‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 2)Chapitre 39 sur 58 · DU CAFE ET DU THE · texte numérisé non relu

DU CAFE ET DU THE

Le café’ ( coff ta ; coffea arabica, L.) est le fruit d’une espèce d'arbre , originaire de Moka, où il croît naturellement, ainsi que dans le reste de l’Arabie. On a cultivé le cafeyer, depuis, dans les îles de Bourbon , de Saint-Domingue, de la Martinique et de Cayenne. Son usage est très-ancien dans l’Arabie, l’Éthiopie et la Turquie. On croit qu’un Mollack nommé Chadcly lut le premier qui usa du café, dans la vue de se délivrer d’un assoupissement continuel qui ne lui permettait pas de vaquer convenablement à ses prières nocturnes. Ses derviches l’i-

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mitèrent, et leur exemple entraîna les gens de loi. On ne tarda pas à s’apercevoir, ditRuynal ( Histoire philosophique et politique, liv. 111), que cette boisson purifiait le sang par une douce agitation, dissipait les pesanteurs de l’estomac , égayait l’esprit; et ceux même qui n’avaient pas besoin de se tenir éveillés l’adoptèrent. Des bords de la mer Rouge il passa à Médine , à la Mecque , et , par les pèlerins, dans tous les pays mahométans. — On torréfiait beaucoup autrefois le café, et il contractait de la sorte un goût âcre et empyreumatique : on ne le brûle plus autant aujourd’hui , et on le fait aussi moins bouillir. On préfère , avec raison , le café fait par infusion à celui qui a cuit avec le marc: il est meilleur , plus fort et plus balsamique. La décoction fait évaporer les parties volatiles , auxquelles il doit ses principales qualités, et lui donne de l’amertume. Le marc du café, fait par ébullition, fournil enco-e une seconde boisson qui est âcre. On fait le café par infusion en versant par-dessus de l’eau bouillante , et en le filtrant ensuite ou le laissant reposer l’espace d'un quart d’heure. — Le café excite l’action de l’estomac et des nerfs, et porte son impression sur le système de la circulation , car il accélère le mouvement du sang et les sécrétions. Il éloigne le sommeil et favorise la dissolution des aliments dans le suc gastrique, et aide ainsi la digestion. Ses bons effets ne se bornent pas là; ils s’étendent à l’âme: en effet, il donne de la sérénité à l’esprit, et l’électrise; il excite les fondions animales, met en jeu les ressorts de la mémoire, échauffe l’imagination et fuit jaillir la pensée. 11 convient surtout aux hommes de lettres , aux personnes qui ont beaucoup d’embonpoint, à celles qui mènent une vie oisive et sédentaire, aux constitutions pituiteuses, aux personnes affectées de l’asthme humide , dans tous les cas de relâchement et d’atonie, ainsi que dans 1 ivresse, qu’il dissipe. Il est contraire aux jeunes gens, aux tempéraments sanguins, bilieux et atrabilaires , ainsi qu'aux personnes maigres et à celles dont la fibre est raide et irritable; aux femmes sujettes aux fausses couches, a celles qui ont des Heurs blanches , et aux hystériques. Il agace, irrite le genre nerveux et augmente sa mobilité; il est même des individus cher, lesquels le café produit le tremblement des membres; on en a vu que son usage immodéré avait rendus paralytiques, et d’autres auxquels

il a occasionné des érysipèles et des et- 1 floresçences de la peau. Quelques médecins pensent que c’cst en grande partie à l’usage du café, qui est général de nos jours, que sont dues la plupart des apoplexies et des affections soporeuses, qui sont plus fréquentes qu’autrefois. Quoi qu’il en soit, il est certain que son usage immodéré est pernicieux. Son huile amère et aromatique , en irritant vivement les fibres gastriques, détruit à la fin leur ton. Le lait ou la crème qu’on mêle à Yinfusum du café diminue un peu sa qualité irritante, mais ne la détruit pas.

Si on en croit un des grands médecins de ce siècle, le café à la crème et au lait est très-nuisible aux femmes; et depuis que le plus grand nombre en lait usage, les fleurs blanches, les ulcères de la matrice et plusieurs autres affections de cet organe, sont devenus bien plus communs qu’ils ne l’étaient dans les siècles précédents, sans doute parce qu’il énerve l’estomac et porte sympathiquement une impression d’atonie sur la matrice.

Le iht \thea.\ thca bohta , et lliea viridis , L ) est un arbrisseau commun à la Chine et au Japon , dont les feuilles , après avoir été torréfiées, sont employées en infusion pour aider la digestion. Au Japon et à la Chine, on ne fait usage du thé qu’un an après qu’il a été cueilli. Les Chinois le font par infusion, et le prennent sans sucre ni miel. Les Japonais le réduisent en poussière, et mettent de l’eau chaude dans les lasses avec une pelite quantité de poudre qu’ils remuent jusqu’à ce que la liqueur mousse; alors ils la hument pendant un moment, et la prennent ensuite. Le thé est la boisson ordinaire de tous les gens de travail en Chine. — Le thé réunit trois propriétés principales : il est sédatif, astringent, cl a un goût fort agréable. 11 parait que ce ne fut pas un vain caprice qui introduisit son usage en Chine. Les eaux y sont Irès-malsaincs , ferrugineuses et très-désagréables au goût. L’expérience a enseigné aux Chinois qu’elles, devenaient meilleures par la coclion et l’addition de quelques plantes astringentes, et rien ne leur a mieux réussi que le thé à corriger les eaux de leur pays et a en prévenir les mauvais effets. Le thé jouit aussi, en raison de sa vertu astringente et tonique, de la propriété d’aider la digestion et de favoriser la transpiration. Mais son usage habituel n’est pas exempt de danger; et, d’après les expériences de Smith, Yinfusum du thé vert détruit

ÎIÎGIÊNE:

là sensibilité nerveuse et l’irritabilité musculaire. 1

Le thé vert , distillé par le docteur Leltsom , a fourni une eau odorante fortement narcotique; c’est pourquoi les Chinois le font sécher à un degré de chaleur considérable, et le gardent un an au moins avant que d’en faire usage.

L’observation prouve qu’il conserve sa vertu narcotique tant qu’il lui reste de l odeur, ce qui fait présumer que cette vertu est attachée à son arôme. Les Anglais et les Hollandais en font un très-grand usage; peut-être leur est-il avantageux, par rapport à la grande quantité de viandes qu'ils mangent à demi -cuites; néanmoins , quoique le pouvoir de l’habitude soit capable de rendre nulle l’action des stimulut les plus énergiques , ils sont très-sujets aux maux de nerfs. Le thé ne convient guère que dans les cas d’indigestion ; il donne aussi de la gaîté comme tous les autres narcotiques , mais son usage immodéré ou habituel affaiblit les organes de la digestion, irrite le genre nerveux et occasionne le tremblement des membres. Le thé appelé bohea est plus narcotique, et par conséquent plus nuisible que le thé vert.

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