‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 2)Chapitre 33 sur 58 · A UN ACIDE · texte numérisé non relu

A UN ACIDE

§ Ier. Des fruits (2). — Les botanistes donnent le nom An fruit à la substance

(1) Ces reproches sont principalemen relatifs aux œufs de barbeau, de broche et de brème.

(2) Quoique les fruits et autres aliments mucilagineux soient des productions végétales, nous avons cru devoir à l’exemple du professeur llallé, les séparer des aliments végétaux où prédo-

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reproductive de l’arbre ou de la plante : ainsi le gland est le fruit du chêne , la poire celui du poirier, etc. Le nom de fruit s’étend également aux graines de toutes les espèces, soit nues , soit renfermées dans une enveloppe quelconque.

Mais on ne considère dans l’hygiène que les fruits dont se nourrit l’homme. — On peut, en général, diviser les fruits, par rapporta leur saveur: 1° en fruits acides; 2° en fruits doux ; 3° en fruits astringents ou acerbes.

A. Des fruits acides.

Les fruits, surtout ceux d’été , appelés par les Latins fructuS horœi, sont en général rafraîchissants ; ils apaisent la soif, et excitent, en vertu d’un léger stimulus, la sécrétion de la salive et du suc gastrique ; ils jouissent aussi, mais non dans un degré cminent, de la vertu antizimique : c’est pourquoi ils sont trèsutiles dans les maladies inflammatoireset bilieuses. — Les fruits possèdent aussi à un haut degré la qualité sédative, car ils diminuent d’une manière très-sensible l’action du système sanguin : ils produisent cet efl'et dès qu’ils sont reçus dans l’estomac. Il paraît que c’est à leur vertu sédative qu'ils doivent la propriété de diminuer la chaleur animale. — Les vertus sédative et rafraîchissante des fruits les rendent très-utiles dans les maladies où l’action des vaisseaux est très-augmentée, ainsi que dans les affections nerveuses qui dépendent d’un excès de force et de ton. Van-Swieten cite l'observation d'un maniaque qui fut entièrement guéri après avoir mangé une grande quantité de cerises. On trouve dans les écrits des médecins plusieurs guérisons de ce genre opérées par l’usage des fruits. Néanmoins l’excès peut en être très-préjudiciable à la santé , surtout lorsqu’ils sont récents : ils produisent la dyspepsie, la diarrhée et plusieurs autres affections analogues. L’expérience prouve aussi qu’ils peuvent déterminer le retour des lièvres intermittentes et des dysenteries : leur puissance débilitante favorise singulièrement l’action morbifère du miasme des marais, qui est le principe de ces maladies, et dispose éminemment le système à les contracter. — Les fruits

mine la fécule, parce qu'ils en diffèrent beaucoup sous le rapport do leur faculté nutritive. (F. B.)

contiennent une certaine quantité de matière sucrée qui les rend nourrissants.

Ils fermentent dans l'estomac et y laissent dégager beaucoup d'air; ils sont diurétiques à raison de l’acide et de l’eau qu’ils contiennent. Leur usage est indiqué en été par la nature même; et c’tst sans raison que quelques médecins des siècles précédents les regardaient comme pernicieux, et leur attribuaient des maladies qu’ils guérissent au contraireou préviennent. L’auteur de la nature les a fait croître abondamment dans les pays chauds et dans les saisons chaudes, parce qu’ils étaient absolument «tries à l'homme : de là vient qu’une sorte d’instinct les lui fait rechercher de préférence aux autres aliinenls, dans ces pays et dans ces saisons, principalement lorsqu’il est attaqué de quelque affection bilieuse (l). Il convient néanmoins de n’en pas abuser, ainsi que je l’ai déjà dit, surtout dans la convalescence des fièvres d’accès et des dysenteries, et dans les pays où ces maladies sont endémiques. — Les fruits qui n’ont pas le degré de maturité convenable sont malsains et doivent être rejetés de l’usage. Leur tissu compacte les rend moins solubles; ce qui fait que, séjournant trop dans l'estomac, ils contractent une acidité nuisible, qui, lorsqu’elle n'est pas contenue dans de justes bornes, occasionne pour l’ordinaire du troubleet du désordre dans toute la machine. Les fruits, même parvenus à leur dernier point de maturité, et dont on use immodérément, donnent lieu à de semblables effets, en contractant celle même acidité artificielle, surtout ceux qui, dans l’état de maturité, contiennent beaucoup d'acide. — On met dans la classe des fruits acides, les baies d’épine-vinette, les cerises aigres , les citrons , les pommes et les groseilles rouges.

1. L ’ e’pine-vinetlc, vinelier ( berberis ; berberis vuigaris, Lins. ), est un arbrisseau épineux qui croît dans toute l’Europe et en Amérique. Les étamines de scs Ileurs donnent des signes d'irritabilité quand on les touche. Ses baies mù-

(1) « Creator eos ( fmetus ) jussit abundare co teinpore, dum molcslo colore æstuant sub æslivo sole bomines, et disponitur sadguis ad atrabiliariam , nec non inflammaloriam cacochimiam ; durant in autunmum usque, ut illorum Usa suivi possit , et blanda vi alvum taxante expelll meldticholica saburra «statis tempo re collecta. » Vax-Swietki*.

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rissent en automne : elles contiennent »le l’acide citrique, et ont un goût exquis lorsqu’elles ont éprouvé la gelée. On fait un très-grand usage de ce fruit en Egypte, où cet arbrisseau est très multiplié, surtout dans les fièvres ardentes et pestilentielles. Prospcr Alpin rapporte qu’ayant été lui-même attaqué d une fièvre pestilentielle, avec diarrhée considérable, il n’avait du son rétablissement qu’aux baies de l’épine-vinette. Simon Pauli en a obtenu le même succès, et fut guéri dans un cas semblable à celui d’ Alpin. On fait avec ce fruit du sirop, de la gelée, et des confitures qui offrent une boisson et une nourriture aussi agréables qu’utiles dans tous les cas où la diète rafraîchissante est nécessaire.

II. Les citrons ( cilrcum malum;citrus medica, L. ), fruits à pépins d’un petit arbre toujours vert, qui a été apporté d'abord de l’Assyrie et de la Médie en Grèce, et de là dans les pays méridionaux de l’Europe : c’est pourquoi ses fruits sont appelés eu latin mala medica, niala assyria. On 11e mangeait point encore de citrons du temps de P line; l’usage en commença du temps de Galien et d’Apicius. Il contient une grande quantité d’acide citrique , et il jouit des mêmes vertus que les fruits précédents.

III. Les pommes ( poma , ma/a; pyrus malus , L. j, fruit à pépins d’un arbre qui est propre aux pays tempérés. Il est rare dans le milieu de l’Italie et des départements méridionaux de France , à cause de la chaleur du climat. Les pommes sont très-nourrissantes, et contiennent beaucoup d’acide malique et d’acide carbonique. Ce dernier rend ces fruits très flatulents. Les pommes sauvages sont très-aigres ; on 11e s’en sert guère que pour faire du cidre, dont la qualité est supérieure à celui qu’on obtient des fruits du pommier cultivé Le cidre est la boisson ordinaire dans la cidevant Normandie et dans plusieurs provinces d’Angleterre. L’usage immodéré des pommes 11’est pas sans danger : il donne quelquefois lieu à des maladies graves, et surtout à des coliques plus ou moins graves; la colique végétale en est souvent l’effet. Celle qui régna épidémiquement dans le Dévonshire, en I72C et qui a été décrite par Huxham, était due à l’usage excessif qu’avait fait le peuple du cidre ainsi que des pommes,

qui avaient été très-abondantes. Ce sont

sans doute de semblables accidents , occasionnés par les pommes, qui ont fait dire à Horace que les années fertiles en pommes étaient mauvaises : PomiJ'cro grave tempus anno fl).

IV. Les groseilles ( ribesia ), fruits d'un arbuste dont on cultive deux espèces dans les jardins : la première est originaire des bois ( ribes rubrum, Linn. ) ; elle a deux variétés, l’une à baies rouges, l’autre à baies blanches, en grappes : la seconde est le cassis ou groseille noire, qui est bien moins aigre, et qui a une odeur nauséabonde ( ribes nigrum, L. ). Elle est originaire des bois humides. On en fait un ratafia, en y ajoutant une poignée de ses feuilles; il passe pour être stomachique et bon contre les indigestions : il est permis de douter de ces vertus. Les groseilles rouges sont les plus rafraîchissantes ; elles contiennent à peu près autant d'acide citrique que l’acide malique; elles ont plus d’arome que les blanches, et le perdent quand elles ont atteint leur point de maturité parfaite. On mange les groseilles blanches et rouges encore attachées à leurs grappes et sans aucune préparation , ou bien on les en sépare, et on les mêle avec le sucre. Les enfants et surtout les jeunes filles qui sont affectées des pâles couleurs, les femmes enceintes et les fébricitants , les recherchent avec avidité, à cause de leur saveur acide, vineuse et agréable. On en fait avec le sucre des confitures qui fournissent un aliment léger et rafraîchissant, qui convient surtout dans les convalescences des maladies aiguës. On fait, avec le suc de ces fruits, un sirop qui ne diffère guère de celui de limons, et que son goût agréable a fait passer de la pharmacie à la boutique du limonadier.

On peut faire du vin avec toutes les espèces de groseilles.

B. Des fruits doux.

Les fruits doux contiennent plus de sucré que d’acide : ils sont non-seulement très-agréables au goût, mais encore très-nourrissants et d’une digestion aisée, car ils sont très-solubles dans le suc gastrique. Cette classe comprend l’ananas, les abricots, les oranges, les cerises douces, les melons, les melons d’eau, les concombres, la courge, les dattes, les fi-

(1) Od. 23, lib. III.

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gués, les fraises, les framboises, les fruits de grenade, les jujubes, les pommes douces, les mûres, les mûres du renard, les pêches, les prunes, les raisins et les groseilles à maquereau.

I. L 'ananas ( bromelia ananas, Linn.), plante originaire de l’Amérique méridionale. On la rencontre aussi dans l’ile de Madagascar. On le cultive dans les jardins d’Europe ; mais sa culture exige beaucoup de soins. Son fruit a une saveur exquise, et qui surpasse celle de tous les fruits connus. Il se digère trèsaisément, est très-nourrissant et provoque les urines. On en retire, par expression, un suc dont on fait une excellente liqueur, qui vaut presque le Malvoisie, et qui est enivrante. Ce fruit confit est propre à ressusciter les feux de l’amour. On le mange aussi cru ou par tranches, dans du vin et dans de l’eau-de-vie.

II. Les abricots ( ma/a armeniaca ; prunus armeniaca , Linn.), fruits à noyaux d’un arbre originaire d’Arménie, acclimaté dans les pays chauds et tempérés de l’Europe. Il en est de plusieurs espèces : on en distingue, entre autres, deux qui diffèrent, en ce que l’amande de l’une est douce, tandis que celle de l’autre est amère. La fleur hâtive de l’abricotier demande à être garantie, par des paillassons, de l’impression des froids tardifs qui la font tomber. Le fruit des abricotiers qui viennent en plein vent ont un goût et un parfum supérieurs à ceux d’espaliers, sans doute parce que les premiers profitent davantage des influences de l’atmosphère. Les abricots sont très-faciles à digérer et très-nourrissants , mais ils passent vite. Cullen les regarde comme les plus sains des fruits à noyau. Galien les préférait aux pèches. Ils font l’ornement des tables, soit crus, soit confils au sucre, ou préparés en marmelade, en compote, etc.

Le noyau entier ou concassé entre dans le ratafia de noyaux : on peut retirer de l’huile de son amande, et en faire de l’orgeat. Il découle des abricotiers une gomme qui peut remplacer la gomme arabique. L'extravasion de cette gomme est pour les abricotiers une maladie qui fait périr les branches.

III. Les oranges douces ( aurantia ; citrus auranlium, Linn.), fruits à pépins de l’oranger, petit arbre originaire de la Chine, naturalisé dans le midi de la France. L’oranger est un des plus beaux arbres, par la blancheur et l’odeur suave de ses fleurs très-recherchées des

abeilles, par ses feuilles d’un beau vert et dont il ne se dépouille pas, par ses fruits couleur d’or et par le spectacle agréable des boutons, des fleurs épanouies et des fruits qu’il réunit en même temps. Les oranges douces jouissent, dans un degré éminent, de la vertu sédative et rafraîchissante. Leur usage est très-utile dans les pays chauds et dans les saisons chaudes, pour prévenir les fièvres inflammatoires et les maladies bilieuses putrides. On distille les fleurs d’orange , et on en retire une huile volatile et une eau aromatique très-agréable, que l’on emploie dans les parfums et dans les assa isonnements. Son écorce donne aussi de l’huile volatile que le sucre rend miscible à l'eau. Le fruit se mange cru et confit. L’espèce d’orange la meilleure est celle dont la chair est rouge.

IV. Les melons d'eau, pastèques ( citrulli , anguriœ ; cucurbita citrullus , Linn.), plante cucurbitacée, annuelle, origiuaire de la Jamaïque. Quelques amateurs la cultivent en Europe. Ses fruils sont d’une grandeur énorme; on en voit en Egypte qui ont plus de trois pieds de long sur deux de large. Ils sont très-nourrissants et rafraîchissants, et font la principale nourriture du peuple dans ce pays, durant une partie de l’été. Ils sont très-diurétiques; mais, comme ils sont très froids et très-fermentescibles, on ne doit en user qu’avec prudence. On les confit au sucre : dans cet état, ils sont moins à redouter.

V. Les melons ( melones ; cucumis mélo, L.), plante cucurbitacée, rampante , annuelle, à fleurs mâles et femelles séparées sur le même pied , et originaire d’Afrique. 11 existe un grand nombre de variétés de melons. Les meilleurs sont les cantaloups , remarquables surtout par leurs grosses galles : on estime surtout ceux de grosseur moyenne et à chair rougeâtre. Les melons ont une odeur aromatique et suave; ils contiennent une certaine quantité de matière sucrée, et sous ce rapport ils sont nourrissants; mais ils passent aisément a la fermentation , et produisent dans les estomacs faibles les elïets qui résultent de l’acidité, la colique, les vents, la diarrhée, et quelquefois la dysenterie. 11 convient d’en user modérément , surtout lorsque l’estomac ne digère pas aisément. On peut prévenir les effets et aider la digestion du melon, en l’assaisonnant avec le sucre , ou du sel et du poivre , et en buvant un peu de bon vin par-dessus.

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Le melon diminue singulièrement la transpiration, d’après les expériences de Sanctorius ; mais il augmente ordinairement les urines , non-seulement en raison de la grande quantité d’eau qu’il contient, mais encore parce qu’il possède, comme diurétique, la faculté d’exciter le sentiment propre des organes urinaires, et par conséquent d’en augmenter l’action. Il jouit aussi de la vertu laxative dans un plus haut degré que la plupart des autres fruits ; et cette vertu est commune à tous les fruits de la classe des cucurbitacées. Le melon , encore vert et petit, se confit au vinaigre. On le mange cru quand il est mûr. Sa semence sert à faire des émulsions ; les anciens la mettaient au nombre des quatre semences froides majeures.

VI. Les dattes (daclyli), fruitsànoyau, qui contiennent une très-grande quantité de matière sucrée, et qui sont très-nourrissants. Leur qualité nutritive est démontrée par l’usage de plusieurs nations qui en font leur unique nourriture :

des familles entières dans l’Egypte , la Syrie, la Perse et la Turquie, ne vivent que de dattes. Elles sont légèrement astringentes: c’est pourquoi Hippocrate les recommandait dans la diarrhée (1).

VU. Les figues ( ficus ; ficus carica , L.), fruit du figuier, arbrisseau d’Asie, très-cultivé dans le midi de la France , dansl’Europeméridionale et occidentale, et qui ne supporte pas les froids rigoureux. Les espèces principales sont la blanche, la longue, la ronde, l’angélique et la violette. — Les figues sont en général très-adoucissantes et nourrissantes : elles contiennent beaucoup de sucre et de mucilage. Hippocrate les recommandait , à raison de leur qualité adoucissante et légèrement laxative, dans la constipation et les affections de poitrine et des reins. Les figues se mangent fraîches ou sèches; on en retire de l’eau-de-vie par la fermentation. Les jujubes et les sébestes diffèrent peu des figues quant

(I) Il en est des dattes comme du riz, de la gomme, etc., qu’on a regardés comme astringents, parce qu’ils modèrent la diarrhée; ces médicaments ne sont doués que d une propriété adoucissante, duc au mucilage qu’ils renferment. Ils agissent en calmant l’irritation , non en fortifiant, excitant les membranes muqueuses, comme le font les astringents. (I. U.)

aux qualités alimentaires : seulement ces fruits sont moins nourrissants et moins agréables au goût.

VIII. Les fraises ( fraga;fragaria vesea , L. ) , fruits rouges ou blancs du fraisier , qui est une plante basse , traçante, des bois, et qu’on cultive dans les jardins, d’une saveur sucrée cl légèrement acidulé : elles portent leurs semences à la surface. Les fraises contiennent de l’acide citrique et de l’acide malique , à peu près en égale quantité ; elles sont tendres, très-solubles et nourrissantes. On rapporte que les habitants de l’Apennin les sèchent pour en faire usage en hiver. Celles qu’on cultive dans les jardins ont un goût plus exquis que celles des bois ; cependant ces dernières ont plus de parfum et sont plus salutaires. En laissant fermenter leur suc, elles donnent du vin dontj onj peut| retirer de l’alcool ; si la fermentation se prolonge trop , il s’aigrit et se corrompt. On fait avec le suc de fraises, le suc de limon et de l’eau, mêlés ensemble en quantité égale avec un peu de sucre , une boisson qui est fort agréable, et qu’on appelle bavaroise à la grecque. L'eau distillée de fraises est, dit-on. un excellent cosmétique , qui efface les rousseurs et les lentilles du visage: il est permis d’en douter. Au reste, elle est un moyen innocent dont les femmes peuvent user sans crainte; car, si elle ne produit pas l’effet qu’on en attend , au moins elle ne saurait faire de mal.

IX. Les framboises ( rubus ideeus , L. ), fruits du framboisier, qui ont beaucoup de parfum et une saveur très-agréable. Ils jouissent, à peu de choses près , de toutes les qualités desfraises.et donnent à la distillation uue eau chargée d’arome , dont la saveur est délicieuse. Ou fait, en Russie et dans la Livonie polonaise , avec les framboises , un hydromel exquis, et qui ressemble au vin de Portugal. On mange ces fruits crus , mêlé* avec des fraises et des groseilles ; on en fait des confitures , des gelées , des compotes , des conserves, des dragées, du sirop, du vinaigre : ils entrent dans la composition de plusieurs ratafias. On prépare avec les framboises, le sucre et l’eau, une boisson très-rafraîchissante, qui provoque les urines, et d’un goût très-agréable. Infusées dans le vin ou le vinaigre elles leur communiquent une odeur «t une saveur exquises. On ne peut les conserver quelques jours mûres sans être confites, parce qu elles moisissent promp-

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tement. En les faisant fermenter, elles fournissent du vin dont on peut retirer de l’alcool.

X. Les mûres ( riiori ) sont les fruits d’un arbre indigène de l’Europe méridionale, et qui s’est très-bien acclimaté en France. C’est cet arbre dont les feuilles servent de nourriture aux vers à soie. 11 y en a deux variétés principales , le mûrier blanc (morus alla, L.), et le mûrier noir (morus nigra, L.). On peut tirer de son écorce, qui est filamenteuse, le même parti que de l'ortie , pour faire de la toile et des cordes : on la détache du bois en le faisant rouir dans l'eau. On peut en faire aussi du papier. Ses fruits sont très-doux et très-sucrés ; ils n’ont rien d’astringent, ainsi que quelques médecins l’ont pensé; ils sont au contraire laxatifs.

XI. Les pêches ( persica mala ; amygdalus persica , L. ), fruits à noyaux du pêcher , arbre qu'on croit originaire de l’Asie et de l’Amérique. Il y en a un grand nombre de variétés. C’est sans fondement que quelques personnes , qui regardent comme infaillible l’autorité des anciens , leur attribuent des qualités nuisibles et malfaisantes ; les pêches fournissent une nourriture innocente, savoureuse, délicate, rafraîchissante et saine , quand on les mange mûres et en petite quantité. On les confit à l’eau-devie , au vinaigre, au sucre , et on en fait du vin.

XII. Les raisins ( uvæ vitis ), fruits à grappe de la vigne (vitis vinijera , L. ), qui est un arbrisseau sarmenteux , originaire d’Asie, où on le cultivait de temps immémorial , car l’usage du vin doit être aussi ancien que le monde , puisque, dans les temps les plus reculés et chez presque tous les peuples, une des parties principales du culte consistait à offrir à l’Etre suprême du pain et du vin. La vigne croît naturellement dans les bois de la Louisiane et du Canada, et s’y multiplie d’elle-même. — Il existe un grand nombre d’espèces et de variétés de raisins, qui diffèrent de forme, de grosseur, de couleur, de saveur, de précocité, et dont les uns sont préférables pour la table, et les autres pour le vin. On cultive la vigne dans les pays chauds et tempérés de l’Europe, et elle vient bien partout oh les étés nè sont pas courts et où les pluies ne sont pas fréquentes, comme entre le trentième et le cinquantc-unièmc degré de latitude nord : au-delà de CCS termes la culture eu est infructueuse.—*

Les raisins possèdent dans un haut degré toutes les qualités des fruits doux et sucrés ; ils contiennent beaucoup de sucre : c’est pourquoi ils sont très-nourrissants. On y rencontre aussi de l’acide citrique tout formé, en différentes proportions , selon le degré de maturité et l’espèce de raisin. C’est la grande quantité de sucre et la présence de l’acide taitareux contenus dans le raisin , qui donnent au vin qu’on retire de ce fruit délicieux la supériorité dont il jouit sur les autres vins.

Les raisinsrécents fermenlcntaisément, et il est prudent de n’en pas manger de grandes quantités lorsqu’on a l’estomac faible : d’ailleurs leurs pellicules se digèrent très-difficilement, et il estdes personnes qui, d’après le témoignage de Galien, deKercking et de plusieurs au très, ont gardé dans leur estomac des grains de raisins entiers pendant plus de trois mois. Les pépins sont astringents et le moût très-fermentescible : il est dangereux d’en boire par rapport à la fermentation qu’il contracte bientôt dans les premières voies, et qui occasionne quelquefois les plus grands troubles dansla machine. Mustum injlat et subducit ac conlurbat fervens in ventre , et ah’O secedit. (IIipp. , lib. II de Diœtâ. )

On mange les raisins frais, secs ou confits. On fait sécher principalement, comme les plus agréables au goût et les plus faciles à conserver, les raisins de Corinthe ( passu/ce minores ), dont les grains sont plus petits que ceux des groseilles rouges , et les raisin ? de Damas, dont les grains ressemblent à de petites prunes par leur grosseur : ils sont très-nourrissants, et ceux de Corinthe plus laxatifs.

XIII. Les prunes (prima) prunus domestica , L.), fruits à noyaux du prunier, arbre moyen, originaire de l’Europe méridionale , et dont il existe un grand nombre de.variélés , qui diffèrent par la forme , la couleur, la saveur, le volume et l’époque de leur maturité. On mange les prunes crues ; on en fait aussi des pruneaux : la pulpe est laxative. On en prépare et on en fait sécher de grandes quantités dans la ci-devant 1 ouraine.

Les principales sont : l° la prune de Monsieur , qui est très- belle et grosse, d’un jaune violet : elle est très-bonne , surtout dans les pays chauds comme dans les départemens méridionaux de France. 2°La prune de Sainte-Catherine, qui est grosse, blanche, bonne à manger et à faire des pruneaux. 3° Le damas

gris , ou prune abricotec, qui est grosse, ronde, blanche , un peu rouge , ce qui la (ait ressembler à un petit abricot , et d’un goût exquis. 4° La prune de Brugnole, qui est petite, d’un rouge clair , d’une chair un peu ferme, légèrement acide et vineuse ; elle est humectante et rafraîchissante. 5° La reine-claude, dont la peau est line , verte , la chair succulente et très-sucrée; elle est la meilleure de toutes les prunes. 6° Enfin, la mirabelle, qui est estimée particulièrement en confitures. — Les prunes ont en général beaucoup d'analogie avec les abricots, par rapport à leurs effets sur l’économie animale. Celles qui sont les plus aqueuses fermentent aisément dans l’estomac ; celles qui sont douces et qu’on a desséchées sont très-laxatives. En général , les pruneaux sont de tous les fruits seçs ceux qui conservent le plus la qualité laxative. La dessiccation dépouille les fruits d’une grande partie de leur eau et de l’air qui y étaient contenus ; elle concentre la matière sucrée , et les rend ainsi plus doux et plus nourrissants. Les prunes sont très-fermentescibles :

on en retirepar la distillation, lorsqu’elles ont fermenté, une liqueur forte qui approche de l’eau de cerises , et qu’on appelle •zwetschgen - xvasser. — Tous les fruits acides et doux jouissent plus ou moins de la vertu laxative , et sous ce rapport ils diminuent la transpiration.

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