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I.a neurasthénie

Immédialemeiil on oiganisa ;i Bologne une contremanifestation en faveur du m.iltre. Leipére Hugues liassi, le célèbre frère patriote, le chapelain de daribaldi, lui écrivit une très noble lettie pour le [irier, au nom du peuple liolonais, de vouloir bien revenir dans la ville qui l'avait toujours vénéré et qui se sentait unie ,à lui parles liens de la plus vive reconnaissance; il lui pioposailen même temps de mettre en musique un hymne national, dont Hassi lui-même aurait écrit la poésie. Mais le maitre ne bougea point de Florence-'. 11 accepta pourtant de mettre en musique l'hymne, qui ne fut plus écrit par le père IJassi, appelé sur les champs de bataille, mais par l'avocat Martinelli, l'auteur des trois chœurs cités : Fede, Spernnza e CarWi. Par ordre de Uossini, le clueur, qui est un temps de marche, ou, comme on disait alors, un pusso doppio, fut instrumenté pour banda par le maître Liverani, et exécuté sous sa direction le soir du 21 juin I8'p8 (anniversaire du couronnement de Pie IX) par plus de quatre cents personnes sur la place Majeure de Bologne. L'auteur voulut en faire un présenta la garde civique de cette ville. L'hymne fut répété à Florence dans la salle de l'Académie philharmonique le 29 du même mois, sous la direction du prince Poniatowski. La recette fut attribuée aux familles des morts tombés sur les champs de balaille de Curtatone et Montanara. Rossini, présent à l'exécution, fut très fêté par le public; les dames lui oITrirent des couronnes de fleurs.

Deux ans après, en janvier 1851, Rossini écrivit une autre composition de ce genre, l'Inno alla pace de Bacchilide, qu'il dédia à l'insigne peintre tlorenlin Vincenzo Basori, qui lui avait fait présent d'un beau David peint par lui. Cette fois Rossini avait été heureux dans le choix de la poésie, puisque la traduction de l'hymne est d'Arcangeli. Je n'en connais pas la musique; les journaux de l'époque la louent beaucoup; Rossini, dans une lettre au maitre Pacini, à qui il confia la mission de l'instrumenter, l'appelle modestement « meschina ».

Cependant la santé du maitre s'altérait toujours davantage. Dans ses lettres il se plaint plusieurs fois d'une continuelle irritation nerveuse, d'une faiblesse générale. Quelquefois il soupirait et se désespérait. « Il vaut mieux mourir que vivre ainsi, » criaitil; et, saisissant un couteau, il conjurait les siens de le délivrer de ses tourments. Parfois il croyait être près de mourir et faisait son testament''. Enfin, comme l'air balsamique de sa « bella villa » de Florence, ni les cures qu'on lui prescrivait, ne lui étaient utiles, il se décida à se rendre à Paris pour y essayer le traitement hydrothérapique.

4. « Voulez-vous de l'argent? Je vous en donnerai. Mais on voulait que jefusse lechef des musiques de toute l'Italie, et que je portasse Tuniforme militaire comme un jeune homme de dii-huit ans. »

5. Certes, l'émolion que lui et sa femme éprouvèrent le soir du 27 avril fut bien forte; le maitre continua pendant quelque temps :i en parler dans les lettres à ses amis. II n'est cependant pas vrai, comme quelqu'un l'a affirmé, que des lors il prit Bologne en haine. Dans ces lettres il ne fait que rappeler l'hospitalité atfectueuse qu'il reçut des Bolonais et regretter les jours heureux passés daus cette ville qu'il aimait toujours.

G. .Mordani, Dtlta i:ita privata di G. Uossini, Memorie, Imola, 1871.

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n.vr.yr.LOPÉDTE de la musique et dictioxnaire nu conservatoire

VI1 Second séjour de Rossinî à Paris (1855-

ISeS). — Le n Chaut des Titans » et d'autres compositions mineures- Solennelle )).

La « Petite Messe

Rossini partit de Florence le 26 avril 18:;o, en compagnie de son jeune médecin, s'arrêta quelques jours a Nice, puis de là se rendit directement vers la capitale de la France. Ici, au milieu de toutes sortes de soins affectueux et de continuelles démonstrations d'estime et d'honneur de ce peuple qui excelle dans sa courtoisie et sa politesse, le maître sentit aussitôt que son esprit se renforçait. Le traitement hydrothérapique commencé, il en lira quelque bienfait pour ses maux physiques. C'est pourquoi il résolut de s'établir sur un des riants coteaux des environs de Paris, et précisément à Passy, où il se fit bâtir une villa, sur l'emplacement que la ville de Paris lui avait généreusement cédé à un prix de faveur'.

Peu à peu il recouvra la santé et, avecla santé, la gaieté et la belle humeur d'autrefois. Pour ne pas négliger les soins qu'exigeait son état, il ne courait ni les salons ni les théâtres; il tenait cependant de brillantes réunions dans sa maison, qui était devenue le rendez-vous de toutes les notabilités artistiques, littéraires et politiques de Paris. De temps à autre, il prenait la plume pour noter ce que lui dictait sa fantaisie toujouVs féconde; c'étaient ordinairement de petites compositions, qui n'exigeaient aucun elTort de son esprit, improvisées pour son propre amusement ou pour satisfaire le désir de quelque ami-. Ainsi prit naissance la Musique anodine, dédiée « à ma chère femme Olympie, comme simple témoignage de reconnaissance pour les soins aiïectueux, intelligents, qu'elle me prodigue dans une trop longue et terrible maladie (opprobre de la faculté). Paroles de Metastasio, Paris, le 15 avril ]8.'i7) >i. Le Chnnt des Titans (1859)3, i,ms Deo (1861), le Coro di caccia (1862), la Petite Messe solennelle (1863), la Notle di Natale et un Bolvro pour les sœurs Marchisio (1863), le passage dantesque de la Francesca da liiinini (1865), Vliymne à NapoUon III et à son vaillant peuple, VAlbuin italien (douze morceaux), VAlhum français (douze autres morceaux), les Morceaux réservés, l'Album de la Chaumière, VAlbum pour les enfants adoleseents, l'Album pour les enfants dégourdis, l'Album de Château, la Miscrllancc pour piano, les Quelques riens pour Album et tant d'autres petites compositions restées presque toutes inédites, dont les autograpl)es, accompagnés de spirituelles annotations marginales en français de la main de l'auteur, se conservent au lycée musical de Pesaro. Le dernier ouvrage de Kossini fut la fanfare La corona d'italia (1868), dédiée à Victor-Emmanuel II, et exécutée pour la première fois sur la place du Quirinal en novembre 1878, à

1. L'emplacement ne lui fut donc point donné par la muniçiiialitê de Paris, comme quelques historiens l'ont affirmé.

L'élégante villa s'éleva près de la promenade publique nommée /*? bois de Bouloi/ne. Pour orner les appartements, Rossini appela deux artistes bolonais d'une grande valeur, Bisteghi et Samoggia. 11 alla y habiter en 1858.

2. On relève dans une lettre de Rossini au directeur du théâtre Italien de Paris, que dans les premiers jours de novembre de i85!>, celui-ci avait fait afficher aux coins de 1.1 ville des placards annonçant un nouvel opéra du Pesarese intitulé : Un curioso accidente, alors qu'il s'agissait d'un des orilinaires galimatias composés de musique rossinienne tirée de plusieurs de ses Oj>éras et recousus tant bien que mal par un certain Berettoni. Rossini, ne voulant pas permettre qu'on trompât le public en l'invitant à entendre un sien ouvrage falsifié et lui laissant accroire qu'il avait collaboré à cette composition, enjoignit au directeur, s'il avait k cœur d'éviter un procès, de changer

l'occasion du retour de Ilumbert 1°'' de Naples, après l'attentat de Passauante.

Dans chacune de ces compositions, quelque mince ([u'elle soit, éclate un rayon de cette éternelle beauté, à laquelle Rossini, nouveau Prométliée, sut ravir non pas des étincelles, mais des torrents de lumière.

La Petite Messe a une importance spéciale pour sa très haute valeur artistique. Cette messe, que l'auteur appela modestement Petite, et les impresarii Solennelle, fut terminée en 1863, comme on le relève dans une spirituelle annotation en français écrite par liossini lui-même sur la dernière page de la partition ^lutographe, peut-être pour prévenir les attaques inalignes de ses futurs critiques :

« Bon Dieu,

i< La voilà terminée cette pauvre petite Messe. Est-ce liien de la Musique sacrée que je viens de faire, ou bien de la sacrée musique ? J'étais né pour l'opéra luilfa, lu le sais bien! Peu de science, xtn peu de cœur, tout est là. Sois donc béni et accorde-moi le Paradis.

« G. Rossi.M.

« Passy, 1803. »

A cette messe, écrite pour quatre voix avec chœur, le maître avait donné d'abord un accompagnement d'harmonium et de deux pianos. La première exéculion de la Petite Messe Solennelle a eu lieu à Paris le 14 mars 1864, pour l'inauguration de l'hôtel du comte Pillet-WiU.

Les exécutants étaient les sœurs Carlolta et Barbara Marchisio, le ténor Gardoni et la basse Agnési; les choiurs, fournis par des élèves du Conservatoire, étaient dirigés par M. Cohen; l'orgue était tenu par .\I. Albert Lavignac; les pianos, par MM. Mathias et l'eruzzi.

Il y eut ainsi deux exécutions; après quoi, ayant été orchestrée en 1865, elle fut donnée au théâtre Italien de Paris le 28 février 1869.

A cette solennité artistique assistaient, entre au- Ires, Meyerbeer, Auber, le ténor Duprez, l'historien -Vzevedo et les critiques Fiorentino et Scudo.

L'auteur aurait désiré la faire exécuter en public avec accompagnement instrumental dans quelque grande église; àcetelTet il fit présenter une supplique à Pie IX afin qu'il permit aux femmes de chauler avec les hommes dans les chapelles des églises; mais le pape ne voulut pas acquiescer à ce désir. Toutelois, cédant aux prières de ses amis, le grand compositeur se décida à l'instrumenter, en disant : « La slrumeutero io ail' anlica, affinché altri non la strununli alla moderna '•. " La partition terminée, il v

;iirisi le placard ; U.N cCRioso Aci^iDRNTE. arrnntjê sur des morceaux de itiissini par M. Berettoni. Les affiches furent eolevées, et l'opéra ne lut plus représenté.

3. Parmi les ouvrages que Rossini composa après le Stabat, celui- ' i est un des plus importants. Ecrit d'abord pour une seule voix, il fut ensuite remanié et réduit à 4 voix de basse-conlrt' à l'unisson pour i''tre exécuté dans un concert donné à l'occasion de l'itiauguratioo du monument au maitre Cherubini j Paris (1861) ; l'an d'après, il fut, comme l'auteur lui-même le dit dans une lettre, refendu, instrumenté et de nouveau exécuté à Vienne lorsqu'on découvrit le monument à Mozart. " Dans mon Chnnt des Titans, écrivait Rossini à Alphonse Rover -i Paris le 15 octobre 18(il, rassurez-vous, il n'y a pas la plus petite roulade, ni gamme chroniatique, ni trille, ni arpège; c'est un chant simple, d'un rythme titaniqu--, et tant soit jn'U enragé. »

4. " C'est moi qui l'iustrumenlerai à l'antique, afin que d'autres ne l'instrumentent pas à la moderne. i>

Toutefois l'instrumentation ne constitue pas un ouvrage digne de lui. « Mon long sdence, écrivait-il au maître Pacini, m'a fait perdre la connaissance des instruments, n

HISTOIRE DE LA MUSIQUE

écrivit en lOte : l'etile Messe, orchestrée pur le Siti'/f de l'caaru'.

Copoiidanl, tant qu'il vécut, il ne permit pas qu'on exécutât en public sou dernier chef-d'œuvre, l'eu de mois seidemont après sa mort, et précisément dans le carême de ISCi',), ou en commença les exécutions eu Italie, sous la direction du maître Muzio. Le célèbre imprésario iMaurice Stiakosch en acquit de la veuve la propriiHé pour rétran;!cr moyennant 100.000 francs, l.a compaj^uie qu'il s'était choisie se composait de Marie Alhoiii, la plus belle voix de contralto qu'on ait Jamais entendue ((|ui reçut pour toute la touillée tOO.OOO francs), Marie Battu, le baryton Ai;ne>i,etle ténor l'Iiomas llohler ((|ui devint ensuite le mari de la duchesse de Newcastle). Avec cette compagnie, diri^jée par le maître Pollini, la Petite Mi')ss.n de llossiui fut exécutée dans un cycli' de représentations, quatorze fois au théâtre Italien de Paris pendant le premier mois, et, dans les deu.x suivants, soixante fois en France, en Helf^ique et en IloUaixle. I,'im|iresario, quoiqu'il eCit di^ pourvoir à des dépeiisi's très considérables, réussit à en tirer un béiiélice de oO.OOO francs-.

Quand la Petite .l/e.vsc fut pour la première fois exécutée dans la patrie de l'auteur, et préciséineiil à Bologne (I86',i), l'insif^ne critique musical Philippe Filippi, un des premiers défenseurs de la musique wa^Miéiienno en Italie, en publia une analyse détaillée, que j'aime à résumer ici.

C'est le plus étonnant miracle de cette composition merveilleuse que d'avoir subjugué par l'inspiration, la science, d'avoir fait servir les formes les plus arides du contrepoint et de la fufjue aux élans les plus puissants de la fantaisie. Dans la première pièce de la Messe, le Kijrie, on sent aussitôt l'approche d'une œuvre puissante, et l'on entrevoit que Rossini, appréciateur de tout progrès, même idéal, de l'art, a voulu se montrer capable des plus hardies transformations de style : le dessin insistant des basses sur lequel s'élèvent les hymnes de louange au Seigneur, est un prodige d'harmonie et d'instrumentation, spécialement pour ce mouvement chromatique très hardi qui traverse tant de tons pour tomber en !((et puis revenir déhnitivement au ton dominant de ta mineur. A cette espèce de ritournelle est associée une mélodie sereine et suave, écrite avec une si savante disposition des voix, qu'on dirait un vrai chœur d'anges : cette pièce est entrecoupée par un canon a. qualtro parti dans le style observé, à la Palestrina, sur les paroles Cltriste eleison, écrites avec un art très (lu et avec toute la sévérité et l'onction qu'exigelestyle religieux. Dans cette première pièce, outre la beauté et la nouveauté de la forme dégagée, il y a une fusion sympathique du style le plus sévère et ancien avec les hardiesses et les idéalités modernes, sans qu'une couleur nuise à l'autre.

Majestueux est le Gloria : rien de plus splendide que la première attaque de l'orchestre et puis des voix seules qui crient Gloria in excdsis Deo. Le Laiidamiis est très religieux, avec ses accords persistants dans un dessin uniforme sur les modes majeur et mineur, espèce d'ondulation tonale sur laquelle planent les tristes teintes du chant et les entrées des voix à l'unisson et à l'octave : pour la forme et pour la manière avec lesquelles est traitée l'harmonie, cette

1. Parce que beaucoup avaient 1 habitude de l'appeler te CiijhO (Je Cygne) de Pesaro, il signait quelijuefuis, pour plaisanter, le ^uuje de Pesaro.

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