DES CONSTITUTIONS ET DES TEMPERAMENTS
Chaque individu a une manière d’être qui lui est propre, et qui, ainsi que l’a dit Bordeu, lorsqu’elle tourne à son avantage, établit sa santé. C’est cette manière d’être qu’on a appelée constitution , et dont il existe presque autant d’espèces qu’il y a d’individus. — ■ Les constitutions , considérées en général du côté des solides, se réduisent au nombre de quatre : la force, ou la vigueur réunie à la sensibilité , comme cluz les hommes bien constitués ; la force jointe à peu de sensibilité , comme chez la plupart des gens de la campagne , les manouvriers , etc. ; la faiblesse jointe à peu de sensibilité, comme chez les personnes d’un tempérament très-piluiteux ; et enfin la faiblesse combinée avec une vive sensibilité , comme dans les femmes hystériques. Telles sont les quatre constitutions élémentaires et primordiales , mais qui éprouvent une foule de modifications, et qui sont sans cesse renfoncées ou affaiblies par une multitude de causes inévitables v comme le climat, le régime, l’éducation, les passions, les saisons, etc. On conçoit que les degrés de force et de sensibilité variant dans les divers sujets, chacune de ces constitutions présente un grand nombre de nuances, et que plusieurs hommes jouissant de la même doivent différer plus ou moins entre eux. Maintenant, si on fait attention que les forces affectent une direction particulière dans les différentes phases de la vie cl les saisons de l’année , et que chaque individu a son idiosyncrasie, c’est-à-dire, une disposition particulière de tel ou tel organe à dominer sur les autres , on donnera facilement la raison des diathèses humorales connues des anciens sous le nom de tempéraments , et qui sont au nombre de quatre : le pituiteux, le sanguin, le bi-
lieux et l’atrabilaire ou mélancolique.
Cette distinction est fondée sur la nature même (l). En effet, puisque les diathèses sont le produit de la force et de la sensibilité, de la direction des forces et de la dominance d’action d’un ou de plusieurs organes diversement combinés, les constitutions ne peuvent être mieux caractérisées que par la diathèse qui est propre à chacune d’elles. Ün pourrait néanmoins réduire ces tempéraments à trois, car l’atrabilaire n’est que l’extrême du tempérament bilieux. Observez que l’on ne trouve pas toujours les tempéraments dans l’état de simplicité que nous allons décrire , mais souvent dans l’état mixte : dans ce dernier cas , il en est toujours un dont le caractère est plus saillant, et que désigne l’humeur dominante à laquelle il a donné naissance.
Le tempérament pituiteux ou flegmatique (lymphatique), lemperamentum frigidum et humidum, est caractérisé par la mollesse, la laxité , et le peu d’action de la fibre, qui ést abreuvée d’une sérosité surabondante. Les hommes de ce tempérament ont les chairs très-molles et lâches , le tissu cellulaire rempli de graisse , et le sang très-séreux. La plupart ont la taille avantageuse, la peau blanche et froide au toucher, et principalement celle des extrémités , surtout en hiver, les cheveux et les poils blonds ou châtains et tardifs; ils ne deviennent jamais chauves; le visage est pâle et quelquefois bouffi ; les yeux sont peu expressifs , et le regard est languissant; Les femmes de ce tempérament ont, pour l’ordinaire, beaucoup de gorge, mais elle ne se soutient pas long-temps. Les fonctions sont lentes et embarrassées dans les pituiteux ou lymphatiques ; ils ont le pouls lent, petit et mou , et les veines étroites; la respiration est lente, et ils sont sujets aux oppressions; ils ont peu d’appétit, soutiennent bien la diète, et digèrent péniblement. Ils éprouvent rarement le sentiment de la soif; leurs sens sont très-obtus, les mouvements difficiles , mais durables ; ils sont peu enclins aux plaisirs de l'amour, et parviennent plus tard que les autres à
(1) Sans aucun doute; mais il était plus naturel encore de fonder la doctrine des tempéraments sur la prédominance des solides , comme l’ont fait les modernes , ou au moins sur la compa-raison des uns et des autres. (I. B.)
hïgi£ne.
la puberté. Us excrètent par le nez et la bouche beaucoup de matières visqueuses et insipides; leurs excréments sont blancs et muqueux; les urines sont troubles avec un sédiment épais ; les règles et les lochies , chez les femmes pituiteuses , sont pâles. — Les fonctions de l'esprit s’exercent , chez les pituiteux , d’une manière faible et languissante; ils ont l’imagination froide et presque pas de mémoire; ils sont très-portés au sommeil, se mettent difficilement en colère , et s’apaisent aisément. Ils ne sont guère j plus propres aux travaux de l’esprit qu’à ceux du corps , à moins qu’on ne les y habitue par degrés. L’habitude est leur loi ; ils ont le jugement droit et sur , le i caractère doux , affable et paisible , et l'état d’apathie semble être celui dans : lequel ils trouvent uniquement le bon- -, heur.
Le tempérament sanguin , qu’on peut considérer comme faisant la nuance entre le pituiteux et le bilieux, est le produit de la dominance d’un sang visqueux , et abondant en partie rouge et en gluten :
. c’est le temperamentum caliduni et humiduni des anciens. Il est caractérisé par une physionomie animée , un teint 1 rouge et vermeil: les cheveux sont, pour i l’ordinaire , blonds ou châtains , et se régénèrent facilement ; les membres sont souples et agiles , les veines bleues et i d’un diamètre médiocre ; le pouls est I grand, vif et réglé ; l’habitude du corps est chaude et molle au toucher, et les chairs fermes et compactes. — Les personnes de ce tempérament n’éprouvent qu’un appétit et une soif médiocres, i Elles sont sujettes aux hémorrhagies , j transpirent beaucoup , et rendent abon- } damment des urines d'une couleur et I d’une consistance louables ; les excré- : ments sont roussàtres et d’une consis-
1 tance médiocre. Les sanguins dorment profondément, moins cependant que les pituiteux , et font ordinairement des rê-
I ves agréables. — L'homme de ce tempi i rament fait généralement assez bit toutes scs fonctions. Il est bon , franc courageux , vif, doux et enjoué; sa mi raoire ea* heureuse, et son imaginatic vjve et brillante. Il est très-enclin ai plaisirs ; il aime la table , les femmes , luxe ; nais il a plutôt des goûts que ch passions II est très-sensible , s’empor aisément et se calme de même. Il e étourdi , léger, inconstant et spiritue mais rarement il acquiert de leruditioi Il a la conception facile , néanmoins
est incapable de sc livrer à de profondes méditations ; c’est pourquoi les sciences abstraites , et généralement tout ce qui exige un travail assidu et opiniâtre , ne peuvent lui plaire, ni fixer son attention; mais aussi il cultive avec succès la poésie, la peinture, la musique et tous les arts agréables qui exigent de la vivacité dans l’imagination.
Le tempérament bilieux, temperamentum caliduni et siccum, est celui dans lequel la bile domine. L’homme qui jouit de celte constitution n’a pas ordinairement une taille avantageuse, ni de l’embonpoint ; mais il est fort, nerveux et bien musclé; ses os sont gros, ses chairs fermes et compactes. L’habitude du corps est grêle et maigre; la peau aride , sèche et peu perspirable , avec une chaleur âcre et mordicante , surtout celle des mains; le teint et les yeux sont pâles et jaunâtres. Presque toujours les cheveux et les poils sont noirs , crépus , et tombent de bonne heure. Toutes les fonctions, et surtout celles de la digestion, se font avec rapidité chez les bilieux; ils ont ordinairement un appétit vorace, et éprouvent fréquemment le sentiment de la soif.
Leur pouls est prompt, élastique, sec et roide , et les veines sont très-amples. Les bilieux parviennent promptement au ferme de leur accroissement, et vieillissent de bonne heure. Ils sont sujets aux vomissements de matières bilieuses; leurs excréments sont très-jaunes, la ciré des oreilles très-abondante , et les urines
jaunes ou rouges, âcres et copieuses.
Le bilieux est très-enclin aux plaisirs de l’amour; il aime passionnément et avec fureur. Il est fort, et conserve long-temps sa vigueur. Il porte les passions à l’excès , et elles sont l’effet de sa grande sensibilité; il est très-jaloux constant, ferme, inexorable, très-colérique, et porté à la vengeance. Non-seulement il a beaucoup d’imagination , mais encore un jugement solide et réfléchi ; il a plus de génie que d’esprit et est très-propre aux sciences abstraites! Mois à tant de qualités précieuses il mêle presque toujours de la dureté; il est entêté , opiniâtre , et souvent misanthrope. Il dort peu et d’un sommeil léger ; il veille la plus grande partie de la vie.
Le tempérament atrabilaire (1) ou mé-
(■I) Le mot atrabilaire est synonyme do mdancohque. Quant à l’atrabile, c’est
hvgiène.
lancolique , tempevamentum siccttm et frigidum des anciens, est celui dans lequel domine une bile d’un jaune brunâtre et noirâtre, et qui modifie la couleur habituelle du corps , et surtout la face. On peut le considérer comme le maximum du tempérament bilieux. — Les mélancoliques ont ordinairement beaucoup de cheveux noirs ou bruns (I), le corps grêle et maigre , la peau sèche , froide, dure, âpre, jaune, brune ou noirâtre; leur pouls est fréquent, sec, élastique, petit, enfoncé et souvent inégal , et leurs veines étroites. Ils Sont voraces, et ont rarement soif. Ils croissent lentement, et vieillissent de bonne heure. Ils dorment peu , et leur sommeil est agité par des songes terribles. Les fonctions du ventre sont irrégulières ; les urines sont abondantes , claires , peu colorées. Ils sont sujets à des vomissements de matières noires, aux hémorrhoïdes, et rejettent beaucoup de salive. Le ventre est fréquemment constipé , dur , et les excréments sont noirâtres. Les sueurs qui se manifestent chez eux sont plutôt d’expression que des sueurs utiles. — Le mélancolique jouit d’une grande sensibilité : aussi a-t-il l’imagination vive et exaltée : le plus petit revers , la plus légère douleur , le jettent dans l’abattement et le désespoir ; son âme se repaît de chimères , qui le troublent et le rendent malheureux par la crainte de le devenir. Cette constitution est celle des grands hommes , des héros , des ambitieux et des grands scélérats. Les entreprises qui paraissent supérieures aux forces humaines, les conquêtes , les crimes atroces, les sectes , les factions , les révolutions des empires, ont été fréquemment l’ouvrage des mélancoliques.
— Le caractère du mélancolique est sombre, rêveur , difficile, inquiet , méfiant et chagrin. Il est implacable dans la haine et la vengeance. 11 en est dont les passions fougueuses entraînent tout
une chimère créée par l’imagination des anciens. (I. R.)
(1) Les Anglaissont, en général, mélancoliques,et ont néanmoins les yeux bleus, les cheveux blonds et le visage coloré ; c’est que le climat modifie à son gré l’habitude extérieure : or , celui d’Angleterre, qui est froid et humide, conjointement avec d’autres causes locales , favorise le tempérament pituiteux mélancolique.
ce qui leur résiste ; d’autres ont le cœur bon et sensible. Quelques-uns ont une crainte outrée de la mort; d’autres la recherchent ou se la donnent. Le mélancolique est très-exigeant , et sa sensibilité se tourne souvent en fureur quand on lui manque. Presque tous sont bons amis , mais amants jaloux et portés au désespoir.
Chaque âge a sa constitution propre , et qui dépend , entre autres causes , de la dominance d’action d’un ou de plusieurs organes. La constitution pituiteuse ou lymphatique appartient spécialement à l’enfance ; elle est duc à l'excès d’action relative des systèmes cellulaire, glanduleux et lymphatique. — Toutes les parties sont d’une mollesse extrême dans l’enfance ; le tissu cellulaire est dans un état d’expansion plus grand que dans les âges suivants ; il est pénétré d’une quantité considérable d’humeur muqueuse légèrement colorée en rouge.
C’est cet épanouissement de l’organe cellulaire qui donne lieu à la pléthore et aux congestions si familières aux enfants. Les vaisseaux lymphatiques appartiennent à ce tissu. Ils sont généralement plus développés, surtout les vaisseaux lactés du premier ordre ; leur diamètre diminue considérablement dans la vieillesse. Les glandes jouissent de même d’une action plus grande dans les premiers temps ; elles sécrètent une bien plus grande quantité de mucus, et en sont constamment gorgées ; c’est pourquoi elles sont très-volumineuses. Mais les glandes , très-développées dans l’enfance , diminuent à mesure que la vie fait des progrès : il en est même qui s’effacent entièrement et de très-bonne heure, comme le thymus : d’autres ne s’oblitèrent que par degrés, et ne sont complètement desséchées que dans la vieillesse •• telles sont les glandes du mésentère.
Cette dominance d’action des systèmes cellulaire , glanduleux et lymphati- 1 que, n’a lieu que durant les premières ! années de la vie ; elle décroît insensiblement à mesure que l’homme s’éloigne de la naissance. Aussi les maladies de l’enfance sont-elles communément mu- i gueuses, et ont leur siège dans ces organes. — Une circonstance qu’il est important de remarquer , c’est que la tête des* enfants est très- volumineuse , et que , dans tous les âges de la vie , ceux qui ont la tète fort grosse ont le tissu i spongieux très-lâche , et acquièrent or-
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i dinaireraent beaucoup d’embonpoint; > les vaisseaux sanguins sont chez eux très-peu développés ; ils sont sujets aux maladies pituiteuses et spasmodiques ; ils ont un appétit vorace, et supportent difficilement l’abstinence. En un mot, ils réunissent la plupart des qualités qui caractérisent l’enfance. Ceux , au contraire , qui ont la tète peu volumineuse sont ordinairement maigres ; ils ont les vaisseaux sanguins très-développés , résistent aisément à la faim et aux évacuations de sang , et sont très-disposés aux maladies inflammatoires. — Une autre circonstance , non moins essentielle par rapport à la distribution des forces organiques dans l'enfance , c’est qu’elles se dirigent, non-seulement du centre à la circonférence , mais encore vers la tète. Cette tendance était nécessaire par rapport à la pousse des dents, à l’exercice et au développement des organes des sens , qui ont la plupart leur siège dans la tète. — Il y a aussi une action vive vers l’estomac et les Intestins, dont le tissu est alors plus mou , plus spongieux et plus expansible que dans les autres temps de la vie. Cette identité de fonctions des organes céphaliques et des intestins établit entre la tète et le basventre une sympathie très - marquée , dans les enfants spécialement, et explique pourquoi les affections de la tête intéressent fréquemment chez eux les viscères du bas-ventre, et vice versa.
Les causes qui favorisent la constitution pituiteuse , ou qui la renforcent , sont l’abus des aliments froids et humides, des farineux, et surtout de ceux qui n’ont pas fermenté; celui des substances grasses, flatulentes et difficiles à digérer; l’usage trop fréquent des poissons , du laitage , les excès dans le régime , l’abus des boissons aqueuses, la vie oisive et casanière, celle qui est exempte de soucis , d’inquiétudes ; l’inertie de l’âme , les passions tristes et soutenues , l’usage habituel des vins pesants et grossiers , l’habitude des bains après le repas, ainsi que l’avait déjà fort bien remarqué Alexandre de Tralles; le sommeil trop prolongé , l’hiver , le séjour des pays j f r0*tls et humides , des endroits situés ij dans le voisinage des marais, des lacs ,
!| des étangs, des rivières , des fleuves (1);
fl) Les habitants du Phase , au rapport d’Hippocrate, qui vivaient dans une atmosphère^épaisse ot humide, avaient
de ceux exposés à la neige, aux pluies et au nord (l); en un mot, toutes les causes énervantes qui , en affaiblissant l’organisme , font dominer l’action de l’organe cellulaire. Ces mômes causes, soutenues à un certain degré pendant quelque temps , décident les écrouelles ou le rachitis : ces deux affections se lient au tempérament pituiteux , et doivent être regardées comme lé produit de la constitution de l’enfance portée à l’excès. — La constitution pituiteuse paraît être , au premier coup-d’œil , celle des vieillards ; mais ils ne sont pas réellement pituiteux, et, pour me servir des termes de Galien, ils ne le sont qu’en apparence, par rapport aux excrétions qui ont lieu chez eux par le nez et par la poitrine , car leur constitution est froide et sèche. Il faut observer d’ailleurs que les excrétions séreuses des vieillards sont le produit du dessèchement de l’organe extérieur , et du refoulement des forces dans l’intérieur, qu’ont amenés par degrés les progrès de la vie : ces deux causes font refluer les humeurs pituiteuses et perspirables, et les glandes muqueuses du nez et des poumons leur servent de voie de décharge. La lymphe est au contraire, dans l’enfance , l’effet de la dominance d’action des systèmes cellulaire , lymphatique et glanduleux , qui , à proprement parler , n’en font qu’un, et c'est celui de l’expansion des forces. Elle est , chez les enfants , consistante, douce, mucilagineuse et acesccnte ; dans l’âge avancé, elle est ténue, et porte , ainsi que les autres humeurs, l’empreinte de l’acrimonie dont est frappé tout le système sénile. — La constitution pituiteuse contenue dans de justes bornes, et qui se soutient jusqu’à un certain point dans les autres âges , est la plus favorable à la durée de la vie. Les pituiteux vivent plus long-temps que les autres ; l’endurcissement, le racornissement des organes, et le refoulement des forces vers l’intérieur, qu'amène nécessairement la succession des âges, s’opèrent bien plus lentement , et font des progrès bien moins rapides que dans les autres constitutions. C’est pourquoi Ga-
la figure pâle , livide , bouffie , la voix grave et étouffée, les articulations peu apparentes, et étaient inhabiles aux exercices et aux travaux.
(1) C’est pourquoi les Allemands sont presque tous pituiteux.
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lien a dit : « Ceux qui sont naturellement m humides vivent très-long-tcmps , et jj jouissent de la meilleure santé dès que jj le corps a acquis de la force, et plus jj que les autres du même âge ; et ils la jj conservent jusque dans l’extrême vieil- » lesse (I). »
A l'âge pituiteux de l’enfance succède la constitution sanguine de la jeunesse. La puberté, qui commence cette seconde période de la vie, diminue par degrés la mollesse et la laxité des solides , et par conséquent la constitution lymphatique; les forces s’exercent alors avec plus d'activité sur les systèmes pulmonaire et artériel , et la constitution devient sanguine. Ce changement est le produit du développement de l’action dans les organes sexuels; dès qu’ils s’éveillent, il s’y établit un centre de sensibilité qui n’existait pas auparavant , qui jette des irradiations dans tout le système, et qui détermine un nouvel état dans le physique et le moral de l’homme. L’influence des testicules dans les mâles est si générale et si puissante, qu’outre la production de la barbe et des poils , et la mue de la voix , auxquelles elle donne lieu , chaque partie acquiert une nouvelle force, les solides plus de dureté, les fluides plus de densité, enfin une exubérance de vie marquée par l’impatience du plaisir , et qui porte l’homme à rechercher le commerce des femmes. — La puberté ne produit pas des changements aussi marqués dans les femmes que dans les hommes , à part néanmoins les désirs vénériens, qu’elles éprouvent peut-être plus vivement , mais que la pudeur leur fait dissimuler. Leur constitution retient presque toujours quelque chose de la faiblesse et de la mollesse du premier âge , et les forces affectent plus longtemps la direction du centre à la circonférence.
Mais c’est spécialement sur le système artériel que se dirige l’influence des organes de la génération à l’âge de puberté : il acquiert alors un état de pléthore et d’orgasme qu’il n’avait pas auparavant, tandis que dans l'âge avancé, cet état a plus particulièrement lieu dans les veines. Glisson Wintringham , ayant comparé les artères et les veines dans les différents âges, s’est assuré que la densilé relative des veines était plus grande dans la jeunesse , et qu’elle diminuait
(1) Pc Sanitatc titania.
insensiblement , en sorte que dans la jeunesse la densilé de la veine cave , comparée à celle de l’aorte , est comme 2G est à 25, et dans la vieillesse comme 139 est à HO : diflérencc qui dépend de ce que les veines, plus gorgées de sang dans la dernière période de la vie , doivent nécessairement perdre de leur épaisseur et s’amincir. Cetlc observation est parfaitement d’accord avec les expériences de Haller , desquelles il résulte que la densité des parois des vaisseaux diminue à mesure qu’ils sc remplissent de sang. Une multitude de faits prouve , d’ailleurs, que la constitution sanguine est étroitement liée avec l’accroissement des forces qui s’exercent sur le système artériel , et qui tendent puissamment à le développer. C’est alors aussi que le sang abonde le plus en partie rouge et en fibrine. — On doit regarder les poumons , non-seulement comme le centre du système artériel, mais encore comme le principal atelier où la nature travaille à la sanguification ; c’est là que le sang charrié par les veines se convertit en sang artériel , mais à l'époque de la puberté, l’organe pulmonaire complète son développement et augmente d'action. Il n’est donc pas étonnant que dès lors il se forme une plus grande quantité de sang qu’auparavant. Les actes de la respiration s’exercent d’une manière plus étendue et plus énergique ; l’hydrogène et le carbone, se dégageant du sang pulmonaire en plus grande quantité, font dominer relativement l’azote, qui, en conséquence , augmente la proportion du gluten dont il est le principe essentiel ; l’oxygène atmosphérique , absorbé aussi en plus grande quantité par le sang, oxide davantage Je fer qui y est contenu, et augmente ainsi la partie rouge. On conçoit aisément dans cette théorie pourquoi les jeunes gens sont plus sujets aux maladies inflammatoires et aux crachements de sang que les autres (i).
Le tempérament sanguin est produit ou renforcé par l’usage des aliments très-nourrissants , et surtout de la chair des animaux, par les exercices modérés, la suppression des évacuations périodiques de sang et la grossesse chez les femmes ; par la joie , la gaîté , le séjour des régions tempérées, et par les saisons analogues au printemps. Cette constitu-
(1) Cette explication est aujourd'hui plus ingénieuse que vraie. (L 6.)
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tion est celle daus laquelle on jouit de la meilleure santé , et qui contribue le plus aux agréments et au bonheur de la vie ; mais elle expose aux inflammations, aux hémorrhagies et autres maladies sanguines , surtout dans les temps froids et secs, lorsque le mercure se soutient quelque temps très-élevé dans le baromètre, et que le vent souffle du nord ou de l'est. — La virilité, ou l’Age moyen, qui amène la constitution bilieuse , suit immédiatement la jeunesse. A cette époque les solides n’ont plus cette ductilité et cette souplesse qui caractérisent le printemps de la vie ; ils ont déjà acquis un certain degré de consistance et de densité; l’organe extérieur n’a plus la même activité, et les forces commencent à se retirer vers l’épigastre : le système de la veine porte en reçoit un surcroît d'action , et il se forme une plus grande quantité de bile. Néanmoins la bilification , à laquelle tend naturellement le système humoral, et qui a spécialement lieu à cet âge, ne reconnaît pas cette seule cause : elle est aussi le produit de la dégénération du sang, qui a ordinairement lieu dans celte période de la vie. — La constitution bilieuse est un produit de la vie , qui a le plus ordinairement lieu dans l’âge viril : elle peut néanmoins être décidée dans les autres âges par l’action de certaines causes , telles que l’habitation dans les pays chauds et secs, les saisons analogues , les travaux du corps et de l’âme portés à l’excès, les passions fortes , l’abus du vin et des liqueurs , la nourriture échauffante et animale, l’habitude des substances douces et sucrées et notamment du miel, les forts assaisonnements, l’excès de sobriété et l’abstinence trop long-temps soutenue, les veilles excessives , la suppression des évacuations habituelles par le ventre , les vomissements , les urines ou les sueurs.
Le tempérament atrabilaire est le tempérament bilieux renforcé ou poussé à i l’extrême ; il appartient au moyen âge et et a la vieillesse. En général, les vieillards sont secs et froids , et par consé- 1 quent atrabilaires ou mélancoliques; car,
• comme le remarque Galien , « les vieil- I » lards ne sont humides que par rapport l » aux excrétions qui ont lieu par les par- ; * l*es. sup^r>cures. » Souvent aussi leur i constitution est, ainsi que je l’ai déjà i dit, un mélange de la pituiteuse et de ' 1 atrabilaire. On peut distinguer en général deux sortes d’atrabile, l’une uatu-
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relie, et l’autre morbifique. « L’une, » dit Galien d’après Hippocrate , est le i> sédiment , la lie du sang , qui est très- » épaisse et semblable à la lie du vin ; « l’autre est ténue, et paraît acide à ceux » qui la vomissent ou qui l’odorent. » II dit dans un autre endroit : « La vraie a atrabile est celle qui est acide ; elle » est la plus dangereuse , et ses effets » sont terribles. » Les mêmes causes qui produisent la constitution bilieuse donnent également naissance à la constitution mélancolique, lorsqu’elles sont plus intenses, ou que leur action s’est soutenue plus long-temps ; mais de toutes ces causes il n’en est point de plus puissantes que les chagrins longs et cuisants , les soucis, les inquiétudes, et les excès dans les plaisirs de l’amour et de la table. Les maladies dépendantes de cette constitution ne diffèrent de celles bilieuses que par une tendance plus grande et plus rapide à la putridité et à la gangrène.
Nous devons conclure de tout ce que nous venons de dire par rapport aux constitutions des âges , que le corps de l’homme présente trois systèmes , dont chacun a une action dominante dans les différentes époques de la vie. Le système cellulaire , qui comprend les vaisseaux lymphatiques et les glandes , agit spécialement dans l’enfance , et établit la constitution pituiteuse ; le système artériei, dont les poumons sont le centre , agit dans le second âge ; le développement des forces qui se portent spécialement sur ce système, lequel fait dominer le sang, est décidé par l’irradiation sympathique des organes générateurs, dont la vie propre commence à l’époque de la puberté ; enfin le système veineux, dont le centre est dans le bas-ventre, augmente d’action dans les âges subséquents , et amène la constitution bilieuse et mélancolique. Cette succession des âges et des constitutions est un effet nécessaire des différentes déterminations des forces organiques qui accompagnent les différentes périodes de la vie.
[ On entend aujourd’hui par tempéraments des différences entre les hommes, différences constantes, compatibles avec la conservation de la vie et le maintien de la santé, caractérisées par une diversité de proportions entre les parties constituantes de l’organisation , et assez importantes pour avoir une influence sur les forces et les facultés de l’économie entière. — C’est dans les systèmes organiques répandus dans toute l’économie
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et dans les organes particuliers à quelques fonctions importantes , que se remarquent les caractères sensibles de ecs différences ; et les tempéraments qu’elles caractérisent peuvent ainsi se diviser en tempéraments generaux et en tempéraments partiels. — Les tempéraments generaux sont caractérisés : 1° par des différences dans les rapports mutuels d’étendue et d’activité entre les systèmes vasculaire , lymphatique et sanguin , et les divers ordres d’organes dont se compose chacun de ces systèmes; il faut y joindre aussi les différences de proportion entre les liquides et les solides , ou entre Incapacité des vaisseaux et la masse des liquides qui les parcourent et les distendent ; 2° par les différences de susceptibilité du système nerveux considéré comme source de la sensibilité. Ces différences se font connaître par la vivacité, la durée des impressions, et par la facilité avec laquelle elles peuvent s’associer et se succéder dans les différents individus; 3° par les différences de proportions respectives et de rapports mutuels entre le système nerveux et le système musculaire : le premier considéré comme déterminant par son influence les actions organiques, et étantla source de l’activité ; et le second comme constituant la partie matérielle de la force ; l’un représentant dans le mouvement produit l’élément de la vitesse, l’autre l’élément de la masse. ( Dict . des Sciences Medicales , article Sujet de l’hygiène. ) On a fondé sur ces principes l’existence de trois espèces principales de tempéraments primitifs : 1° le tempérament lymphatique ; 2° le tempérament sanguin ; 3° le tempérament nerveux(l).
Les tempéraments se trouvent rarement à l’état de simplicité , ils se combinent deux à deux : ce qui produit les tempéraments sanguin bilieux (2) , lymphatique nerveux, lymphatique sanguin, nervoso-bilieux (tempérament mélancolique) : c’est ce qu’on appelle tempéraments mixtes. — Les tempéraments se trouvent quelquefois en excès par suite de la prédominance marquée de certains systèmes : c’est cette particularité qui caractérise les tempéraments pituiteux
(1) Ils correspondent parfaitement aux tempéraments pituiteux , sanguin et atrabilaire de Tourtelle.
(2) Le tempérament bilieux de Tour' telle.
des anciens ; leur tempérament bilieux n’est autre chose que la prédominance du système sanguin avec une grande énergie de la sécrétion bilieuse ; le tempérament appelé athlétique est pareillement dû à un excès de développement des organes musculaires , etc. — Les tempéraments partiels prennent leurs caractères: 1° des différences que présentent dans les diverses régions du corps les proportions des systèmes généraux vasculaires et nerveux, comparés de l’intérieur à l’extérieur , et entre les cavités céphalique , thoracique et abdominale; 2° des différences que présentent, dans l’exercice et les produits de leurs fonctions, les organes et les viscères dont la constitution a le plus d’influence sur les conditions de la santé : ainsi l'exercice des facultés intellectuelles, la respiration, la digestion, l'activité des organes génitaux , la nature, l’abondance , la régularité des sécrétions muqueuse, bilieuse , cutanée , et de la perspiration, donnent des indices importants sur la constitution des sujets, et ces indices peuvent être mis au rang des caractères de leur tempérament. ( Art.
cité. )
Les tempéraments partiels coïncident le plus ordinairement avec certaines époques de notre existence. Le tempérament partiel de l’enfant est cérébral , celui de l’adulte est pulmonaire. Dans un âge plus avancé , le tempérament devient abdominal , et il y a des prédominances auxquelles on a donné les noms de hépatique , ujéri/ie, etc. — Lesdiverses sortes de tempéraments dont il vient d’être question sont naturels ou primitifs; mais il en est de secondaires ou d’accidentels, qu’on appelle tempéraments acquis.
— Ces tempéraments peuvent être produits: 1° par des causes propres à l’organisation; 2° par des circonstances indépendantes des diverses situations où se trouve l'homme dans le cours de la vie. 1° Il èst des hommes qui naissent avec des dispositions naturelles qui les entraînent avec violence vers tel ou tel but, tel ou tel genre d’illustration dans les arts, les sciences, etc. Leur constitution, et à plus forte raison leur tempérament, reçoit de celte destination même une impression profonde qui détermine j une manière d’être accidentelle ou acquise. 2° D’un autre côté, une foule ' d’hommes ont changé de constitution ou de manière d’être. par le seul fait de l'exercice, de la profession, du travai
auxquels la nature ne semblait pas les avoir destines. Le travail manuel, les fatigues de la guerre , etc. provoquent un développement accidentel des muscles ; les travaux de l’esprit , les méditations profondes font prédominer l'action du système nerveux ; les affections morales profondes rendent chagrin et mélancolique : ces manières d’être sont encore acquises.
Des tempéraments sanguins lymphatiques peuvent changer tout-à-fait de caractère sous l’influence d’une multitude d’agents modificateurs qui agissent sans cesse sur nous. J. J. Rousseau, pour nous borner à un exemple fameux , fut toute sa jeunesse d’un tempérament sanguin lymphatique, livré à l’insouciance d’une vie vagabonde ; il finit par offrir les traits les plus exagérés du tempérament nerveux, par suite des travaux du cabinet et des tribulations sans nombre auxquelles il se trouva exposé dans le cours de sa vie à jamais mémorable. — La doctrine moderne des tempéraments dont nous venons de donner une idée succincte est due au célèbre professeur Hallé ; il l’a professée pour la première fois en l’an 5 de la république. Il a publié des mémoires plus ou moins complets sur le même sujet, dans les Métnoii res de l’Institut, de la Société médicale ! d’émulation. Les articles Sujet de l'ily- \ gicrie et Tempérament , du Dictionnaire 1 des Sciences médicales renferment le complément de sa doctrine à ce sujet. —
IUn de ses élèves d’alors, aujourd’hui l’un des médecins les plus distingués de Paris ( W. llusson ) , a développé celle doctrine dans sa dissertation inaugurale, ' avec beaucoup de talent, et surtout avec une clarté qu’on ne trouve pas toujours I dans les écrits du maître, [bissai sur une i nouvelle doctrine des tempéraments , ( in-8°, Paris, 171)8.)
Parmi les divisions des tempéraments l qui ont plus ou moins de rapport avec i la classification du professeur Hallé , > j ai particulièrement remarqué celle qu’a : proposée un médecin de Poitiers, mort à la fleur de l’àge (Gaillard). Lllc est fon- ; déc sur les trois propriétés vitales ci- I après: 1° L'irritabilité; 2" la sensibilité-, j 3U la nutritité , considérées dans leurs | diverses proportions. D’après l’association respective de ces espèces d’éléments, i 1 auteur admet huit genres de tempéraments: 1° musculeux; 2° musculo-ner- 1 veux ; 3° tempéré ; 4» musculo-celluleux;
: H® celluleux ; G° cellulo-qerveux ; 7« ner-
veux ; 8° épuise. Il adjoint a chacun de ces genres un certain nombre de variétés qui ne sont autre chose que les tempéraments partiels du professeur Hallé.
Ce qu’il convient principalement de remarquer dans celle distribution , c’est que l’auteur y fait jouer avec raison un rôle au tissu cellulaire , que le célèbre promoteur de l’hygiène semble à tort avoir oublié; le tissu cellulaire nous paraît en effet prédominer singulièrement dans ce qu’il appelle tempérament lymphatique , et nous pensons qu’il serait beaucoup mieux de le nommer cclluleux.\