HORTENSE
HoRTENSE. — Nous avons fait, madame, Adèle dt moi j un bleu long voyage, depuis le jour de la^dèrriicré conversaiiou sur la géographie !
INÏ-àd. Elisabeth.— Nous espérons, ma chère, que vous voudrez bien nous appreridre ' les particularités de ce voyage. Comm^î vote n«' nous avez pas entretenues souvent, nous vous entendrons aujourd'hui avec jildiisir.
HoRTENSE C'est le tour de l'Europe qii^tttMs
avons fait sur mer, exce^t'é dû côté'O?! elle tient •à T Asie, et nous noussomùies arrêtées^, ne pouvant aller plus loin. C'est par Id'iùer Glaciale que nous avons coiiimietîCé} de cette mer,' ntJhS
frOiDincs eutrces dans la nier du Nord, où nou-? avons trouvé l'Islande, qui est une île où îl y a une uiontRgne très- élevée qui jette souvent des matières enflammées. Ensuite, nous avons côtoyé la Nonvège et la Sut de . qui e:>t séparée de la NorAvège par de liautes montagnes. En reveliatit surnos pas , nous avons traversé le détroit du Sund, entre le Daunemarck et la Suède, et noius avons pénétré, par la mer Baltique, jusqu'au golfe de Finlande , à Textrémité duquel est bâtie la ville de Saint-Pétersbourg. Nous avons fait le tour de ce golfe, et à notre retour, nous avons vu la ville de Riga , ville qui appartient à la Russie : Mémel qui appartient à la Prusse, Copenhague, la capitale du Dannemarck, et beaucoup d'autres villes dépendantes des souvcriiins d'Allemagne. En allant du Nord à l'Ouest , nous avons aperçu les côtes de la Jlollande , après lesquelles nous avons aperçu les côtes de France , qui sont séparées de celles de l'Angleterre par un détroit qu'on nomme la IManclie, parce qu'il a la forme d'une luanclie qui est longue et étroite.
Mad. Elisabetp. — Il me semble que vous devriez savoir ce que c'est que l'Angleterre, l'ayant vue de si près ?
HoRTENSE. — L'Angleterre , qui comprend aussi r^iosse et l'Irlande , est une grande île j car nous savons qu'elle est environnée, de tous côtés, des eaux dç la n?çr... Eu sortant du détroit
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de la ÎNIanclie , nous nons sommes irouvccs dans rOcean , que nous avons quilte', après a^oi^ considéré les côtes de France el d'Espagne, pour entrer dans la Méaiterrannee par ledJtroit de Gibraltar, qui est siiué entre l'Afrique et l'Espagne.
INIad. Elisabeth Qu'a^ez-\ous observe' sur
la Méditerranée?
Hor>.TExsE. — Nous avons observé les îles de Corse et do Sardaigne, et la Sicile, qui est une tle très-grande , qui n'est séparée de Tlialie que par un détroit qu'on nomme le détroit de Messine ; en continuant notre roule, nous avons ^u ïe golfe de Tarente, en Italie , et celui de Venise, entre l'Italie elles côtes de laDalmatie; lequel prend aussi le nom de 3Icr jédiiatique, à cause de s.i longueur et de sa largeur. Après avoir dépassé le golfe de Venise , nous avoiis rencontré beaucoup d'îles, dont plusieurs sor.t petites, et qu'Adèle m'a dit èlrc des îles grecques, parce qu'elles sont voisines des côtes de la Grèce, qu'on apelle aujourd'hui la Morèe , province qui appartient au Grand-Seigneur. Plus nous avons avancé , et plus nous avons reneoiitré de ces jielilcs îles, dont Adèle in'a dit qi e la réunion «'appelait Archipel. Comme en suivant toujours la droite , nous aurions quitté les côtes de l'Europe, et que nous nous serions trouvées entre l'Asie et l'Afrique , nous nous sommes dirigées sur la gauche, et nous sommes entrées dans le détroit
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des Dardanelles , qui sépare l'Europe de l'Asie, et nous a couduites dans la mer Marmara , laquelle communique à la mer Noire , par un canal sur lequel est située la ville de Coustanlinople. Nous pensions quo notre voyage se terminerait à la mer Noire 5 mais ayant aperçu le de'îroit de Zabache, nous avons eu la curiositd d'aller jusqu'au bout, où nous avons trouvé la mer d'Azof , qui est entre l'Europe et l'Asie.
Mad. Elisabeth. — Voilà ce qu'on appelle un voyage de long cours , et que Ton a bientôt fait sur la carte. Mais ce qui n'e'tait pas très-aisé poup vous, ma chère Hortense, c'est le récit que voua venez de nous en faire. Je vous félicite, Adèle, d'avoir un élève qui profite si bien de vos leçons. HoRTENSE. — Je ne dois pas vous cacher, mada« me, que nous avons mis toute une journée à faire notre voyage , et que le désir que j'avaisde vou» ]>rouver mon zèle, m'a prodigieusement tourmen*" tée , car , au lieu de faire une fois le tour del'Europe, nous l'avons recommencé au moins dix fois, Mad. Elisabeth. — Wavez-vous pas été tenlëe^ en revenant , de débarquer en France ?
HoRTENSE. — Si notre voyage eiit été réel , nous aurions été, je crois, fort embarrassées pour trouver un endroit où mettre piedàierre , dans l'ignorance où nous sommes de la carte d©* France.
Mad, Elisabeth, — Il est pourtant bien plu»
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essentiel de connaître la géographie deson pajs fji.c celle de beaucoup d'endroits où on n'ira jamais. Eli! quelle description est plus Intéressante que celle de la France , le pays de lEurope le mieux situé, le plus peuple elle plus beau? Amélie, dites -nous ce que vous savez de la France , et commencez par sa situation ?
Amélie. — La France, qui sappelait autrefois fes Gaules , est située sous la zone tempérée , qui est entre l'équateur et le pôle Arctique, bornée au Nord par les Pays-Bas , à l'Ouest, par TOcéai j au Sud, par les Pyrénées 5 à TEst, par le Rhin , la Suisse et la Savoie.
Emilie. — Voilà un bien grand pays j il doit y avoir dans ce royaume bien des montagnes et bien des rivières.
Amélie. — Aussi mon papa , qui a parcouru toute la France , m*a-t-il dit qu'il avait traversé beaucoup de montagnes , de fleuves et de rivières , dont il sait les noms, comme s'il les avait appris par cœur. J'ai retenu quelques-uns de ces noms , et je vais vous les réciter , ainsi que les détails doiit je me souviens. Les principales montagnes de la France sont : les Vosges qui séparent l'Alsace de la Lorraine et de la Champagne^
Le Mont Jura, qui la sépare de la Suisse 3
Le PuitS'dc-Dôme , en Auvergne ;
Les Ccveniies , dans le Languedoc j
Le Moiit-Pila , près de Lyon ;
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Les montagnes duDauphiné, qui sont une partic de la chaîne des Alpes.
Les fleuves de la France sont : la Seine , qui prend sa source à six lieues de Dijon , traverse la Bourgogne cl se jcftc dans rOcc'an , au Ilâvrede-Gràce , après avoir reçu plusieurs rivières , dont les principales sont : l'Yonne, la Mariie qui s'y jette auprès de Cliarenton , et 1 Oise , qu'elle reçoit à quelques lieues au-dessous de Paris.
La Loi/e, qui prend sasourcc dans les montagnes du Forez, passe à Orle'ans , à Nantes , se jette dans l'Océan , auprès de cette dernière ville.
Le Jîhûne , qui prend sa source en Suisse , passe à Lyon où II reçoit la Saôue , sépare le Vêlai du Daupliiné, la Provence du Languedoc, et se jette , à Arles , dans la IMcditerranée.
La Garonne , qui prend sa source dans les Pyrène'es , reçoit la Dordogne , etc. , et se jette dans rOcèan près de Bordeaux , après avoir changé son nom en celui de Gironde.
]NLid. Elisabeth. — J*ai hicn de la peine à croire, Amélie, (juc qielques conversations passagères de votre papa aient suffi pour vous rendre si savante, quelque lic'u'euse q le soii votre mémpirc.
Amklie. — Il est vrai , madame , que ces entretiens ne m'ont pas fourni tout ce que je viens de dire; mais ils m'ont inspiré le déoir d'eu savoir
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davantage. Je ine suis donc mise à lire la noîivelle géographie de la France , pour èti-e en eî^t de soutenir nos conversations.
Mad. Elisabeth. — J'applaudis à votre zèle , macbcre, et j\'spère en conséquence qiic \ous direz aujourd'hui une bonne partie de ce que vou& savez de noire patrie.
HoRTENSE. — Pourquoi , madame , appélez- Aous fa France notre patrie?
AJau. Elisabeth. — Le mot patrie vient d'un mot latin , qui signifie mère nourrice. C'est U'. nom qu'on donne au pays où nous sommes nés , où nous sommes nourris et élevés. N'est-ce pas en France que nous sommes venues an monde , et que nous avons été nourries? La France est donc notre mère , notre nourrice , notre patrie.
II0E.TENSE. — Ainsi , nous devons laimer et la chérir.
Mad. Elisabeth. — Sans doute , et avec d'autarit plus de raison que la France est le plus beau et le meilleur pays de l'Europe. On y trouve toutes les choses dont on a besoin pour se vélir et se nourrir 5 elle peut se passer, à la rigueur, de tous les autres pays , et aucun ne saurait se passer d'elle. Amélie , faites-nous i'énumératioii des avantages de la France et des richesses qu'cUc produit.
Amélie. — La France est comme une vaste et fertile campagne , où nous trouvons à satisfairvi
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tous nos besoins. Plusieurs de ses provinces fournissent du blé et d'autres grains en telle abondance , que ses liabitans peuvent nourrir les pénibles voisins qui en manquent , de ce qui excède leur consonimalion. Nulle pari, la vigne ne pro» duil d'aussi bon vin, et en aussi grande quantité. La bière , le cidre et l'eau-de-yie forment aussi une branclie très-etendue de son coninicrce : de nombreux troupeaux alimentent ses manufactures de leurs laines ; avec son chanvre et son lin, on fabrique toutes sortes de toiles : et les vers à soie qu'on élève dans la Provence et le Languedoc , nous donnent de la soie pour faire de bel- Içs ictOifTes. De ses mines, on tire du fer pour forger tons les inslrumens qui servent à nos besoîns , du cuivre, du vif-argent, du plomb et autres métaux que Ion emploie avec succès dans les arts de première nécessité et de luxe.
HoRTENSE. — Vous avez oubliéj Amélie , de parler des fruits, qui valent pourtant la peine de s'en QCGUper.
Amélie. — ,Vous avez raison d'en parler, car leur infinie variété fait que la France ressemble au Paradis Terrestre , où Adam et Eve trouvaient toutes sortes d'cxcelleus fruits , et que nos desserts offrent souvent un spectacle dont on ne saurait jouir dans aucun autre pays de lEnropc.
Emilie.. ■^ Une chose m'embarrasse dans ce moment , c'est le moyen de se procurer les pro-
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ductions des difFérenles contrées de la France. Comment se fait-il que nous recevions à Paris les oranges de la Provence . les vins de Bordeaux et ceux de la Bourgogne , eu aussi grande quantité ?
Amélie. — Tout ce quela France produit peut aisémentcirculer d'une province dans une autre, par le moyen de belles routes ouvertes sur toute l'étendue de son territoire , et des canaux qui communiquent d'une mer ou d'une rivière à une autre mer ou à une autre rivière.
Adèle. — Je connais bien un de ces canaux , parce que nous avons une terre dans son voisinage , c'est le canal de Briare , qui joint la Loire à la Seine.
Amélie. — Il en est un autre qui joint la Saône à la Loire -, mais le plus beau et le plus utile de tous^ c'est le canal de Languedoc , qui traverse celte province , et joint l'Océan à la Méditei'ranée. Ainsi les routes , les rivières et les canaux , dont le nombre sera encore augmenté , sont les moyens par lesquels toutes les richesses de la France passent du Midi au Nord, et de l'Orient à l'Occident, pour satisfaii'e à tous les besoins de ses habitans.
Mad. Elisabeth — Voilàbien les vrais moyens do circulation pour les productions intérieures de la France. Diriez vous aussi bien, Amélie,
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comment elle peut recevoir les marchanclises des antres pa js ?
Amélie. ~ Par son heureuse situation entre l'Océan et la Mediterrane'e , la France peut se procurer tout ce que les autres parties du monde produisent d'utile et de précieux 5 et ses ports de iner, qui sont nom])reux et fort commodes, peuvent entretenir avec tous les peuples le commerce le plus avantageux et le plus brillant de l'univers.
Adèle. — Il me semble que tous les porLs de France ne doivent pas être propres au commerce.
Amélie J'allais prévenir cette observation
en disant qu'il j a des ports deiline's à recevoir dos vaisseaux de guerre , et d'autres destines aux îîisseaux marchands. Sur la Méditerranée , la France possède un beau port pour la marine militaire , c'est celui de ToiJon ; et un grand port marchand , celui de iMarscilie. Sur l'Océan , Brest , Rochefort et Cherbourg , sontdes ports militaires; Bordeaux , Lorient et Saint-Malo , sont des ports uniquement- consacrés au commerce, qui y est très-animé , quand la France Ciit en paix avec l'Angleterre.
Mad. Elisabeth Tous ces détails sont trèsinstructifs , mesdemoiselles; je vous invite à les retenir. Reposez-vous, Amélie, et vous , Adile, il faut vous préparer pour la conyersat'on pro-
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chaîne. Ce sera vous qui nous entretiendrez du {gouvernement de la France , et de la division de son territoire.
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