Voyez Beinrkh Schàtz, par A. Pirro {Alcan
ENCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIONNAIRE DU COASE/iVAroiHE
madrigaux que charme, souplesse et clarté'. Ces qualités, jointes à la ferme écriture du contrepoint, ne valurent à l'auteur que des éloges : les Vénitiens le félicitèrent, et ses parents eux-mêmes reconnurent enfin que « Dieu, sans doute, avait désigné leur fils pour l'état de musicien ». La pension du landgrave étant épuisée, ils se décidèrent à l'entretenir quelque temps encore en Italie.
Il ne revint donc en Allemagne qu'après la mort de Gabriel! , de ce maître aux harmonies colorées et aux fortes images expressives- (i(:H2|. Moritz le nomma organiste de la cour, avec :200 thalers de gages, et ses parents réussirent à lui faire reprendre ses livres de droit. Mais cette situation incertaine dura peu. Au mois de septembre 1614, il fut invité à Dresde aux fêtes du baptême du prince Auguste, deuxième fils de Jean-Georges \", électeur de Saxe. Le vieux Rogier Michaèl était mailre de chapelle en litre, et Michel Praetorius composait, pour la chapelle du prince, des pièces qu'il envoyait de Wolfenbuttel, où il résidait. Schut/, fut chargé de faire entendre de la « musique de table ». Au mois d'octobre, il revint à Cassel, fut redemandé par l'électeur dès le mois d'avril suivant (161'i), mais n'obtint de congé de Moritz qu'au mois d'aoiit : son mailre lui accordait deux années de liberté. Il ne le laissa point en jouir pleinement : à la lin de 1015, il le rappelait déjà de Dresde, alléguant que les jeunes princes avaient besoin de ses leçons. Schiilz dut quitter [Dresde et ne put abandonner dénnitivemenl le service de Moritz de Cassel qu'en 1617, en faisant valoir qu'il était né sujet du prince de Reuss, vassal de l'électeur de Saxe, et n'appartenait point au landgrave. Moritz se rendit à ces raisons et céda, non sans notdesse, n'ayant pour son musicien que de bienveillantes paroles d'adieu : en signe public de distinction. Il lui remit son portrait suspendu à une chaîne, afin qu'il piît le porter à son cou, suivant l'usage. A la cour de Dresde, Schûtz devenait, pour toujours, lié sans réserve à la musique. Dans son esprit, plus de partage possible. Quand il servait Moritz « le Savant », comme on le surnommait, la vie de l'esprit était sans cesse sur le point de l'emporter. Pour ce prince, qui d'ailleurs savait composer^, la musique comptait parnji les « disciplines » de l'intelligence , il la pratiquait comme la théologie, le droit et la poésie. Près de lui, l'homme éclairé et mesuré, le juriste prudent, qui étaient en Schiitz, risquaient d'interdire la parole à l'homme» simplement
homme » qui devait s'exprimer avec tant de sincérité par la voix du même Schûtz. A Dresde, au contraire, tout ce qui pouvait exalter la sensibilité s'étalait, et la part faite à la culture intellectuelle restait modique. Si la chapelle était renommée, en outre, c'est que les cérémonies d'église florissaient en ce pays, où l'on était resté fidèle aux coutumes quasi catholiques de l'église luthérienne primitive. On y chantait encore ïintroit en latin : ainsi Rogier Michaël avait publié en 160.3, pour la seconde fois, les hiliuiliis dommicorum dierum ne prdccipuonim festoriim à cinq voix qu'il faisait chanter depuis près de quatre ans (lo09) à la chapelle du château'. La survivance des usages romains devait favoriser l'art du compositeur formé à l'école de Gabrieli, maître de la musique décorative. En outre, les fêtes solennelles, " politiques » aussi bien que rejigieuses, étaient fréquentes à la cour. L'empereur Matthias vint à Dresde peu de temps après que Schiitz y fut définitivement iixé^ On le chargea d'écrire des vers de bienvenue, en latin et en allemand, et de les mettre en musique. La poésie seule de ces pièces de circonstance a été conservée, mais c'est sans doute de la composition de Schiitz qu'il est question dans le Mercure f'ram-ûis , à la date du 4 aoiît 1617, quand nous y lisons : ,11 En entrant dans le château de Dresde, la musique des voix et d'instruments qui étoit dessus la porte fit une douce mélodie sur la bienvenue de Sa Majesté Impériale. » En 1618, Schiitz écrit deux chants de noces. Et telles sont les prémices de la grande œuvre que nous avons citée d'abord, et ou nous allons trouver pleinement révélés les caractères de l'art émouvant et très divers que lui inspire la méditation intelligente des textes qu'il traduit. Nous avons vu ce qu'il exige de ses chanteurs , dans la préface de ces Psaumes. S'il réclame une telle netteté de débit, c'est qu'il s'est ingénié à mettre dans sa musique toute la force des paroles. Dans chacun des psaumes, nous rencontrons quelque marque éclatante de !cette volonté d'initier les Allemands à des elfets qu'ils connaissent peu, et de leur en faire comprendre la vigueur significative. Ainsi le psaume De profundh'' commence à peine que, sur le premier mot important, un accord pénétrant résonne et que le ténor reprend la note même que tient encore le soprano, pour indiquer, par ce ton qui perce au milieu de l'harmonie grave des autres voix, la véhémence du cri lancé vers Dieu" :
Sop. Ans der Tie
fe.
ZQZ
ruf ichJHerr,
2U dir
Ténor Aus der Tie.
fe ruf^ icli.HeïT, ruf"* iclijlt^rr, zii dir