INTRODUCTION — TABLE DES MATIERES
La musique, je veux dire la poésie chantée, soutenue par les instruments et accompagnée par les danses, a pendant de longs siècles joué un premier rôle dans la vie chinoise : elle élevait les enfants des patriciens, elle figurait dans les palais et dans les temples. Pour être déchue de ce haut rang, elle n'occupe pas moins une large place dans la Chine actuelle, soit sous des formes savantes provenant peut-être de l'antiquité, conservées à travers les âges, classiques enûn {yà yà), soit dans les bonzeries et dans les théâtres où elle est revêtue d'aspects partiellement nouveaux et populaires. Elle a été cultivée avec zèle par des virtuoses et par des lettrés, par des sages, par des guerriers et par des empereurs qui en ont fait un art délicat et puissant, une science souvent subtile; tandis qu'elle affinait le peuple dans les limites de l'Empire, elle échangeait avec l'étranger ses harmonies de sons et de danses, dans un de ces trocs séculaires en quoi se résume une bonne moitié de la culture humaine : elle mérite donc d'être étudiée, et son histoire est un chapitre de l'hisioirede la civilisation.
De ce chapitre je tente d'écrire seulement une parlie, n'ignorant pas les lacunes de mon information : sur la musique bouddhiste et sur la musique populaire, sur le théâtre, j'ai trop peu de documents pour essayer de formuler des idées. La musique de khin, ancienne, essentiellement raffinée, a d'abord été signalée à mon attention par mon maître, Gabriel Devéria, dont je suis heureux de saluer ici la mémoire; c'est du même instrument que je me suis occupé en Chine, pendant les courts loisirs que j'ai pu dérober à des devoirs absorbants; partant de ce point, j'ai été naturellement amené à quelques recherches sur les théories des Chinois, et le temps m'a manqué pour prendre une connaissance suffisante de la musique
populaire : cette dernière recherche d'ailleurs devrait être poursuivie séparément dans les divers groupes de provinces et dépasserait la force d'un seul homme. Rentré en France, je ne pensais plus à utiliser des observations qui me semblaient trop incomplètes, quand les trésors de la Bibliothèque Nationale m'ont fourni un nouveau filon : c'est donc l'histoire de la théorie musicale et de la musique savante ou classique que je présente au lecteur. Pour insuffisant que soit cet Essai, il établit quelques faits et dégage quelques principes qui n'avaient pas encore été aperçus : j'espère donc que mon travail ne semblera pas inutile et que, dans l'aire ainsi délimitée, de jeunes musiciens sinologues viendront un jour creuser plus avant.
instruraents,système général de la musique, rhylhme et danse, emploi des chœurs et des danses dans les sacrifices et dans les banquets, valeur psychique et politique de la musique : toutes ces questions sont traitées ou indiquées par les ouvrages chinois énumérés dans le premier appendice et qui permettent d'acquérir une idée assez nette de la musique chinoise depuis deux mille ans, d'avoir même quelques notions sur sa condition antique. Mais les détails précis du rhythme et de la danse datent du xvi» siècle {n°^ 7o et sq.), et les plus anciens airs notés, à deux ou trois exceptions près, se trouvent dans des ouvrages de la même époque {n"^ 97, 98), encore que mélodies, danses et rhythmes soient donnés comme plus anciens. Thàng Yi-ming, auteur d'un traité de khin (n° 103i, déclare expressément que pour cet instrument il n'a pu voir aucun recueil antérieur au milieu du xvi= siècle. Nous réussirons peut-être à apercevoir le reflet, à imaginer l'écho des chœurs de danse de l'âge des Thing ou des époques antiques, mais nous ne les verrons ni ne les entendrons : tout cela a péri sans retour, et la notation précise, si elle a existé, n'en est pas descendue jusqu'à nous.
Si les ouvrages sur la théorie musicale sont nombreux, ceux qui traitent de la technique sont beau-
ENCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE ET DICTIOXNAinE PC CONSERVATOIBE
coup plus rares. Pour ne considérer que ces derniers, des titres ou sous-titres, tels que « liste de chants » et quelques autres, ceux par exemple des n"^ 91, 92, 93, 94 (les deux derniers sont déjà mentionnés dans le V/idng chou), pourraient faire illusion, semblant indiquer des recueils d'airs : mais les termes sont ambifîus, ly('o,yû fou et autres expressions analoj.'ues s'appliquant aussi bien aux poésies qu'aux mélodies; en fait, les quatre ouvrages cités ne parlent que de poèmes destinés à èlre chantés, la musique en est absente. Nous pouvons douter qu'il en fût autrement dans la plupart des traités portant des litres de ce genre et dont nous avons seulement l'indication. Il est à remarquer, d'ailleurs, que les livres musicaux ont péri en grand nombre; bornant toujours notre examen aux traités techniques au moins d'apparence, nous trouvons que, en dehors des n" 93 et 94, le Catalogue Impérial cite seulement trois ouvrages antérieurs aux Ming; deux sont de la dynastie des Yuên, un de la dvnastie des Song'. Le TMng chou (liv. 57, f. 9 v"), le'fiyeoM thdng chou (liv. 46, f. 10 v»), le Swêi chou (liv. 32, f. 13 v) mentionnent environ quarante ouvrages qui paraissent être des traités musicaux techniques; mais la plus récente de ces histoires dynastiques ne rappelle pas plus d'une quinzaine des ouvrages cités par les deux autres; il semble donc que le reste avait disparu. Quant aux trois traités de khin présentés aux empereurs Hân au i" siècle A. C. (Hàn choîi, liv. 30, f. o V), ils ne se trouvent plus dans le Sivci choi'i.
Enfm la notation musicale ne parait pas remonter plus haut que les Thàng; le Catalogue Impérial (liv. 38, préambule, f. 1 r") dit, il est vrai, que « les principes de la musique étaient contenus dans les rituels, les chants dans les recueils poétiques, la partie musicale et chorégraphique se transmettait chez les musiciens officiels »; il ajoute que, sous les Hàn, la famille Tchi rassembla les registres subsistants, yl phoii. Cette expression indique des documents écrits, mais je ne la crois pas juste : le Hdn chou (liv. 22, f. 8 v°) rappelle le même fait sans mentionner les registres et indique plutôt une transmission traditionnelle (voir p. 80).
Ces diverses considérations expliquent la perte définitive de la vieille musique chinoise; seulement par l'étude critique des airs notés qui sont conservés depuis le xvi" siècle, on pourrait tenter de démêler ce qui s'y trouve d'antique; mais je me bornerai à indiquer en passant les raisons pour et contre la conservation fidèle de quelques vieux airs.
Employant les documents caractérisés plus haut, j'ai arrêté ainsi qu'il suit les divisions de cet Essai :
Chap. VII.
Théorie musicale Chip, premier. Le hwàng-tchûng
L'échelle des lyù 86
Les degrés et la transposition 02
Les systèmes 1 ' *
L'harmonie et le rhythme 121
Ladanse 137
I. Khîn chi, historique du khin avec des indications sur la technique, et peut-être des mélodies, par TchoQ Tchhàng-wcn, fin du xi' siècle (Cat. Imp., liv. 113, f. 33). — Si plioù. traité de sî-, par Hyông Phiînglài, docteur en 1:17 i. fonctionnaire sous les Yucn; ce traité paraît plein de précision pour la technique et contient sans doute des mélodies (Cat. Imp., liv. 38, f. 9). — Chào U'oil ktjeoù tchhêug yù poù, recueil sur les chants et les danses, par Yù Tsài qui vivait au début du XIV» siècle (Cat. Irap., liv. 38, f. 12).
Les livres 199 et 2Ù0 du Catalogue lmpéri.\! indiquent plusieurs traités de rhythmique qui, entre aulrcs sujets, traitent aussi des rapports du rbythme poétique avec le rhythme musical, de la notation musicale, de la convenance des divers chanls avec les divers modes ; je ne trouve pas
Instruments.
Instruments autophones 143
Cloches, p. 143. — Gongs, p. 144. — Cymbales, p. 145. — Lames accordées, p. 146. — Divers, p. 147.
Instruments à membranes 14S
Tambours de basque, p. 148. — Timbales, p.l4S. — Tambours, p. 149.
Instruments à vent loi
Flûtes, p. 152. —Notation vulgaire, p. 156. — Instruments à embouchure, p. 157.— Instruments àanche, p. 158. — Ocarinas, p. 161. — Instruments à réservoir d'air, p. 161.
Instruments à cordes 163
Cordes pincées, p. 163. — Cordes percutées, p. 180. — Cordes frottées, p. 181.
Orchestres et Chœurs.
Prnode des TcheoQ (avant 206 A. C.) 183
Période des Hân et de l'anarchie (206 A. C. — 613 P. C). : l'orchestre 185
Période des Thàng et des .Song (618-1278) 186 Les rites majeurs, p. 186. — Les rites moyens, p. 189. — Les rites mineurs, les chœurs barbares, les divertissements, p. 190. — Les orchestres de marche, p. 200.
Période moderne depuis les Yuén (xnic s). 201 Musique des Y'uên, p. 20 1 . — Musique des Ming et des TshTng, p. 202. — Orchestres des Ming et des Tshing, p. 202.
Les idées cosmologiques et philosophiques 205
1er appendice : liste des principaux ouvrages consultés. 209
2= appendice : la musique en Corée 211
Index des mots chinois et coréens 22 1
Table des exemples musicaux et des figures 240