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Le temps a donné pK'inement raison à rinsigrie historien

niSTOlRE DE LA MiSIQill-

XVIH' et XIX- SIECLES.

ITALIE s'.i

laut pas cliei'clier d'uutre cause à l'csp^oe d'indillorcncoiiiie lo imlilii" a montivp pour l,i ln'lln scèiin ilu spriiient ili-s trnis caillons, car relU: sci'iio n'est poiiil inlV'rii'iirn dans son f^enn; à collo ipii préo'de. 1,'opposilion des couleurs ipii se iiianiresln h rcnln'ft des conjurés do rlia()ue canlon usl une liciirousc conception : le cluiîur d'I'ri est sui'toiit très ori;;iiial. Dans lo sormcnl, Itossini a fait un bel emploi de l'unisson : il est le premier qui ail tiré parti à la scène de cet eirel exécuté par de grandes masses. Le pulilic attendait k la lin de cette scène une explosion sem- Idalde à celle du liiiale du troisième acte do Moïse : Uossiui a cru qu'il élail mieux de la terminer par ce cri : Aux (irines! et je crois qu'il a eu raison; mais la surprise qu'a excité cette lirièvelé de la part d'un coniposileiir lialiitué aux lonf.'s développements, a fait Unir sans ell'et un des plus lieaux actes d'opéra qui exislenl.

« Nous voici au troisième acte. Ici l'eUel diminue; mais j'en ai expliqué la cause : il ne faut point en accuser le compositeur. A l'exception de la scène do la chapelle entre Mathilde et .Arnold, qui n'a rien de bien remarquable, on ne trouve rien dans la musique qui ne soit digne de ce qui précède; mais les poètes avaient détruit d'avance l'ell'et des inspirations du musicien. Cependant, pour qui sait entendre et juger la musique, le quatuor qui suit l'arrivée de Tell, et surtout le canUibUe de celui-ci, sur ces paroles :

Sois immobile, et sur Kt torre Inclino un genou suppliant; Invoque Dieu; c'est lui seul, mon cnfanl, Qui, dans le fils, peut épargner le péie,

sont des beautés d'un ordre supérieur, l.e dernier mouvement renferme aussi des traits, des harmonies et des niodulalions admirables. Mais quoi! il était près de onze heures; depuis bienlôt quatre heures on enleudait de la musique forte et riche en pensées el en effets, et cependant il restait encore un acte à écouter. On était fatigué, car les facultés auditives du public ne sont pas inépuisables comme les idées de Kossini ; on attendait, on désirait le dénouement; il n'3' avait plus d'attention possible dans l'auditoire.

« Le quatrième acte est très court, parce qu'on y a fait beaucoup de coupures. Il commence par un air superbe chanté par Ad. Nourril, suivi d'un chœur en action de la plus grande beauté. Il est facile de voir dans la cadence finale de cet arin con cori, que le compositeur y a fait un sacrifice à l'heure avancée de la représentation, car la phrase principale n'y est dite qu'une fois. Le public a retrouvé de la chaleur pour applaudir avec enlhousiasme ci; beau mor(;eau.

« Le trio entre Mathilde, lledwige el Jemmy est un canon à l'unisson, dans la forme de ceux que Rossini a placés dans ses opéras italiens. Il est d'un chaut agréable, mais trop long pour la situation. Il y avait une prière d'IIedwige pendant la tempête, accompagnée par l'orchestre qui peignait un orage; ce morceau très remarquable a disparu dans les coupures des répétitions; peut-être aurait-il été plus convenable de le conserver et de supprimer le trio.

Il Tel est l'aperçu de cet ouvrage immense...

«A l'égard de l'exécution, elle a été à peu près irréprochable de la part des acteurs, et au-dessus de tout éloge en ce qui concerne l'orchestre. Cet orchestre admirable, composé de la réunion d'une foule de talents supérieurs, s'est montré digne de la musique qui était confiée à ses soins. Il en sera toujours ainsi

I (|uaiid les artistes qui s'y trouvent, et qui sont bons j juges, auront à exécuter do la musiipn^ di;.'i)e d'eux. Dans l'ijuverture, on m- savait ce ([u'oii devait lo plus admirer ou de la composilioii ou de l'ensemble le plus Uni, le plus énergi(|ue et le plus parfait «lue jamais orchestre ait fail entt'ndre. On en jieut dire autant de prescpie tous les morceaux qui com|)osenl l'opéra.

« L'exécution des choeurs a été généralement très satisfaisante.

<i Les décorations, la mise en scène et les costumes contribuent à faire de Guitlnume Tell un grand et beau spectacle. Les premiers sont dus au talent de M. Cicéri, talent qui va toujours grandissant par l'étude et l'ubservation. »

Le soir qui suivit cette vicloire' remportée par le grand l'esarese, les chanteurs et l'orchestre de l'Académie royale de Musique, réunis sur la terrasse de la maison habitée par le maître sur le boulevard .Montmartre, au n" iO, exécutèrent en son honneur quelques morceaux de Guilliuinie Tell.

L'apparition de cet opéra émerveilla tout le monde artistique. Le « porte-étendard du cynisme mélodii[ue » — c'est ainsi que les adversaires de Itossini avaient coutume de l'appeler — s'était converti en un ilisciple de l'école de GlucU ! Celui qui, à sa première apparition sur les scènes françaises, avait été désigné comme l'antithèse de Spontini, après avoir fait oublier par ses « bavardises » et ses'« turlututus n la musique de ce grand compositeur dramatique, avait fini par en suivre les traces! Encore une fois, Paris voyait réunies harmonieusement dans un grandiose ouvrage d'art les qualités caractéristi([ues propres à la musique des trois nations : la beauté mélodique de l'italienne, la profondeur harmonique de l'allemande, l'instinct dramatique de la française. Cette fois pourtant l'effet produit par l'heureux amalgame était encore plus grand, à cause de la richesse exubérante de fantaisie et du brillant coloris de l'orchestre qu'y apportait le cygne de Pesaro.

« A quoi pensais-je donc, — écrivait Fétis dans sa Revue (vol. VI, p. 34 et suivantes), en écrivant la relation de la première de cet opéra, — à quoi pensais-je donc quand j'écrivis, en parlant de la musique du Comte Ory : ■< La miture n'accorde aux « individus les mieux organis^'s qu'un certain nombre <c d'idées particulières plus uu moins considérables? >i Qu'on les dépense en peu d'années ou dans le cours « d'une longue vie, peu importe : quand le cercle est .1 parcouru, il faut recommencer. Heureux ceux qui, (< comme Hossini, ont été traités en enfants gâtés à qui « l'on ne refuse rien de ce qui peut être donné! Que « pourrail-il ajouter à sa gloire? Que pourrait-il faire i< qui rendît sa répulation plus universelle?» Ce qu'il pouvait ajouter à sa gloire? Guillaume Tell, gloire nouvelle et plus grande, qui révèle un second génie dans le même homme. Ce qu'il pouvait faire? Guillaume Tell, où, sacrifiant sans peine ses anciennes habitudes et ses penchants, il a multiplié les créations les plus dramatiques, respecté les convenances de la scène française sans nuire à sa fantaisie, et trouvé mille moyens d'ell'ets nouveaux et piquants que ses autres compositions n'annonçaient point. Voilà ce qu'il a fait : mais qui pouvait le prévoir? Admirateur sincère du génie de Kossini, de ce génie qui a versé à pleines mains dans un grand nombre d'opéras les trésors de l'imagination la plus féconde et la plus brillante, j'ai

1. D'après Custil-Bluze, tandis qu'Âzévedo cite « le samedi 8 août ».

ENCrCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DIC.TIOSXAIRE DU CONSERVATOIRE

regretté, dans les premiers numéros delà Revue musicale, qu'il eût souvent aliusé des dons de la nature, qui eût gâté de beaux ouvrages par l'emploi de moyens factices, qui annonçaient peu de conscience musicale, et qu'il eût traité son art avec le même mépris qu il avait pour ses auditeurs.

« L'anathème fut lancé contre moi par ses amis; mais lui, dont l'esprit est aussi fin que le génie e>l élevé, me fit une meilleure réponse en faisant paraîli >• Moïse, composition admirable, où les défauts avaieni fait place à de grandes beautés dramatiques. J'rendis bonimage à cette victoire d'un grand artish' sur lui-même, etje crus qu'il avait fait tout cequiétail en son pouvoir. Chacun le pensait comme moi; mai< G!a'//<n(me Te// manifeste un homme nouveau dans U même homme, et démontre que c'est en vain qu'on prétend mesurer la portée du génie. Cette production ouvre une carrière nouvelle à Rossini. Celui qui ,i pu se modifier ainsi peut multiplier ses prodiges pi fournir longtemps un aliment à l'admiration dis vrais amis de l'art musical, n

Qu'on ne croie pas cependant que, dans le commencement, le jugement des critiques et des connaisseurs fût partagé par la majorité du public. « Si l'on me demande, observait Fétis à la fin dudil compte rendu de la soirée, « quelle est la nature du succès obtenu par ce colosse musical, je répondrai qu'il n'd point été digne d'un pareil ouvrage. » l,i' monde dilettante, cette partie de l'auditoire qui allait au théâtre pour s'amuser, ne trouvait pas de son goût cet opéra et regrettait le Rossini d'autrefois.

C'est pourquoi les représentations de Guillaume ne furent pas très courues; les directeurs du tliéàlri', pour contenter le mauvais goût des dilettanti, commencèrent à le faire représenter avec des mutilations sacrilèges que quelques-uns cherchent en vain à expliquer par la stupidité du librello'.

D'abord on supprima tantôt ce morceau-ci, tantôt celui-là, puis deux ou trois, ensuite tout le troisiènu' acte, ensuite le premier et le troisième; enfin, réduit au seul deuxième acte, qui est vraiment le meilleur, l'opéra fut exécuté pendant longtemps comme levnde rideau dans les spectacles de bal ou de pantomime.

L'auteur fut immensément dégoûté de l'indigni' traitement dont fut victime son chef-d'œuvre, m;iis on ne peut pas croire, comme quelque biograpliiaffirme, que ce fait ait été la cause du retour soudain du maître à Bologne, et encore moins qu'il l'ait décid.' à ne plus écrire pour le théàlre.

Dans le même mois d'août 1829, après les premièri> représentations de Guillaume, le maître quittait Pans et se rendait à Bologne-.

L'an d'après cependant, les nouveaux événemenis politiques le rappelaient subitement dans la capitale de la France.

Le roi des barricades, élevé au trône de France pif la révolution de Juillet 1830, ne voulut pas reconnaître et accepler le contrai stipulé entre le monarque détrôné et Rossini. Les commissaires de laliquidalion de la liste civile prétendirent traiter le maître de l:i même manière qu'ils traitaient les autres qui étaient

1. Uui veut en siivoir davantage sur ces mutilations, n'a qu'à cmisulter Kajarle, ouvrage cité.

-. Avant de partir il éeri>it une cavatina, « Addio di Rossini ■• a ses amis de Paris, publiée par l'éditeur Pacini vers la fin de septeiMbre \M\\. Peu de temps après son arrivée à Bologne, il composa // aerto votivo, cantate eKorutée au théâtre de cette ville pour souhaiter la bienvenue au nouveau légat, cardinal Thomas Bcrnctti. A lacantiile .succédèient un air et un petit quatuor de Kossini aussi.

au service et aux appointements de (^liarles X, lauxquels avaient été ôlés l'emploi et les émoluments et les droits relatifs. Partant de ce principe, ils se refusaient à fournir aux frais nécessaires pour la mise en scène des opéras que Rossini devait donner après Guillaume Tell, à consentir la compensation promise de soixante mille francs, et même la pension annuelle de six mille francs que le contrat lui assignait au cas où l'administration de la maison royale n'aurait pu tenir ses engagements. Mais le maître avait eu la précaution de faire signer l'acte par le roi lui-même, et de rendre ainsi personnelles les obligations de Charles X envers lui. 11 dut k cette prévoyance le gain du procès, qui se termina en 1833 avec la reconnaissance de son droit à la pension. En 183t( Rossini, qui pendant tout ce temps s'était bien peu occupé d'art"', entreprit un voyage en Belgique et sur le Rhin en compagnie du banquier Rothschild, et il retourna ensuite en Italie. 11 demeura quelque temps à Milan et s'établit définitivement à Bologneî.

On ne coimait pas au juste les conditions du contrat stipulé entre Rossini et la direction du théâtre de l'Opéra. Castil-Blaze affirme qu'il « devait écrire en six ans trois opéras de grand calibre. D'après son engagement avec le ministère, il recevait, en dehors de ses droits d'auteur, une prime de 10.000 fr. par an jusqu'àl'expiration de sa sixième année et la livraison du troisième opéra. Guillaume Tell, n" 1 de cette fourniture, échantillon très rassurant; Gustave, n°2; le Duc d'Altie, n" 3. — Comment se fait-il que le grand maître ait rendu à M. Scribe l'excellent drame de Gustave et le Duc d'Albe, qui doit être au moins le cousin, s'il n'est le digne frère de ce Gustave''! »

D'après Zanolini, Rossini se serait dégagé de ses obligations envers la direction du théâtre de l'Opéra après la chute de Charles X, lorsque le maître avait déjà envoyé au poète Jouy une ébauche qu'il avait l'aile des actes et des scènes d'un libretlo tiré du Faust de Goelhe. Le fameux imprésario Strakosch, au contraire, dans ses Souvenirs, affirme avoir ouï raconter par la seconde femme du feu maître, Olympie Pelissier, que Rossini rompit le trailé le soir même de la première représentation de Guylielmo Tell. (< Le directeur de l'Opéra de Paris, M. Lubert, était convaincu que Guillaume Tell ne tiendrait pas longlcnips l'affiche. A l'issue de la première représentation de Guillaume Tell, racontait M""" Rossini à Maurice .Strakosch, M. Lubert demanda Rossini dans son cabinet et lui tint ce discours surprenant :

« — Monsieur Rossini, comment avez-vous pu, avez- « vous osé écrire pour le Crand Opéra de Paris une « ouivie aussi insipide, aussi décousue que Guillaume a Tell? Cette oeuvre est si médiocre qu'il ne vous u reste plus qu'une chose à faire : annuler le traité « que j'ai eu la sottise de passer avec vous, et renon- « cer à composer .leanne d'Ai'o et Mahotnct ('.').

i> — Qu'à cela ne liemie, répondit Rossini. Je résilie II à l'instant même et j'ajoute de plus que de ma vie « je 110 composerai d'opéras. »

(I Le malheur est que Rossini a tenu parole, et que, par l'outrecuidante vanité d'un homme, l'univers a élé privé de chefs-d'œuvre^. »

3. En juin 1835 il publia à Paris un recueil de ntto ariette e quatlro ditftti, sur poésie de Métastase et du comte Pepoli.

4. Le maître parle lui-même dans ses lettres de raccueil enthousiaste que lui firent les Milanais et les Bolonais et de la vie joyeuse et insouciante qu'il mena dans la capitale de la Lonibardic.

■ i. Castil-Blaze, l'Acadèniif; iiiipèrinle (là ïiiitsii/ue, Paris, ISjo. II, S3'.l.

(>. Strakosch, .Souvenirs d'un imprésario, Paris, 1887, p. 68.

iiisTnrnK de la musique

XVIII' ET XIX' SIÈCLES

ITALIE

B'ir.

(Jiielles laisniis ont jm ii-soudrc le focniul coiiiposileiir il abandonner le lliéAtie liiiiis la plfiin' foire de son âge (il n'avait que :i7,ans et demi» et dans le plus grand développement de ses exiraordinaiios facultés intellectuelles? On a forgé des hypotliéses de toute espèce.

Celui qui a attribué la cause de cette « résolution pliilosoplii(iue). (comme le maître l'appelle lui-m«Miie dans une leltre^ à la ciainte de nuire par un insuccès A la renommée i|u'il avait acquise, n'a pas pensé (|ue le fanatisme suscité par le Sl'ibttt l'avait eomplèlement rassuré sur ce poinl. (Jueliu'un est arrivé à croire que la veine créatrice ilu maître s'('tait épuisée; comme si le Till n'avait pas été suivi du Slaliat, des Soirées, de la Pclite Misse et de centaines île morceaux édités et inédits, petits, mais d'une valeui' inestimable par la fraîcheur de l'inspiratinn et par l'excellence de la forme !

Consultons sa correspondance, lille dit qu'une foule de circonstances concoururent à faire naître en lui le dégoiit du monde théâtral : les basses intrigues, les offenses faites à son amour-propre de compositeur, les dommages apportés à ses intérêts, le goût changeant du public, la nouvelle manière de traiter l'opéra adoptée par Meyerbeer. A tout cela on doit ajouter le travail, extraordinaire pour lui', que lui avait coûté la composition de GwjHehno Tell. Que l'on ne croie pas que celle dernière cause ait eu une importance moindre que les autres. On sait, par une lettre du père de Rossini, adressée à sou beau-frère, que le grand compositeur, bien avant que son dernier chef-d'œuvre parût sur la scène, était résolu à ne plus écrire pour le théâtre : u Mi lia dato parola che nel mille oitocento trenta si vuole ritirare a casa del tutto, volendosela godere e fare il signore, e lasciare serivere clii vuole, menlre egli ha faticato abbastanza (-).

Devant ces difficultés un artiste d'humeur batailleuse et aimant le travail aurait continué sa route, résolu à imposer, par son génie, son goût et son propre art ; mais lui, avide de tranquillité et de repos plutôt que de lulte, il préféra garder un silence dédaigneux. A l'éditeur milanais Tite Ricordi, qui le conjurait de reprendre « la lira polverosa » (la lyre poussiéreuse), le maître répondait : » Converrete che, se SI dovesse esporla agli atluali soflî di Borea, si correrebbe perîcolo che colla polvere fosse portala air altro polo anche la lira medesima. Lusciamo dwique che altri corni liberamente lii sua lancin.cssnidoci spazio per lutti-'. »

Ces derniers mots et ce.ux de son père, que nous venons de citer, nous donnent la vraie explication de son silence. 11 avait atteint les plus hauts sommets de la gloire, il s'était assuré une existence des plus aisées; pourquoi continuera fatiguer son esprit, à attrister sa vie? C'est ainsi que le grand Heine aussi essaya d'expliquer le silence rossinîen, lorsqu'il écrivit que Rossini, en gardant le silence après avoir achevé le Teil, fit voir par là qu'il était un génie. Un artiste qui n'a que du talent, conserve jusqu'à la lîn le désir d'employer cette qualité; l'ambition le mène, il sent qu'il se perfectionne toujours davantage, il est poussé à atteindre l'apogée. Le génie, au contraire,

1. On sait que la plupart des opéras q« il composa en Italie furent écrits en moins de deux semaines, et qu'aucun oe te tint occupé plus d'une cinquantaine de jours.

2. « 11 m'a promis qu'en 1830 il se rendra définitivement chei lui là Bologne), puisqu'il veut se donner du bon temps et vivre en seigneur, et laisser écrire qui voudra, vu qu'il a déjà assez travaillé, a

(|ui a déjà produit sa plus grande création, en est satisfait; il iiié-priso 1« monde avec ses petites ambitions et va à StraU'ord-sur-l'Avone, comme William Shakespeare, ou se promène souriant et caustique sur le boulevard des Italiens, comme Gioachino Rossini.

V. — Rossini ii Roli><:n<> ( I H:t«. 1 H IH )• — Le Il Sl:ili:it 11. — Il l'«i. I:s|i<'m':iiii-c cl 4 liarilé ». — I.<-s li>niiirs |i:ilriiill(|ii<-s. — l'iiili- <Ii- Itulognc.

l'eudelemps après s'être délinitivement établi à liologue, Rossini fut chargé de remellri! en ordre le Lycée musical, très riMiominé auparavant, mais alors en décadenre. U accepla avec |ilaisir celte charge, qu'il remplit avec le plus grand soin, en y appelant |iour enseigner des maîtres très habiles, en organisantet dirigeant personnellement un orchestre splendide, en ramenant l'école de chant à la pratique des anciennes méthodes, en instituant des exercices hebdomadaires, en apportant partout la lumière de ses conseils et l'autorité de sa parole.

Cependant, tandis qu'il s'occupait avec tant d'assiduité de l'enseignement, il semhlail qu'il avait presijue complètement oublié la composition; ce dont tous se plaignaient vivement. Ces plaintes étaient d'autant plus justifiées, que les rares coniposilions qui sortaient, à de longs intervalles, de sa plume attestaient non seulement que sa veine n'était point épuisée, mais que son inspiration s'élevait progressivement, et que son style s'ennoblissait toujours, l^armi ces compositions, son Stnbat mérite d'être particulièrement mentionné. L'histoire de cet ouvrage est curieuse, peu connue ou mal connue du plus grand nombre. En février 18.31, le maître faisait un voyage en Espagne en compagnie du célèbre banquier Aguado, son ami. Un éminent prélat madrilène, Uon François Fernande/, de Varela, commissaire général de la Crozada, désirant posséder une composition sacrée de Rossini, écrite exprès pour lui et à lui dédiée par l'auteur, pria Aguado d'intercéder en sa faveur auprès du grand maître. Aguado décida Rossini à lui promettre un Stubat. Le maître, revenu à Paris, se mit à composer les six premiers morceaux, puis, étant tombé malade, comme quelques-uns écrivent, ou ayant été gagné par la paiesse, ce qui est plus probable, il laissa son ouvrage inachevé. En attendant, Varela réclamait instamment l'accomplissement de la promesse. Alors Rossini chargea Tadolini, maître de chant en ce lemps-là au théâtre Italien de Paris, de composer le reste ; il envoya aussitôt sa composition à Madrid, à condition qu'elle resterait inédite. Le noble espagnol envoya au maître une bague splendide en remerciement.

Ce Stabal, mo\l\é de Rossini et moitié de TaJolini, fut exécuté par les soins de Varela, le vendredi saint I83'5, dans l'église de S. Filippo el Real de .Madrid. Varela mort, ses héritiers, confondant la dédicace et la possession du manuscrit avec les droits d'auteur, s'estimèrent les propriétaires du Stabat, et le cédèrent en 1841 à M. OUer-Chetard. Celui-ci, à son tour, le vendit pour 2.000 francs à M. Aulagnier, éditeur à Paris, qui en annonça aussitôt une magnifique édi-

Cette lettre de Giuseppe Rossini porte îa date de Paris, le 24 juillet 1827 :

3. " Vous conviendrei que, si on devait l'exposer aux actuelles bouffées de Borée, on courrait le risque que la lyre fut portée aussi U l'autre pôle avec la poussière. Lninsojïs dttiir que d'autres Joutent libreiiteut à leur tourj puisqu'il y a de l'espace pour tous. »

ESCYCLOPÉDIE DE LA MrSTQlE ET nir.TIOS\AIRE DU COSSERVATOIRE

tion et une exécution solennelle publique. Mais Rossini intervint en choisissant pour mandataire l'édileuiïroupenas,avec mission d'empêcher Tédilion et l'exécution. Quand les tribunaux eurent reconnu les droits du maître, celui-ci refit la musique des quatre morceaux déjà composés par Tadollui et céda les droits de propriété du Slabat à Troupenaspourla somme de 6.000 francs.

Le 31 octobre 1841, cinq morceaux de cet ouvrape furent donnés en guise d'essai, dans la salle Hertz, à Paris. Le Statut complet fut exécuté dans la salle du théâtre Italien le 7 janvier de l'année suivante, par Tamburini, Julia Grisi et M™° Albertazzi, Mario et Lablache. Le succès fut immense. Le lendemain de la première exécution, le directeur du théâtre Italien, Dormay, acquit des frères Escudier — à qui le droit de représentation à Paris avait été cédé pour le prix de 8.000 francs — le droit d'interprétation du Stabal pendant trois mois. Ce droit lui coilta 20.000 francs: mais à la quatorzième représentation il en avait déjà encaissé loO.OOO!

En Italie il fut exécuté pour la première fois à Bologne, les soirs des 18, 19 et 20 mars, dans la grand'salle de l'Archigymnase. L'auteur voulut que le profit fût assigné au bénéfice d'un hospice à fonder dans cette ville pour les musiciens bolonais vieux et pauvres.

11 s'occupa lui-même de la formation de l'orchestre (77 instruments) et des chœurs (95 voix). Les rôles principaux furent chantés par Clare Novello, par la noble dame Clémentine degli .\ntoni, .Nicolas Ivanolf et le comte Pompée Belgioioso. La direction fut confiée au maître Uonizetti, qui vint exprés de Milan. Devenu très sensible, Rossini, pour s'épargner une forte émotion, n'assista ni à la première ni à la deuxième représentation; mais, à la troisième, il dut céder aux très vives insistances de tout le monde. Appelé par le public avec des cris enthousiastes, il se présenta pour remercier et embrasser plusieui's fois le maître Donizetli, au milieu de l'émotion générale. Alors commença la longue série des exécutions triomphales du Stabat en Europe, ininterrompue jusqu'à i84o. On peut dire qu'il n'j' eut pas en Italie de ville, grande ou petite, qui n'ait voulu applaudir la nouvelle production du génie rossinien.

Cette musique, considérée en elle-même, sans aucun rapport avec le texte latin, est, du commencement à la fin, un chef-d'œuvre de grâce, d'élégance. de spontanéité d'inspiration. Convenablement exécutée, on l'entend encore avec plaisir aujourd'hui, si grande est la fraîcheur et l'originalité des idées, si grande est l'excellence de la forme. Toutefois, si on la considère comme musique religieuse, ceux mêmes qui, comme moi, ne limitent et n'immobilisent pas ce genre musical dans les bornes étroites des formes, des règles, des harmonies et des artifices du contrepoint de l'école palestrinienne, ne peuvent pas trouver le Stabat de Rossini exempt de graves défauts.

A côté d'inspirations nobles et élevées, comme, par exemple, le Propeccatis, le Fac ut portent, Vlnflanimatus. le Quis est homo. on rencontre des mouvements, des chants et des effets convenant plutôt à la scène qu'à l'église. Du reste, comme lobserve justement l'illustre Fétis, l'auteur ne se proposa pas d'en faire une

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