PLAINES SÈCHES ET HUMIDES
Les plaines tiennent nécessairement le milieu entre les lieux bas et humides et les pays élevés, comme le climat tempéré est intermédiaire aux climats chauds et froids. Elles se composent, tantôt d’un terrain gras, fertile, mélangé de sable, ni trop sec ni trop humide, coupé par des rivières, des ruisseaux plus ou moins éloignés; tantôt d’un sol sablonneux, maigre, blanchâtre, rocailleux et aride.
Sous ce point de vue , il faut distinguer soigneusement les plaines sèches, arides, stériles , comme celles de l’Arabie Pétrée, par exemple, des plaines fertiles de l’Asie méridionale, de la France, de la Barbarie, de l’Egypte, etc., parce que les modifications qui en résultent ne se ressemblent en aucune manière. Quelle différence, en effet y n’y a-t-il pas , sous le rapport de la constitution physique et du caractère moral, entre l’Arabe Bédouin qui végète toute sa vie en sauvage nomade dans les plaines désertes de l’Afrique , et le gras Musulman des campagnes fertiles du Delta; entre l’heureux Indien des bords du Gange, et le Tartare errant dans les vasles^solitudes de son immense plateau j enfin, entre un
maigre habitant des Landes ou de la Champagne pouilleuse , et un gros Normand et un épais Manseau ! Bien que cette différence ne tienne pas uniquement sans doute à celle des lieux, ce serait nier l’évidence que de se refuser à croire à l’influence majeure que les diverses localités exercent sur l’homme.
Les peuples nomades des plaines sèches de l’Afrique ont , en général, une constitution grêle et nerveuse et sont d’une petite taille; ils sont formés à la sobriété, quoique dans un état d’indolence et d’oisiveté propre à leur vie pastorale ; ils ont l’imagination vive et chevaleresque , le caractère mélancolique, etc. Ils jouissent , en général , d’une bonne santé , à l’exception d’un relâchement que font naître l’usage habituel du lait, ainsi que les mauvaises eaux qui leur servent de boisson. Si nous mettons en opposition avec les plaines arides de l’Afrique les campagnes fertiles entrecoupées de rivières de l'Europe et de l’Asie, comme celles où se promènent la Loire, la Seine , l’Escaut, le Pô ; celles que débordent l’Euphrate, le Gange ; enfin les régions fertiles du Mexique, des bords de la Plata , nous y verrons s’y multiplier des hommes pareils à la terre qui les nourrit, pour nous servir de l’expression de M. Virey (i) , doués d’une forte constitution , d’un tempérament sanguin, d’un embonpoint riche, mais qui n’exclue pas l’énergie des fonctions , qui s’exécutent avec aisance et régularité.
Les habitants des plaines sont naturellement portés aux jouissances paisibles , k la recherche de toutes les commodités de la vie ; ils chérissent les plaisirs que permet un travail facile sur un terrain fertile, plat et uni; ils aiment le repos après un travail modéré, ont de l’éloignement pour les exercices fatigants, comme la guerre, les voyages, etc. Le peu de besoins qu’ils éprouvent n’excitent que médiocrement leur industrie, n’éveillent que rarement les désirs de la cupidité et de l’ambition, le goût des voyages, des entreprises aventureuses et lointaines qui peuvent procurer de la gloire et des richesses ; leur caractère paisible les rend ennemis des oppositions; ils sacrifient volontiers leur liberté pour vivre paisibles dans leurs champs fertiles. Aussi deviennent-ils communément la proie des peuples errants et vagabonds qui , nés
(t) Art. cité.
sur un sol ingrat, cherchent une meilleure patrie. — C’est dans les plaines fertiles qu’on trouve le type de la fraîcheur, de la beauté et des grâces admirables , apanage d’une heureuse constitution. Les habitants des plaines sont toutefois sujets aux inflammations , à la goutte, aux fièvres angioléniques, et, en général, aux maladies qui naissent d’un régime succulent et d’un excès d’alimentation. ]
Climats. — [ On appelle climat une portion de la surface de la terre terminée par deux cercles parallèles à l’équateur, et d’une largeur telle , que le plus long jour dans le parallèle le plus proche du pôle surpasse d’une certaine quantité le plus long jour dans le parallèle le plus proche de l’équateur. On peut admettre un nombre indéterminé de climats égal à celui des zones ou bandes qui peuvent être figurées sur le globe. — On divise d’ordinaire l’Europe en cinq climats différents , en marchant du nord au sud.
Le premier est le plus voisin du pôle; il comprend l’Islande , la Laponie suéduoise, danoise, russienne; le pays des Samoïèdes européens, etc. Les glaces et les neiges y subsistent en grande masse à l’ombre; les jours y sont longs pendant l’été.
Dans le deuxième, été brûlant , hiver rigoureux et long, printemps et automne inconnus ou très-courts , et ne formant point de saisons particulières. La Norvège, la Suède , le Danemarck , le nord de l’Ecosse , la partie septentrionale de la Pologne, la Courlande, se trouvent dans cette zone.
Dans le troisième, hiver court et rigoureux, printemps et automne longs et distincts de l’hiver et de l’été par leur température modérée. A ce climat répondent l’Irlande, l’Angleterre, les Pays- Bas, la Hollande, le nord de l’Allemagne, une grande partie de la Pologne et de la Russie , etc.
Le quatrième est le plus tempéré; les saisons y sont inconstantes; les hivers, tantôt doux, tantôt rigoureux, offrent beaucoup de températures variables. Les autres saisons sont longues, distinctes.
Cette zone se trouve à peu près au milieu de l’hémisphère boréal , à égale distance de l’équateur et du pôle. C’est là qu’on trouve la France, l’Allemagne méridionale, la Hongrie, la Moldavie, la Pctitc-Tartaric , la Russie méridionale , etc.
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Dans le cinquième, enfin, il règne une grande chaleur; les hivers sont courts ; il y a rarement des gelées et des neiges durables; les étés sont secs et brûlants, les printemps délicieux. La France méridionale, l’Espagne, l’Italie, la Grèce, la Crimée, etc., jouissent des bienlaits de ce climat tempéré. — Eu égard aux effets des climats sur l’économie animale , on les a divisés en climats chauds, climats froids et tempérés. Cette division est la plus convenable, attendu qu’elle est fondée sur le phénomène le plus influant qui se fasse ressentir dans chaque zone terrestre (la température atmosphérique). — L’action des climats, considérée sous un point de vue général , n’est guère autre que celles des températures des saisons et des localités réunies, dont il a déjà été question (1); peut-être même supprimera-t-on un jour cette dénomination à peu près fictive dans la géographie médicale. La lecture de l’ouvrage de M. Barbier , déjà cité plusieurs fois , nous a pleinement confirmés dans cette idée; c’est donc en quelque sorte pour nous conformer à l’usage, et pour que ce travail ne paraisse pas incomplet à quelques lecteurs, que nous traitons ici trèssuccinctement de l’influence des climats sur l'économie animale.
1° Climats chauds. Ils se trouvent compris entre les deux tropiques, et s’étendent de l’équateur jusqu’au trentième degré de latitude, soit australe, soit boréale. C’est dans cet espace qu’on rencontre une grande partie de l’Afrique , l’Arabie, la Nouvelle-Hollande, l’Amérique et l’Asie méridionales, la Nouvelle-Guinée , beaucoup d’îles et une grande étendue de mers. — Sous ces latitudes l’action continue de la chaleur toujours élevée , et de la vive lumière qui les pénètre en tous sens, donne aux animaux et aux végétaux une physionomie particulière, suivant l’expression du célèbre naturaliste de Humboldt; elle modifie pareillement chez l’homme, objet spécial de notre étude, l’exercice des fonctions dévolues à chacun doses appareils d'organes. Ce qui prouve que ces attributs sont propres à chaque climat , c’est qu’ils sont susceptibles de varier en passant de l’un a l’autre , et de revenir ensuite à leur type primitif lorsque l’in-
(t) Il faut joindre à cela l'influence do la lumière et des nourritures locales , dont il est pareillement traité ailleurs.
fluence originelle se fait de nouveau sentir. — Dans les climats chauds, le pouls, vif et fréquent , bat jusqu’à cent fois par minute; la respiration est pareillement plus fréquente, et il y a une plus grande quantité d’oxygène d’absorbé par les poumons qu’en hiver, comme nous l’avons déjà vu ; l’appétit est ordinairement faible , les digestions languissent et ne demandent qu’une petite quantité d’aliments ; conséquemment la nutrition ne s’accomplit pas avec beaucoup d’énergie. L’exhalation cutanée est active et la matière perspirable abondante ; les sécrétions , au contraire , se trouvent dans un état inverse chez les peuples des olimats méridionaux ; la sensibilité et la mobilité s’exaltent facilement ; les mouvements sont prompts et rapides , l’imagination vive , la conception prompte et rapide , la vie s’use; et, comme l’a dit Tissot , par la même raison que le cœur bat vite il bat moins long-temps. Toutefois les forces musculaires ont peu de puissance et d’énergie; l’excès de la chaleur les énerve et les affaiblit : aussi remarque-t-on dans ces climats une propension singulière au repos et à la mollesse; c’est là qu’on se livre avec une sorte de fanatisme à la vie contemplative, et qu’on supporte avec une grande facilité les jeûnes , les macérations et même les fustigations, souffrances que s’imposent des consciences absurdement timorées. Le tempérament des méridionaux est bilieux ou bilieux-inélancolique. L’appareil biliaire a beaucoup d’énergie et sécrète une bile abondante ; le système veineux est très-développé ; les naturels ont une prédisposition manifeste aux congestions hémorrhoïdales , et à beaucoup d’autres hémorrhagies; leur excessive sensibilité s’exalte pendant les maladies, et donne lieu à divers symptômes graves, comme le délire, lescouvulsions, l’anxiélé et autres phénomènes nerveux , ce qui nécessite , ainsi que le remarque Barthez , un plus grand usage relatif des remèdes narcotiques , des boissons tempérantes , etc. , etc. Les maladies elles— memes ont une marche tres-rapide; celles du système nerveux surtout ont beaucoup de gravité. Les stimulants qu’on emploie pour exciter les forces digestives disposent aux plilegmasies des intestins, qui sont en effet fort communes dans les climats chauds, ainsi que l’a remarqué JM. Broussais. L’action vive de la chaleur sur le système dermoïde est aussi la cause de diverses maladies propres »uy régions
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équatoriales; du reste, Celte excitation cutanée est très-utile , considérée sous un autre point de vue, celui d'une dérivation externe qui diminue d’autant les congestions intérieures. C’est en conséquence de cet état que la syphilis est si peu incommode et si peu dangereuse dans les contrées dont il s’agit. — Un voyage , un séjour plus ou moins long dans une latitude plus méridionale que celle que l'on habite, est un remède efficace contre diverses maladies chroniques : tels sont les dartres , les scrofules, les fièvres intermittentes , les écoulements blennorrliagiques ou muqueux , les affections syphilitiques, goutteuses et rhumatismales. 11 faut placer dans cetle catégorie la plupart des irritations ou des phlegmasies chroniques des organes intérieurs , si communes dans les régions septentrionales, et qui diminuent beaucoup sous l’influence d’une température élevée , et par l’effet d’une abondante diaphorèse.
2° Climats froids. Us se trouvent compris entre le soixantième degré et les derniers lieux habitables du globe ; on trouve dans celte bande le nord de la Suède, la Nouvelle-Zemble, la Sibérie, le Spitzberg, le Kamtschatka, l’Islande, le Groenland, la baie dTIudson, le nord de la Russie , de l’Ailemagne , de Ja Pologne, de la Suède, etc. L’influence de ces climats est inverse de celle des pays chauds ; les hommes y sont , en général , d’une coloration faible, pâles et blonds par défaut d'intensité de lumière et de chaleur ; leur taille est élevée, et leur système musculaire doué d’une grande force et d’une grande énergie. Mais la sensibilité est obtuse, les mouvements lents, et les membres comme engourdis. D’un autre côté, l'intelligence est bornée, les idées rétrécies; et chez les septentrionaux l’imagination est aussi stérile, aussi refroidie que celle des méridionaux est ardente et exaltée ; le caractère est froid et les passions modérées. Les habitants du Nord ont habituellement un grand appétit ; ils digèrent avec promptitude , et extraient tous les principes nourriciers des aliments , suivant l’expression de Montesquieu (1). Le pouls est fort, mais
(1) Les Espagnols, qui vivent ordinairement de peu, deviennent voraces lorsqu’ils vont vers le Nord. Il est aussi digne de remarque que l’on se nourrit principalement dq substances animales dans le
lent (1) ; la circulation a par Conséquent de l’énergie , mais peu de célérité ; les mouvements inspiratoires ont une vitesse proportionnée à celle des contractions du cœur. L’absorption languit, dit M. Barbier, dans les contrées diu Nord, surtout à la surface cutanée : aussi les maladies contagieuses y sont-elles peu communes. Mais cette fonction jouit d’une plus grande énergie dans les voies intestinales. Les excrétions et les exhalations doivent être peu abondantes, puisque l’assimilation est énergique et complète. Il faut en excepter toutefois les contrées basses et humides, qui ne sont pas rares dans le Nord : là, les sécrétions et excrétions sont plus abondantes , parce que le corps s’y trouve en quelque sorte pénétré de fluide. — En s’avançant vers le pôle, l’action du froid est si intense que ses effets deviennent nuisibles à l’économie animale ; l’espèce humaine semble rétrécie dans ses dimensions et comme rabougrie; la plupart de ses organes sont peu développés , et frappés d’une sorte d’engourdissement (2).
Les Lapons et les Samoïèdes sont une preuve évidente de l’influence que la température la plus rigoureuse exerce sur eux , quand on vient à les comparer aux Russes et aux Suédois , dont ils ne se trouvent séparés que par une distance infiniment petite.
En général , la puberté se développe très-tard chez les septentrionaux. On peut regarder comme une conséquence de ce développement tardif l’âge avancé auquel ils parviennent ; la vie est aussi plus longue , parce qu’elle se compose
Nord, cl que l’on mange plus de végétaux dans le Midi. (Coraï et Virex, cités par M. Barhier.)
(1) Blumenbacb dit que chez les Groenlandais , d’ailleurs bien portants , on ne compte que trente ou quarante pulsations par minute. Dans lu Laponie, le pouls ne bat que quarante- cinq à cinquante fois par minute, au rapport d’un médecin anglais (Bardier).
(2) C’est sans doute, comme le fait observer M. Barbier, parce que la sensibilité est plus obtuse , que les septentrionaux prennent sous danger des remèdes trèsviolents qui nuiraient beaucoup aux méridionaux; c’est pour la même raison qu’ils recherchent avec avidité les boissons alcooliques capables de les tirer de cet engourdissement, et de les mettre à même do tirer parti de leurs forces.
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d’actions plus lentes , ce qui est l’opposé tle ce qu’on observe au midi. Le resserrement des parties par le froid rend les accouchements plus difficiles et plus laborieux que dans les climats chauds et tempérés, etc. — Les maladies qu’on observe le plus communément chez les peuples du Nord sont les irritations et les inflammations phlegmoneuses et catarrhales des organes intérieurs , les fievres inflammatoires , les hémorrhagies , la phthisie tuberculeuse, etc. — ■ On voit déjà, comme une conséquence directe de ce qui vient d’être dit, que les climats froids offriront une ressource contre les maladies propres aux climats opposés , comme les affections nerveuses , caractérisées par un excès de sensibilité et des mouvements irréguliers, les vésanies, les affections cutanées des régions équatoriales, etc.
3° Climats tempérés. Ces climats sont bornés par les parallèles extrêmes qui passent par les trentième et trente-cinquième degrés de latitude australe et boréale. Entre ces parallèles se trouvent une grande partie de l’Europe , la haute Asie , la grande Tarlarie , le Tliibet , une partie de la Chine, de l’Amérique septentrionale, etc. C’est dans les diverses latitudes de ces climats qu’on jouit de la température la plus douce et la plus favorable à l’exercice des facultés intellectuelles et au développement des actions physiques des organes , ou, si l’on veut, de l’industrie humaine, résultat admirable de ces deux attributs combinés et réunis. Les climats tempérés, tenant le milieu entre les extrêmes que nous venons d’examiner, jouissent de presque tous leurs avantages sans avoir leurs inconvénients. Les habitants de cette zone moyenne du globe sont moins lents que les septentrionaux, et moins exaltés que les méridionaux ; leur esprit n’a ni la pesanteur des uns, ni l’exaltation des autres. Leur constitution ainsi que leur tempérament sont mixtes ; en général sanguins, ils sont vifs, spirituels et pénétrants. Chez eux la sensation est facile, la perception prompte, et la volilion a souvent la rapidité de l’éclair. Ils aiment les institutions libérales, mais sont également éloignés de l’indépendance indisciplinée des hordes septentrionales des peuples polaires , et du despotisme avilissant qui appesantit sa main de fer sur les régions les plus méridionales. Leur régime alimentaire , comme leurs institutions morales , est mixte, et composé
de végétaux et d’animaux. Le vin , qui est une production de la zone qu’ils habitent, n’est pas étranger à l’heureuse facilité qui les caractérise. — C’est dans ces climats favorisés d’une douce et bienfaisante température que l’industrie humaine a le plus multiplié les prodiges sortis des mains de l’homme; c’est là que les sciences, les arts, la civilisation ont fait les plus étonnants progrès. Les siècles de Périclès , de Léon X , de Louis XIV, et des périodes non moins illustres, mais trop modernes pour être bien appréciées , ont éclairé ces contrées intermédiaires du globe de leurs lumières à jamais resplendissantes. Quoi qu’on puisse dire des antiques merveilles de l’Inde, de l’Égypte, delà Syrie, delà Perse, etc., situées sous des latitudes différentes, elles ne me paraissent nullement comparables aux prodiges de science et de civilisation de la moderne Italie , de la France et de l’Angleterre. — Pour avoir une juste idée de la sensibilité , de la motilité et de la manière dont s’exercent toutes les fonctions dans les climats tempérés , on n’a besoin que de prendre dans cet examen un terme moyen entre les climats extrêmes. — On déterminera les maladies mixtes propres à ces climats par le même artifice. — Quant à l’influence qu’ils peuvent exercer comme agents thérapeutiques, elle participe également de celles que nous venons d’examiner, c’està-dire que les maladies endémiques des contrées plus rapprochées du pôle ou de l’équateur y subiront des changements avantageux pour les malades. — L’influence réunie des températures et des localités, qui n’est autre que celle des climats dont nous venons de parler, est susceptible d’être puissamment modifiée par les changements locaux qui surviennent dans des étendues plus ou moins considérables de territoire. Ainsi la culture, le défrichement, en changeant la surface du sol , augmentent la température des lieux quand les besoins de l’agriculture obligent d’abattre les forêts ; c’est par ce changement qu’on a adouci les climats de la Gaule, de la Germanie; que la Pensylvanie est devenue plus tempérée, que l’I lalie même a acquis un accroissement de température (Ij. La présence des forêts et l'humidité qu’elles
(1) Pline le jeune ne pouvait faire croître des oliviers en Toscane, où ils prospèrent aujourd’hui.
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recèlent sont d’ailleurs une cause avantageuse de refroidissement dans les contrées les plus brûlautes et les plus arides. Les demeures que l’homme civilisé a construites pour se préserver de l’effet nuisible des variations atmosphériques et des intempéries de l’air, ainsi que les vêtements multipliés dont il se couvre avec tant de soin, modifient pareillement et annulent, jusqu’à un certain point, l’effet nuisible des températures. Les usages, le genre de vie, les professions, mais principalement les institutions politiques , me paraissent susceptibles de changer complètement le système d’influence que nous venons d’examiner.
Hippocrate, dans son fameux Traité des Eaux , des Airs et des Lieux, attribue une grande puissance à l’action des climats sur le physique et le moral de l’homme. Montesquieu (pour ne citer que le principal écrivain qui a traité cette question) s’empara de cette idée féconde du père de la médecine et la développa avec toutes les ressources de sou génie ; il l’exagéra beaucoup , peut-être , en traçant les caractères physiques et moraux des nations d’après l’influence des climats qu’elles habitent, sans tenir assez compte des effets si puissants des gouvernements et des institutions politiques qui en dépendent. D’autres philosophes, comme Helvétius (1), Yolncy (2), sont tombés dans un autre excès en niant cette influence : elle existe cependant; elle est toujours permanente , et se montrera toujours quand elle ne sera pas comprimée par les institutions politiques. Cabanis (3), Baglivi, Hallé (4), l’ont admise
(1) De l’Esprit.
(2) Voyage en Syrie, 5e édition.
(5) Influence du physique et du moral de l’homme. Mémoire sur les climats.
sans difficulté, sur d’excellentes raisons et des faits positifs. En vain Volncy cherche-t-il à l’anéantir, après avoir peint avec force l’illustration passée des Perses, des Grecs, des Italiens, etc., qui ne jouent aujourd’hui qu'un rôle précaire parmi les grandes nations : la nullité de ces peuples est le résultat d’un gouvernement stupide et absurdement despotique, et ne fournit aucune preuve solide contre l’influence des climats. Cette influence se trouve comprimée et peut-être anéantie pour un grand nombre de siècles , mais elle peut se faire sentir de nouveau dans des circonstances plus favorables et sous de meilleurs auspices.
Les Espagnols , et récemment les Grecs, n’ont-ils pas montré que l’action des localités qu’ils habitent peut reprendre son ascendant et leur rendre une partie de l’illiistration dont le célèbre Volney déplore si éloquemment la perte? C’est un axiome presque vulgaire, que les montagnards sont plus actifs , plus courageux , meilleurs soldats que les habitants des plaines; et certes, les Suisses, les habitants de l’Auvergne, du Jura, des Cévennes, du Caucase, de la Dalmalie, de l’Arménie, des Andes, sont une démonstration vivante de ce principe de physiologie politique, qu’on me passe l’expression. Nier cette influence parce quelle ne peut s’exercer pendant un temps plus ou moins long, c’est presque accuser un brave de lâcheté parce qu’il se trouve dans l’impuissance de faire usage de ses armes ; mais ôtez-lui ses fers, rendez-lui ses moyens de défense, et vous aurez la preuve que son courage est resté le même , et que les circonstances ont seules changé.
(4) Article Afrique de V &ictjclopcdi4 méthodique.