Xéhêmias, .Xll
EXCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIOSSAIRE DU COiSSERVATOIRE
tons plus bas par les autres chanteurs. Sans doute en était-il de même chez les Israélites. Le chant d'un seul était repris par les chœurs. Des cymbales rythmaient la mesure.
Le culte fut rétabli, ainsi que nous l'apprennent les livres d'Ezra et de Néhémie. Mais avec les instruments nouveaux qu'ils avaient appris à fabriquer, avec les lois nouvelles dont ils s'étaient pénétrés pendant leur exil, les prêtres avaient apporté les éléments de modifications importantes dans l'ordre des rites et dans l'organisation de la musique du culte. Car, malgré tout ce qu'on a dit de l'attachement des Juifs à la tradilion, à la lettre judaïque, aux textes et aux mœurs anciens, il n'en est pas moins vrai que des transformations se produisirent, le plus souvent par suite d'infiltrations lentes, mais quelquefois aussi grâce à une révolution subite, due aux exigences du temps et des circonstances. C'est ce qui se produisit lorsque les Juifs exilés retournèrent dans le pays de Canaan.
Sur toute la période qui va du v° siècle avant l'ère chrétienne jusqu'au milieu du i'"' siècle après Jésus- Christ, le Talmud, dont la première partie [Mischna) fut close vers la fin du n» siècle (183-190), nous fournit des renseignements nombreux. Mais il est difficile d'en faire le départ et de déterminer avec précision les dates des progrès réalisés dans l'exercice de lamusique, religieuse ou profane, sans entrer dans la discussion des textes et sans se livrer à une casuistique qui serait déplacée ici. La deuxième partie du vaste ouvrage qu'est le Talmud ne fut arrêtée et terminée qu'au v" siècle. Elle signale, à propos de l'emploi de la musique dans le temple de Jérusalem (détruit l'an 70 de l'ère chrétienne), des noms d'instruments, d'artistes, de chanteurs, d'instrumentistes de toutes sortes dont la réputation avait survécu, après plusieurs siècles écoulés. Mais les indications concernant le système musical, le jeu des solistes ou l'accord des parties, sont souvent contradictoires. Il est difficile de démêler la vraie tradition.
Aussi renvoyons-nous le lecteur à l'article qui sera
consacré à la musique rituélique et religieuse Israélite.
Nous nous contenterons de donner ici, comme appendice à ce chapitre sur l'histoire de la musique chez les Hébreux, la nomenclature des noms d'instruments et de tous les termes musicaux que l'on rencontre dans les textes de la Bible. Nous y ajouterons les détails que nous possédons touchant leur forme, leur disposition et leur valeur, autant du moins que nous le permet la science moderne, qui a pu les identifier en étudiant leurs étymologies.
Ce que nous voulions surtout montrer dans cette étude, c'est l'importance du rôle que joua la musique dans l'histoire des Hébreux, d'après les mentions que nous en fait la Bible, le seul document que nous possédions sur cette civilisation reculée. Ce rôle, on l'a vu, est considérable, et, bien que nous soyons fort ignorants de ce qu'étaient ces chants des Hébreux, nous ne pouvons douter qu'ils n'aient eu une valeur artistique considérable, en rapport avec l'élévation et la pureté de la foi. Le psaume CL ne permet aucune incertitude à cet égard. Il est évident qu'un peuple auquel on donne les commandements qu'on va lire, devait être musicien, de la même façon qu'il était religieux :
" Louez Dieu dans son sanctuaire; louez-le sous le firmament, siège de ses jours.
« Louez-le pour sa puissance; louez-le pour son immense grandeur.
« Louez-le au son du scliofar; louez-le avec le luth et avec la harpe.
« Louez-le avec le tambourin et avec les instruments de danse; louez-le avec les instruments à cordes et avec la fiûte.
« Louez-le avec ses cymbales sonores; louez-le avec des cymbales claires et résonnantes.
" Que tout ce qui vit et qui respire loue le Seigneur. Alléluia'. »
1. Ce psaume, qui esl devenu, dans te culte ralliolique. te Laufiate Bominum, 3i été illustré par Delta RobLia dans les bas-reliefs qui oroenl la tribune des orgues, à Florence.
Grand rabbin ABRAHAM CAHE.N, 1910.
TABLEAU DES TERMES HÉBREUX AYANT RAPPORT A LA MUSIQUE employés dans la Bible comme noms ou comme verbes.
Dans l'ordre du Pentateuque ou Cinq livres de Moïse nous trouvons la mention des instruments suivants :
1. Kinnor TIjD {Genèse, IV, 19-21 1. .\ora qui, à l'endroit indiqué, doit comprendre l'ensemble des instruments à cordes, que l'auteur a dénommé ainsi à cause de la grande popularité de ce nom particulier. Le Kinnor, à son point de départ, désignait seulement la Harpe, et, d'après tous les commentaires bibliques, la Harpe à dix cordes (V. Josèphe, A»?., VII, xii, 3l. D'après saint Jérôme, la forme en aurait été celle du delta grec, et il avait 24 cordes. Dans le livre des Chroniques il, XV, 21 1 il y aurait le Kinnor à huit cordes, et on suppose que la forme en était celle de la guitare. On le touchait au moyen du plectrum iV. Josèphe, Ant., Vil, XII, 3) ou avec la main [Samuel, l, xvi, sxiii, sviii, X, etc.).
2. Ourjab 2yrj {Genèse, IV, 10-21). Dans ce passage, où il est question de la musique à l'époque antédiluvienne, ce mot semble nous représenter les instruments à vent sans aucune distinction ni détermination; et dans les autres passages où il est mentionné, on lui donne généralement le sens de flûte. On va même jusqu'à l'assimiler à la flûte de Pan de sept tuyaux de difl'érentes longueurs partant d'un bout à égale hauteur et finissant en dégradation.
3. Toph ^in (Genèse, XXXI, 27i est un instrument à permission d'après l'étymologie du mot et doit être traduit par tambourin outympanon. Dans le passage indiqué, il est accompagné du terme Kinnor.
4. Meholoth ÎTl'jinD [Genèse, XXXI, 27 1, singulier mahol '?inD. Ce terme est mentionné dans l'Exode,
// / s r OfRE DE LA ^fllSIQVE
XV, 20, et suit le mot Tonpim, pluriel ilc Toph (n" 3). Presque partout où ce terme est employé il peut avoir le douille sens de : 1" danse, 2" iiistiumeiit accompagnant la danse (V. K.voilo, XXXll, l'.)l. Le nom de Mahabt n'7nD, (jui, d'après beaucoup de savants, n'est autre que le mot mnhtd '?inD avec la forme l'éniinine, serait une variété de cet inslrument. Comme ce nom se trouve f;énéralement en compasiiie de l'instrument nommé Toph, on a juj-'é qu'il devait être ilu même penre (instrument à yterninsion) et de même forme pour la cadence de la danse; on a dit aussi que Mahol représentait le Sistre, et Malutta était le même avec un maiiclie ou poignée.
b. Schopliar "iSID et Koicn pp, mentiorniés dans lascénedu Sinai \E.vocle,\\\, 13et I6i, instruments à vent l'ail s de corne creuse, sont des Ironipeltes recourbées. Tous deux sont souvent accompagnés du mot Yobel, qui, d'après leTalmud, serait le nom ancien et chaldéen du bélier. D'autres attribuent l'origine du nom de Yiibcl à la fête jubilaire ou cinquantenaire de la liberté et du retour de la terre aux anciens propriétaires, qui était proclamée au son du Schophar (V. Lcvi. XX.W, 10 et pnsx.]. Le Sclmphar n'était utilisé ni dans l'orcbeslration ni dans l'accompagnement du chant, mais seulement en sonneries isolées, soit à la guerre (V. Josuc, V, 4 et passim), soit dans le service religieux tel qu'il est encore utilisé aujourd'hui dans la synagogue lors de la fête du nouvel an. Le Keren élait plus courbé que le Sclmp/tar.
6. Il'iiocfra ou Haroccrclh msiïn, trompette faite de métal qui servait de signal pour les cérémonies du culte ou les mouvements des troupes et les marches de l'armée. Elle n'était pas utilisée dans les chœurs et dans l'ensemble de la musique, et l'objection tirée du verset {Il Citron.. V, 12l, où il est question de 120 trompettes faisant partie des chœurs utilisés dans le temple, peut s'expliquer par l'application de ces sonneries pour cette cérémonie.
Après ces noms mentionnés dans le Pentateuque, en suivant l'ordre des livres bibliques nous trouvons, en fait d'instruments de musique, les mentions suivantes :
7. ycbel b2j (Ps. XXXllK La racine hébraïque de ce mot s'applique à une outre que l'on remplit de vin ou de miel. De là certains savants ont établi qu'il ressemblait au luth, et qu'il y avait un luth 733 de dix cordes IVCI' i'?i" iPs. XCV, 4).
8. Hidil ^''in apparaît pour la première fois dans l'histoire de Saiil il Samuel, X, 3), alors que le prophète lui annonce sa future royauté et sa transformation en un être inspiré, lors d'une rencontre prochaine avec la troupe de l'école des prophètes el des musiciens jouant dn nehcl. du toph et du halil. Flûte faite de roseau, de bois, ou de corne, qui avait différentes longueurs et formes, simples ou doubles. On s'en servait dans les orchestres pour l'accompagnement lie chants de joie ou de tristesse, selon les modulations données aux sons par les trous, ce à quoi fait allusion le prophète Ezéchiel, XXVllI, 22.
9. Schalichim Q^V^bz' il SdOiifc/. XVIII, 71 serait un triangle, d'après la racine du mot. Etait artistement manié par les femmes, tout comme les tambourins.
10. Mananaim (1. II Sam., VI, ol □''"j"jD. D'après les uns, le Sistre, d'après d'autres une sorte de Chapeau chinois dans le genre de ceux usités au.'c temps modernes dans les orchestres militaires. Sa racine s'applique aux deux genres d'instruments.
HÉBREUX
11. rrlccliin D'''?!:'?^ (1. Il Sam., VI, ii| ou Mecilitaim DTi'jSD 1/ Chr., XIII, 8). Tous deux, tirés de la même racine t'alal hb'i : l'un a la forme du pluriel, et l'autre celle du duel, représentant les cymbales et les castagnettes selon les sons qu'elles produisaient iV. l's. CL, loi; les premières seraient désignées par nviin ''b'sh'i et les autres, les castagnettes, par VDC? l'jsbs
12. Minim D'^JD, qui ne se trouve que dans le Ps. CL, a fait l'objet de diverses suppositions. La plus généralement admisiî est que ce mot représente les cordes dont on se servait pour harpes, lyres, luths et tous instruments de ce genre.
Il parait aussi représenter un instrument spécial à trois et à cinq cordes connue on les trouve reproduites sur certaines monnaies macchabéennes (lig. 149-lo0).
Fis. 119.
Fui. lûO.
Il faut généralement nous représenter certaines épigraphes de psaumes comme l'indicalion d'une mélodie populaire fort connue, et c'est ainsi qu'il faut considérer les en-téte ou épigraphes des psaumes LVII, Al Taschhœth nncn ?1*, XXII, Atjijelet hhaschahar "ncn rh^a, LVI, Yonat Elim Rehukim D''pin'n
Il résulte de tout ce qui précède que les instruments à cordes étaient au nombre de deux principaux, Kinnor eii\ebel, mais qu'ils se divisaient en un plus grand nombre d'espèces, selon la forme, le nombre des cordes et des sons. Ces instruments k cordes s'appelaient Neguinoth nir^J, et la racine hébraïque du mot ]j2 est employée presque toujours dans les temps anciens pour désigner le jeu du Kimior, comme nous le voyons dans l'épisode de David et de Saul i/ Sam.].
Dans les temps modernes le mot Nerjidnah ni'^jj s'applique également à la mélopée de la lecture de la loi dans le service religieux.
Les instruments à vent, auxquels on peut appliquer le terme Nehiloth m'7"'n:, étaient au nombre de quatre principaux : Oiigab, Halil, Haroçera et Schophar ou Keren; et enfin les instruments à percussion également au nombre de quatre : Taph, Calcelim, Mananaim et Schalischim.
Mais dans le livre de Daniel (ch. III, v. a et 101, qu'il faut attiibuer à une date bien postérieure, on trouve la mention, en langue araméenne, de plusieurs instrumenta : 1° Kol karna XJTp bp, 2" ilaschrokita Nn^p1"'C?D, 3° Kathros Onnp , i" Sabecha N:2D, o" Psanterin WID^DZ, 6° Soumponiah ou Soxiponiah rfJDID ou rr'iSt^lD, qui sont d'origine chaldéenne.
EXCVCLOPÉDIE DE LA MlSIQl'E ET DICTIO.\\\AIRE DU CO.XSEnVATOrRE
Le l", Kol karna Njlp bj", n'est autre que le Keren (n» 6).
Le 2% Maschrokila NDipnC'C, est assimilé ù une des nombreuses formes du lialil in° 81 ou fliUe que l'on retrouve en liébreu sous le nom de Mizmkolh \li Chr., XII, 13).
Le 3"=, Kalhros 0^1î)^p, dont l'étymologie avec l'arabe Kouitrn semble désigner une des formes de la guitare (Kithara grec).
Le 4% Sabecho N'33D, serait assimilé au Schalisch
Le Yi", Psanterin jnniCS, serait le P.'iiillerion grec d'après certains commentateurs, ou plutôt le luth, variété du Nebel [W 4).
Enfin le 6'^, Soiim})oniali rT'iDCIC, serait une flûte composite assez compliquée, qui n'aurait pas existé chez les anciens Hébreux, mais seulement en Chaldée, et importé en Palestine au retour de l'exil.
Il nous reste à mentionner un certain nombre de termes qui sont employés à propos de la musique el qu'il nous faut interpréter pour compléter ce tableau.
A. 1° Selah n'?D. D'après l'étymologie, veut dire probablement élévation du ton, ou peut-èlre interruption complète du chant, pour laisser l'orchestre accentuer sa musique et le passage d'un ton à un autre.
2° Lnmnaccnk n2JjD7 se trouve en très grand nombre en télé des psaumes et signifie un chef d'orches- Ire, ou plulôt unt'/riîiose, un chef d'attaque. C'est ainsi que l'on trouve ce substantif désignant tout virtuose dans un art quelconque (// C/tcon., XXXIV, 13), et on trouve la désignation spéciale de virtuose sur tel instrument ou tel genre de musique. Ainsi Ps. XXXIX il est question d'un virtuose genre Yedoutoun, tout comme dans les théâtres on connaît les genres différents d'acteurs par les noms de ceux qui s'y étaient fait remarquer : un virtuose sur le Gaitilh. un virtuose sur les instruments à cordes (Ps. VIllj, etc., etc.
B. Les verbes employés pour désigner la manière de jouer des instruments dont nous venons de parler :
Taphnss CîD {Gen., IV, I9i, saisir, prendre, toucher, à propos du Kinnor et de ÏOugab.
Paraît l^^B {Amos, VI, Si, gaspiller, détailler, égrener des sons, à propos du Nebel.
Sakak pnc ill Sam., VI, 5), rire, s'amuser, jouer.
Patah nns [Ps., II, 3), commencer, ouvrir, introduire.
Nuguen pi, dont la prononciation et l'étymologie se rapprochent de Naga'JiZ, aurait également le sens de loucher, frapper.
Takah "pn {Nombres, X, lOl, enfoncer, à propos de Scliofar el de Ilarocera.
Mâchait î'ù'D (Genèse. XIX, 13; Josué, VI, bi, tirer, allonger, prolonger, soufUer longuement, à propos de Schofar et de Haçocera.
Roa •J^-| {Nombres, \, 9; Josué, VII, 20; Ps. LXV, 14), briser, marteler, hacher, à propos de Schofar, Haçocera et des cymbales.
Schour -)'V m Sam., XIX, 36; 7 Chron., XV, 16; Ka- Itelet, II I, voir, revoir, réciter.
Haza nin {Exode, XXXIX, 30; I Chron., XXV, oi, laper.
Taphaph ^iBn [Ps. LXVIII), frapper, ^oner du Toph.
Haçar TISn [I Chr., XV, 24), jouer de la Hacocerah.
Halal 'j'jri (7 Chron., I, 40), jouer du i7(i/(/.
Zamar TtDT |77 Chron., XII, 13 1 à propos du Nebel, du Toph et du Kinnor [Amos, V, 23; Ps. CXLIV, 9; Ps. Cil, 3), couper, trancher, cadencer.
Ranan pT {Is., XVI, 14).
Kanan pp (77 Chron., XXXV; 25; Jérémie, IX, 16).
iYcissa NCi [Jérémie, IX, 16).
Anna nJï (Exode, XXXII, 18) mw "jip.
Les mois al haguitith, al schosehanim, comme Alamoth, peuvent signifier sur des instruments, ou sur des modes de Gath, de Schoicschan et à'Elam.
Ab. C.