inégale, dans laquelle il ne reste pas même l'espoir d'une résistance raisonnable. Les partisans si chauds de la gloire nationale te doivent même de la reconnaissance, car tu viens de prouver qu'on sait chanter en France, ce que leur palrioUsme s'obstinait à nier" ! <>

Cet opéra marque un très grand progrès dans l'art rossinien, spécialement à l'égard de l'expression et de la peinture des caractères. Le personnage de Moïse (dont le rôle, soit dans les récitatifs, soit dans les canlabiles, est irréprochable) et celui d'Ana'ide ont chacun leur vie propre.

caméra, composé par Ilossini et dédié par lui à M. Afjuado; Paris, Paccini éditeur, boulevard des Italiens, n» 11 ; Troisième Quartetto da caméra composé par Rossini et dédié par lui à ^J'°' Carmen Ayuado : en plus il comiiosa une cantate pour le baptême d'un (ils du banquier espagnol .\guado, intime ami de l'auteur.

ti. Lajarte, ouvrage cité.

7. A l'insigne historien, biogr.tplie et critique belge, parmi ses autres mérites est dû aussi celui d'avoir ajouté foi au génie de Rossini^ lorsque d'autres l'appelaient un charlatan et un ballon enllé, et d'avoir en même temps indiqué franchement au maître les défauts de sa musique, tandis que les fanatiques, avec leurs louanges exagérées, l'encourageaient à persévérer dans ses erreurs. Rossini montra qu'il a>aik su proliter des critiques et des conseils qu'il avait reçus de Fétis.

uisroiiii: />/■; /-i Misiçur:

XVIII' ET XIX' SIÈCLES. — ITALIE «i

Les moi'ceaiix qui plurent davanlaf^e lurent les intriiiluotioiis du iircniier et du deuxième acte, les llnales du premier el du troisième, et l'air d'Anaïde au dernier acte.

« l.a variété du style (|ui lu ille dans cet ouvra;.'e, — c'est 'encore l'élis qui (larle, — la ^évérilé de quelques-unes de ses parties, la suhslitulioii des convenauees diamati(|ues l'raneaises aux libertés du tlié;'itre italien, la beauté du récilalil', le eliarine de la mélodie el les ell'ets de l'iusli iitnentalion ont troiiv.' {jràce devant les spectateurs les plus classi(iues. H aurait fallu plus que de la mauvaise luinieur pour ne pas recomiailre un talent supérieui' dans l'intidduction, dans le finale du premier acte, dans l'ancienne introduction placée au commencement du second acte, dans le linale du troisième et dans l'air d'Anaidc du dernier. Plusieurs morceaux de l'ancienne partition, qui ont été conservés, clianf^ent à la vérité (pielque chose à notre système dramatique, it y introduisent les /ioritiires de l'Italie; mais si la r.iison réprouve ces traits qui paraissent opposés aux sentiments dont les persoinia;,'es doivent être alTectès, on ne peut disconvenir qu'il en résulte du plaisir pour les oreilles. C'est une concession, un consentement, donné par le public pour la suspension de l'intérêt du drame, à la condition qu'en cessant de ^intére^^er on l'amusera '. C'est ainsi que l'Italie a toujours compris la musique; Mozart mémi', le sévère iMozait, a semé dans ses ouvrages des traits destinés à faire briller les chanteurs. »

On ne doit cependant pas croire que tout Paris retentit d'hymnes de louanges pour la musique du compositeur. Kn public et en particulier, dans les colonnes des journaux et dans les conversations, s'élevaient quekpies voix grondeuses, notamment contre les opéras sérieux. On reprochait au mailre (et non injustement) les concessions supertlues faili'S aux chanteurs au détriment de la vérité d'expression, « des motifs badins qui déparent souvent les moments les plus tragiques et affaiblissent l'élan de ses plus belles inspirations, des négligences de style ■•, etc. Mais les critiques les plus Apres, qui étaient aussi les plus injustes, lui étaient faites par les professeurs du conservatoire. Le maître Berton déclarait que Rossini était un bavard, et sa musique de la mécaniqin:; le maître Lesueur ne trouvait dans ses mélodies que des turluliitus.

Il fallait donc composer un grand opéra qui répondit à tout et à tous. Rossini y avait déjà pensé et s'était mis au travail avec la plus grande ardeur-.

Le libretto dont il composait la musique, écrit i-n collaboration par de Jouy et Ris, était, au point de vue littéraire, assez maigre, sans action, et en quelques points, comme dans le dernier acte, sans intérêt dramatique ; mais le sujet en était grandiose avec l'émeute des cantons de la Suisse et les gestes héroïques de r.uillaume Tell; les plus nobles passions y palpitaient, surtout l'amour de la patrie et l'amour paternel; il y planait un profond sentiment de la nature; et cela avait sufli pour séduire le niait le. Mais pour composer cet opéra, dans lequel il entendait prodiguer tous les trésors de son génie et de sa science, il fallait du temps et du travail. En attendant, puisque son engagement avec le théâtre Italien

l. Ici Fétis se montre trop indulgent envers les fioritures, qui eu quelques enJroits, comtne dans le premier fin.ile, frisent le b.tro*iue et nuisent à felFet duu des plus beaux bijoux de cet opéra, le cliiint passionné dWuaïde dans le dernier acte : « L'u sul prego, e fla qucstu l'estrenao. »

l'obligeait à présenter nu plus tAt une nouvelle composition, Rossini commença im troisième remanic^menl.

Ayant reçu le libretto d'un vieux vaudeville de Scribe, Rossini eut d'abord l'idi^e d'y transporter toute la musi(|ue ilii V'();/«;/t' n Heiiiis, exécuté trois seules fois à Paris et jamais ailbiirs; mais bientôt, eiitiainé par les joyeuses situations et par la beauté du style, il pria le poète de l'amplilier jusqu'à en faire un mélodrame en deux actes, auquel on donna le titre de le Coint>: Onj. Le maître conserva seub'menl quatre des meilleurs morceaux de l'ancienne musique; il revêtit de notes le reste du libretto (qui est assez long) dans le cours d'un seul mois. Ce nouvel opéra se manifesta comnit; un chef-d'œuvre de mélodie, de gr;\ce et de gaieté de bon poi1t.

Exécuté au théâtre de l'Opéra le soir du 20 aoilt 1828, il valut à son auteur une immense ovation. Cette fois les applaudissements ne partaient pas seulement du cêjté des seuls diletlanti, mais aussi du côté des maîtres et des critiques les plus exigeants. Ce fut un cantique de louange au génie intarissable du grand Pesarese.

Je choisis, parmi tant de jugements, celui qu'en donna Hector Herlioz, comme celui d'un des plus savants critiques et en même temps non suspect d'indulgence envers la musique italienne en général et celle de Rossini spécialement.

« Le Comte Ory est bien certainement l'une des meilleures partitions de Rossini; jamais peut-être, dans aucune autre, le Barbier seul excepté, il n'a donné carrière aussi librement à sa verve brillante el à son esprit railleur. Le nombre des passages faibles (ou tout au moins critiquables sous certains rapports) que contient cet opéra est réellement très petit, surtout en comparaison de la multitude de morceaux charmants qu'on y peut compter. » Lt après avoir relevé quelques délauts, et entre tons i< la fameuse cadence italienne, la sotte, l'insipide formule qui se trouve trente ou quarante fois reproduite dans les deux actes », il ajoute : « Mais que de compensations à ces taches légères! Que de richesse musicale!... Partout un luxe de mélodies heureuses, de dessins nouveaux d'accompagnement, d'harmonies recherchées, de piquants effets d'orchestre et d'intentions dramatiques aussi pleines de raison que d'esprit... Le duo entre le page holier el l'ermite, l'air du gouverneur, le morceau d'ensemble sans accompagnement, magnitlque andanle d'une symphonie vocale, la strella du linale » Venez, amis », et au second acte le chœur des femmes. Dans le séjour, la prière Noble chiitelaine, si habilement mêlée au bruit de l'orage, l'orgie, le duo J'entends d'ici le bruit ddi armes, dont le motif principal a tant d'ampleur et d'élan, et, enlin, ce trio merveilleux, A lu faveur de cette nuit obscure, le chef-d'œuvre de Rossini, à mon sens, forme une réunion de beautés diverses qui, adroitement réparties, sufliraienl à deux on trois opéras-'. »

Nous voici donc près de la complète transformation du génie de Rossini, près de ce but de perfection auquel, depuis cinq ans, depuis le jour où il foulait pour la première fois le sol français, il visait constamment et de toutes ses forces.

Les répétitions du Comte Ory terminées, le maître

2. Aussitiit après la première du Sièfie il avait promi.s de récrire : « JI. Rossini — ainsi parle le Glohe du 12 octobre 1826 — a pris rengagement de composer un grand opéra français. •>

Page 1