PREMIERE CONVERSATION
Mad. SOPHIE, EMILIE, HORTENSE.
Iuad. Sophie. — Pourquoi, mesdemoiselles, ne vous amusez-vous pas comme toutes vos compagnes ? Il y a long-temps que vous n'avez eu une récréation aussi belle que celle-ci , car on dirait que nous sommes plus près de l'été que de riiiver.
HoRTENSE. — Il est vrai, madame, on dirait que nous sommes au printemps , et nous n'avons pas souvent, à la fin de Tautomne , des journées semblablesà celle d'aujourd'hui. NouseuprcHtons aussi , Emilie et moi , et quoique nous ne jouions pas avec nos compagnes, nous nous divertissons d'une autre manière, en nous entretenant de choses intéressantes, qui nous font trouver le temps de la récréation bien court.
Mad. Sophie. — Pourrais-je savoir le sujet de votre entretien ?
HoRTENSE. — Je parlais à Emilie de la jolie poupée qu'elle vient de recevoir; je la priais de me la prêter de temps en temps pour Ihabiller, la coiffer et la déshabiller, comme si c'était ma petite sœur.
Mad. Sophie. — Je ne vous défends pas, Emilie, de prêter votre poupée à Hortense; mais je ne vous le permets qu'à deux conditions : c'est, i" qu'elle sera bien attentive , et bien appliquée pendant le travail j 2" qu'elle apprendra sou histoire avec plus de soin qu'elle n'a fait jusqu'à présent.
Emilie. — J'espère ^ madame , qu'elle vous sa-' tisfera sur ces deux points , et j ai d'autant plus de raison de le penser, qu'elle m'a déjà témoigné le désir d'apprendre les histoires que je sais , en me disant qu'elle voudrait, pour tout au monde, réciter l'histoii'e de la Bible , comme elle me l'a entendu réciter plusieurs fois.
Mad. Sophie* — Il faut pour cfla qu'elle aime moins à jouer, qu'elle soit moins causeuse, moins portée à rire pendant le travail , et que ce ne soit ipas pojr votre poupée qu'elle recherche votre société , mais pour profiter de votre conversation. Je veux bien croire que ce que vous me dites de sa bonne volonté est vrai; et je
m'en prendrai à vous , sî dans quelques jours elle ne re'pond pas aux questions que je lui ferai.
HoRTENSE. — Oli •' je vous prouîcts bien , madame, de répondre sur tout ce que vous me demanderez. Dès aujourd'hui, si vous le voulez l^ien, Emilie sera ma maîtresse d'iiistoire , et dès aujourd'hui elle trouvera luie c'collcrc bien docile. Oh! madame, vous sei'ez si contente de moi, que vous permettrez à Emilie de me prêter sa poupée tous les jours.
Mad. Sophie. — Faites bien attention. Hortensc , que je n'exige point qu'Emilie ^ qui n'a qu'un an de plus que vous^ vous apprenne toutes les histoires, comme si elle les savait toutes. Elle ne vous apprendra que l'Histoire Sainte, qu'elle sait parfaitement; et quand vous saui'ez cette histoire , qui est la plus intéressante et la plus nécessaire à des demoiselles nées de parens chrétiens , je vous apprendrai moi-même les autres, ou je prierai mademoiselle Joséphine, qui les possède bien , de vous les apprendre. Allons , je vous laisse j tenez-moi parole l'une et l'autre.
HoRTENSE. — Madame, si la récréation finit avant notre entretien, pourrons - nous le continuer quand nous serons rentrées dans la salle de exercices ?
Mad. SoPHîE. — Sans doute : vous passerez dans le cabinet attenant à la salîe de dessin, cl qiii donne sur le jardin. Vous n'y "^erez pas seu-
les , et je vous enverrai mesdemoi&clles Eliza et
Ste'plianie , qui broderont pendant qu'Emilie
parlera.
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ï^ CONVERSATION.