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LES CONTEMPORAINS. — ITALIE

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acte, présenté sans succès au concours Sonzofjno, fui joué, ^'ràce à l'aide d'amis zélés, au théâtre <i Dal Vernie » de Milan, le lit mai )SS4, et le nom du jeune compositeur devint ainsi rapidement populaire. Le Villi lurent représentées partout, et le succès couronna l'ellort, si bien que la maison Uicordi lui commanda un autre ouvra^ie, Edijar, qui fut donné à la M Scala », en IK80, et conlirma toutes les espérances conçues dans son entouraj;e.

Manon Lemaitl. sa troisième partition, fut représentée au <i Tealro lleiiio » de Turin, le l^'février ISOli, et, dès lors, l'uccini fut ranfjé parmi les artistes dont l'Italie est en droit de beaucoup attendre. Celle a'uvre est pleine des qualités que le compositeur révélera ensuite dans la Vie de llulirmc et dans la Tosca : une réelle sensibilité, du charme, de la distinction, une juste conipréhensidn de l'elTet Ihéàtral. On y trouve des clni'urs cliarmaiils, des scènes pastichées d'un tour délicieux, un liiial fiifjué de solide ordonnance, uiitroisièmeacteéniouvant et un dénouement pathétique. Les harmonies sont d'une extrême distinction, et l'orchestration atteste le ^oOt et le savoir du compositeur.

Dans sa Vie de Uolu'iiic, jouée pour la première fois au « Teatro Hepio » de Turin, le l'"' février 18'J6, les personnages prennent, par la sugeeslion harmonique, corps, couleur et vie. Quand Mimi rend le dernier soupir, au quatrième acte, tous les coeurs sont pleins d'une émotion profonde. Le second acte, f^rouiliant et pittoresque, est un vrai chef-d'œuvre. La mélancolie si douce, la grâce si séduisante, la bonne tenue si spirituelle, qui se dégagent de toute l'ieuvre, le rattachenl à la vieille école, mais il s'est débarrassé de toutes les formules démodées, de tous les clichés hors d'usage; sa musique cherche à suivre le mouvement dramatique, ahandonnant en apparence les anciennes subdivisions en airs, duos, trios, etc.; mais cela n'est qu'une apparence, car la coupe traditionnelle des morceaux à effet apparaît à chaque acte.

Le 14 janvier 1900, on joua, pour la première fois, au " Teatro Costanzi <> de Rome, la Tosca. Le livret a réduit l'œuvre célèbre de Sardou à sa plus simple «pression, et, sur ce drame qui galope, le maestro a écrit une partition profonde et sincère. C'est du théâtre, et c'est aussi de la musique, et même de la bonne musique, avec quelques trouvailles mélodiques. On retrouve dans celle œuvre la clarté, le mouvement, la passion et même l'écriture brillante qui ont tant fait le succès de la Vie de liohi'iue. Il est diflicile d'oublier, parmi les morceaux à elfet, le beau Te Deuin qui termine le premier acte avec accompagnement d'orgue et orchestre, et le charmant prélude symplionique du troisième, dépeignant le lever du jour avec les sonneries de cloches qui saluent le réveil de Rome.

Madame hutter^ij, primitivement créée à la « Scala » de Milan 1 1904), y fut sifllée très irrévérencieusement sous prétexte des réminiscences de la Vie de Bohème. Mais, l'année d'après, Puccini réussit à la faire applaudir, heureusement modifiée du reste, à Turin, à Brescia, à Bologne, à Naples, à Palerme, à Buenos- Aires, à Londres et à Paris. Madame Butlerflij est, sans aucun doute, le meilleur ouvrage de l'auteur de la Tosca. La pensée mélodique toujours élégante et chaleureuse, l'harmonisation toujours recherchée, l'orchestration variée, line, amusante, expressive et riche, telles sont les qualités de cette vivante partition.

La première de sa Fanciulla del FarAVesl (Fille du Far-West), fut donnée au « Metropolitan Théâtre » de New-York. Je suis mauvais juge pour décider de

la mesure où la l'anciitlla ilel lùii-Wcst est « américaine " ou non; mais le " r;ige-lime » de la musique du « banjo » y joue un grand rôle et produit de très heureux elTets. Comme toujours, c'est l'ambiance di; l'ii'uvre qui est sa i|ualité essentielle : dans la Fanriullu del Ear-Wrsl, elle a surtout de la saveur au cours des deux premiers actes, où palpite vraiment une atmosphère saisissante et douce à la fois, mélancolique et rude. On a fait toujours un immense succès à cet ouvrage, où abondent aussi les " dessous » mélodiques, ingénieux, d'un ilessin charmant, habilement sertis. Dans cette o!Uvre Puccini n'est pas resté insensible à la production de l'école française moderne. Il suflit, pour s'en convaincre, d'entendre les premiers accords de la Fanciulla drl Far- West : la gamme par tons ne fut jamais employée par Puccini avec tant de fréquence. La constitution de son o'uvre s'est, elle aussi, modiliéi!. Certes, on y retrouve ces grandes phrases où abondent les octaves et b'S quinles, qui sont le propre du pathétique de la Tosca et de la Vie de Bdliriiie, mais on y trouve aussi des successions de secondes, des frôlements, des groupements harmoniques, qui sont neufs dans la manière de Puccini. Cette partilion est, je ciois, depuis sa .Mamm Lescaut et sa Madame BullerjUi, son ujuvie la plus remarquable, du moins celle qui intéressera le plus les musiciens.

FERRARI (Gabriella, née Colombani de Montègre) naquit à Paris, en 1860, de parents italiens, qui allèrent s'installer de nouveau en Italie quelques années plus tard. C'est au Conservatoire de Naples qu'elle étudia les premiers éléments de la composition avec Paolo Serrao. Après son mariage avec Francesco Ferrari, elle retourna à Paris avec son mari, qui appartint pendant de longues années à la rédaction du Fiijaro. Dans cette ville, elle travailla la composition avec Charles Counod, dont elle fui, avec Bizet, la seule élève; puis, après la mort du maître, elle eut comme professeur Alfred Apel, du Conservatoire de Leipzig. M™» Ferrari , qui avait été élève, pour le piano, de Ketten, se fit bientôt connaître et apprécier comme pianiste. C'est elle qui fit entendre, la première, en France, les œuvres pianistiques des maîtres russes. Elle fut aussi une interprèle très applaudie de Bach, Beethoven, Liszt et Chopin. Vers 1893, elle se laissa tenter par la composition, et, à partir de cette date, elle s'y consacra entièrement. Sa première œuvre théâti'ale, un opéra en un acte, Sous le manque, fut représenlée à Vichy en 18',l8. Ce premier succès encouragea M™" Ferrari à persévérer dans cette voie et à donner des œuvres plus importantes.

C'est en 1909 que le Cobzar fut représenté au théâtre de Montecarlo, où il fut accueilli très favorablement. En 1910, ce même opéra fut joué au théâtre d'Ai.x-les-Bains, et deux ans après à 1' « Opéra >> de Paris, où il obtint le plus vif succès.

La musique dont M"° Ferrari a illustré ce drame tumultueux et violent a le grand mérite d'en présenter une traduction parfaitement exacte et fidèle. Expressive toujours, déclamée avec énergie et justesse, elle ne s'égare jamais. Elle dit bien ce qu'elle veut, et ce qu'il fallait dire, avec une sobriété voulue, une fermeté, une juste vigueur qui lui communiquent, dans les scènes pathétiques, une émotion prenante à laquelle le public ne saurait demeurer insensible. La forme, partout très libre, ne tombe nulle part dans l'indécision. La couleur est très brillante et très personnelle.

ENCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIOWAIliE DU CONSERVATOIRE

En outre de ces deux œuvres théâtrales, qui ont déjà été jouées, M°"= Feirari travaille à trois autres, qui vont affronter le ju^xeraent du public parisien. Elle a écrit aussi des pièces orchestrales de chant ou de piano, entre lesquelles je citerai le Tartare, cantate avec chœurs et orchestre, et la Hapsodie cxpagnoUste.

FRANCHETTI (Alberto) naquit à Turin, le 18 septembre 1800. Ses parents étaient très riches, mais il n'en étudia pas moins au Conservatoire de sa ville natale d'abord, avec Nicolo Coccon et Foilunato Map^'i, ensuite à Dresde avec Draecke, et au Conservatoire de Munich.

11 parait avoir appris de ses maîtres allemands la manière de traiter avec une grande habileté les masses symphoniques, ce qui est une qualité très demandée chez les compositeurs d'opéras.

Ses opéras sont au nombre de cinq : Asrai't, en quatre actes, qui fut tout d'abord joué en 1888 à Brescia et puis à la « Scala » de Milan, et toujours avec un grand succès. La municipalité de Gènes lui commanda un Cristoforo Colombo (Christophe Colomb) en quatre actes, pour fêter le si.xième anniversaire de la découverte de l'Amérique par le grand Génois. Cet opéra fut représenté au « Carlo Felice » en novembre 1892. 11 contient une admirable scène d'ensemble au premier acte, mais il païut au public comme une apothéose plutôt que comme une œuvre musicale.

Fior d'Alpe (Fleur d'Alpe), en trois actes, et il Signor di Pourceawinac (Monsieur de Pourceaugnac), en trois actes également, furent joués tous les ileux à Milan, le premier en 1894, le second eu 1897. Ils eurent moins de succès que Germania (Allemagne), représentée en celle même ville, le 11 mars 1902. Le livret de ce drame lyrique très touffu écrit à la plus grande gloire de l'Allemagne qu'il symbolise par son sujet, peu scénique dans sa mise en œuvre, a recueilli moins d'éloges que la musique. Celle-ci, conçue, jusqu'à un certain point, dans le système waguérien, sans morceaux concertés, avec emploi des leit-niotifs, s'est fait remarquer sinon par la nouveauté des idées, au moins par son ampleur, sa puissance et les qualités d'une riche instrumentation, traitée avec beaucoup d'habileté.

Une symphonie en sol mineur complète l'énuméralion de ses œuvres.

Depuis plusieurs années, Franchetti travaille dans sa superbe villa; ou donne à son nouvel opéra des titres différents, mais on attend toujours d'en connaître le véritable.

BOSSI (Enrico) naquit à Salto, sur les bords du lac de Garde, en 1861. 11 a dirigé le Conservatoire de Venise et dirige actuellement celui de Bologne. 11 est le meilleur organiste d'Italie et un compositeur de haute valeur.

Ses oratorios, il Paradiso pciduto (le Paradis perdu) elle Canticwii Canticorum (le Cantique des Cantiquesl, ont d'abord été joués à Leipzig et ensuite dans les plus importantes villes d'Allemagne et d'Italie.

Parmi ses autres œuvres principales je noierai : un Concerto pour orgue et orchestre, une suite pour orchestre, deux trios, deux sonates pour orgue, deux sonates pour piano et violon et un recueil de charmantes pièces pour instruments à cordes intitulé Intcrnwzzi Goldonlani (Intermèdes goldoniens).

Bossi est un compositeur des plus éminents de l'époque actuelle, mais son grand talent ne trouve pas dans la Péninsule un champ d'action digne de son

mérite. Sa tendance musicale très moderne consiste principalement dans une polyphonie variée, qui n'exclut ni la clarté de la mélodie ni la concision de la forme.

ZANELLA (Amilcare) naquit à Plaisance en 1863. Il fit ses études musicales au Conservatoire de Parme, oii il avait obtenu une bourse gratuite. Dès qu'il eut son diplôme de macMro, il fut amené par Mancinelli, qui en avait fait son second, à Buenos- .\ires, où il resta quelques années, ayant été nommé, par le gouvernement argentin, membre de la commission des beaux-arts. A son retour en Italie, il fît une brillante tournée à la tète d'un orchestre. En 1906, il fut nommé directeur du « Liceo Kossini » (Conservaloire) de Pesaro.

Comme compositeur, il possède un bagage important : un trio, un nonetto, une fantaisie symphonique fuguée à quatre sujets, un poème symphonique, la Fi'dc (la Foi , une symphonie en mi et un opéra en trois actes, Osanna (Hosanna). Ses ouvrages se font remarquer par leur couleur orchestrale et la hardiesse de la technique, qui ne s'éloignent pourtant pas des grandes traditions des anciens maîtres.

GIORDANO (Umberto) naquit à Foggia, le 27 août 1863. Son père, qui était ouviier, aurait voulu que son (ils l'aidât dans son travail. Mais, grâce aux conseils de quelques amis, qui avaient remarqué chez lui un vrai tempérament de musicien, l'enfant put recevoir l'instiuction musicale qu'on pouvait lui donner, à ces temps, dans la petite ville de province où il était né. Kn 1879, il entra au Conservatoire de Naples. 11 y étudia la composition et le contrepoint avec Paolo Serrao. En 1887, il avait déjà écrit et fait jouer un opéra, Marina (Marine), qui attira sur lui l'attention de l'éditeur Sonzogno, lequel lui confia la composition musicale d'un autre libretlo, Mala Vita (Mauvaise Vie), inspiré des gestes et des mœurs de cette plaie qui infestait la province de iNaples et s'appelait cdmona. Cet opéra fut joué à Rome en 1892, et son succès doit être attribué plutôt à son actualité qu'à sa valeur musicale.

Giordano composa ensuite un Regina Diaz, qui échoua à Naples en 1894. Il prit sa revanche à Milan, en 1890, avec son Andréa Chénier (André Chénier), dont le livret, très dramatique, a le rare mérite d'être théâtral, rapide et fertile en incidents pathétiques. La partition est très musicale, très sincère, remarquablement orchestrée et fort habilement traitée au point de vue scénique. La clarté, la chaleur, la sève mélodique, la justesse de l'expression, la vigueur de l'accent, la variété et le mouvement, telles sont les qualités maîtresses de celte œuvre jeune et vivante. Cet opéra lît éprouver à Giordano les premiers succès de sa carrière et fut joué, de suite, sur les plus grandes scènes d'Italie et de l'étranger.

En 1897, Giordano, donna une deuxième édition, revue et corrigée, de Mala Vila, qui reparut sous le titre de il Yoto (le Vote).

En 1898, on représenta à la « Scala » sa Fcdora. La célèbre pièce de Victorien Sardou n'est pas un sujet vraiment lyrique, el, bien que la musique en soit toujours habilement écrite par un homme qui a véritablement le sens du théâtre, ou ne trouve malheureusement pas, dans cette parlilion de Giordano, la belle émotion que procure le poignant second acte de Sibcria (Sibérie), qui reste son chef-d'œuvre et fut donné à Milan en 1904.

IIISrolliE /)/■: LA MI'SIOI'E

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