‹ Encyclopédie de la musique et dictionnaire du ConservatoireChapitre 995 sur 1158 · Sitlard, ouer. eilé, t. Il, p · texte numérisé non relu

Sitlard, ouer. eilé, t. Il, p

4. Ruilhart. Gesrtiiehte der Oper atn ffnfe zu .yiinchen (Histoire de l'Opéra à la cour de Munich), Frei*iug, 18(),H, in-S», p. 129 el suiv.

5. Sur lout ce qui se rapporte à la musique à Mannheim, on consultera l'ouvr.ige de M. F. Waller, Gesehiehte des Theaters und der Musik am hurpfalzisrhni Hofe l'Histoire de l:i musique et du théâtre à la cour palatine). Leipzig, 1898, in-8", et pour 1 histoire spéciale des représentations de comédies françaises, celui de M. Olivier, les Comédiens franiius dnus tes cours d' Altemaijne au dix-huitième siècle^ r* série, la cour électorale palatine, Paris. 1901, in-4*.

6. En 17,53 l'on exécuta l'oratorio de Masse, la Conrersione di .*». Afjostijio; en 1754,1757, l'èOJa Passione, Isarco, lletutia ljberata,de Holzbauer; en 17til, il Roveto di Mosé, de Wagenscil, V, Waller, p. 184.

lusToiiii- m: r.A mvsioue

XVIII" SIÈCLE. — ALLEMAGNE Inl7

barques pour des promenades sur le ^ccUar, on le cachait dans des bocapes pour les reloiirs de chasse; <i joiirpt nuit », les concerts relentissaii'nt. lout cela faisait partie de la « décoration du IrAne » dont l'éloi'li'ur palatin seniblail s'appliquer à rehausser l'éclat, pour compenser l'eUarenii'nt de son nMe politique. La dépense i|u"il (U en l'i'J poiii l'opéra et la musique, sans la ilanso ni la comédie, alleifjnit 24.000 Horins. Kn l''-2, liurnev fut frappé du luxe « proili- ;.'ieux >> de cette cour. " l.e palais et ses annexes, ditil, couvrent plus de la moitié de la ville, et la moitié des habitants qui servent au palais ruine le reste de la ville, (pii sendile plongé dans la plus profonde indigence. » Non point par ses spectacles dans le f;oi"it étranger, mais par ses « Académies » où un orchestre formé de véritables maîtres exécutait des œuvres instrumentales, la cour palatine imprima véritablement une impulsion directrice à la musique allemande.

.Nous reviendrons sur ce coté fécond de l'histoire de Manniieiin. En poursuivant rapidement un sommaire « tour d'.Allemagne », il nous faudra remarquer que, peut-être précisément en raison directe de Texiguité de leurs ressources, certaines petites principautés se trouvèrent, sur le terrain nouveau de la symphonie, en état de rivaliser avec la cour électorale palatine. C'est ainsi notamment qu'à Darmstadt, chez le landgrave de Hesse, le compositeur Christoph Graupner (f I760"i. placé à la tète d'un corps de musique qui ne comptait pas plus d'une trentaine d'instrumentistes et de chanteurs, diiigeait, au lieu de somptueuses représentations d'opéras italiens, des concerts de symphonies allemandes*. 11 en était probablement de même à lîatisbonne, chez le prince de Tour et l'axis^; et de même encore chez quantité de semblables petits souverains, ducs, margraves, princes-abbés, princes-évêques, qui, chacun dans son Versailles ou son Mannlieim minuscule, et chacun en propoilion de ses ressources llnancières, se procurait le luxe indispensable d'un corps de musique. Les << villes libres » ne se dérobaient point à des usages si parfaiteiuent appropriés aux tendances musicales de l'âme germani([ue ; il est vrai qu'à Hambourg le Sénat avait d'abord regardé d'un œil sévère les concerts que Teleraann diriireait dans une salle d'auberge, et où l'on entendait des fragments d'opéras et u toutes sortes de choses de nature à disposer les cœurs à la volupté »; aucune défense ne vint cependant arrêter les progrès de cette entreprise, dont les prudents magistrats s'exai-'éraient le danger, car son répertoire se composait en grande partie de musique instrumentale, d'oratiuios et de motels, l'un, entre autres, sur le psaume LXXl. écrit par Telemann pour le « raagnilîque concert spirituel de Paris* ». A Leipzig, le cantor Doles il71b-1797)

t. Lps ieu%re> des musiciens *Ie Dannsladt, Chr. Graupner, W'ilh. GoUfr. lînderlc, Scliclky, subsistant en ^rand nombre à la bibliotlièque de Drestle, où M. Nasîcl les a étudiées. Voyez son arlii-Ie publié dans It's Muitatsht'ftf fur Musikgeschichtef année 1^00, t. XXXII, p. 59 et suiv.. et sa Biographie de Graupner. dans le Recueil trimestriel de Itt Société intermttionale de musique, 10* année. 1908-1909, pp. 568-Gli.

i. Metlenlciler, Mnsikgeschichte der Stndt Jïegensburf/ (Histoire musicale de la ville de Ratisbonne). ïîegcnsburg. 1866, in-S", p. i67, i70. Le prince de Tour et Taxis était violonislc, élève de Tartini. En ITGO, son maître de couccrls était le compositeur Touchemolin.

3. V. Jos. Sittard. Gescltichte des Mtisik- uiid Coucerttresens in Haniburg (Histoire de la musique et des concerts à tiambourgl. Leipzig. IS90, in-8°. — Telemann était venu en personne faire eiécuter cet ouvrage au Concert spirituel, en 1738. -. i-. . ■ :

avait également fondé, en 174:», dans une maison particulière, de « grands conrerls », qui furent suspendus pendant la uuerru de Sept ans, et n-commencèrent en nt'>:f, sous la direction de Johann-Adam lliller; ils prirent, en t'Sl, du local oi'i ils avaient été transportés, le ni>m de conriîrt du « Gewaiidliaus » (halle aux drapsi, sous le(|uel ils sont restés célèbres'.

(Quelle que fût d'ailleurs la renommée musicale de telle on telle cour, de telle ou telle ville de l'Alleinagne du Sud ou du Nord, une curiosité spéciale attirait les regards des musiciens vers Heilin, très jeune capitale d'un l''tat en formai iou, oùles hasards dviiastiipies venaient de placer sur le trrtne le type par excellence du monarque dilettante. Alors qu'il n'était encore que « le prince royal » et que, tenu à l'écart par son père, il vivait presque isolé à Uheinsberg, Frédéric II avait cherché dans l'i-lude et la pratique de la littérature et de la musique un alimi^nt pour son activité. Ce n'était pas que de tels goùls lui eussent été transmis par héritage : de KrédéricI'"', on se rappelait seulement qu'il entretenait vingtquatre joueurs de troiniiette et deux timbaliers, richement habillés, <pii sonnaient des fanfares à midi quand la cour se mettait à table, et un « tusch » à chaque fois qu'une saute était portée; et de Krédéric-tiuillaume l", qu'il aimait le carillon, la musique de chasse, et » n'était pas ennemi de la musique d'opéra en elle-même », attendu qu' <■ il se faisait jouer par ses hautbois des airs tirés d'opéras de llândel'^ ». Frédéric il, « souverain philosophe », s'annonça comme « le prolecteur des muses ». 11 fit bâtir un théâtre et engager des chanteurs italiens, s'assura, pour composer le répertoire, les services de Henri Cîraun (170l-l7:-i9), et pendant quelques années se montra fort assidu aux représentations, dans lesquelles il s'amusait de temps en temps à faire introduire un air de sa propre composition. Après la guerre de Sept ans et après la mort de tiraun, il se désintéressa peu à peu de l'opéra; sa loge resta vide, et la qualité des exécutions s'en ressentit. D'autre part, il ne s'était jamais avisé d'encourager d'autres manifestations artistiques, et l'on avait remarqué son indifférence absolue à l'égard d'une des meilleures œuvres de Graun, le bel oratorio de la ilort de Jésus'. Seuls, les concerts intimes dont il se faisait le principal exécutant attestèrent jusqu'au bout son zèle musical, en démontrant qu'il aimait l'art dans la proportion où il pouvait y participer luimême. Il avait amené de Rheinsberg à Berlin deux ou trois instrumentistes qui avaient été ses maîtres et ses compagnons d'exil, et il leur en avait adjoint quelques autres. Autour de lui, l'organiste Hayne (l684-17o8), le violoniste Franz Benda (1709-1780) et ses frères, Johann ; 1713-17b2) et Georg (1722-1792 ,1e

4. Kneschkc. Gesehichte des Theaters iiiirf der Miisik in Leipzig (Histoire du théâtre et de la musique a Leipzigi. Leipzig, 1864, in-8".

— Dôrlfcl, Geschirhte der Gewandhins-Conterte zu Leipzig (Histoire îles Concerts du •• Gewandbaus » à Leipzig), Leipzig I8S4, in-S-.

5. Georg Tliouret, Die Musik am preussischen Hofe im IS. Jahrhundert (la Musique â la cour de Prusse au svni- siècle), dans le Hoh. n/ollcrn-Jabrbuch. f. Jahrg 1S97, Berlin et Leipzig, in fol., p. 49,

et suiv.

6. R. von Lilicncron, Berlin nnd die dentsrhe Musik (Berlin et la musi<|uc allemande). danS la Dentsrhe Rundschau du 2 novembre 1888.

— Pour la biogr:iphie de Cari- lleinrich Graun, voyez l'élude de M. Ma\er-Reinacli, dans le Iteeueil trimestriel de ta Société internationale de musique, vol. I, 1899-1000, p. 446 et suiv., et l'ouvrage de M. C. Mcnnickc, Basse und die Bruder Graun, précédemment cité.

claveciniste Carl-Philip-Eraraanuel Bach (1714-17881, le fliHisle Quantz (1697-1773), formaient une sorte d' « étal-major particulier ». La musique, autrefois pour Frédéric un délassement, puis presque une passion', lui était, avec l'âge, devenue une habitude, un régime, une obligation, finalement une manie. Tous les soirs, à heure lixe, comme une manœuvre, le concert se donnait dans ses appartements. Le roi jouait les trois cents concertos de Quant?.- dans Tordre où ils avaient été écrits, en se référant, pour éviter toute erreur de numérotation, à une liste étalée en permanence sur un pupitre; la série terminée, il la recommençait. C.-Ph.-Em. Bach accompagnait au clavecin. Quantz marquait les mouvements, et les rares auditeurs admis à l'honneur d'écouter cette musique royale se gardaient de soufller mot, le professeur de Trédéric ayant seul la permission, la charge et le devoir de crier « bravo » lorsque le vainqueur de Friedberg reprenait haleine après un trait bien enlevé. Quelques personnes assuraient qu'il manquait assez souvent à la mesure, et que c'était alors <■ à ceux qui l'accompagnaient de couvrir ses fautes on d'en essuyer le reproche^ ». D'autres, au contraire, et parmi eux de bons musiciens, Burney, Fasch, Heichardt, Nicolaï, la cantatrice Gerliud Mara, témoignaient favorablement du jeu de Frédéric'. Il avait augmenté à son usage le répertoire de Quantz en composant lui-même force sonates, dont cent vingt et une ont été retrouvées, soigneusement copiées en double exemplaire, l'un pour Potsdam et l'autre pour Berlin. On en a publié vingt, avec quatre concertos»; ce sont, à proprement parler, des recueils d'agréables lieux communs et de traits favorables pour la Uùte, ordonnés selon le modèle usuel de la sonate « col basso ». On y devine les passages où, après une roulade heureuse, et tandis que le claveciniste frappait quelques accords, Quantz prononçait son immanquable « bravo ».

Musique de roi, jeux de princes, dont il ne faut pas, sans doute, grossir l'importance, mais qui montre cependant, comme en un coin de miroir, l'image partielle de tout un côté de la culture musicale allemande. L'exemple de Frédéric et celui des souverains que le désœuvrement des petites résidences plutôt que le désir des jouissances esthétiques élevées portaient à faire alterner le plaisir du concert avec ceux de la table ou de la chasse, ne pouvaient manquer d'agir à la fois sui- l'orientation de l'art et sur les habitudes sociales. Le tableau que nous pouvons imaginer de ces innombrables auditions de cour, de cette consommation démesurée de musique nouvelle, qui obligeait le maître de chapelle en titre à composer sans relâche''', de ces séances où, par exemple, au bruit des pas, des voix, de la vaisselle remuée, Uittersdorf exécutait à la lile une douzaine de concertos, rappelle ce que disait Pascal des « occupations tumultuaires des hommes et de tout ce qu'on appelle divertissement ou passe-temps, dans lesquels on n'a en effet pour but que de laisser passer le temps sans le sentir, ou plulùt sans se sentir soi-même, et d'éviter, en perdant celle

1. « La poésie, dit M. Thouret, élait sa di^esse ; la flûte, son amie... u

2. C'csl-à-dire i'Jù concerlos de (luaDlz, el tiuatre de Frédéric, qui compRdaieiit « le nombre rond .1.

'i. Thiébault, Mes Sourenirs de ctiiiit ntis à Berlin, t. I""", p. 323.

4. V. les tcjcles cités par Ph. Spitla dans sa préface aux œuvres musicales de Frédéric, et aussi Trois Mois a la cour de Frédéric, lettres inédites de d' Alemhert , publ. par G. Maugras, Paris, 188t5, in-8°, p. 30.

5. Musikalische ^'erhe Friedrich's des Grossen, hrsg. von Ph. Spitta (UFuvres musicales de Frédéric te Grand, publiées par Spilta), Leipzig, brcilkopf et lliîrtel, 1889, 4 vol. iu-fol. La préface de Spilla

jiartie de la vie, l'amertume et le dégoût intérieur qui accompagneraient nécessairement l'attention que l'on ferait sur soi-même durant ce temps-là" ». Toute la musique allemande, au xviii» siècle, a souffert de cette compréhension futile du rôle de l'art, de ce régime servile imposé à sa culture. Emmanuel Bach, Haydn, Mozart eux-mêmes, ont dû s'y plier et composer « sur commande » presque toutes leurs œuvres. Beethoven, achetant l'indépendance par toute une vie d'isolement et de lutte, a le premier créé librement, sous la seule pression de ses pensées intérieures.

Au-dessous des cours souveraines et à leur imitation, un public se formait peu à peu. Les petits gen- I ilshommes copiaient les occupations des princes. Les bourgeois, les étudiants, formaient des sociétés musicales qui couvraient d'un « réseau serré » les pays de langue allemande, et dont la prospéiité inquiétait de timides moralistes. Krnesti entre autres voyait dans les comédies et les concerts « les principaux obstacles à l'instruclion* ». Dans l'intervalle des réunions, l'on continuait en famille les répétitions et les amusements musicaux. La vivante description du Salzbourg musical, qu'a tracée M. de Wyzewa dans le premier chapitre de sa Jettnesse de Mozart, ne serait pas moins fidèle, appliquée à d'autres villes dont les églises et les carrefours, les palais et les maisonnettes, retentissaient tout le jour et une partie de la nuit de motets, de carillons, de sérénades, de sonates et de chansons. A tant d'amateurs pressés de se divertir sans étude et sans grande tension d'esprit, il fallait offrir des œuvres appropriées à leur tempérament et à leurs moyens. Sans doute, la race n'était pas encore éteinte de ces vieux Cantors, robustes dans leur art comme dans leur foi, qui faisaient résonner dans les temples des chorals austères et des fugues majestueuses. Mais, — tel, par exemple, Gottfried-August Homilius (1714-1783), à Dresde», — ils vivaient confinés dans les devoirs de leur charge, accumulant les cantates pour tous les dimanches de l'année et pour les cérémonies publiques, et les oratorios de Noël ou de la Passion, qu'avec une insouciante modestie ils ne cherchaient pas à répandre parla copie ou l'impression. La <( Thomasschule » de Leipzig, le " Kreuzkantorat » de Dresde, le « Jolianneuin » de Hambourg, lonservaient ainsi, sinon l'intégrité et la splendeur, (lu moins l'apparence des glorieuses traditions de l'époque du grand Bach '". .Mais, de ces sanctuaires de l'art ancien, la vie ne rayonnait plus au dehors. Ln souflle plus léger était venu d'Italie. Joyeusement, les musiciens couraient à sa rencontre, sans s'inquiéter lie la sécheresse qu'il faisait succéder à l'action fécondante des nuages de jadis, soudainement jugés trop sombres.

Ce fut un des fils de Jean-Sébastien Bach — Carl- Philipp-Emmanuel, né à Weimar le 14 mars 1714 — qui personnifia le premier d'une manière éclatante cette réaction contre l'art scolastique, et le juge-

:t élé reproduite dans la Vierteljahrsscbrifl fur Musilcirissensrhaft, l. VI, année 1890. p. 430 et suiv.

0. On verra plus loin que ce fut entre autres le cas pour liaydn.

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