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ESCrCLOPEDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIOWAIHE Df Cn\SEn\'ATOrnE
invité à composer de nouveaux ouvrages pendanl sou long repos, il chargeait le maîlre Tadolini de terminer le Slahat et adaptait le « coro dei bardi » de la Donna del Lafio successivement à deux ou trois textes, et refusait de mettre eu musique des poésies, qu'il trouvait lui-même « toccantissisme » (très touchantes), pouvait-il donner des preuves plus évidentes de sa répugnance innée au travail".'
Le travail, qui est un soulagement, un liesoin pour quelques artistes, était un poids, une fatigue pour lui. Tant que dura l'aiguillon de la nécessité et de la gloire; tant que, pour obtenir des applauilissenienls et de l'argent, peu de jours et de nuits lui suffirent, il s'y adoima; mais, quand il eut amassé une fortune considérable et qu'il eut atteint le faite de la renommée avec le GuijHelmo Tell; quand il s'aperçut que pour maintenir, vis-à-vis de ses émules, sa propre renommée à la hauteur oii elle était parvenue, il aurait dû se soumettre à la longue étude et au pénible travail que lui avait coûté son dernier grand opéra, il cessa d'écrire pour le théâtre.
En sa qualité de génial épicurien, sans abandonner la musique, il la cultiva pour l'agrément de son esprit et se proposa de jouir du i-este de sa vie au milieu de l'art et des artistes, mais loin du bruit, des basses intrigues, des petites guerres déloj'ales, de tout ce qui répugnait à son âme douce et bonne, désireuse de paix et de tranquillité.
Ce fut sans doute un dommage immense pour l'art; mais la société n'a pas le droit de condamner l'artiste au chef-d'œuvre forcé à vie. En évaluant le mérite d'un compositeur, on doit tenir compte de ce qu'il a fait, et non de ce qu'il aurait pu faire, s'il avait voulu. Or, Rossini travailla assez pour sa gloire, beaucoup pour mériter la reconnaissance de l'Europe, qu'il charma pendant tant d'années par la sérénité enjouée et bienfaisante de ses chants.
Quant à l'Italie, elle a déjà depuis longtemps élevé dans son co'ur un autel au grand maître, qui, dans une époque où elle était esclave et vilipendée comme « terre de morts >> et traitée comme une « expression géographi(|ue », en affirmait solennellement, par son propre génie, la vigoureuse vitalité.