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LÀ MUSIQUE RELIGIEUSE ALLEMANDE

DEPUIS LKS .< PSAUMES ■> DE SCflUTZ (IGIO), JUSQU'A LA MOUT DE ISACII (17r)0)

Par André PIRRO

PROFESSKCR D'iIISTOmB DK l'auT A LA FACUI.TK Di:S LIÎTTRKS DE TARIS

« Parce que je composai ces psaumes iit sti/lo recitadvo, style jusqu'ici presque inconnu en Allemagne et, à mon avis, le plus convenable pour la musique des psaumes, que l'on récite ainsi sans multiple répétition des paroles, je prie amicalement ceux qui n'ont point connaissance de cette manière de bien vouloir exécuter mon œuvre sans hàle et de garder une allure modérée, afin que les paroles puissent être articulées intelli^iiblement par les cbanteurs et comprises. S'il en est autrement, rien ne sortira de là qu'une fort désagréable harmonie, tel le bourdonnement des mouches en querelle [Bitlliiglin (H Mosche), ce qui est tout à fait opposé à l'intention de l'auteur. »

Voilà, résumée en ces lignes, la déclaration qui précède le premier recueil de « musique récilative » publié en Allemagne, en 1619, par lleinrich Schiitz, le maître de chapelle de l'électeur de Saxe. Le musicien qui mettait ainsi la parole au premier rang avait étudié l'art des réformateurs italiens. Fils de Christophe Schiitz, liôlelier de la Giue rf'Or. à Kiistritz, sur l'Elsler, il ne semblait point qu'il fût destiné à la musique. Dans sa famille, rien qui l'y déterminât par hérédité : le nom seul de sa mère, Euphrosyne, est comme un présage vague du sort de Heinrich'. De ses aïeuls, l'un, Johann Bieger, bourgmestre de Géra, était homme de loi, l'autre, Albrecht Schiitz, administrait les finances de Weissenfels, où il possédait l'hôtellerie '/.iim Schiitzen. Ce dernier mourut en i;i9l. Son fils Christophe s'établit dans la maison (ju'il lui laissait-. Et telle fut la cause de la fortune de Heinrich Schiitz. Car il advint que, un jour de to98, le landgrave Morilz de Hesse-Cassei, passant par Weissentels, prit quartier dans l'hôtellerie des Schûtz et que, pour honorer le prince, Heinrich chanta devant lui. La voi.x claire du jeune garçon charma .Moritz. Il demanda à ses parents de l'envoyer à Cassel, pour être choriste en sa chapelle. Sur la promesse que leur fils serait élevé « dans la pratique des arts libéraux et des nobles vertus », ceux-ci acceptèrent l'offre du landgrave. Le 20 août

1. i. Kuphnisyiie pst la joie que nous cause la pure dr*leclalion de \a voix musicale et hacmonieuse, >• a dit Pontus de ïliiard.

2. H devint bourgmestre de Weissenfels. Walther, Musicalisches Lexifcoii, i73i.

Cop'jrif/kt Ijrj Ch. Delagrave, 1913.

t'i99, l'écolier chanteur fut coniluil par son père à Cassel. Il était alors àsé de prés de quatorze ans, étani né à Kostritz au mois d'oclolire tSS.ï, « le jour de Burckhard ». Reçu au Colh'iiiain Maurilianum, tout nouvellement fondé, il l'ut formé « avec des comtes, des nobles de haut rang, et d'autres braves esprits, à toutes sortes de langues, d'arts et d'exercices^ ». A la chapelle, il avait pour maître Georg Otto, qui a laissé des compositions à plusieurs voix, écrites dans le style de l'école vénitienne.

De Cassel, Schtllz passa, en 1C07, à l'Université de Marbourg, pour y étudier le droit. Après deux ans d'études, il soutint brillamment une discussion publique » sur les legs ». Mais il avait dû continuer à montrer quelque aptitude particulière pour la musique, car, en 1(J09, Morilz lui oll'ril un slipendium de 200 thalers par an, pour aller prendre à Venise des leçons de Giovanni Gabrieli, auquel le landgrave avait déjà envoyé, en 1505, l'un de ses protégés, Christophe Cornet. C'est ainsi que, « par sort », Schiitz fut voué à la musique, sans l'avoir désiré, et contre le gré de ses parents. Il accepta les propositions du prince, plutôt par « curiosité de voir le monde » que par expresse vocation d'artiste. Aussi les premiers temps d'apprentissage lui furent-ils pénibles, et il ressentit avec angoisse les déplaisirs dont sont communément tourmentés ceux qui, déjà presque maîtres en quelque science, deviennent, pour acquérir un nouveau talent, de tardifs écoliers. A force de travail, il sortit de cette crise de regrets et d'incertitude. Dès 1011,11 offrait au landgrave un recueil de dix-neuf madrigaux à cinq voix, qu'il publia à Venise. Cette œuvre est toute nourrie de la pensée de ses maîtres et toute revêtue des livrées d'Italie. Dans la dédicace, écrite en italien, sa reconnaissance pour le prince est exprimée en un langai'e où lleurissenl les concetti, et les louanges qu'il adresse à son maître Gabrieli ne vont point sans pointes. Mais, après avoir paré son style d'écrivain de leurs oripeaux, il nous montre qu'il a su prendre aussi chez les hommes d'outre-monts ce qu'ils avaient alors de meilleur : l'italianisme qui se manifeste dans les préfaces de Schûtz, par des erreurs de goût, n'apporte à ses

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