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y^ CO^^VERSATION.
Mau. SOPHIE, JULIE, AGLAÉ, FÉLICIE.
Julie — J'ai bien peur, madame, que la bonne de maman ne vienne pas me chercher aujourd'hui dimanche , car le ciel est couvert de nuages , et même il commence à pleuvoir. A propos de la pluie , je voudrais que vous eussiez la bonté de nous dire doù elle vient. Il faut qu'il y en ait beaucoup là haut , car j'en vois toujours tomber depuis que je suis au monde.
Mad. Sophie. — La pluie , ma chère enfant , vient de la mer, des rivières, et de toutes les eaux qui sont sur la terre,
Aglaé, — Je ne comprends pas comment Veau de la mer et des rivières peut monter au ciel.
ïMad. Sophie. — Comment l'eau qui est dans un pot devant le feu , monte-t-elle au couvercle , quoique le pot ne soit rempli qu'à moitié' ? Ouand l'eau commence à s'e'chauffer et à bouillir , vous [voyez qu'elle produit de la fume'e : eh bien , c'est la partie la plus délicate de Teau qu'on appelle vapeur, et qui est fort subtile. Or , la chaleur du soleil attire perpétuellement les parties de Teau les plus délicates; elles s'élèvent dans l'air en vapeurs ; et l'air les soutient quand il y en a peu; mais quand il y en a une grande quantité, lair
ne peut plus la supporter; l'eau crève l'air j et
retombe sur la terre en pluie.
FÉLiciE. — • Mais, madame , je re croyais pns que l'air pi*t soutenir quelque ciiose. L'air est comme rien , car , j'ai beau regarder autour de moi 5 je ne le vois pas.
Mad. Sophie. — Si vous ne voyez pas lair, ma bonne amie, c'est la faute de vos yeux, qui ne sont pas assez bons pour le voir. Il y a bien des choses que nous ne voyons pas , et qui pourtant existent. Par exemple, voyez vous une grande poussière dans cette chambre ?
Félicie. — fii Ton ne voit pas la poussière dans cette chambre , c'est qu'il n'y en a pas.
Mad. Sophie.- — Voilà un beau raisonnement, Levez-vous , levez- vous ^ Felicie, et allez regarder au bout de la chambre , dans l'endroit où il fait soleil, et vous verres s'il n'y a pas de la poussière.
Julie. — Voilà une chose bien singulière 1 il pleut et il fait soïci'. Ah ! je commence à espérer que le m.auvais temps ne durex'a pas , et que la bonne viendra me prendre.
Félicie. — ïi y a dans l'endroit où le soleil donne, un grand nombre de petites choses qui remuent toujour.^, et tournent continuelleîrienl.
Mad. Sophie. — Ces petites choses sont de trèspetits grains de poussières , que l'on appelle des
Atomes. Tout l'air eu est plein^ mais les parties de l'air sont beaucoup plus Cues et plus petites : c'est pour cela que vous ne les voyez pas autour de vous. Cependant, comme au-dessus de nous elles sont en plus grand nombre, leur quantité .fait que nous les voyons sous l'apparence d'une couleur bleue d'azur. Je vais vous faire compi'endrc, mesdemoiselles, ce que ]e vous dis, par un exemple. En versant du vin dans un verre, vous voyez qvie ce vin est bien rouge : j'en vais prendre une goutte et la jeter sur mon mouchoir. Regardez , le vin qui est sur mon mouchoir n'est pas aussi rouge que le vin qui est dans le verre, parce que dans le verre , il y a une grande quantité de parties, et qu'elles sont plus pressées et plus jointes ensemble que sur mon moucîioir. Voyez une aiguillée de soie rouge , elle paraît moins rouge toute seule que dans l'écheveau , et cela , par la même raison.
Aglaé. — Je crois bien maintenant, madame, que l'air est un corps composé d'un grand nombre de petites parties qui sont bleues : mais je ne conçois pas que ce corps , dont les parties sont si faibles, puisse soutenir l'eau qui est plus pesante, puisque ses parties sont assez grosses pour que je les voie.
Mad. Sophie. — Comment donc ! vous voulez devenr physicienne? A propos de la pluie, il faut vous expliquer la nature de l'air. Attendez,
attendez encore quelque temps , je vous apprendrai bien des choses que vous pourrez mieux comprendx'e qu'à pre'scnt.
Aglaé. — Madame , qu'est-ce que c'est qu'une physicienne?
Mad. Sophie. — Je vous repondrai quand le temps sera venu de vous parler de la physique. Vous avez de l'embarras à concevoir comment l'air, que vous ne voyez pas, supporte l'eau que vous voyez 5 un oiseau est plus lourd que l'air, cependant l'air le soutient maigre son poids. N'avez-vous jamais été dans le jardin , après une grande pluie? u'avez-vous pas remarqué qu'il pend des gouttes d'eau à tous les bouts des branches ou des feuilles des arbres ?
Julie. — Toutes ces petites gouttes d'eau , quand le soleil donne dessus, paraissent comme des di amans attachés à toutes les feuilles.
Mad. Sophie. — Qu'est-ce qui soutient toutes ces gouttes au bout de ces feuilles? C'est l'air, qui, par conséquent, est plus lourd qu'elles j mai« à la fin , la petite bouie d'eau grossit, parce que le reste de l'eau qui est sur la feuille ou la branche vient se joindre à elle. Alors, cette petite boule devient plus lourde que l'air j elle crève et tombe à terre,
Aglaé. — Je comprends bien cela maintenant , f l'eau est soutenue par l'air , comme un bateau est aoutenu par 1 eau qui est dessous, et qui s'en-
DES JEUNES DEMOISELLES. ' 2 5 fonce s'il est trop charge , et consc'quemment plus pesant que Tcau.
Mad. Sophie. — C'est cela même : on ne peut faire une comparaison plus juste.
Félicie. — Vous avez dit , madame , ily a uii instant, à Aglaé, qu'elle voulait devenir physicienne 5 est-ce que les dames ne doivent pas con-' naître la physique?
r^Iad. Sophie. — Les demoiselles et les dames ne peuvent et ne doivent , il est vrai , pre'tendre à la science d'un professeur 3 mais il leur convient d'avoir une forte teinture de la physique , qui n'est autre chose que la science des choses naturelles.
Julie. — Voilà donc ce que c'est que la physique? Mais excusez-moi, madame, je ne suis pas plus avance'e qu'auparavant, en apprenant que la physique est la science des choses naturelles.
Mad. Sophie — La physique est la science des choses naturelles, parce qu'elle nous fait connaL tre la nature de Tair, du feu, de l'eau et de la terrCj et qu'elle nous fait connaître aussi les corps des hommes et des animaux ; les arhres, les plantes, les fleurs, les minc'raux et les métaux j par des expericiices aussi agréables qu'instructives. Mais en voilà assez pour aujourd'hui , à propos de quelques gouttes de pluie 3 un autre jour, je vous entretiendrai c^e quelques phe'nomèoes cn-
rieux , dout il serait honleux à une jeune personne d'ignorer l'esplication.
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VP CONVERSATION.
JOSÉPHIZnE, EMILIE, HORTEA^SE, PAULINE.
Emilie. Je v oudrais bien être grande comme vous , mademoiselle Joséphine.
JosÉrHiNE. — Pourquoi cela , ma chère tmilie?
Emilie. — Parce que si j'e'tais aussi grande que vous , je scx'ais plus âgée , et que , si j'étais plus âgée, je serais plus instruite , et que je saurais tout ce que vous savez.
Josï'iPiiiNE. — Vous me regardez donc comme biensavante? Pour moi, je trouve que je sais trèspeu de choses , et que j'ai encore beaucoup à étudier , pour acquérir les connaissances qui conviennent à une demoiselle bien élevée.
IIoRTENSE. — Madame Sophie nous disait pourtant, il y a quelques jours, que vous saviez bien l'Histoire j et que ce serait vous qu'elle chargerait de l'apprendre à Emilie et à moi.
JoSEPHiKE — 11 est vrai que jesaisassezblen les élémens de THiatoire; mais madame Sophie me
DES JEINES DEMOISELLES. 27
croit plus forte que je ne le suis, eu me croyant capable d'instruire mes compagnes ; car elle sait pourtant quil arrive souvent qu'on enseigne mal ce que Ton sait fort bien.
Pauline. — Vous êtes trop modeste, mademoiselle , et vous ne savez pas tout ce que vous pouvez. Madame Sophie, qui se connaît bien eu mérite, vous regarde pourtant comme la plus instruite de ses élèves.
Joséphine Je vous prie, Pauline, de ne point
me faire de complimens, et de ne point chercher à flatter mon amour-propre. Je vous avoue que , si j'aime bien à mériter des e'ioges , j'éprouve toujours quelque peine à m^eutendre louer. Puisque vous êtes si bien disposée, ainsi que ces demoiselles, à recevoir quelques leçons d'Histoire, je cède volontiers à votre vœu et à celui de ÎNJadame Sophie, dont les désirs sont pour moi des lois que je respecterai toujours.
E311LIE. — Il y a donc une autre histoire que l'Histoire-Sainte ?
Joséphine. — Assurément, ma chère; c'est l'histoire profane , qui est le récit des événemens arrivés dans le monde avant et après Jésus-Christ. Cette histoire se divise en histoire universelle et en histoire paiticulii're , en histoire ancienne et vu histoire moderne. L'histoire universelle est celle de tous les siècles et de tous les peuples jusqu'au siècle où nous sommes ; l'histoire particu-
28 ErsCYCLOPÉDIE
lière est celle d'un ou plusieurs siècles , d'un peuple , d'un pays, comme riiistoire de Franced"une ville comme riiihtoire de Paris : d'ua homme ou de plusieurs , comme Thistoire d'Alexandre-le-Grand , et les Vies des hommes il^ lustres, compose'es par Plutarque.
Emilie. — Mon papa a dans sa bibliothèque une Histoire Universelle qui n'est qu'en deux volumes ; est-ce que tout ce qui s'est passé dans le monde est contenu dans ces deux volumes?
Joséphine. — Cette Histoire Umuerselle est assurément celle de M. Bossuet, e'vcque de Meaux. Si c'est elle, votre père possède un chef-d'œuvre; car jamais personne n'a aussi bien e'crit l'histoire que ce grand homme. C'est une chose admirable que l'éloquence avec laquelle il vous raconte tous les événemens qui sont arrivés depuis le commencement du monde jusqu'à Chailemagne j et que cette précision avec laquelle il a renfermé dans un seul volume ce qu'un grand uomhre d historiens avaient dit avant lui.
Emilie. — Mon papa a aussi une histoire ancienne en quatorze volumes, qu il lit souvent. Je voudrais bien savoir ce qu'il y a dans cette histoire.
Joséphine. — C'est l'histoire ancienne composée par M. Rollin. Elle comprend tous les événemens arrivés dans rantiquilé , chez les Egyptiens, les Babyloniens , les Grecs et les Carthaginois. L'histoire des Romains est bien aussi une partie
DES JE^^ES DEMOISELLES. 2g
de riii^^toire ancienne , mais les événeracns arrivés chez ce peuple sont si nombreux et. si rcmar. quables , que M. Rollin a voulii les écrire à part; en quoi il a parfaitement réussi , ainsi que son continuateur , M. Crevier.
Emilie.— Quandonalu touies cesliistoires, je crois que l'on doit savoir tout ce qui s'est pissé dans le monde.
Joséphine. — Il n'est pas nécessaire à une jevuie personne de votre âge de lire ces volumineuses collections qui exigent beaucoup de temps et de loisir. L'Histoire Universelle de Bossuet , quoiqu'elle soit très-courte , n'est point à votre portée; et vous ne la pourrez lire avec fruit que lorsque vous aurez contracté une certaine habitude de réflexion. Ce qu'il vous importe de savoir à présent , ce sont les traits les plus mémorables et les plus frappans de l'Histoire Universelle.
Pauline. — L'Histoire Universelle remontet-clle bien haut ?
Joséphine. — "\'oilà une question qui me surprend. Qui vous a appris, ma chère, à vous exprimer aiasi , et qui vous a dit que l'histoire remonte ?
Pauline. — C'est madame Sophie qui, l'autre jour , nous disait que les siècles sont comme un fleuve qui coule sans cesse, et va se jeter enfin dans la mer. Elle disait la même chose des événemeus qui sont la matière de l'histoire. Or ,
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comme ont peut remonter un fleuve, j'ai pensé
qu'on pouvait remonter riiistoire.
Joséphine. — Vous voyez bien que vous vous trempez maintenant, faute d'avoir bien compris madame Sopliie. Les siècles sont comme un fleuve il est vrai ) mais c'est l'iiistoire qui est sur ce ilcuve, et qui consequemmcut descend et remonte comme l'on veut. Pour re'pondre maintenant à votre question , je vous dirai que Ihistoire profane, qui est la seule dont nou§ avons à nous entretenir , commence à la fondation du premier empire , cjui est celui de Babylone , lequel fut fondé par Eélus , dont les Babyloniens firent un Dieu qu ils ador<^rcnt sous le nom de Bel. Son fils Ninus lui succéda j celui-ci étant mort , sa femme Sémiramis , une des femmes les plus célèbres dont l'histoire fasse mention , gouverna l'empire, embellit la ville de Babylone, et y fit construire ces jardins suspendus , et ces immenses murailles qui étaient l'une des sept merveilles du monde.
HoRTENSE. — Ali! mon Dieu , je voudrais bien savoir le nom de ces sept merveilles?
Joséphine. — Je vais vous les dire ton les comme je les sais. Les murailles et les jardins de Babylone , le Phare d'Alexandrie , le Tombeau de Mausole , le Colosse de Rhodes , le Temple de Diane à Ephcse , le Labyrinthe de Minos dans Vile de Crète , les Pyramides d'Egypte.
DES JEU>'ES DEMOISELLES. i>l
Les murailles de Bahylone entouraient celte ville, avaient cinquante milles d étendue, et deux cents pieds de haut 5 elles étaient si larges, que six chars y pouvaient passer de front. Ses fameux jardins étaient portés sur des colonnes j on y vovait de grandes avenues plantées de gros arbres , de sorte qu'à une certaine distance on ne pouvait croire qu'il y eût là une grande ville.
Le Phare d' Alexandrie était une belle et haute tour de marbre, bâtie par Ftolémée , roi d'Egvpte , au haut de laquelle on plaçait une lumière pour avertir les navigateurs. On appela celle tour Pharos ', et depuis ce temps-là on a nommé Phares les endroits élevés 011 Ton mc^ de la lumière, la nuit, pour diriger ceux qui sont sur la mer.
Le Tombeau de Mausole était un mngnilîque monumcntque la reine de Cane ^ Artèinise ,. avait fait élever pour y renfermer les cendres de JMnusolej son époux. Depuis ce temps on a appelé mausolées les ouvrages d'architecture qiie Ton fait pour honorer la mémoire des morts.
Le Colosse de Rhodes était une statue d'Apollon , d'une grandeur démesure'e , qui était loiile d'airain. Les Rhodiens la placèrent à rentrée du port delà ville de Rhodes 5 elle était si haute, et ses deux pieds étaient posés sur des rochers si écartés , que les vaisseaux lui passaient à pleines
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voiles entre les jarobes. Elle fut renverse'e par
un tremblement tic terre.
Le Temple de Diane e'tait ce superbe e'difice dans la ville d Eplièse , à la conslruction duquel un grand nombre de rois et de peuples avaient contribue pendant plusieurs siècles. Un fou nommé Eroslraic , qui voulait rendre son nom fameux, y mit le feu , qui le consuma entièrement, le même -oui- qu'Alexandre- le-Grand vint au monde.
Les Pyramides d'Egypte sont des ouvrages fameux, bâtis depuis près de mille ans , que l'on voit encore dans le voisinage du grand Caij'e. Elles e'taient destinées à servir de tombeau aux rois d'Egypte. On fut vingt ans à construire la plus grande , et on y employa trois cent soixante six mille ouvriers.
Le Lahjnnthe de l'iJe de Crète j aujourd'hui riîe de Candie , était une maison bâtie par Miïios,i'oi de cette île, qui était faite de fiiçon, et où il y avait tant de tours et de détours , qu'on ne pouvait retrouver son chemin quand une fois on y e'tait entré. Il y avait dans ce Labyrinthe un monstre moitié homme et moitié taureau ^ qui dévorait tous ceux que Minos y faisait entrer ; ce monstre fabuleux s'appelait Miriotaiire. Thésée, fils du roi d'Athènes eut le bonheur d'en sortir par le moyen d'un fil qu'Ariane , fille de Minos , lui donna ; ainsi que Dédale qui se fit des
DES JEUNES DEMOISELLES. CtT)
ailes de cire , et dont le nom est resté à tout ce qui ressemble à un labyrinthe.
En voilà assez , je pense , pour aujourd'hui , mesdemoiselles ; retenez bien , je vous prie , tout ce que je viens de vous dire sur les sept merveilles du monde.
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VIP CONVERSATION.
Madame SOPHIE, HORTEJSSE, ÉLISA, STEPHANIE.
Mad. Sophie. — Avez-vous bien retenu , Hortense , tout ce qu'Emilie vous a raconté de THistoire Sainte?
HoRTEXSE. — Oui , madame 3 je vais tout vous réciter si vous le desirez.
Mad. Sophie. — Où Emilie en est-elle restée ?
HoRTENSE Elle a fini au momentoù Â.dam et
Eve sout chassés du Paradis terrestre , dont rentrée est défendue par un Ange qui tient une épée de feu.
Mad. Sophie. — Comme Emilie est indisposée, c'est mademoiselle Eliza qui voudra bien vous apprendre la suite de cette histoire. Je vous engage à l'écouter avec la plus grande attention.
o4 ENCYCLOPÉDIE
Ki.isA. — Adcîin et Kve tUaiit sortis du paratli* ti'iiostiv , omont doux fils , C.ix'in ol Ahc\. Cain <'l;ul un iU(\-li;inl luniuno , ol Alul l'tait vertueux, et iciulail ;ui Seii;neur un eulte (jui lui «•lait a^reaMe. ('/eiait ce qui excitait contre lui 'a liaiiie c[ la jalousie île son tVère (\un. Uujour, celui- ci i|\ii cnlliNail la terre, engagea Abel , qui j;;;r(lait les troupeaux , h aller se prouuMier avec lui dans la eauipague. Quand ils liu'ent un peu t'ioii^tuvs, (lain voyant ipu* personne ne Tapercevait , se ji'la sur sou tVire et le tua.
lloRTKNSE. — Al>! mou Dicu, quel méchant hotumc! tuer son frère!
l:i.isA. — Ce tut la jalousie et l'inil^li de rien qui porLMcnl (^.aiu à connui-lire un si grand crime ; ce sont encore ces deux vices qui produis.'ut presqjie tous les criuuvs qui se com:net- IvM'.l ilaus le uu^uile. ]\u etl.t, dt- tjuoi n'csl-on pas capid>le quand on oublie son Dieu , qvi'on ne le craint plus; et i\ quelles injustices ne se laisseton pas entraîner à Vegard de son prochain, ipiand ou porte envie à son bonheur ou à ses bonnes qualités i*
lloiirr-Nsv.. — Esl-ee (pTil e>t drleudu u'cun ier Us bor.nes ipiallles et le bonheur des auUe>i
AdI^lk. — Il n'est pas défendu de désirer d'être >erlnenso, d'être instruite, comme telle ou telle demoiselle que l'on connaît ; d'élre clu-rie et e^liuice connue elle ; mais c'est un criuu' d'élre
DP.S JEUNES DEINIOISKELES. "^>
j,ilo\isi«etoiivitMiso des avaiilaj^os (lu'cllo po>isrtU' , au point de «h-siicr (|ii\'lli) 0\\ soit priv('o. Pauliin«, p.ir cxciiipU; , est forl. jolii'; Miiiilic est liv.s- .liiiu'i' <lt> si's ma'iliossos ci île .si>.s coiih),i;mi('s , m xons, liorlciisc, vous tUiL-z jaloiisi; de; la l»(>aiilid;- Pauline cl de fainilic' (|iie nous ayons tons pour lOniilic, au point ilo tl('.-.ii(;r (ju'unc maladie détruisît la beaiilc de la première, et que la seconde perdît les bonnes (jualittis qui la font chérir, c->linicr, vous S(!riez très- coiq)al)le, et vous couiMUîllrie/. , pour ainsi dire?, \c crinie d(; ('a in.
IloRTENsr',. — Oh ! je scîrais bien (ilchc de ressembler jamais à un pareil monstre. J'aiiiuî bien toutes mes compayuesj je veux i;u lier de ressetul)lcr il celles (pi(> Ton aime et dont on Ltii 1'» lo^e; niaisàdieii n<! plaisi; (pie je me laisse; jamais aller h Ultc jalousie qui me terail honte à luoimème !
StkI'IIANIK. — Voilà de beaiiv s(!iilimens , llditeiLiC : tels doivent (Hre ceux d'uiu' (ille yei tiu;u'e et bien eh'vi'e.
LlisA. — (^)iiand (liiin eut lue; .son IV«" re Alirl , Dieu lui demanda o/i il t'iait. Kst-ee ([ne vous m'avez donii(5 mon (rt re ù {,'arder i* lui repondit ce sccitirat. Alors I)i(!u, (pii avait vu son action , le maudit, et le t;oud;Muna à courir h; inoiide , en lui donnaiil un si^ne au([uel il serait reconi.ii parl(jut comme un meurtrier.
La meclianceté de Gain ne fit que se perpé-tuer parmi ses dcscendans ; et le genre humain , aprts la mort d^Adam et d'Eve , s'abandonna tellement à l'iniquité , que Dieu se repentit de l'avoir cre'é , et résolut de le détruire par un déluge universel. Mais il y avait parmi ces médians, un homme juste qu'il voulut sauver , ainsi que sa famille. C'est pourquoi il lui ordonna de construire une arche, espèce de grand vaisseau, oii il entrerait avec sa famille, et une paire de chaque espèce d'animaux. Quand l'arche fut construite, cet homme juste, qui s'appelait Noé, suivit les ordres du seigneur. Aussitôt les abîmes s'ouvrirent, les eaux en sortirent de toutes parts, et il tomba du ciel , pendant quarante jours et quarante nuits, une pluie si abondante, que toute la terre et tous les hommes furent submergés , et que les eaux s'élevèrent au-dessus des plus hautes montagnes. Pendant ce déluge qui dura un an , l'arche seule fut sauvée avec tout ce qu'elle contenait. Quand tous les hommes furent moris , il ne tomba plus de pluie ^ et il vint un grand vent qui sécha la terre. Alors Noé ouvrit liue fenêtre de l'arche, et laissa sortir un corbeau; ce corbeau ne revint point ; quelque temps après, Noé laissa sortir une colombe, qui revint tenant en son bec un rameau d'olivier. 11 sortit, ru couséquence , et ne fut pas plutôt sur le rivage, qu'il se prosterna contre terre avec toute sa
famille, pour remercier Dieu de l'avoir sauvé. Dieu, satisfait de sa reconnaissance, lui promit qu'il n'y aurait plus de déluge sur la terre ; et , pour mettre le sceau à sa promesse , il fît paraître dans les nuages cet arc-en-ciel que nous voyons ouvent après la pluie.
HoRTENSE. — Cet arc-en-ciel est donc un miracle que Dieu fait chaque fois qu'il paraît, pour nous avertir qu'il n'y aura plus de déluge?
Stéphamie. — Non, ma chère, cet arc-en-ciel n'est par un miracle; c'est une figure qui a une cause toute naturelle , au lieu qu'un miracle n'a aucune cause dans la nature, et n'est produit que par la volonté immédiate de la Divinité.
Hortense. — Voudriez-vous me dire, mademoiselle , ce qui produit l'arc en ciel , et ces brillantes couleurs dont il est composé?
Stéphanie. — Quoique cette question n'ait aucun rapport à l'Histoire Sainte , je veux bien néanmoins satisfaire votre curiosité. Ce sera toujours un point de physique dont vous aurez été instruite en passant. Quand le soleil brille, et qu'il pleut dans l'en droit qui lui est opposé , les gouttes de pluie réfléchissent ses rayons sur nos yeux; or, comme cette réflexion se fait dans une partie de cercle , à cause de la rondeur de la terre et de l'air qui l'environne, il faut bien que ce soit un arc qui nous apparaisse , lequel n'est autre chose qu'une porlion de cercle j et comme
oS ENCYCLOPÉDIE
tous les rayons du soleil sont formés de sept couleurs , il faut bien encore que ces couleurs se montrent à nos yeux dans le mduie ordre qu elles sont place'es dans ces rayons. Ne vous ctcs-vous jamais promenée à la campagne après la pluie , et quand il faisait soleil?
HoRTENSE. — Cela m'est arrivé plusieurs fois, et j'ai remarqué sur l'herbe et sur les feuilles des plantes, une infinité de petites gouttes d'eau de différentes couleurs, qui ressemblaient à des diamans.
STi:pnANiE. -— Ces petites gouttes d'eau n'offrent toutes CCS couleurs qu'à cause des rayons du soleil qu'elles réflécliissent à vos yeux. Ce qui se passe alors sur la terre , est précisément ce qui se passe dans l'air , quand vous voyez paraître larc-en-ciel.
HoRTENSE. — INIaintenant que jo sais ce qui produit l'arcen-ciel, je prierai mademoiselle Eliza de vouloir bien coi.tinucr rili.stoire de Noé et de sa famille.
Elisa. — Quand Noé eut fait sortir de l'arche tous les animaux qu'il y avait fait entrer, il se mit à cultiver la tcire pour nourrir sa famille. Au nombre des plantes qu'il voulut élever, il s'en trouva une qui produisit ce fruit que nous appelons raùi/i. Il cueillit ce raisin, en exprima le suc et fit du vin. Ne connaissant point les clfets de cette liqueur, il en but si abondamment qu'il s'enivra^ quand il fut ivre, il s'endormit
DKS JEUNES DEMOISELLES. -'9
dans un état indécent de nudité. Son fils Cham Tarant vu, se mit à rire, et appela ses deux frères Scm et Japhet pour se moqMcr de lui. Mais ils furent plus respectueux que leur frère, et le blâmèrent beaucoup de sa conduite à l'égard de leur père. Quand Xoé se fut réveillé , et qu'il eut appris ce qui venait de se passer, il bénit Sem et Japhet, et maudit Cham, qui dès ce moment devint aussi malheureux que ses frères devinrent heureux.
HoPvTEXSE. — Assurément j il méritait bien d'être puni. Si je voyais faire une faute à papa , je me garderais bien de me moquer de lui , j'aurais peur qu'il ne me maudît, et de devenir ensuite une malheureuse fille.
STÉPHA^-IE. — Vous avez bien raison, Hortense, car rien ne déplaît tant à Dieu , et n'attire plus de malheurs sur les enfans , que le mépris qu ils font de leurs père et mère , et que les chagrins qu'ils leur suscitent par leur mauvaise conduite. Hélas! si nous voyons tant de jeunes personnes malheureuses, ou mourir à la fleur de leur âge, c'est souvent à leur mauvais procédés envers leurs parcns que nous devons attribuer leur iufortune on leur mort prématurée.
HoRTENSE. — Noé et ses enfans devaient bien s'ennuyer , puisqu'il n'y avait qu'eux dans le mo.ide. Si mon papa, maman, mes deux sœurs aînées , mes deux beaux -frères et moi , nous
4o ENCYCLOPÉDIE
étions seuls sur la terre , uous mourrions de tristesse dans cette vaste solitude.
Elisa. — Oui, sans doute , Nod et sa famille se seraient beaucoup ennuye's , s'ils avaieut toujours été seuls j mais heureusement sa famille se multiplia , et en moins de deux siècles devint très-nombreuse. Comme la mémoire du déluge était encore toute fraîche parmi les descendans de Noé , ils résolurent de construire une tour d'une si grande hauteur, qix'ils pussent s'y retirer dans le casd'un nouveau déluge. Mais le Seigneur ne leur permit pas d'achever leur entreprise ; il confondit leur langage , et les obligea de se séparer pour aller habiter les différentes parties do la terre. C'est à cause de cette confusion des langues , que celte tour est appelée la tour de Babel, mot qui veut dire conjusion.
Vous voyez par cet événement, ma chère Hortense , que les hommes ont beau vouloir s'élever, ou chercher un abri contre la justice de Dieu , il se moque de tous leurs projets ; et pour confondre leur orgueil , il n'a besoin que de leur retirer une partie de ses bienfaits. Mais en voilà assez pour au'ourd'hui, car je ne veux point fatiguer votre mémoire , afin que vous reteniez mieux ce que je viens de vous apprendre.
DES JEUNES DEMOISELLES. 4r
VHP CONVERSATION.
Mad. SOPHIE, EUGÉNIE, CAROLINE et FÉLICIE.
Mad. Sophie. — Savez-vousj Eugénie, que votre maman m'a dit ce malin , de vous, uu bien infini ? Je vous félicite de tout mon cœur du changement qu'elle a cru remarquer dans vos manières et dans votre langage.
Eugénie. — Si j'ai uu peu changé, madame, c'est à vos bons conseils que j'en ai l'obligation.
]\Jad. Sophie. — Dites aussi à votre bonne volonté, car c'est en vain que je vous donnerais des avis, si vous n'en vouliez pas profiter.
Eugénie Vous me parlâtes l'autre jour avec
une si grande bonté , et mes compagnes , qui avaient tant à se plaindre de moi , me témoignèrent une amitié si touchante , que je pris aussitôt la Ferme résolution de ne plus être ni méchante , ni hargneuse. Le même jour, je fus bien tentée de faire des malices et de mauvais rapports; mais au même instant je pris mon crayon et mes tablettes , pour écrire ce que j'étais dans le dessein de faire 5 et l'envie m'en passa aussitôt.
Mad. Sophie. — Persévérez, Eugénie, dans vos bonnes résolutions j et quand la tentation TOUS viendra de mal faire, ayez à l'instant recours à votre crayon et à vos tablettes. Plût à Dieu que Caroline suivît votre exemple! j'aurais moins de reproches à lui faire , et plus d'éloges à lui donner.
Caroline. — Pourquoi , madame, me parlez vous ainsi devant Félicie, qui n'est encore qu'un enfant?
]Mad. Sophie, — Parce que je suis fort aise que Félicie , qui a à peu près les mêmes défauts que vous, profite de ce que j'ai à vous dire. Au reste, ignorez-vous que le ton interrogatif que vous prenez , Caroline , n'est ni dccent , ni poli?
Caroline. — C'est ainsi que vous ne me parlez jamais sans me faire des roproclies. Encore, si vous me repreniez en secret , je n'aurais point riiumiliation que j'éprouve si souvent en présence de mes compagnes.
Mad. Sophie. — Mon intention, Caroline, u est point de vous humilier; mais, quand je vous vois faire si souvent des actions, et que je vous entends sans cesse tenir des discours qui ont l'orgueil pour principe, il faut bien que Je vous fasse les reproches que vous méritez. Croyez que c'est pour votre intérêt que ^e vous parle , et que je vous rendrais un très-mauvais service, si je vous
laissais parler et agir comme vous voulez. Ce n'est pas parce que vous avez quatorze ans , que je dois avoir pour vous cette lâche complaisance. Fins vous approchez de 1 âge où les demoiselles entrent dans le monde, plus vous avez besoin d'être avertie de vos de'liuits, défauts qn ne manqueront pas de vous faire haïr ou mt'priser dans la société'.
Carolike. — Eh bien , madame, faites-moi tous les reproches que vous voudrez ; je vais tâcher devons écouter, comme si c'était maman qui me parlât , et j'espère qu'à l'avenir vous n'aurez plus à m'en faire, car je m'observerai si bien> qu'il n'y aura aucune ds vos leçons qui reste sans utilité' pour moi.
Mad. Sophie. — C'est avec cette docilité', ma chère Caroline , qu'Eugénie perd chaque jour un défaut, et acquiert chaque jour une bonne qualité. En suivant son exemple , bientôt vous me forcerez à vous louer toutes deux , vous et Félicie, q;ii , comme je vous l'ai dit, a presque tous vos défauts, si elle a quelques bonnes qualités.
Carolixe. — Félicie et moi, nous sommes très-disposées à profiler de vos leçons, qui sans doute conviendront aussi à Eugénie, qui a encore beaucoup à faire pour être une fille parfaite.
Mad. Sophie. — De tous les défauts, le plus
odieux et le plus insupportable dans le monde , c'est l'orgueil, qui est un sentiment par lequel nous nous croyons plus que les antres , et qui nous poite à nous élever au-dessus deux. C'est ce défaut, Caroline , que je voudrais détruire en vous. N'est-il pas vrai que vous êtes très-orgueilleuse ?
Carolixe. — Il m'arrive Lien quelquefois de parler avec hauteur aux domestiques, et même à mes compagnes.
Mad. Sophie. — Non - seulement vous leur parlez avec hauteur , mais encore vous avez pour eux des manières méprisantes , et souvent vous leur faites sentir , d'un ton humiliant, l'abjection de leur état, et le besoin qu'ils ont de vous servir. Quant à vos compagnes , il en est plusieurs auxquelles vous ne parlez jamais, que même vous dédaignez de regarder. S'il en est avec lesquelles vous vous entreteniez, c'est toujours de votre famille , et des richesses de vos parens , que vous leur parlez. Sans cesse aussi vous leur vantez votre figure, vos ajustemens, et vous vous moquez de celles dont les parens ne sont point aussi riclies que les vôtres , et dont la mise , quoique propre, n'est que simple el peu coûteuse. IMais, de tous les torts , le plus essentiel , et celui qui annonce le plus d'orgueil, c'est l'aversion que vous avez pour les reproches. Heurciisement elle commence à vous passer , et me fait prévoir
DES JEUîsES DEMOISELLES. 45
que bientôt nos eniietîens changeront et d'objet et de motif.
Félicie. — Est-ce que je dois , madame , être polie envers les domestiques? et puisque vous les payez pour nous servir, ne puis-je pas les regarder comme au-dessous de moi ?
Mad Sophie. — Si nous devons être polis envers tout le monde, pourquoi nos domestiques seraient-ils seuls excepte'sde cette règle ge'nërale? Les hommes et les femmes qui nous servent ne sont-ils pas, comme nous , des cre'atures raisonnables ? Il n'est aucun e'tat de méprisable , et il y a tels domestiques plus respectables que bien des personnes qui sont fort riches, et qui occupent de grandes places. Il est vrai que nous les payons pour nous servir ; mais les gages modiques qu ils reçoivent lie devraient-ils pas plutôt nous engager à les traiter avec douceur, et à les plaindre d'être forcés à exercer , pour vivre, un état si pénible , et qui les expose à tant de caprices et de mépris? D'ailleurs, qui vous a assurées , mesde^ moiselles , que vos parens seraient toujours riches , et que vous ne seriez jamais domestiques?
Carolitste. — Quoi ! madame , est-ce que vous pensez que nous servirons un jour les autres?
Mad Sophie. — A Dieu ne plaise , mesdeiïjoi. selles , que j'aie une pareille idée ! Je veux seulement vous dire qu'il n'est point impossible qu'une
révolution, ou qu'un grand revers de fortune vous réduise un jour à exercer la profession de domestiques. Je vais vous raconter à ce sujet , une histoire, entre mille autres, laquelle est arrivée il n'y a pas long-temps.
La marquise de S***, que je nommerai madame de Surville , avait une femme de cliamLre qui avait des sentimens fort au-dessus de son étal , et qu'elle chagrinait continuellement par ses hauteurs et ses emportemens. Dans la biillante position où elle se trouvait, elle e'iait loin de s'attendre à remplir un jour les fonctions de sa domestique. Une grande révolution survint en France , et elle fut ohligée de suivre son mari en Allemagne. La dépense que les deux époux furent contraints de faire dans ce pays, et la saisie que l'on fit en France , de leurs revenus , les eut bientôt réduits à chei'chcr les moyens de subsister. Le marquis entra dans l'armée du prince de Coudé, où il fut mal payé , et la marquise se crut trop heureuse d'être admise dans une maison allemande , sous le titre de femme de chambre et de bonne d'enfant. Cependant , sa femme de chambre, Marthon , qui , par sa bonne conduite, avait mérité !a main d'un riche négociant , vivp.it à Paris dans l'abondance , et avait à son tour plusieurs domestiques , qu'elle traitait bien , se souvenant de sa première condition. Quand madame de Survillc fut rentrée en France , elle vint à Pa-
ris ; mais il s'en fallait beaucoup que sa situation fût aussi heureuse que celle de Martlion.
Celle-ci , que l'opulence n'avait pas rendue orgueilleuse, ayant appris indirectement le retour de son ancienne maîtresse, se mit aussitôt en devoir de la cherclier. Elle eut le bonheur de réus. sir dans ses perquisitions , et d'offrir à celle qui l'avait traitée si rudement pendant quelle e'tait domestique . tous les secours dont elle avait besoin dans la fdclieuse circonstance où elle se trouvai t.
Caroline. — Voilà , madame , un beau trr.it de la part de cette femme de chambre.
Mad. Sophie. — Vous voyez donc que les domestiques ne sont point aussi méprisables que vous l'imaginez. S'il en est qui se conduisent mal, c'est souvent la faute de leurs maîtres ou de leurs maîtresses. Au reste , je pourrais vous citer cent exemples pour un , comme celui que vous venez d'apprendre de l'inconstance de la fortune , et de la grandeur d'ame de personnes attachées à l'état de domesticité. Voilà tout ce que j'avais à vous dire aujourd'hui. Un autre jour je vous entretiendrai des autres torts que je vous ai reprochés, Carolinej j'espère que Félicie prendra pour son compte une bonne partie de mes leçons.
P'ÉLiciE, — Vous nous avez dit , cependant , madame , plusieurs fois, qu'il ne fallait pas se familiariser avec les domestiques.
I\'*ad. Sophie. — Non , sans doute , ma chère , il ne faut pas se permettre des familiarités avec les domestiques, c'est-à-dire, qu'il ne faut pas s'entretenir avec eux de choses inutiles ; leur faire des confidences, des questions, pi'endre part à leurs querelles , à leurs amusemens; leur donner des conseils , ni leur en demander j mais i! n'y a point d'orgueil dans cette conduite j au contraire, il y a beaucoup de sagesse et de raison. Vous avez donc à c'viter deux excès avec lespersonnnes qui vous servent ; le premier , c'est la fluiiiliarité qui ne peut que vous attirer leur mépris j le second , c'est l'orgueil et la hauteur , qui excitent ue'cessairemcut leur de'goût cl leur haine.
IX COrNfVERSATlON.