‹ Encyclopédie des jeunes demoiselles, ou, Choix de conversations instructives sur différens sujets, recueillies des ouvrages de Madame Leprince de Beaumont, et des meilleurs auteurs qui ont écrit pour l'instruction des jeunes personnesChapitre 5 sur 14 · IV" CONVERSATION · texte numérisé non relu

IV" CONVERSATION

Mad., ÉIiIÇABEïH , sons - maîtresse ; ADÈLE , .AMÉLIE, ilOP.TENSE.

Mad. Elisabeth. — Vous avez bien choisi votre jour pour revenir auprès de nous. Uu jour de congé est toujours une journée de gagnée pour vHie fille qui n'aime ni le travail , ni l'instruction. Puisque nous voici à la caïupagne , et qu'il fait beau , voudricz-vous nous faire part des occutpalions auxquelles vous vous çtes livrée pendant les vacances ?

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Adèle. — Ile^tvl'ai , madame, j'ai bien mérité le reproche de paresse que vous me faites ; car maman , qui est très-instruite, m'a trouvé Lien ignorante , et m'a tenue , pour me punir , encore plus gênée que je ne le suis ici.

iMad. Elisabeth. — Elle vous a sans doute occupée^ cl vous a fait apprendre bien des choses que vous ignoriez ?

Adèle. — Quand maman se fut assurée que je ne savais rien , elle me dit : Adèle , il est bien honteux à une demoiselle de votre âge d'être si peu avancée , soit dans la connaissance de la géographie ^ soit dans la connaissance de l'histoire , deux sciences que l'on ne pardonne point d'ignorer aux demoiselles qui ont reçu de l'éducation. Je suis bien persuadée qu'il n'y a point de la faute de vos maîtresses , et que vous êtes la seule coupable , par voire paresse et votre indocilité. En conséquence , au lieu de vous divertir , de vous promener et d'aller en vendange , vous travaillerez pour réparer le temps perdu, et vous apprendrez votre géographie. Ce ne sera que lorsque vous la saurez parfaitcnicnl^ que je vous rendrai voti-e liberté.

JMad. Elisabeth Ainsi vous devez être bien

instruite aujourd'hui , si vous avez fait la volonté de votre maman- et sans doute vous pouvez répondre d'une manière satisfaisante aux questions qu'Amélie vous fera sur la géographie ?

Adèle. — Rien ne peut mieux me faire sentir le tort de ma paresse , et ne m'humilie plus , que dVtre interrogé par Emilie, qui est entrée au pensionnat un au après moi , et qui ne savait rien en y entrant. Mais enfin , puisque vous exigez que je réponde aux questions qu'elle me fera , je le ferai aussi bien que je le pourrai , comme si c'était vous-même qui m'interrogeassiez.

Amélie. — Voudriez-vous bien , Adèle, nous dire ce que c'est que la géographie ?

Adèle. — ^'oilà une question bien difficile •' la géographie est la description de la terre.

Amélie. — Quelle est la figure de la terre? Est -elle ronde, carrée, ou plate, comme elle nous parait l'être ?

Adèle. — Elle est toute ronde , mais un peu élevée vers l'Equateur, et aplatie vers les pôles. On est parfaitement convaincu de cette figure de la terre, quand ou voyage sur mer. Quand on approche de la terre , on aperçoit d^abord un peu de la cime des montagnes , plus on approche , plus cette cime se découvre à l'horizon j lorsqu'enfiu on est sur le point d'arriver au port , on voit toute la montagne ; ce qui n'arriverait pas , si la terre n'était pas ronde , parce qu'alors on apercevrait toute la montagne , de loin comme de pi'cs.

Mad. Elisabeth. — C'est bien, fortbieUj Adèle! vous m'éionnez , vraiment. Je vous croyais bien

ïS ENCYCLOPÉDIE

ignorante encore , et voilà que vous nous parlez de la figure de la terre comme un professeur. Allons 5 continuez de nous surprendre.

Amélie, — Je voudrais bien savoir combien il y a de points cardinaux ?

Adèle. — Cette quesiîon n'est pas plus embarrassante que la première. Il y a quatre points cardinaux, et voici comment je Tai appris. Maman possède une grande , fort grande carte de géographie j j'ai jeté les yenx sur cette carie, et j'ai vu qu'à chaque côté répond un point qu'on nomme cardinal ; or , comme cette carte a quatre coiés , il y a quatre points cardinaux. Le point qui est en haut s'appelle le I\ord ou le Septentrion -, celui qui est en bas s'appelle le Sud ou le 3Iidi j celui qui est à main droite s'appelle VEst ou \'0~ ri^nti et celui qui est à gauche s'appelle Y Ouest oa Y Occident.

Mad. Elisabeth. — C'est parfaitement expliqué.

Amélie. — ^^ous avez bien trouve les quatre points cardinaux sur la carte, car rien n'est plus aisé, puisqu'ils y sont écrits ou imprimés j mais les trouveriez-vous bien sur la terre , dans un désert 5 par exemple ?

Adèle. — J'avouerai que cette question m'embarrasse j au reste , je vais t icher d'y répondre, après avoir un peu réfléchi.

Hortense. à voix basse. — Je sai.s la réponse, je vais vous la dire , si vous le désirez.

DES JrXiyES DEMOISELLES. ig

Adèle. — Si je me trouvais dans un désert , ce serait de jour ou de nuit; si c'était de jour, je tournerais le dos au soleil levant, et j'aurais V Occident devant moi , le JYord à droile , et \e»Sud à gauche ; si c'était de nuit , je regarderais les étoiles , celles surtout qui brillent toujours au Nord : je me tournerais de leur côté 5 j'aurais le Nord devant moi, le Sud derrière moi, X Orient à ma droite , et X Occident à ma gauche.

Mad. Elisabeth. — C'est là ce qui s'appelle ^^orienter. Mais que feriez - vous , Adèle ^ si le ciel était couvert de nuages pendant la nuit , si vous ne pouviez rien apercevoir autour ni audessus de vous , et s'il ne soufflait aucun vent ?

Adèle. — Assurément je me trouverais dans un Lien cruel embarras j et je désespérerais de trouver les quatre points cardinaux , parce qu'il faut toujours partir d'un point , pour trouver les autres. Si j'avais une boussole , je regarderais ou je toucliei'ais l'aiguille aimantée, dont la pointe est toujours tournée au Nord.

Mad. Elisabeth. — Quoi! Adèle, vous en êtes dtjààlaboussole I C'est admirable ! bientôt vous sere2 plus savante que toutes vos compagnes. Voyez, voilà ce que c'est que de bien employer son temps! II vous fallait une maman comme la vôtre , pour vous faire faire des progrès si rapides. Puisque Amélie a commencé à vous faire des questions ,

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elle peut continuer , pour vous donner l'occasion

de montrer votre savoir.

Amllie. — J'ai bien vu des cartes semblables à la grande carte de votre maman, ma chère Adèle, et j'ai remarqué qu'elles sont de quatre couleurs 5 sans doute ces couleurs signifient quelque cîiose.

Adèle. — Elles servent à distinguer l'eau d'avec la terre , et les quatre parties du monde , qu'on appelle , l'Europe, l'Asie , TAfrique et l'Amérique. L'Europe est au Nord, l'Asie est à l'Orient, l'Afrique est au Midi , et l'Amérique est à TOccidenl. C'est l'Asie qui a été peuplée la première j |i l'Europe, où nous vivons, est la plus civilisée j l'Afrique est habitée par des peuples noirs et barbares , et par des bêles féroces 5 et l'Amérique , où il y a encore beaucoup de sauvages, n'est connue que depuis trois cents ans ou environ.

Mad. Elisabeth. — Je suis enchantée, ma chère Adèle , de vos connaissances en géographie. Je vous invite à continuer de l'étudier. Vous avez nue mémoire précieuse , dont il faut profiter pour votre instruction et pour celles de vos compagnes qui , je pense, seront bien aise de vous entendre souvent.

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