‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 2)Chapitre 26 sur 58 · DES CHOSES QUI S’APPLIQUENT A LA SURFACE DU CORPS · texte numérisé non relu

DES CHOSES QUI S’APPLIQUENT A LA SURFACE DU CORPS

(applicata).

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Les habillements, les frictions, les bains , les lotions , tout ce qui est relatif à la propreté , sont les principales choses qui s’appliquent à 1 habitude extérieure du corps, et dont il sera traité dans cette classe.

ÿ Ier. Vêtements. — Les vêtements sont d’une nécessité indispensable à l’habitant des pays sujets à de grands changements dans la température de l’atmosphère, ainsi qu’à l’homme civilisé. Les rigueurs du froid et les brusques variations de l'air, qui ébranlent à chaque instant les fondements de la vie , et la dépravation des mœurs, suite inévitable d’une civilisation avancée, en commandent impérieusement l’usage aux uns et aux autres. 11 n’en est pas de même pour les peuples qui respirent continuellement un air chaud et embrasé; les habits ne seraient pour eux qu’un poids incommode et superflu : ils sont plus inutiles encore tant que ces peuples , non encore corrompus par le goût des plaisirs factices, vivent dans la simplicité et l'innocence ; car la pudeur y couvre de son voile la nature, et le mystère, enfant du vice, leur est absolument inconnu. Telle est la raison pourlaquellc on trouve ordinairement ces peuples dans l’état de parfaite nudité (1). — Les habillements doivent être analogues aux âges, aux pays et aux saisons; ils doivent être commodes et ne causer aucune gêne : autremeut ils nui-

, (\) Si les Sauvages presque nus se couvrent les parties génitales , c’est moins par un sentiment de pudeur dont ils n’ont probablement aucune idée, que

four garantir ces parties très-sensibles do action des corps exlCriçurs, (1, 13. J

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sent. — Les vêtements chauds et pesants ne conviennent pas à la jeunesse, durant laquelle les forces* organiques se déploient spécialement vers les parties extérieures et supérieures ; ils détermineraient d’abondantes transpirations, nuisibles à cet âge, et, en portant de trop grandes' quantités de sucs nourriciers vers la circonférence , ils s’opposeraient au libre développement des autres organes , produiraient des congestions cérébrales , et donneraient ainsi lieu à une multitude de maux réels, dont les moindres sont des fluxions habituelles, Il convient donc que les jeunes gens, et surtout les enfants, portent des habits faits d étofFes légères et principalement de colon, pour les accoutumer de bonne heure aux vicissitudes du froid ef du chaud , et leur faire contracter une sorte de familiarité avec les intempéries des saisons : c’est le moyen de les rendre sains et robusles.

Dans l’âge avancé , lorsque les fibres de l’organe extérieur se sont endurcies, que son tissu est devenu serré et compacte, et que la force concentrique prévaut , il est utile, pour ralentir les progrès de la concentration qui caractérise "la froide vieillesse, et favoriser la transpiration , dont le dérangement occasionne la plupart des maladies de cet âge , de porter des habits plus étoffés et plus chauds, tels que des draps de laine, des ouates, etc! — Les vêtements doivent être analogues aux saisous , légers en été et chauds en hiver; il faut aussi n’en changer qu’avec les plus grandes précautions, si l’on vent se préserver des maladies que produisent les trop promptes vicissitudes de l’atmosphère. Il convient, en conséquence de ne quitter qu'un peu tard les habita

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d’hiver, et de les reprendre de bonne heure dès que les premiers froids commencent à se faire sentir. 11 y aurait un moyen efficace de mettre l’homme à l’abri des dangereux effets auxquels donnent fréquemment lieu les changements brusques de température , si communs dans uos climats : ce serait de le familiariser avec eux dès l’enfance ; et l’on y parviendrait sûrement en ne le vêtissant jamais plus chaudement dans un temps que dans un autre , et en l’habituant à se passer de feu, ainsi qu’à se jeter k la nage dans un fleuve ou une rivière , après s’être fortement exercé à la lutte, k la course, à la danse, et à reprendre immédiatement ces exercices.

Tels étaient les moyens par lesquels on parvenait à rendre la jeunesse de Rome forte et vigoureuse : aucun peuple ne fut ni plus robuste ni plus vaillant; aucun ne supporta mieux, et d’une manière plus soutenue, les travaux et les fatigues de la guerre. Rien n’est plus efficace , dit Galien , pour acquérir de la vigueur, que de s’exposer aux alternatives brusques du chaud et du froid ; on trempe en quelque sorte le corps : c’est ainsi qu’on augmente la force et la dureté de l’acier, en le rougissant au feu à plusieurs reprises, et en l'éteignant à chaque fois dans l’eau froide.

Les vêtements produisent sur les corps des effets différents , selon les matières dont ils sont tissus et les couleurs dont ils sont teints. Ceux faits de laine ou de soie sont chauds,* et retiennent le calorique. du corps, parce que, n’élantpas des conducteurs de la chaleur, ils isolent celle que produisent les forces de la vie, et empêchent qu’elle ne soit absorbée par l'air environnant. Les habits de soie, de peau , de poils , etc. , sont idio-électriques; ceux de laine excitent l’électricité par les frottements auxquels ils donnent lieu : les premiers retiennent et concentrent en quelque sorte l’électricité animale dans le corps et interceptent la communication du fluide électrique de l’atmosphère , au lieu que les seconds établissent une libre circulation de ce fluide entre le corps et l’air. Il paraît , d’après cela , que les habits de soie, de poils, en un mot ceux faits de matières qui jouissent de la propriété isolatrice , sont spécialement utiles dans les constitutions humides, parce qu'ils retiennent le fluide électrique qu’excitent les forces de la vie , et duquel les vapeurs aqueuses et aué\cclriques de l’atmosphère ten-

dent fortement k s’emparer ; au lieu que ceux de laine, de coton, de toile, enfin ceux anélcclriques , conviennent dans les constitutions sèches , parce qu’ils empêchent le fluide électrique animal de s’accumuler en trop grande quantité dans les corps. — Les habits de laine, quoique très-avantageux et d’un usage trèsétendu , ne sont pas néanmoins sans inconvénients. Outre que les miasmes contagieux s’attachent plus aisément à la laine , et y restent plus fortement adhérents qu’aux autres matières, ces sortes d’habits s’imbibent de la sueur, qui , se corrompant promptement , exhale, lorsque le corps est échauffé, des miasmes; et ceux-ci, quand ils sont arrêtés, portent le plus souvent leur impression sur la peau , et y décident des gales , des dartres, etc. D’ailleurs, l’humidité pénètre davantage et plus promptement les étoffes de laine que celles faites d'autres matières : non-seulement ces sortes d’habits serrent et compriment le corps dans cette circonstance , ce qui , à la vérité , n’est qu’un léger inconvénient ; mais ils suppriment encore la transpiration, surtout lorsque la saison est froide, et donnent par là naissance à une multitude de maux graves.

Il est très-dangereux de laisser sécher sur son corps les habits mouillés, en s’exposant à la chaleur du soleil ou à celle d’un poêle, surtout lorsque l’habit estd’un mauvais teint ; la peau s’imprègne des substances colorantes qui abandonnent l’étoffe, et il en résulte un obstacle de plus k l’excrétion de l’humeur perspirable; peut-être aussi se développe t-il , par l’action du calorique , des miasmes inhérents aux matières colorantes, lesquels, absorbés avec l’humidité et l’humeur perspirable, par les vaisseaux inhalants du tissu cellulaire sous-cutané, renforcent ces causes de maladies. J'ai observé que ceux des soldats qui étaient attaqués de maladies dépendantes de lasup pression de la transpiration, éprouvaient des symptômes plus graves, et même que la putridité se développait plus fréquemment et plus vite lorsque leurs habits avaient laissé sur la peau l’empreinte de la couleur bleue dont ils sont teints, que lorsqu'ils n’avaient été que simplement mouillés. Plusieurs officiers de sauté, attachés au service des hôpitaux , ont fait la même observation. — H est donc de l’intérêt du gouvernement de fixer son attention sur cet objet. L’économie et l'humauitc exigent que lçs citoyens

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appelés à la défense de la patrie soient bien velus , et que leurs habits soient teints de manière que les substanq^s teignantes puissent résister au savon et aux autres agents capables dedégrader etd’enlevcr les couleqrs. Dans le cas contraire, les habits sont non-seulement préjudiciables à la santé du soldat , mais encore ils sont d’une courte durée, car ils pourrissent et s’en vont en lambeaux pour peu qu’ils aient été exposés à la pluie.

Les habits légers, de lin, de coton, de fils de chanvre, sont d’excellents conducteurs du calorique ; ils le laissent passer librement du corps à l’air libre , et ne s’opposent pas au passage du froid de l’atmosphère à la surface du corps, à travers leur tissu. Ils sont donc ceux qui conviennent le mieux dans les pays chauds et durant l’été : mais on ne doit pas être indifférent sur l’espèce des couleurs; celles-ci doivent varier suivant les saisons et les climats. L’expérience a appris que les matières décolorées s’échauffent moins que celles dont les couleurs sont foncées, et surtout celles rembrunies ou teintes en noir. Si on noircit la surface d’un miroir ardent à la fumée d’une lampe, il ne réfléchit plus ni lumière ni calorique ; car, si on place à son foyer la boule d’un thermomètre , la liqueur ne monte pas. De deux cafetières d’égale capacité , contenant une même quantité d’eau, placées à une égale distance du feu , et dont l’une est blanche et l’autre noire, c’est la première dont l'eau entre le plus promptement en ébullition. Les habits décolorés sont donc les plus analogues à la saison chaude et aux pays méridionaux; les autres conviennent mieux durant l’hiver, et dans les contrées où il fait habituellement froid. — Les vêtements doivent aussi être conformes aux tempéraments. Les personnes robustes et les sanguines sont plus propres à supporter la chaleur et le froid que les personnes délicates , et qui sont sujettes à éprouver des dérangcmenls sensibles toutes les fois que la température de l’air vient à changer ; celles-ci doivent mieux s’habiller dans toutes les saisons, et les autres porter des vêtements plus légers et moins chauds. — Une autre attention qu’on doit avoir dans l'habillement, pour que la santé n’en soit pas altérée, c’est que les vêtements soient propres et aisés; ils ne doivent ni trop serrer ni gêner; autrement ils font obstacle au mouvement progressif du sang et des humeurs , et peuvent occasionner des accidents très- | P‘ * ‘ * *

graves. On a vu souvent des défaillances, des vertiges, des apoplexies, des oppressions, de la toux, des hémoptysies et beaucoup d’autres affections mortelles , être l'effet de la compression produite par les jarretières, les boucles, les cravattes trop serrées , et surtout par les corps de baleine (I). Si j’avais à proposer des modèles dans Ij manière de s’habiller , ce seraient les Quakers ou Trcm-

(1) Les médecins se sont élevés dans tous les temps contre le pernicieux usage des maillots et des corps de baleine. Les philosophes se sont réunis à eux, et leurs efforts combinés n’ont pas élé sans succès. Cette heureuse révolution est déjà avancée , mais n’est pas encore, entièrement achevée , tant les préjugés et les anciens usages sont difficiles à détruire !

« Tout est bien sortant des mains de » la nature, a dit avec raison J. -J. Rous- » seau, et tout dégénère entre les mains > des hommes. • C’est bien ici le cas de faire une juste application de cette vérité; car l’usage clans lequel sont encore bien des personnes de garotter le corps délicat de l’enfant qui vient de naître, et d’enfermer dans la suite la poitrine dans des boîtes de baleine , est un des plus pernicieux et des plus contraires aux vues de la nature. Ce sont surtout ces cages qui sont les plus nuisibles , car elles s’opposent au développement de la poitrine , et lui font prendre une direction opposée à celle qu’elle doit avoir. En effet , leur forme est précisément dans un sens inverse de celle de la poitrine, qui représente un cône renversé, dont la pointe est en haut et la base en bas : or, les corps de baleine sont larges dans le haut et étroits dans le bas ; d’où il résulleque, -n’étant pas moulés sur la forme du thorax, qu’ils serrent inférieurement , ils s’opposent à son expansion et gênent la respiration. On a vu trèssouvent des hémoptysies et des phthisies mortelles occasionnées par cette cause.

Les fonctions de l’estomac en sont aussi dérangées par rapport à la compression constante qu’il éprouve; do là ces anxiétés, ces cardialgies , etc. , qui sont produites uniquement par cette compression, et dont se plaignent fréquemment les jeunes filles. Les corps de baleine ne sont, pas d’ailleurs favorables à l’élégance de la taille et à la beauté. Le philosophe de Genève n’a pas mal comparé les tailles que sc fout les femmes avec leurs corps de baleine, à des guêpes; et souvent, pour faire des tailles fines, on no fait que dos bossues et des phthisiques,

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bJeur.s. Un habit simple et ample , de beau linge, sans ornement, et une propreté presque superstitieuse, distinguent des autres sectes religieuses cette classe d’hommes paisibles et humains.

Ce que je viens de dire de l’ampleur et de l’aisance que doivent avoir les vêtements, s’applique aussi à la chaussure.

Les souliers trop étroits ont estropié plus d’un élégant : au moins ils sont très-incommodes et gênent la marche; et quiconque veut avoir des pieds chinois doit s’attendre à y voir naître des durillons et des cors, qui non-seulement sont trèsdouloureux, mais encoré ôtent la faculté de marcher et de faire usage des orteils. Les talons hanls ne sont pas moins incommodes; k la vérité, ils font paraître plus grand, parce qu’on est forcé de marcher sur la pointe du pied ; mais aussi on ne marche pas bien de cette manière; les mouvements dés articulations sont empêchés ; les membres sont dans une position forcée ; on est contraint de tenir le corps plié en avant, et on marche sans grâces comme sans noblesse.

§ II. Frictions. — Les frictions sont des moyens prophylactiques et curatifs, trèscflicaces dans bien des circonstances. Les anciens en faisaient un fréquent usage , et ils en retiraient les plus grands avantages. Galien les recommandait comme un spécifique dans les maladies chroniques dépendantes du relâchement et de l’inertie des solides. Les frictions consistent à se frotter ou à se faire frotter tout le corps, ou seulement quelques parties, durant quinze à seize minutes , avec un linge, une flanelle, ou une brosse. On 11e doit les faire que lorsque la digestion est achevée, cl non immédiatement après le repas. — Les frictions appellent les forces et l’action au dehors; elles donnent du tou et de la vigueur aux solides, et accélèrent le mouvement progressif du sang dans les veines , et ensuite dans les artères. Il ne faut pas qu’elles soient fortes ni soutenues trop long-temps; autrement elles enflamment la peau, précipitent la circulation, et décident la lièvre. Leur effet est donc d’augmenter le mouvement et de donner de la mobilité aux humeurs stagnantes et épanchées : aussi s’en serton utilement pour atténuer et résoudre les tumeurs indolentes, pour ranimer l’action languissante des vaisseaux, et rétablir la circulation dans les parties oii elle sc fait difficilement. Ces eflets ne se bornent pas à la partie sur laquelle on applique la friction , car clic excite sou-

vent une transpiration générale, en déterminant le rayonnement des forces de l’épigastre vers l’organe extérieur ; ainsi leur sphère d’activité embrasse tout le corps ; c’est pourquoi Celse les recommandait principalement dans les affections qui reconnaissent pour cause la fixation et la concentration des forces dans l’intérieur, comme dans la mélancolie, l’hypochondrie, etc.

L’usage des frictions exige quelques précautions : 1° on doit s’en abstenir dans les cas de pléthore ; 2° il ne faut pas les pratiquer sur l’estomac et le ventre lorsqu’il y a embarras des premières voies, chaleur et tendance à la pourriture. — Les anciens mettaient beaucoup en usage les onctions avec l'huile; ils s’en servaient avant que d'entrer dans le bain, pour empêcher une trop grande évaporation. La troupe employait ces moyens pour se préserver du frord , et conserver la souplesse et la flexibilité de la peau et des membres, lorsqu’elle se mettait en campagne dans les saisons rigoureuses. On lit, dans Xénophon, qu’il lit frotter d'huile et de graisse ses soldats lors de leur retraite , durant laquelle ils furent engourdis par le froid. Tite-Live rapporte qu’Annibal usa de ce même moyen dans une circonstance où ses soldats , après s’êlre mis dans l’eau pour poursuivre l’ennemi, et après a voir essuyé une pluie considérable durant la nuit suivante, avaient le corps raide et presque immobile , au point de ne pouvoir manier leurs armes. Ce général fit allumer des feux devant les tentes, et distribuer à son armée de l’huile pour faire des onctions sur les membres ; ce qui lui réussit. — Les peuples les moins industrieux des contrées septentrionales de l’Europe et de l'Amérique s’oignent d’huile le visage , les maius et les pieds , afin de se garantir non-seuleuient de la piqûre des insectes, qui sont en trèsgrand nombre dans ces pays, mais encore pour être moins sensibles nu froid; ils peuvent, quand ils ont pris cette pré caution, marcher Irès-long-temps dans lesneiges sans en être incommodés. On pourrait utilementseservirdecemême moyen dans les armées françaises , lorsqu’elles sont forcées de s’exposer au grand froid, ayant attenlion , pour entretenir la propreté, de se laver ensuite, quand le moment de la nécessité serait passé, avec de l’eau chaude, ou, cc qui vaudrait mieux encore , avec de l’eau dans laquelle on aurait fait dissoudre un peu de savon.

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Ce moyen n’est pus à négliger : l’expérience îles anciens en garantit le succès , et l’on n’a pas à craindre la suppression de la transpiration , qu’ils semblaient redouter, puisqu’ils pratiquaient les frictions avec les huiles avant le bain pour empêcher une trop grande dissipation d’humeurs que le bain attire au dehors ; car l’observation prouve, au contraire, qu’elles excitent la transpiration ; et je pense avec Mcrcurialis que ce n’était que dans l’unique vue de donner de la souplesse et delà légèreté aux membres, et non pour empêcher de trop grandes déperditions , que les athlètes se frictionnaient avec des huiles et des pommades avant le combat (I).

§ III. Bain r. — On distingue quatre sortes de bains , par rapport à leur température: les bains chauds, les bains tièdes, les bains frais et les bains froids. Le bain très-chaud est celui dont la température élevée occasionne h ceux qui y sont plongés un sentiment de chaleur considérable. Il détermine une transpiration ou .plutôt des sueurs abondantes , surtout au front ; il fait éprouver de l’agitation , du malaise , des anxiétés , des vertiges, et dirige impétueusement le sang vers le cerveau ; la face sc colore vivement , les yeux deviennent rouges et étincelants ; les artères carotides et temporales battent fortement; en un mot, ce bain détermine l’action et le sang vers la tête, et quelquefois produit l’apoplexie et la mort : aussi les médecins en ontils presque entièrement abandonné l’usage.Le bain tièdeest celui qui faitéprouver une chaleur douce , tempérée, non incommode, ou plutôt dans lequel on n est point aflecté d’une grande chaleur ni de la sensation du froid. Le bain frais est celui qni est à peu près au degré de la température de l’atmosphère durant 1 été. Lutin , le bain iroid est au degré de la congélation , ou au-dessous.

Les bains nettoient la peau des immondices qu’y laissent la transpiration et la sueur , les lotions produisent un

(1; Les expériences de MM. Berger et de Laroche ont en effet prouvé que les onctions huileuses n’avaient point la propriété de modérer ou d’empêcher l'écoulement de la sueur. On emploierait avec plus d avantage dans celle vue les lotions savonneuses, qui crispent et resserrent un peu les orilices des extrémités exhalantes. (I. B.)

semblable effet : les uns et les autres favorisent ces excrétions.

Le bain tiède relâche les solides , attire l’action au dehors, et rend les humeurs plus fluides, car l’eau est absorbée par les vaisseaux inhalants , et se mêle au sang et aux humeurs qu elle délaie. Ce n’est, comme le disait Galien , qu’en admettant la ipénélration de l’eau du bain qu’on peut concevoir la promptitude avec laquelle il délasse, fortifie et apaise la soif des personnes accablées de fatigue , et dont les parties intérieures de la bouche, l’œsophage et l’cstomac , sont dans un tel état de dessèchement qu’elles ne peuvent ni parler ni avaler. Au reste, l’absorption de l’eau est prouvée par une multitude d’expériences décisives ; il est peu de personnes qui ignorent que l’eau dans laquelle on est resté plongé pendant quelque temps se trouve ordinairement diminuée d’une quantité notable, tandis que le poids du corps a sensiblement augmenté (1). Le bain tiède est utile dans tous les cas où la fibre est raide et tendue, mais surtout dans ceux où l’action est fixée et concentrée dans l’épigastre. Il est, en conséquence, avantageux aux personnes qui ont la libre grêle, sèche et vibratile; aux vieillards , aux mélancoliques, aux hypochondriaques , de même que dans les fatigues excessives du corps et de l’esprit, et dans les fortes passions.

Il est des précautions à prendre lorsqu’on fait usage du bain tiède. d° Il ne convient pas de le prendre immédiatement après le repas ; et, comme l’a fort bien dit Juvénal, qui connaissait les dangers qui en sont la suite,

Psena lamen præsrns, cum tu deponis nnlîctua Turgidus, et crudum pavoncm lu haïtien purtai :

Xiiuc subit» mortes, ulejuc infestata teneelus.

2° Il ne doit avoir que le degré de chaleur nécessaire pour que l’on n’y éprouve pas le sentiment du froid ; 3° il est nuisible lorsque les premières voies sont farcies de saburres , de même que quand on a quelque viscère faible ; 4° on doit,s’en abstenir dans les cas de faiblesse et d’épuisement ; 5° enfin il pourrait être dangereux, comme l’obsene Hippocrate, dans l’hémorrhagie nasale , a moins qu’elle ne soit peu considérable.

(1) On évalue la quantité d’eau absorbée clans le bain à quarante-huit onces par heure. (I. B.)

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Il serait nuisible de prendre le bain immédiatement après le repas, parce que, les forces se dirigeant vers l'cstoinac pour le travail de la digestion, et le bain les détournant vers l’organe extérieur, la digestion en serait nécessairement troublée. Il est néanmoins un cas où il est utile de se baigner peu de temps après avoir pris des aliments, c’est lorsque les organes de la digestion sont dans un état de spasme violent. Le bain, dans cette circonstance, porte sur la peau une impression de détente et de relâchement qui rayonne sur les organes digestifs et en détruit le spasme. Tissot a vu des personnes très-nerveuses qui ne pou vaient bien digérer que dans le bain. On conçoit, d’après cela , pourquoi Hippocrate en recommandait l’usage lorsque les intestins étaient irrités par un purgatif violent :Posl veralrum epotum lavare oportet. Galien observe que le bain pris après le repas peut être avantageux aux personnes extrêmement bilieuses, car une bile abondante et trèscxcitée peut, en stimulant vivement les organes digestifs , convertir leur action ch spasme : Hoc à cibo quoque balneum juvat. Mais il veut qu’on s’en abstienne quand il détermine à la région du foie un sentiment de pesanteur , de tension ou de douleur , parce qu’il en pourrait résulter des obstructions ou une inflammation dans ce viscère.

Les bains froids et frais ont la propriété de faire refluer l’action et les humeurs du dehors au dedans, et, lorsque le corps est susceptible d’un degré convenable de réaction , de favoriser et de rétablir la libre circulation des forces du dehors au dedans et du dedans au dehors; ils sont très-efficaces pour diminuer la mobilité et l’excessive sensibilité de l’organisme ; ils augmentent l’énergie des solides, et par conséquent la vigueur des contractions musculaires. — La meilleure manière de prendre le bain froid consiste à plonger tout le corps dans l’eau froide , durant l’espace d’une , deux à trois minutes durant les premiers jours; puis on prolonge par degrés l’immersion les jours suivants, jusqu’à un demi-quart d’heure, et au plus un quart d’heure entier. L’usage de ce bain peut prévenir, dans l’enfance, les maladies dépendantes de la constitution pituiteuse portée à l’extrême, comme les écrouelles , le rachitis. 11 convient parfaitement aussi aux personnes qui ont le système nerveux très-mobile ; et l’on eu

a obtenu souvent les succès les plus heureux dans les affections nerveuses dépendantes de cette cause. J’ai vu une femme entièrement guérie par l’usage des bains froids soutenu pendant quatre mois, d’une irritabilité si grande, que le moindre bruit imprévu ou une surprise la jetait dans des convulsions affreuses, ou la faisait tomber évanouie. — Les peuples du Nord sont, de temps immémorial , dans l’usage d’habituer les enfants au bain froid dès le moment de leur naissance. Les Spartiates les baignaient dans l’Eurotas , les Germains dans le Rhin ; les Scythes et les Bretons observaient cet usage ; les habitants du Latium, au rapport deVirgile, long-temps avant la fondation de Rome, plongeaient leurs enfants nouveaux-nés dans les fleuves et les glaces :

Durum a stlrpe gonui. Natos ad flumina primum Defcrimus, særoque gelu duramus et undis.

Ækeid. , lib. ix, vers Go3,

Les Lapons, les Péruviens, des nations entières des Indes, et notamment les habitants de Terre-Ferme , les ont, dans tous les temps, baignés dans l’eau froide. Guillaume Penn trouva cette même coutume établie dans l’Amérique septentrionale lors de son arrivée dans ce pays. C’est sans doute le préjugé général sur l’usage des bains froids qui a donné lieu aux poètes de feindre qu’Achille était invulnérable, parce qu’à sa naissance il avait été plongé dans les eaux du Styx. C’est d’après ces exemples qu’on s’est cru fondé à conseiller de baigner généralement tous les enfants dans l’eau froide pour les rendre forts et robustes. Galien rejette ce moyen comme préjudiciable dans le premier âge : il ne le recommande que lorsque l’accroissement est déjà très-avancé (1) , mais il suppose l’enfant bien constitué, parce qu’il faut, dit-il, consers-er sans changement son état qui est conforme aux vues delà nature. Mais, quand les enfants ont les chairs extrêmement molles , et que l’on a à craindre le développement des affections que produit la prédominance

(I) Si qui Ion corpus quond nuqrsr.it optimum , frigida lavandnm non est, tic rjus incrément um tnorctur. Uhi vero jamabunde est auclnm, tum frigidœ quoque nssiicfa- ■ ciendum, ut quœ et illud roborrt , et autrm. durum atquc dctisum cfficiat. (Lib. de Sa-nilatc luenda.)

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lymphatique, il conseille dans ce cas l’usage des bains froids comme très-avantageux et propre à prévenir ces sortes de maladies. — Les bains froids conviennent mieux aux habitants du Nord qu’à ceux des pays chauds; et Jes bains tièdes sont bien plus utiles à ces derniers qu’aux autres , parce que les maladies auxquelles on est exposé dans les climats brûlés par l’ardeur du soleil, dépendent plus généralement de causes internes ; et d'ailleurs les crises se font le plus ordinairement par l’organe extérieur, qui , pour se prêter à l’exécution , a besoin d’être habituellement dans l’état de rareté et de mollesse, C’est le contraire dans les pays du Nord : les maladies qui y régnent sont communément décidées par des agents externes; et, pour que le corps soit en état de réagir avec avantage , il est nécessaire que l’organe extérieur présente à leur action une force de résistance qui sera d’autant plus grande que son tissu sera plus ferme et plus dense. C’était le sentiment de Galien , auquel ajoute un grand poids le penchant qu’ont pour les bains froids les peuples septentrionaux, et pour les bains tièdes les habitants des pays chauds ; car la nature a suggéré à l’homme, ainsi qu'aux animaux, le désir des choses nécessaires à leur conservation, çt de l’aversion pour celles qui sont nuisibles. La médecine , comme toutes les autres sciences , n’est que le résultat des réflexions sur les connaissances que fait acquérir l'instinct.

C’est toujours celui-ci qui découvre ; la réflexion et le raisonnement viennent ensuite, et le méthodiste ne fait que distribuer les résultats dans l’ordre qu’il croit le plus convenable pour que l’esprit puisse les saisir et les retenir aiséi ment.

Quant aux bains frais, il est plus salui taire de les prendre dans un fleuve, une i rivière, une eau courante, dont les flots et les ondes font éprouver au corps des frottements utiles , et entraînent toutes les immondices de la peau, que dans une baignoire ou une eau immobile. 11 est plus avantageux encore de s’exercer à la natation , qui augmente les bons effets du bain. — Les bains froids et frais exigent les memes précautions que les bains tièdes. On doit s’en abstenir toutes les fois que l’action et la chaleur du corps sont augmentées, de même que quand il y a faiblesse extrême d'épuisement, et lorsque les forces sont concentrées dans l’épigastre. 11 ne faut pas entrer dans

ces bains lorsque l’on est très-échauffé et suant : il est nécessaire , dans ce^cas, d’attendre que le corps soit rafraîchi ; autrement on court les risques de contracter des maladiesgraves, occasionnées par le refoulement subit des mouvements et des humeurs. Ces bains sont , par la même raison , nuisibles dans les éruptions, comme la gale, les dartres , les taches à la peau, etc.

Les lotions opèrent en partie les effets des bains : elles nettoient et décrassent la peau ; elles favorisent par conséquent la transpiration , et fortifient le système lorsqu’on les fait à froid, ou relâchent et ramollissent quand on se sert d’eau tiède. On ne saurait trop les conseiller, car elles réunissent une foule d’avantages : aussi quelques législateurs , comme Moïse et Mahomet, qui en avaient reconnu la nécessité dans des pays où l’on transpire et sue presque continuellement, en ont-ils fait un objet essentiel de leur culte , en prescrivant , comme des actes indispensables de religion , les ablutions et les purifications. — Les bains et les lotions conviennent dans tous les âges et dans tous les pays, ne fût-ce que pour entretenir la propreté, si utile à la santé en ce qu’elle déterge la peau et lui conserve son activité et sa souplesse.—La peau est un des principaux organes excrétoires. C’est par son moyen que la nature rejette hors du corps une grande quantité d’humeurs excrémentitielles sous la forme de vapeurs ou de sueurs , et qui , retenues par le défaut d’activité ou par l’obstruction de la peau , donnent lieu à des maladies fébriles graves, ou à des affections cutanées , comme la gale , les dartres , etc. C’est surtout de la malpropreté que dépendent ordinairement ces dernières , ainsi que les différentes vermines qui infectent les hommes. — Outre cela , la peau est le siège du sens le plus universel, le toucher, celui qui établit le plus grand nombre de rapports entre l’homme et ce qui l’environne. Elle est, ainsique je l’ai dit plus haut , un des plus puissants antagonistes de l’épigastre ; elle est aussi le principal organe par lequel se font les crises dans les maladies ; je ne doute pas que, si l hypochondrie, la mélancolie , les embarras du système abdominal et les fièvres gastriques sont si communs de nos jours , ce ne soit parce que nous avons négligé les moyens qu’employaient ics anciens pour lui conserver sa force tonique et sa flexibilité.

Cc3 moyens consistaient principalement dans les bains, les lotions, les frictions et les onctions. On voit, d’après ce que je viens de dire, combien il est important d’avoir soin de la peau, dès la plus tendre enfance, si l’on veut entretenir la santé, et combien de maux entraîne nécessairement la négligence de ce précepte. Il convient donc de changer fréquemment de linge et de draps Üe lit, de se laver tous les jours avec de l’eau, de faire des frictions sur la peau , et de prendre des bains de temps a autre. Ce n’est pas seulement dans le linge et les habits que doit régner la propreté, mais encore dans les appartements ; et l’on doit fuir comme la pesle les personnes et les maisons malpropres; elles sont en effet de vrais foyers de contagion (l).

Quelques médecins ont proposé de remplacer leslingesde toile par îles étoffes de laine, dans la persuasion que l’usage de ces dernières , portées sur la peau , serait plus salutaire. Comme cet objet est d'un intérêt général, je présenterai les réflexions suivantes., à l’aide desquelles on pourra aisément décider la question. — 1° La laine portée sur la peau l’irrite et l’excite davantage que la toile. Il en résulte qu’elle en aiguise la sensibilité, qu’elle y attire habituellement une plus grande somme de forces et une plus grande quantité d’humeurs, et qu’ainsi elle augmente considérablement la transpiration. — 2° La laine isole le calorique des corps sur lesquels elle est appliquée, et la toile le laisse passer librement. Il suit delà que la laine entretient plus de chaleur à la peau que les tôiles ; elle absorbe la sueur tandis que la toile l’abandonne et la laisse évaporer sur la peau. Ainsi , quand on transpire beaucoup, on n’est pas mouillé avec la laine , et on l’est avec la toile. Mais un inconvénient attaché à la laine, c’est que les vapeurs abondantes dont elle s’imbibe, exaltées par la chaleur, se

(1) Tout ce quo dit ici l’auteur est d’une vérité incontestable; le peu d’usage des bains chez les modernes , et spécialement dans la basse classe, qui manque de linge, est la cause éloignée d’un grand nombre de maladies : aussi doit-on regarder l’établissement des bains publics, où le peuple pourrait sc baigner à trèspeu de frais, comme une des plus utiles institutions que réclament les grandes cités. (I. B.)

corrompent, s’altèrent rapidement, et portent à la peau leur impression vicieuse. On a observé que les maladies cutanées étaient bien moins fréquentes et moins communes depuis qu’on avait substitué à la laine les chemises et Jes bas de toile. — 3° Enfin la laine attire et retient, plus fortement que la toile, l’humidité et les miasmes morbifères. — On voit, d’après cela, que l’usage de la laine appliquée à la peau n’est pas aussi salutaire que celui de la toile. Cette dernière mérite en général la préférence , surtout dans la jeunesse , parce qu’à cet âge on a moins besoin d’augmenter la chaleur et la transpiration, de même que le sentiment et l'activité de la peau. 1 f est néanmoins des cas où la laine est préférable; mais alors il faut en changer fréquemment et la faire laver beaucoup plus souvent que quand on sesertdela toile. — La laine est utile à ceux qui ont passé l’àge de quarante ans , parce qu’à cette époque de la vie la force concentrique l’emporte sur celle excentrique , et que l’action de la peau et la transpiration ont déjà diminué notablement. Elle est avantageuse aux personnes pituiteuses . cachectiques, à celles qui ont la fibre lâche et molle, et qui n’ont pas beaucoup de chaleur et de forces. On doit la conseiller à ceux qui mènent une vie sédentaire, et surtout aux hommes de cabinet :

la transpiration ne s’exerce qu’avec peine chez eux , et la peau a besoin d’un stimulant pour entretenir la libre circulation des forces. Elle produit de bons effets chez les personnes sujettes aux rhumes , aux fluxions catarrhales, aux douleurs rhumatismales, à l'asthme, aux hypochomlriaques, chez les femmes hystériques, les infirmes, les convalescents ; en un mot , chez tous ceux qui sont trèssensibles aux variations de l’atmosphère; elle convient aux habitants des pays oii l'on en éprouve fréqucmmentde brusques, aux voyageurs , ainsi qu’à ceux qui , par leur genre de vie, sont exposésà des chnngcments subits. L’usage de la laine portéesur ia peau convient également à ceux qui ont le ventre relâché : cutis deusitas , verttris rnritns, et l’on a vu quelquefois des diarrhées invétérées guéries par cet unique moyen. — L’usage de la laine est nuisible aux personnes sanguines et bilieuses, à celles qui sont maigres et effilées, à celles qui transpirent beaucoup naturellement, chez lesquelles les forcesvilalcs sont très-énergiques, et à celles qui sont affectées de maladies cutanées

HYGIENE

et de vermine, on qui ont îles disposé

lions à en avoir.

$ IV. Cosmétiques. — Les cosmétiques tiennent de près à ce sujet, vu qu’ils portent leur impression sur la peau; c’est pourquoi j’en parlerai sommairement avant que de terminer celte classe. Le désir de plaire, si naturel au sexe féminin, a fait rechercher, dans tous les temps et dans tous les pays du monde , les moyens de rehausser 1 éclat de la beauté , d’en perpétuer la durée , ou d’en rétablir les brèches. L’antimoine est le plus ancien fard dont on ait fait usage. Les femmes, dans l’Orient, se frottaient autrefois le contour de l’œil avec le fard d’antimoine. Aujourd’hui les femmes syriennes, babyloniennes et arabes mettent ce procédé en usage , dans la même vue d’avoir les yeux noirs , grands et feudus : les femmes barbarcsques se teignent les poils des paupières et les yeux avec le molybdène pulvérisé. Les Grecques et les Romaines empruntèrent des Asiatiques celte mode ; mais pour étendre l’empire de la beauté, et rétablir les couleurs flétries, elles imaginèrent deux nouveaux fards qui ont passé jusqu’à nous, le blanc et le rouge. — La plupart des nations de l’Asie et de l’Afrique sont encore , ainsi que je l’ai dit dans l’histoire naturelle de l'homme, dans l’usage de se peindre de différentes couleurs diverses parties du corps , d’après les idées quelles se sont formées de la beauté.

Avant que les Moscovites eussent été policés par le czar Pie. ire Ier, les femmes russes faisaient -déjà usage du rouge, s’arrachaient les sourcils , se les peignaient, ou s’en formaient d’artificiels.

Enfin, le blanc et le rouge ont fait fortune en Europe , et surtout en France.

Cette mode y fut apportée par les Italiens qui vinrent à la cour de Catherine de Médicis; mais ce n’est que sur la fin du dix-septième siècle que le rouge , le crépon de Strasbourg et le nakarat de Portugal, ont pris faveur, et que leur usage est devenu général chez les femmes nobles, les petits-maîtres, les comédiennes et les prostituées. — Les cosmétiques, dont jjes oxides métalliques, comme ceux de plomb, de mercure, de bismuth, le talc, l’alun , etc. , forment la base, sont non-seulement incapables de réparer les injures du temps et d’effacer les rides de la vieillesse, mais encore ils produisent un effet tout contraire : sous les couches du fard , les

traits sc déforment , la peau se fane , et le teint se flétrit. Combien de femmes qui, pour mieux réussir a plaire, perdent, à force d’art, jusqu’à 1 avantage de paraître jeunes! Les grâces fugitives do la jeunesse ne s’envolent-elles pas déjà trop promptement! Une élégante propreté sans prétention, et une noble simplicité sans étude, peuvent seules rendre la beauté plus séduisante, ou tempérer la laideur et en affaiblir les traits. On ne saurait trop répéter au sexe ce qu’a dit, avec autant d’esprit que de vérité, Jaucour : « Des grâces simples et naturelles, j> le rouge de la pudeur , l’enjouement et )) )a douceur, voilà le fard le plus sédui- » sant de la jeunesse; quant à la vieilli lesse , il n’est aucun fard qui puisse » l’embellir, si ce n’est l’esprit et les » connaissances. » • — Les vrais cosmétiques sont les lotions aqueuses pour la propreté , et les onctions que l’on peut employer pour décrasser et adoucir la peau, comme les substances émulsives, l’huile récente , le blanc de baleine , le beurre, celui de cacao, le savon, la pâte d’amandes, et autres de ce genre : aucun oxide métallique ne doit être appliqué à la peau : outre qu’ils la dessèchent et qu'ils ternissent l’éclat du teint, ils donnent lieu à une multitude innombrable d’accidents. L’expérience a prouvé que leur usage affectait les yeux , et faisait naître des boutons au visage ; ils causent des fluxions , des maux de tète et de dents ; ils en détruisent l’émail ; ils échauffent la bouche et la gorge, infectent et corrompent la salive; enfin, pénétrant peu à peu dans la substance des poumons, ils l’irritent, et produisent des maladies de poitrine très-graves, et d’autant plus difficiles à guérir qu’on en soupçonne rarement la véritable cause. — U n’est pas moins dangereux d’appliquer des oxides ou des dissolutions métalliques sur les cheveux, dans le dessein de les teindre. Ces substances actives, pour peu qu’on en prolonge l’usage , ne tardent pas à porter leur action sur le cerveau , dont clics troublent les fonctions. On a vu plusieurs fois la frénésie survenir à la suite des lotions faites sur les cheveux avec la dissolution d’argent dans l’acide nitrique très-affaibli avec de l'eau. J’ai vu moi-même une attaque d’apoplexie, qui faillil(6lre mortclPf, survenir à un homme^lc soixante ans qui, voulant dérober son âge aux yeux des belles auxquelles il cherchait encore à plaire , avait essayé de noircir ses clic-

hygiène.

veux blancs avec une composition qui avait pour base l'acétate de plomb.

Il est très-salutaire de peigner souvent les cheveux , surtout lorsqu’on emploie fréquemment la pommade et la poudre; car ce mélange forme, avec la sueur et l’humeur perspirable , une colle qui, en interceptant la transpiration , occasionne des fluxions catarrhales, des maux d’yeux, de gorge, d’oreilles , etc., et fa-

vorise la production de la vermine. On dit que les matelots sont exempts de cette dernière , parce qu’ils portent des chemises bleues teintes avec l'indigo :

si cela était, il serait très-avantageux d’en faire porter aux soldats en campagne; ils y trouveraient un autre avantage de plus , celui de la diminution des frais qu’entraîne la fréquence des blanchissages.

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