‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 2)Chapitre 22 sur 58 · AUTOMNE · texte numérisé non relu

AUTOMNE

Le soleil, parvenu à l’équateur le 21 septembre , s’éloigne encore de cette ligne pendant trois mois , et s’abaisse jusqu’au tropique du capricorne. Ces trois mois renferment l’automne , saison qui conserve encore dans ses premiers mois une partie de la chaleur de l’été ; mais qui , sur la fin , nous offre les premiers froids de l'hiver et la décadence de tout ce qui s’était accru sous la féconde influence du printemps , et avait atteint sa maturité pendant les chaleurs de l’été. Les champs sont déjà dépouillés , les arbres perdent leurs feuilles , la verdure disparaît , et tout annonce le sommeil de l’hiver et le deuil de la nature. — Avec la décadence des végétaux et la mort des plantes annuelles coïncide la disparition d’un grand nombre d’insectes, d’oiseaux qu’avait fait naître et attirés/notre été, et qui, détruits et chassés par les premiers froids , vont chercher ailleurs la chaleur indispensable à leur existence; d’autres animaux, comme les reptiles, les loirs, les chauves-souris, les hérissons tombent dans

un profond engourdissement. 11 est impossible que la cause de ces phénomènes remarquables n ait pas une action plus ou moins énergique sur l’organisation humaine.

L’influence qu’exerce l'automne sur nous a sa source dans deux phénomènes remarquables : l’un est la cessation de l’été, qui est un puissant stimulant des propriétés vitales; et l’autre , l’arrivée de l’hiver, dont l’influence est d’une nature totalement différente. Les organes digestifs, affaiblis par la chaleur continue de l’été , digèrent lentement et avec difficulté : Autumnn cibos diffîcil lime J'erunt, a dit Hippocrate. Le pouls est lent, mou et faible; la respiration éprouve les mômes modifications de la part de celte saison ; les excrétions éprouvent une diminution, conformément à l’observation de Sanctorius, qui a dit que nous augmentions de poids au commencement de l’automne , tandis que la perspiration cutanée diminuait et était moins d’une livre par jour. De cet état des fonctions assimilatrices doit résulter une nutrition faible , et peu de forces dans les organes agissants ; ce qu’avait très-bien observé Baillou , qui dit que l’automne imprime une faiblesse notable à notre organisation. L’bomme, en effet , comme l’arbre qui perd ses feuilles ou l’animal qui mollit et transpire abohdamment au moindre exercice, sent scs forces abattues et son énergie décroître sensiblement jusqu’à ce que les premiers froids viennent fortifier et stimuler ses organes. — Pour l’ordinaire l’apparition des froids change tout-à-coup le système d’influences propre à l’automne; mais pour ressentir les avantages de ce changement, il faut se trouver dans des conditions fa- » vorables.

<i L’heureuse révolution dont il s’agit ne peut avoir lieu que chez les individus qui se nourrissent bien , qui font usage d’une liqueur fermentée, qui sont bien couverts; mau l’indigent , qui ne prend que de chétifs aliments , qui est mal vêtu , qui frissonne toujours parce que le froid l’attaque de tous côtés, icste pâle, faible; à la fin de l’automne , sa constitution parait souvent détériorée ; il est dans un élat de bouffissure eénéruie. Chez lui le froid n’a pas rétabli un meilleur exercice des fondions assimilatrices , les forces n’ont pu renaître. — La secousse que l'automne fait éprouver à tous les hommes est peu sensible pour ceux qui sont forts , qui jouissent d'une

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bonne santé ; mais les personnes faibles , celles qui sont exténuées par des maladies anciennes, et qui portent depuis long-temps un germe de destruction ; celles qui sont dans la convalescence d’une maladie aiguë, etc., la soutiennent difficilement ; elles ne peuvent souvent résister à sa violence; ce qui explique pourquoi la mortalité est considérable à cette époque de l’année (lj. ^ (Baruier , Traite d'hygiène appliquée a la thérapeutique. baisons. )

Cette saison dispose manifestement aux maladies asthéniques, comme les lièvres muqueuses, adynamiques, les lièvres intermittentes de plusieurs types, et notamment celles qui ont un caractère pernicieux , les dysenteries , etc. D’après Hippocrate, Baillou , etc., les maladies prennent, en général, un caractère plus grave, et ont une marche plus irrégulière en automne qu’en toute autre saison ; les malades se rétablissent difficilement ; et l'on observe souvent des crises incertaines. Les derniers mois de l’automne surtout, quand ils sont pluvieux, deviennent funestes aux individus épuisés par de longues maladies , et en particulier par la phthisie pulmonaire, ce qui a fait dire à Hippocrate que l’automne était défavorable aux phthisiques. — L’automne se rapproche du printemps sous le rapport des précautions qu’il convient de prendre pour se préserver des fâcheuses influences de cette saison ; il convient de se prémunir de bonne heure par des vêlements chauds contre le froid assez vif qui se manifeste à la fin de l’automne. Per autumuum , dit Celse , le père de l’hygiène , neque sine veste neque sine calceamenlis prodire oportet , præcipuc.quc diebus frigidioribus , neque sub divo nocles dormire aut cel le bene opcriri. — Celse recommande encore d’user d’aliments fortifiants et d’une petite quantité de bon vin pur : ceux qui redoutent l’influence débilitante de la saison se trouvent bien d’un tel régime.

Wous ajouterons aux conseils de Celse , qu’on doit éviter avec soin l’influence de l’humidité, qui , réunie au froid , cause si fréquemment des dysenteries , des fièvres intermittentes rebelles, qu’on excite plutôt qu’on ne prévient par le régime

(1) Idemque tempus et diutius malts fa • t’igatos, et ab œstate etiam proxima pressos interimit , et alios nova morbis çonjiçit, ( Cklse. )

Hjgünei

excitant recommandé plu9 haut , si l’on ne se soustrait pas en même temps à l’action dangereuse de l’atmosphère. ]

Des eaux (I). — • [La connaissance des différentes eaux , de leurs qualités , celle des lieux qu’on habite , n’est pas moins importante que l’histoire de l’air, des vêtements et des aliments. Hippocrate a beaucoup recommandé cette élude aux médecins dans son livre des Airs , des Eaux et des Lieux , où il déposa , sur cette matière, il y a plus de vingt siècles, des observations et des préceptes qui conviennent à tous les temps et à tous les lieux. — Les eaux , dont il faut admettre qu’il a existé une masse primitive, s’évaporent sans cesse, tombent en pluie, et s’infiltrent dans le sein de la terre; elles en sortent pour former des fontaines , des ruisseaux , des rivières, des fleuves , des lacs , des marais , lesquels , pour la plupart, concourent à grossir les mers , où ils vont se perdre après uu trajet plus ou moins long. Les qualités et les propriétés que nous offrent les eaux dépendent presque toujours de la nature du lit sur lequel elles ont coulé , ou des substances que renferment les terrains dans lesquels elles ont séjourné. C’est de cette manière qu’on doit expliquer la formation de la multitude d’eaux minérales qui sourdent de tous les points du globe terrestre. Les eaux peuvent se diviser: 1° en eaux pluviales , 2° eaux courantes , 3° eaux stagnantes.

1° Eaux pluviales. Elles ont deux sources différentes : ou elles tombent par torrents pendant les orages et au milieu du fracas du tonnerre, ou elles se forment au sein de l’atmosphère, par une évaporation lente qui dépasse à la longue la mesure de la faculté dissolvante de l’air. Dans le premier cas, elles proviennent probablement de masses considérables d’hydrogène et d’oxigène enflammées par l’étincelle électrique dans les hautes régions de l’atmosphère. Dans le second , les pluies ne sont autre chose que des eaux terrestres vaporisées , et qui reparaissent sous la forme liquide une fois que l’évaporation a dépassé le point de saturation de l’air atmosphérique. L’abondance des pluies est en rai-

(1) Co paragraphe, ainsi que les deux Suivants , ont été substitués à l’ancien travail sur le môme sujet. On a seule»

ment conservé lo môme titre ; ils sont er» entier de M, Driçhçtean»

HTGlÈNè,'

sou de la forée dissolvante de l'air et de l’évaporation qui sc fait dans l’atmosphère ; elles sont fréquentes en hiver, parce que la faculté dissolvante de l’air est peu considérable; le contraire a lieu en été par une condition opposée. La quantité d’eau que contiennent les localités inllue également sur celle qui tombe du ciel.

C’est pourquoi il pleut beaucoup moins dans le Nord que dans le Midi , où il y a une plus grande étendue de mer. A Rome et à Pise il tombe , par année , 33 pouces cubes d’eau , tandis qu’à Paris et à Dijon, il n’en tombe qu’environ 18.

La quantité d’eau en vapeur qui s’élève de la surface des mers est immense.

D’après les calculs d’un physicien anglais (Halley), il doit s’élever toutes les vingtquatre heures de la Méditerranée au moins 5,280 millions de tonnes d'eau en vapeurs qui vont retomber sur les lieux élevés pour alimenter les fleuves et les rivières.

Sous les tropiques les pluies d’orages sont très-abondantes ; c’est un moyen employé par la nature pour rendre habitables ces contrées arides et desséchées par un soleil brûlant (1). Il commence ordinairement à pleuvoir dans les régions équatoriales au moment où le soleil, arrivé aux tropiques, rétrograde du vingtdeuxième au trente-troisième degré de latitude. — C’est en automne que les pluies sont le plus abondantes : en Égypte , par exemple , elles tombent depuis le mois d’octobre jusqu’au mois de décembre. — Du trente - troisième au quarante - cinquième degré de latitude ( en Grèce , en Espagne , en Italie , en Provence), les sécheresses considérables du printemps et de l’été sont tempérées par des rosées ; mais en automne il pleut abondamment. — Du quarante-cinquième au cinquantième degré (France, Autriche, Hongrie), les pluies les plus considérables ont lieu au printemps. — Du cinquantième au cinquante - cinquième degré ( Belgique , Allemagne septentrionale) , l’automne est la saison des pluies et des brouillards. — Du cinquanle-cin-

(1) Toutefois la saison des pluies est insalubre sous les tropiques, la putréfaction des végétaux et des animaux y est rapide. Les élrangers qui arrivent à cette époque y périssent de fièvres de mauvais caractère. Les nuits surtout sont funestes : une seule passée en plein air suffit pour produire une maladie grave , etc.

quième au soixante-huitième degré (Danemark , Suède , Norwége , etc. ) , c’est pendant le printemps , fort court , qu’il tombe le plus d’eau. — Du soixantetroisième au soixante-dixième degré (Laponie, Spitzberg, Kamtscliatka), l’été est le temps des pluies et des brouillards.

L’eau pluviale est, en général, douce, légère et limpide; elle serait toujours pure si elle ne s’altérait en traversant les couches inférieures de l’atmosphère , où elle se charge de substances hétérogènes ; par conséquent, on la trouve d’autant plus pure qu’on la puise dans des lieux plus éloignés des habitations dont les exhalaisons altèrent l’atmosphère. L’eau qui tombe en pleine mer se conserve très-long-temps. — Les pluies ont une influence remarquable sur l’organisation : celles qui tombent au printemps et durant l’été sont très-utiles ; il faut les regarder comme l’àme de la végétation ; elles purifient l’atmosphère , tempèrent l’excès de la chaleur, et remédient aux graves inconvénients des longues sécheresses. Les pluies froides de l’automne, loin d’avoir cette utilité, sont très-nuisibles et très- insalubres ; ou doit y chercher la cause la plus ordinaire des fièvres intermittentes de celte saison , des différents catarrhes, etc. L’évaporation étant presque nulle et l’équilibre n’étant pas rétabli , il y a un surcroît d’eaux qui produit des inondations et répand une humidité plus ou moins pénétrante dans toutes les habitations , et notamment dans celles qui sont plus basses que le sol ou à son niveau.

2° Eaux couranies. Les eaux tombées en pluie, qui ne sont pas absorbées par la terre ni vaporisées par la chaleur , s’écoulent en divers sens avec un cours plus ou moins rapide ; elles portent la fertilité dans les campagnes , au sein desquelles l’agriculteur a imaginé de nombreux moyens de les attirer, de les distribuer de la manière la plus favorable à la végétation des productions qu’il cultive ; mais ces irrigations fécondantes deviennent souvent une cause active d’insalubrité, parla dangereuse humidité qu’elles répandent (l) ; de plus , dans le voisinage des rivières, des flcmes, et pendant la saison des pluies , il survient

(1) La culture du riz, qui ne cioit qu’à fotee d’humidité , produit des hvdropisics et des engorgements lymphatiques, funestes aux agriculteurs , qui meurent pour l'ordinaire dans la fleur dç 1 âge.

htgiène.

des débordements et des inondations qui détruisent toutes cultures et deviennent une cause d’insalubrité et de maladies épidémiques. Il est, comme on sait, de ces débordements que les saisons ramènent périodiquement, et qui sont à la fois une source de fertilité et de calamités pour certaines contrées : tels sont ceux du Nil , du Gange et autres fleuves de la presqu’île de l’Indostan. La cause la plus commune des inondations régulières et irrégulières réside dans la fonte des neiges. Le Rhône et le Rhin , qui prennent leur source au mont Saint- Golhard, dont les neiges ne se fondent presque jamais , ne son* pas sujets aux débordements , tandis que l’Ailier et la Loire inondent souvent les campagnes qui les avoisinent : or, ces derniers courants d’eau prennent leur source dans les Cévennes, montagnes du Languedoc, peu élevées et dont les neiges se fondent facilement ; il en est de même du Pô et de l'Adige , qui naissent du plateau méridional des montagnes de la Suisse, etc. Les débordements dont il est question laissent à nu des espaces considérables de terrain , couverts d’animaux morts et de végétaux en décomposition ; les exhalaisons qui s’en élèvent , ainsi que la grande évaporation qui s’effectue alors , sont très-nuisibles à la santé : c’est principalement à ces deux phénomènes qu’il faut attribuer les fièvres intermittentes , les dysenteries , etc. , qui régnent en Egypte dans la saison où les eaux sc refirent.

Les fleuves , les rivières et les ruisseaux communiquent à l’air un mouvement proportionné à la largeur de leur lit et à la rapidité de leur cours, entraînent des tas d’immondices qui infectent l’air par leur stagnation et leur décomposition , principalement aux environs des habitations. On doit les considérer comme un précieux moyen de salubrité et d’assainissement dans les grandes cités, d’où elles emportent dans leur cours rapide toutes les immondices que les égouts y conduisent de divers quartiers, des hôpitaux , des manufactures et autres établissements qui privés de cette voie de décharge , deviendraient des foyers dangereux d’infection, comme on en a la funeste expérience dans quelques contrées où I hygiène publique est encore dans l’enfance (l). — Les fontaines et

(f) L’Espagne, les États-Unis, la Turquie, etç.

les borncs-fontaineS ont en partie les mêmes avantages que les rivières : ce sont des espèces d’écluses à l’aide desquelles on peut débarrasser les rues de ce qu'elles peuvent contenir d’insalubre; il serait à désirer qu’on pût les multiplier davantage dans les grandes villes , que , par les soins de la police municipale , elles fussent lâchées tous les matins , et que chaque propriétaire fût tenu de nettoyer devant sa maison avec l’eau mise à sa disposition. De cette manière on ne verrait pas des rues sales et dégoûtantes par les ordures de toutes sortes qui y sont accumulées.

Mers. Ce sont des amas d’eaux dans des bassins immenses, environnés de tous côtés par les continents. Ces bassins pénètrent par plusieurs endroits dans l’intérieur des terres, tantôt par des ouvertures assez larges, tantôt par des détroits resserrés ; ce qui forme des mers méditerranées, dont les unes participent immédiatement à tous les mouvements des grandes mers, et dont les autres semblent n’avoir de commun avec elles que leur continuité.

L’eau de mer est la plus abondante qu’il y ait sur le globe ; elle a une saveur âcre , salée , amère , et une odeur particulière ; sa pesanteur spécifique est à celle de l’eau douce ” 73 : 70.

Cette densité plus grande , due à la présence de l’bydro-chlorate de soude et autres substances qu’elle tient en dissolution, rend la congélation et la vaporisation de cette eau beaucoup plus difficiles que pour l’eau de rivière : c’est aussi en vertu de cette densité qu’elle offre plus de résistance aux vaisseaux que les fleuves , et qu’ils y déplacent moins d’eau. La température des mers et la quantité d’eau qu’elles laissent évaporer sur une surface donnée sourdes objets encore mal détermines. Le niveau, qui a plusieurs fois varié par suite do l’abaissement des eaux, est ordinairement pris pour point de départ lorsqu’il s’agit d’estimer la hauteur des continents , de leurs points les plus élevés, comme les collines, les montagnes. — De grandes mers ont couvert une bonne partie de nos continents , et même, à ce qu’il parait, des points très-éle\ és où l’on trouve des traces incontestables de leur passage. Il y a des contrées en France où la majeure partie des habitations, les ponts, les chaussées , etc. , sont formés par des dépôts maritimes renfermant des débris non équivoques d'animaux marins. — »

hygiène.

On distingue sur noire globe quatre grandes mers.

1° Le grand Océan , qui s’étend d’un pôle à l’autre, entre l’Europe et l’Afrique d’un côté (à l'est), et l’Amérique de l’autre (à l’ouest).

2° La mer des Indes, Océan indien ou oriental , qui baigne les parties méridionales de l’Asie , et à l’est les côtes d’Afrique.

3° La grande mer ou mer du tSud , également appelée Océan méridional ou éthiopien : elles’étend d’un pôle à l’autre entre l’Amérique et l’Asie.

4° L’Océan occidental ou atlantique , qu’on nomme encore mer Glaciale.

Ces quatre grandes mers se subdivisent en un grand nombre d’autres , forment des golfes, des détroits, des bras de mer , etc. — Les mers sont le siège d’une évaporation permanente très-considérable , par conséquent un moyen continuel de refroidissement : aussi les bords de la mer , toutes choses égales d’ailleurs , sont-ils plus froids que les contrées qu’ils avoisinent. Celte évaporation est d’un heureux secours dans les pays où la sécheresse est extrême, et la chaleur desséchante et suffocante. On conçoit très-bien que l’habitation des mers et même des îles, entourées et , en quelque sorle, enveloppées du produit de l’évaporation , doit offrir beaucoup d’inconvénients pour la santé de ceux qui les habitent, l’humidité étant un des agents les plus nuisibles de la nature. Les navigateurs qui tiennent long-temps la mer ont beaucoup de peine à conserver leurs équipages , qui sont ravagés par le scorbut, les fièvres intermittentes, la dysenterie, etc. Cook est le seul qui , dans une longue traversée , soit parvenu à conserver sain et sauf son équipage.

Mais que de soins , que de zèle, de précautions n’a-t-il pas fallu pour arriver à ce résultat encore unique ! Toutefois , lorsque le temps est beau, la faculté dissolvante de l’air très-active , et lorsque l'équipage se trouve au large , exposé à l’action d'un vent desséchant, les inconvénients du séjour sur mer sont moins sensibles; c’est ce qui a fait dire à M. Kcraudren que l’air est aussi pur , aussi sec au large que sur le continent. — Les îles entourées de tous côtés par la mer sont, en général, très-insalubres; les plus grandes même ne soûl pas à 1 abri des funestes effets de l’humidité : on pourrait prendre pour exemple l’Angleterre , où , malgré toutes les précautions

hygiéniques, on éprouve la fâcheuse influence d’un ciel brumeux et d’un froid humide. La plupart des îles de l’Inde, de l’Amérique, etc. , si recherchées par les Européens pour leur fertilité et leur position commerciale , n’offrent souvent aux colons qu’un climat insalubre , où leur avidité déçue et leur ambition trompée ne trouvent que les maladies et la mort.

Les îles de l’Afrique sont les moins insalubres ; il en est même , comme celles du Cap-Yert , de Gorée, de Mozambique, qui sont réputées salubres , et qui offrent , pendant la saison malsaine des pluies, un refuge aux habitants des pays voisins et aux Européens encore non acclimatés dans les régions équatoriales.

Les îles compensent les inconvénients dont il vient d’être question par l’avantage d’offrir un climat moins brûlant , moins desséchant que les continents.

C’est un bienfait de l’humidité , partout ailleurs si nuisible.

3° Eaux stagnantes. Les lacs sont des amas d’eaux rassemblées sur divers points des continents, et dont les bassins affectent diverses formes ; ils paraissent avoir succédé à des fleuves ou des rivières qui ont cessé d’avoir un cours rapide. Les lacs tiennent le milieu entre les eaux courantes et les eaux dormantes ; tantôt ils sont placés dans un vallon, et reçoivent de quelques bras de rivière des eaux qui y sont maintenues par des digues ; d’autres fois, les digues étant rompues , ils donnent naissance à de petits ruisseaux : on doit , en général , les considérer comme des espèces de réservoirs qui reçoivent divers courants , et dont le trop pîein s’échappe par des sortes d’écluses. Il y a un grand nombre de lacs sur le globe : les principaux sont les lacs de Harlem en Hollande ; Aral , Onéga , Ladoga en Moscovie ; les lacs lfuron , Michigan , supérieur en Canada ; les Palus- Méotides ; le lac Majeur en Lombardie; celui de Genève, que traverse le Rhône , etc. — 11 y a de très-grands lacs qui peuvent être considérés comme des mers : tels sont la mer Caspienne, la mer Noire , le Pont-Euxin. Les plus grands lacs reçoivent des rivières, même des fleuves considérables. — Il y a des lacs qui contiennent une assez grande quantité de soude qu’on exploite avec succès; il y en a aussi de salés qui renferment de l hydro-chloratc de soude , et même du soufre qui donne lieu a un dégagement d’hydrogène sulfuré.

JIVOIÈNE.

D'après ce que nous venons de dire , on voit que les lacs tiennent le milieu entre les eaux stagnantes et les eaux courantes ; par conséquent leur influence sur la salubrité des lieux voisins participe des lieux manières d'être de ces eaux. — Les lacs répandent moins d’exhalaisons dangereuses que les étangs , parce que l’eau a plus de profondeur et plus de mouvement. Les plantes, situées profondément et privées du contact de l’air, ne peuvent se décomposer pendant les sécheresses , comme il arrive lorsque les eaux sont peu profondes. Toutefois , lorsqu’on doit habiter non loin d’un lac , il faut s’orienter de manière à ce que le vent dominant n’en chasse pas sur l'habitation les vapeurs aqueuses et les exhalaisons nuisibles, comme cela a lieu, par exemple , pour la ville malsaine de Mexico , placée sous le vent d’un lac immense. — Les étangs sont des masses d’eaux dormantes contenues dans des bassins par des digues naturelles ou resserrées dans des limites artificielles ; ils ressemblent beaucoup aux lacs, plusieurs ont même reçu ce nom ; ils sont principalement destinés à entretenir des poissons pour nos besoins. C’est pourquoi sans doute les Romains, qui en avaient un grand nombre , les nommaient piscines. Il en est pourtant qui alimentent des manufactures , des forges à fer, des usines , etc. En Chine on entretient un grand nombre d’étangs pour fournir de l’eau aux contrées qui sont privées de rivières, surtout pendant de longues sécheresses : on n’a pas poussé si loin l’attention dans les parties les plus civilisées de l’Europe , oh la disette d’eau se fait sentir.

On distingue les étangs en naturels et en artificiels : les premiers se trouvent aux environs des grandes rivières et non loin des bords de la mer ; les seconds sont formés dans l’intérieur des terres par des sources et des ruisseaux. Il y avait autrefois en France un grand nombre de l’une et l’autre espèce d’étangs , qui appartenaient aux grands seigneurs on à de riches congrégations : ces dernières surtout, obligées par leur règle de

faire maigreune partie de l’année, avaient

formé à grands frais de vastes étangs s;ms s inquiéter beaucoup de l’inriuc'nce funeste que les eaux dormantes exerçaient snr la santé des riverains. — Les étangs qui contiennent une eau stagnante peu pi ofonde rie donnant aucun mouvement i» l’air, sont des localités très-malsaines ;

les végétaux qui y croissent en abondance et s’y décomposent sur le limon que laissent les eaux évaporées, les émanations qui sont le produit de cette décomposition , ont une influence des plus fâcheuses sur la constitution , produisent des fièvres intermittentes rebelles , etc. La révolution française a rendu un grand service à la santé publique en faisant vendre la majeure partie des étangs à des particuliers qui les ont desséchés et changés en des champs ou en des prairies fertiles qui assainissent l’air au lieu de l’infecter. — Il y avait , avant la révolution, aux portes de Poitiers, cheflieu du département de la Vienne, un vaste étang, dit Étang de Saint-Hilaire , appartenant à des moines ; il causait chaque année un grand nombre de fièvres intermittentes rebelles qui ont disparu depuis que les acquéreurs de cet étang en ont fait des prairies fertiles , des jardins délicieux, entre-coupés de ruisseaux, plantés de bosquets et de peupliers. — ■ Les étangs détruisaient la population de la partie basse de la Lorraine ; les épidémies s’y multipliaient, les campagnes se dépeuplaient. Ces étangs ont été desséchés : les fièvres ont disparu , et l’on ne parle plus d’épidémies. Dans la Bresse, la dangereuse influence des étangs avait réduit la vie à moins de cinquante ans d’existence ; les femmes et les enfants y avaient le ventre ballonné comme des hydropiques. Les villages qui avoisinent les étangs , dit Macquart ( Encycl. method.) , ressemblent à des hôpitaux: on n’y voit que des spectres y traîner une vie languissante ; la pâleur de la mort est sur les visages , et un principe destructeur circule avec le sang.

Marais. Les marais sont des étendues plus ou moins considérables de terrains dont la surface est habituellement couverte d’eaux stagnantes, et dont le sol se trouve en grande partie composé des débris de végétaux qui croissent et périssent sans cesse dans ces lieux. Il faut mettre les marais au nombre des localités les plus malsaines , et dont le voisinage est le plus dangereux , principalement quand les vents qui les traversent en apportent les exhalaisons sur les habitations. Nous ne disserterons pas ici sur la formation primitive des marais ; nous ne donnerons point non plus la description des plus remarquables de ces localités ; la nature de cet ouvrage n’admet point ccs détails de géologie ; nous renvoyons aux auteurs qui s’en sont le plus

HYGIÈNE

occupés , et spécialement aux ouvrages de Boulins , de Lancisi , de Lind , de Ramel , de Humboldt , de Girard ( sur l’Égypte ) , et au savant article Marais du Dictionnaire des Sciences médicales.

. — Les marais Pontins sont les plus connus de toute l’Europe, et les plus féconds en maladies graves; leur insalubrité , qui exerce ses ravages depuis un grand nombre de siècles , avait déjà fixé l’attention de quelques empereurs romains; des papes même avaient fait travailler à l’assainissement de ces imminents foyers de maladies. Les Français , dignes imitateurs des anciens Romains , qui portaient leurs arts et leurs inslituiions chez les peuples vaincus , ont continué les travaux utiles entrepris par quelques hommes généreux. Mais aujourd’hui que la ville des Césars a rentré sous la domination des papes, on semble avoir abandonné le projet philanthropique de tarir la source des maladies funestes qui détériorent sans cesse une population déjà si chétive et si misérable. — La Basse-Égypte-, les contrées qu’arrosait jadis le Phase , les Florides , l’ile de Cayenne , la Hollande , la Pologne, la Hongrie , le pays d’Hanovre , et même quelques départements de France, présentent de grandes localités marécageuses fort nuisibles à la santé des habitants de ces contrées , et qui sont un foyer permanent de fièvres intermittentes, de dysenteries, d’hydropisies , etc.

Les' exhalaisons qui s’échappent des ma- Tais de Cayenne, de Mozambique , etc. , sont tellement dangereuses que les exilés d’Europe soumis à leur influence y succombent en peu d’années. • — Les marais sont nuisibles par la grande humidité qu’ils répandent, et plus encore par les émanations provenant de la décomposition des végétaux et des animaux qui y croissent. Cette décomposition a lieu particulièrement en été, où la chaleur et l’évaporation réunies ont consommé la majeure partie de l’eau, et fait périr les animaux aquatiques , et les végétaux res<és à nu sur un sol desséché.

Penu’,nt l’hiver, au contraire, les marais sont e.? général couverts de glace ; il ne s'en dégag? aucune émanation dangereuse; ou du moins, lorsqu .1 nya point de glace , faute d un abaissement suffisant de température, on n a douter dans le voisinage des lieux ma ccageux que les effets de l’humidité. Ceci, à la vérité, s’applique seulement aux contrées dans lesquelles les quatre sai-

sons sont distinctes ; mais , entre les tropiques, les eilluves marécageux ne cessent d’exercer leur fâcheuse iniluence en aucun temps de l’année. — Les auteurs ont divisé les maladies produites par les exhalaisons marécageuses en fébriles et en non-fébriles. Parmi les premières se trouvent des fièvres nerveuses ou ataxiques, des fièvres intermittentes et rémittentes de tous les types , et , suivant quelques médecins, le typhus et la fièvre jaune. Du nombre des secondes sont la dysenterie , le cholera-morbus , les engorgements lymphatiques, les hydropisies. Presque toutes ces maladies sont endémiques dans les contrées où se trouve une grande étendue de marais, comme la campagne de Rome , l’île de Walcheren en Hollande, en France les environs de Rochefort. Elles affectent annuellement une partie plus ou moins considérable de la population. Plus le climat est chaud , plus ces maladies sont graves, rapides, et tendent à se terminer par la mort , en s’accompagnant d’un grand nombre de symptômes nerveux.

Ainsi , en Hollande, les fièvres intermittentes quartes, tierces, quotidiennes, ont une marche lente , et laissent aux médecins le temps de les combattre , et aux médicaments celui d’agir. Eti Hongrie , les fièvres nerveuses ont un cours plus rapide et présentent des symptômes plus grands ; en Italie , dans le voisinage des marais Pontins , les fièvres n’ont que de très-courtes apyrexies, et s’accompagnent de symptômes ataxiques alarmants; en Espagne , on observe du délire , des vomissements , une teinte jaune de la peau , etc. Enfin , entre les tropiques , les maladies produites par les exhalaisons marécageuses sont encore plus rapides et plus funestes : le cholera-morbus de l’Inde fait périr en peu de jours, et même en peu d’heures.

Des médecins ont cru trouver l’origine historique de la fable de l’hydre de Lerne et du serpent Python daus l’influence annuelle et désastreuse des marais , combattue et détruite par des princes philanthropes, dont Hercule et Apollon n’étaient que les emblèmes. Un médecin de nos jours , marchant sur les mêmes traces, a eu l’idée poétique et fantastique de représenter les ravages des contrées marécageuses sous les traits d’un monstre qui aurait le corps plongé dans le limon des marais, et surmonté de quatre tetes hideuses, dont l’une soufflerait la peste

vers l’ Oïient ; l’autre, la fièvre jaune du

HYGIENE

coté du Midi ; la troisième, dirigée contre l’Occident , y vomirait la fièvre intermittente pernicieuse ; et la quatrième allumerait , au milieu des glaces du Nord , le l'eu dévastateur du typhus contagieux (I). Celle allégorie , que désapprouve le bon goût du poète et du médecin , est tout-à-fait du genre romantique , qui n’a pas encore, que je sache , envahi la littérature médicale. — On s’est épuisé en conjectures sur la cause déterminante des maladies endémiques dont il a été question plus haut. Les anciens crurent à la présence de petits insectes nés au milieu de la fermentation oudécomposition des débris marécageux, et qui avaient la faculté de s’introduire en nous. Les médecins chimistes ne virent là que l’effet de vapeurs sa/ino-sulfureuses, âcres et délétères. Les humoristes pensèrent qu’aucune condition atmosphérique n’était plus favorable à la putréfaction des humeurs que l’air chaud et humide infecté d’exhalaisons marécageuses. — Les travaux de la chimie moderne, si favorables aux progrès de l’hygiène , n’ont pas répandu beaucoup de lumière sur les principes morbifiques inhérents aux exhalaisons des marais.

Les chimistes y ont bien signalé la présence des gaz hydrogène, carboné et phosphore; mais ces gaz , à la vérité , fort délétères, sont susceptibles de produire des effets très-différents de ceux qu’on attribue aux effluves marécageux.

Tout ce que nous savons de positif, vc’est que les émanations des substances en décomposition dans les marais sont les principales causes appréciables des maladies que produisent ces localités insalubres ; que les miasmes appelés marécageux pénètrent vraisemblablement en nous, soit par l’absorption cutanée, soit par les voies pulmonaires , ou par celles de la digestion , sans qu’on puisse déterminer précisément laquelle de ces voies d’introduction leur livre un accès plus facile. On sait seulement que l’humidité de la nuit favorise singulièrement l’action de ces miasmes; il suffit, en effet , de passer une seule nuit exposé aux émanations marécageuses pour contracter une fièvre intermittente trèsgrave. Je ne parle point de ceux qui ont prétendu que les effluves des marais

(1) Dictionnaire des Sciences médicales, article JLviutSj par JLfL Fovnrusu et Btcn,

s’introduisaient dans les Organes digestifs , et y causaient une gastro-entérite intermittente, leur opinion ne reposant sur aucun fait positif. — M. Rigaud , qui s’est livré à l’élude des exhalaisons marécageuses, a acquis la preuve qu’elles n’exerçaient plus aucune action audelà de trois cents mètres ; convaincu , d’ailleurs , que la rosée qui s’élève des marais était le véhicule des miasmes , et que l’analyse de cette rosée pouvait dévoiler la nature de ces miasmes , cet auteur en recueillit deux bouteilles , qu’il fit remettre à Yauquelin. L’examen de ce célèbre chimiste a fourni les résultats suivants : — Les vapeurs condensées ont une odeur légèrement sulfureuse , analogue à celle du blanc d’œuf cuit.

— L’action des nitrates d’argent, de mercure , de plomb , y a démontré la présence d’un muriate et d’un alcali. — .. Un résidu jaunâtre de quelques grains est resté au fond de cette eau. — Cette eau contient de la matière animale, de l’ammoniaque, du muriate et du carbonate de soude (1). Cette analyse n’offre aucun moyen de résoudre le problème en question.

Les moyens préservatifs auxquels peuvent recourir ceux qui sont exposés à l’influence des marais sont de deux espèces : les premiers ont pour objet le dessèchement de ces marais et la culture des Leux qu’ils occupaient ; les seconds consistent en des précautions propres à affaiblir ou anéantir cette influence chez ceux qui ne peuvent s’y soustraire. Les premiers moyens sont assurément les plus efficaces ; mais, comme ils ne sont pas toujours praticables , on est le plus souvent obligé de s’en tenir aux derniers : ceux-ci doivent être d’autant plus actils et plus exactement observés , que les individus qui en sont l’objet sont moins accoutumés aux agents que l’on, veut modifier, que les lieux environnants sont moins habités et moins cultivés. On sait , en effet , que les premiers colons qui viennent habiter des contrées marécageuses succombent presque tous aux lièvres d’un mauvais caractère. Lorsqu’on est résolu d’aller s’établir dans le voisinage de lieux aussi insalubres, il faut faire en sorte d’y arriver en hiver ou au printemps, époque où les miasmes marécageux ont moins d’activité. Parvenu au lieu de sa destination, le nouvel

(1) Ouvrage citO.

HVftlitiE.

habitant évitera d’abord autant que possible de s’exposer de trop près à l’iniluence des miasmes , et cherchera peu à peu à s’y habituer, afin que les effets en soient moins dangereux, lorsque, par la marche des saisons , ils seront devenus inévitables; il aura soin en même temps de faire usage d’un régime fortifiant et stimulant, d’éviter toutes les causes d’afiaiblissement , et principalement l’excès des plaisirs vénériens. — ■ Les dessèchements des marais doivent être opérés aux mêmes époques; les ouvriers qui y sont employés, travaillant à la conservation de la santé générale en exposant la leur propre, méritent toute notre sollicitude. On aura soin de les munir de bottes qui les garantissent inférieurement du contact de la vase ; on leur fera allumer de grands feux de distance en distance, autour desquels ils viendront se sécher et prendre leurs repas. Les travailleurs devront d’ailleurs être bien nourris, pourvus d’eau-de-vie et de quelques flacons d’ammoniaque ou de chlore propres à modérer l’effet des émanations qui affectent le plus immédiatement et le plus fortement ; ils devront aussi quitter leur habit de travail pendant la nuit et les jours consacrés au repos, etc.

L’utilité du dessèchement des marais a été plusieurs fois bien constatée, et on a fait cesser par ce moyen des épidémies et des épizooties qui ne reconnaissaient pas d’autres càuses que l’action des effluves marécageux : ainsi la ville de Bordeaux a été délivrée des épidémies qui en chassèrent deux fois le parlement , par le dessèchement des marécages qui entouraient cette grande ville. Brown , dans son Histoire de la Jamaïque, fait remarquer que les premiers colons envoyés dans cette île y périssaient si promptement, qu’on était obligé de les remplacer tous les dix ans. Depuis que les marais ont été desséchés et leurs bassins cultivés, on vit aussi long-temps à la Jamaïque qu’en Europe. Les premiers habitants de la Pensylvanie périrent en foule de fièvres appelées bilieuses putrides.

Ces maladies ont cessé d’exercer des ravages depuis que les marais de celte belle contrée ont disparu sous la charrue de l’agriculteur. — La conservation des hommes et les intérêts de l’agriculture qui les fait subsister réclament donc impérieusement le dessèchement et l’assolement des terres marécageuses. Du trouve d’ordinaire dans les marais qu’on défriche une couche épaisse de vase et

d’humus végétal beaucoup trop fertile, et avec une portion de laquelle on pourrait fertiliser des champs moins productifs; ou bien encore, comme cela se pratique en quelques endroits, faire un mélange d'une terre maigre et sablonneuse avec le limon des marais , ce qui compose un assolement artificiel très-avantageux. ]

Localités. — [La nature du sol , son élévation, son abaissement, son plus ou moins grand degré de sécheresse, d’humidité , etc. , exercent une grande influence sur les constitutions des êtres organisés , comme l’a fait remarquer Hippocrate il y a plus de vingt siècles , et comme l’a de nouveau démontré d’une manière si philosophique notre grand Montesquieu. — C’est surtout, dit M.

Barbier (l), quand on met en opposition un lieu élevé et sec avec un pays humide, qu’il est facile de voir que les circonstances physiques qui caractérisent chacune de ces positions agissent fortement sur les êtres organisés qui les habitent. On reconnaît que les localités règlent l’exercice des acles de la vie, qu’elles vont jusqu’à modifier la composition matérielle des diverses parties du corps vivant , et leur action se présente à l’esprit comme celle d’une puissance qui domine toute la nature vivante. — Un terrain sec et élevé , continue le même auteur , un terrain bas et humide, sont toujours peuplés de végétaux différents.

L’existence de ces êtres vivants est subordonnée à la situation et à la nature du sol qu’ils recouvrent. Ici , un végétal montre une grande vigueur , il croit avec uncrapidité étonnante; là, les sucs que ses racines tirent de la terre ne conviennent plus à ses organes, et celte plante va cesser de vivre. Quoique les animaux soient moins dépendants de la position des pays que les végétaux , cependant on ne peut nier qu’ils ne sentent fortement le pouvoir des localités. 11 est des animaux qui recherchent un terrain bas et humide : c’est là seulement qu’ils trouvent les circonstances extérieures que leur organisation exige : un lieu élevé et aride dessécherait leur corps , les ferait périr. D'autres animaux , au contraire , recherchent celte dernière position : l’humidité leur est contraire.

En comparant des individus de la

(1) Hygiène appliquée à la thérapeutique.

HYGIÈNE

même espèce, dit encore M. Barbier, on reconnaît que ceux qui viennent d’un lieu sec et élevé, et ceux qui ont vécu dans un pays bas et humide , n’ont pas la môme vigueur, la même complcxion organique. La chair même des animaux qui servent à notre nourriture acquiert des qualités particulières dans chacune de ces expositions ; elle a plus de saveur dans les individus que fournissent les hauteurs; ceux que l’on prend dans un endroit marécageux ont une chair plus tendre , plus chargée de graisse , mais moins savoureuse. — Il n’est pas difficile de se convaincre que l’homme qui habite un pays élevé ne ressemble pas à celui qui vit dans un pays dont le sol est humide. Toutes les fonctions de l’économie suivent chez l’un et chez l’autre un rhythme différent. La digestion des substances alimentaires, le cours du sang, etc. , n’ont pas une égale activité dans ces deux individus ; leur état intime n’est pas le même ; on remarque en eux une habitude du corps , des attributs physiques et moraux qui leur sont particuliers. Ces idées sur l’influence des lieux sont généralement admises ; si elles ont été combattues par des hommes distingués, comme Helvétius, Volney, etc., on peut citer en leur faveur les opinions non moins recommandables de Lind (1) , de Cabanis (2), de Hnllé, etc. (3).

L’influence des lieux modifie même d’une manière remarquable le caractère des maladies. Celles d’une même classe, d’un même genre , varient à une trèspetite distance par la configuration, l’élévation et l’exposition des lieux , et ne réclament plus les mêmes indications thérapeutiques. Les médecins livrés avec attention à l’exercice de leur art dans les campagnes ont eu mainte fois occasion de se convaincre que les phlcgmasics , par exemple , qui se montrent dans les vallées froides et humides ne sont ni si aiguës ni si intenses que celles que

I on observe sur les coteaux exposés à un, air vif, sec et froid, et que les moyens qu on leur oppose admettent aussi quelques variations dans leur nature comme dans la manière de les administrer. —

II est facile d’expliquer ces diverses modifications par la puissance active, quoi-

" (1) Maladies des Européens.

(2) Rapports du physique et du moral.

’ (3) Art. ÀrnjQUE de l’ EnctjclopMic méthoUùiuc,

que secondaire, dé diverses causes que font naître ou que réfléchissent simplement les localités, comme la température locale de l’air, la nature des vents, l'humidité des bois environnants , la qualité des eaux qui servent de boisson, les productions qui deviennent aliments obligés des habitants, les modifications qu’éprouvent les saisons par rapporta la latitude, etc. Ces causes se trouvent liées de la manière la plus intime avec celles qui dérivent directement de la position des pays, et leur influence est constamment simultanée, et même, jusqu’à un certain point, inséparable; il arrive seulement que tantôt l’une , tantôt l’autre , s’élève par son influence au-dessus des autres, et imprime à l’économie animale des modifications qu’on doit principalement lui rapporter.

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