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LES CONTEMPORAINS

ITALIE '101

YIII LES GONTP]MPORAINS

Par Giovanni MAZZONI

COBRESPONDANT 1)1: <* 11, TIÎATRO IM.rSTRATO )) ET DK <( II, TEATHO It'lTAI.lA » IHÎ MILAN

BOITO (Arrigo) naquit à Padoue, le 24 février 1842. Sou père était un peintre italien, et sa mère, la comtesse Josc'pliine liatlolinsku, appailonait à la noblesse polonaise. Voilà pourquoi ses u'uvres musicales ou poétiques ont la caractéristique d'une inspiration où fusionnent les sentiments du Nord et du Midi. C'est de son frère aîné, Camille, criti(iue et nouvelliste, qu'il prit, dès son jeune âge, le i;oiUde la poésie. Kn 18j6, sa mère, restée veuve, alla demeurer à Milan, où il put fréquenter les classes du Conservatoire et étudier la composition avec Alberto Mazzuccato. Dans ses deux premières années d'études, le jeune Boito montra très peu de disposition pour la musique, et ce fut grâce seulement à l'opposition de son professeur qu'il ne fut pas expulsé du Conservatoire. Les classes finissant de bonne heure, dans la journée, il aimait, alors, à occuper ses loisirs à se nourrir des chefs-d'u'uvre des littératures grecque et latine à la Bibliothèque de Brera. Ce travail lui fut très prolitable. Kn 1800, il composa sa première cantate, // 4 Giitgno (le 4 Juin), qui fut jugée médiocre. En 1862, il eu écrivit une deuxième, en collaboration avec Franco Faccio, le Sorelle d'Iialia (les Sœurs d'Italie). Cette composition eut un tel succès que le gouvernement italien donna une bourse de deux ans aux deux jeunes nuicxtri pour qu'ils pussent visiter les grandes capitales de l'Europe.

Boito en profita pour aller à Paris, en Pologne et en Allemagne, où il s'initia aux principes de la nouvelle école et aux réformes de Wagner. 11 revint en Italie, en 1866, pour combattre sous les ordres de (jaribaldi contre les Autrichiens. L'année suivante, il retourna à Paris, et il fit de lirillants débuts dans la presse française, où il avait été accueilli avec la plus grande faveur, grâce aussi à la puissante recommandation d'Emile de Girardin.

Il avait travaillé, pendant ces dernières années, à un Mefistofele, — tiré des deux Faust de ^Gœthe, — où il met en scène certains épisodes du premier et conclut par un emprunt fait au second : l'épisode d'Hélène et la mort du héros. Le 2 mars 1868, cet opéra fut joué à la Scala. On l'accueillit très mal. Les critiques de ces temps trouvaient que « cet ouvrage est rempli d'étrangetés et de hardiesses poétiques intéressantes, mais qui s'adressent plutôt à l'imagination littéraire qu'au goût musical. Malgré sa couleur mystique, le poème est d'un réalisme choquant et d'une audacieuse crudité ». On le définissait, enfin, comme l'ouvrage « le plus bizarre qu'on ait vu sur la scène ».

La vérité est que Boito avait eu l'audace, singulière en son temps, de n'ignorer ni la musique allemande ni les réformes dramatiques imposées par Wagner, et d'en subir une inlluence qui a eu des

effets très heureux sur sa nature musicale. Les hardiesses poétiques se bornent à certaines particularités de prosodie dans la nuit du sabbat classique. Le rôle d'Hélène y est traité en vers mesurés ;i l'antique, curiosité littéraire dont l'elTet passe d'ailleurs inaperçu à l'audition. La manière dont il s'est servi du poème de Gœthe est très inti-ressante et essentiellement lyrique. Certaines pages sont particulièrement célèbres : l'air de Faust, Dai camjii , ihti prati, que tous les ténors ont chanté ou voulu chanter; l'air de Marguerite, L'altra natte, et le duo : Lonlaiio, lontano. Ces pages ont sans contredit beaucoup de charme, mais l'ouvrage en contient d'autres aussi bonnes, sinon meilleures. Il ne faut pas oublier l'ampleur et la sérénité qui distinguent les vastes chœurs du Prologue, la brutalité allègre de l'apostrophe de Méphistophélès, la grâce du clueur d'enfants à deux voix en forme de Scherzo et l'austérité du chœur des pénitentes sobrement accompagné â deux parties. Qui ne se souvient des tendres inflexions de l'air de Faust à l'apparition de .Marguerite, au cours du sabbat, où prédomine cette phrase si expressive que Faust murmure à Hélène : Forma idcal puritisima? Mais la qualité essentielle de .l/c/îstofele réside dans son ardeur, dans le mouvement dont la partition est animée et qui lui assure, après tant de temps écoulé, l'impression considérable qu'elle produit sur l'auditoire.

L'insuccès de 1868 à Milan méritait une revanche. Boito l'eut, tout d'abord, au « Teatro Comunale » de Bologne, le 5 octobre 18~o. Son Mefistof'le obtint un succès éclatant, qui s'est toujours renouvelé ensuite dans les innombrables représentations qu'on a données de cet ouvrage dans le monde entier.

Boito a composé trois autres opéras : Ero e Leandro, Ncrone et Uresliadc, que le public ignore encore.

La musique du premier ne plut pas à son auteur, qui la renia et donna le livret à Bottesini d'abord, et à Mancinelli ensuite.

C'est depuis 1876 que le public attend la première de ycronc, grand ouvrage élaboré à travers mille doutes, mille incertitudes. La vision entière de la musique que Boito a conçue se présente nette, riche, cristalline. Mais ce compositeur, qui s'est assimilé d'une manière unique les plus grands chefs-d'œuvre et possède une exquise sensibilité d'âme, fut tourmenté par d'innombrables scrupules au sujet de la forme définitive qui devra traduire son idée première et la faire apparaître au public. Il n'est jamais satisfait de lui-même et cherche l'extrême beauté, à travers des formes précieuses qui aujourd'hui le séduisent et demain ne le fascineront plus, car elles lui paraîtront comme étant de l'artifice, et non pas de l'art. Voilà pourquoi ce n'est

E.XCyr.LOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIONNAIRE DU CONSERVATOIRE

qu'en 1912 qu'il a mis le mot Fin au bas de la dernière pape de la composition musicale de Vérone, qu'il avait commencée en 1901. Le mailre travaille depuis un an à l'orcliestration de son opéra, qui paraît devoir rester l'œuvre de l'avenir, dans le vrai sens de ce mot, car Boito ne pense pas qu'il le verra représenté. Tout comme les artistes de la Renaissance qui commençaient leur a:'uvre sans considérer si leur vie et leurs moyens suffiraient à son accomplissement, Boito ne travaille que pour la gloire de son art, qu'il a adoré et qu'il adore par-dessus tout.

C'est pour se reposer du travail consacré à son Tienne qu'il a composé, en ces derniers temps, un Vrestiade qui, lui aussi, est enveloppé du plus grand mystère, mais qui parait devoir affronter le jugement du public avant son frère latin.

Boito a été encore un grand poète et un librettiste remarquable. Ses meilleurs poèmes se trouvent réunis dans II Libi-o dei Vcrsi (le Livre des Vers), un volume de deux cents pages environ, exception faite du Re Orso (Roi Orso), une œuvre poétique pleine d'originalité, de caractère et d'un romantiisme audacieux. Parmi les libretti qu'on doit à Boito, je citerai ; Mefistofcle. Ncrone et Orestiade , dont il a aussi écrit la musique; Ero e Lcandro, pour Bottesini et Mancinelli; Amleto, pour Faccio; Gioconda, pour Ponchielli; Alessandro Farnesc, pour Palumbo; Inwi, pour Dominiceto; Otelto et Falstaff, pour Verdi.

SGAMBATI (Giovanni) naquit à Rome, le 28 mai 1843. C'est un pianiste et un compositeur remarquable. Il lit ses premières études de piano a cinq ans avec Amerigo lîarberi, auteur d'un traité d'barmonie. En 1849, après la mort de son père, sa mère émigra à Trevi (Ombrie), où elle se remaria. Les leçons de Giovanni y furent continuées par Natalucci, qui avait été un excellent élève de Zingarelli, au Conservatoire de Naples. Dès l'âge de six ans, l'enfant joua du piano en public, cbanta les rôles de contralto dans les églises, dirigea de petits orchestres et fut connu comme auteur de petits morceaux de musique sacrée. En 1860, il s'établit à Rome et devint renommé pour sa virtuosité au piano et pour le caractère classique de ses programmes. Ses compositeurs préférés étaient Beethoven, Chopin et Schumann; il était aussi un excellent interprète des Fugues de Bach et de Haendel. Ce fut lui qui initia ses concitoyens aux beautés des Symphonies de Beethoven en les dirigeant à Rome dès 1866. Dans cette ville et à cette époque, il suivit avec assiduité et attention les leçons de Liszt, avec qui il visita l'Allemagne en 1869.

Sgambati a composé deux quintettes avec piano, un quatuor pour instruments à cordes, un concerto pour piano, trois symphonies, dont la première, celle en fa, date de 1881, une grand'messe de Requiem pour chœur, baryton seul et orchestre, qui fut exécutée à Rome, le 17 janvier 1896, à l'occasion de l'anniversaire de la mort du roi llumbert I". A toutes ces œuvres, très remarquables, il faut en ajouter un nombre considérable d'autres de moindre importance.

Le Requiem est une belle composition de musique religieuse, en conformité stricte avec l'esprit du texte sacré moderne, sans extravagances d'aucune sorte; les thèmes y sont développés magistralement. C'est peut-être l'œuvre la plus ambitieuse de Sgambati, et le succès de l'auteur dans sa composition pour chœurs nous fait plus vivement regretter qu'il ne nous en ait pas donné un plus grand nombre.

U a préféré consacrer l'énergie de ses meilleures

années à l'enseignement, et il a l'honneur d'être un des fondateurs du ■< Liceo Musicale » qui fut annexé à r " Accademia di Santa Cecilia » de Rome. Il commença avec une classe libre de piano en 1869, et il persévère dans sa noble tâche de nos jours encore (1913), en qualité de professeur supérieur de piano. Sous son impulsion intelligente et infatigable l'étude des instruments a pris à Rome un développement exceptionnel.

Le succès de Sgambati comme compositeur pour piano est dû à son exceptionnelle connaissance de toutes les ressources que donne cet instrument, à la facilité qu'il a de reproduire les effets voulus avec les moyens les plus simples, à sa complète possession des combinaisons harmoniques du plus beau choix et au Uni exquis qu'il donne pour rendre homogènes les moindres éléments de son inspiration. Chez Sgambati l'artifice est rarement perceptible. Les formes de son accompagnement sont aussi spontanées que les mélodies qu'elles soutiennent.

Ses œuvres plus importantes pour piano, musique de chambre ou orchestre, prises ensemble, le placent en tête de ces musiciens italiens de la fin du xix' siècle qui, n'écrivant pas pour le théâtre, ont moulé leurs uîuvres sur des modèles classiques. Ses compositions possèdent, en un mot, les qualités qui demeurent.

Sgambati dirige la musique de chambre de la reine Marf,'uerite; il est correspondant étranger de l'Institut de France.

TOSTI (Francesco Paolo) naquit à Ortona a Mare, le '.( avril 1846. Ses parents le firent entrer en 18.ï8 au collège Royal de « San Pietro a iUaiella » à Naples, où il étudia le violon avec Pinto, et la composition avec Conti et le vénérable Mercadante. Le jeune élève fit de si grands progrès que Mercadante le surnomma le iMacnlrino.

11 resta à .Naples jusqu'à 1860, année où il sentit sa santé s'affaiblir sous l'accès du travail. Il retourna à Ortona pour reprendre des forces. Mais ici il prit une mauvaise bronchite, qui le tint malade sept mois. Pendant sa maladie il écrivit Non m'ama piit (Elle ne m'aime plus) et Lamcnto d'amore (Plainte d'amour). Dès qu'il put se remettre en voyage, il alla à Rome, pour se procurer du travail.

Sgambati, le chef de la nouvelle école musicale de Rome, fut le premier à reconnaître le talent de Tosli, e(, en 1872, il organisa un concert qui eut beaucoup de succès et qui procura au jeune maestro la place très enviée de professeur de chant de la princesse .Marguerite de Savoie et de bibliothécaire des Archives musicales à la cour d'Italie.

En 1873, Tosti visita, pour la première fois, Londres, où il fut de suite reçu dans la meilleure société et très fêté. Il fit ensuite des séjours assez fréquents dans cette ville, et, en 1880, il fut nommé professeur de chant de la famille royale d'Angleterre. Depuis cette date il s'est établi à Londres, où il a continuellement reçu de nombreuses marques d'eslime. En 19U8, il fut créé baronet par le roi Edouard Vil et naturalisé Anglais.

Tosti a écrit un très grand nombre de mélodies italiennes, françaises et anglaises, qui reflètent les goûts du public et, en même temps, le progrès de son développement artistique. Parmi les préférées, je citerai : Mattinata, Serenata, ^inon. For ever, Good lUjc, Molher, Vorrei morirc, Idéale, Aprilc, etc.

MANCINELLI (Luigi) naquit à Orvieto, le S février

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