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REGIME ALIMENTAIRE

La mauvaise qualité des aliments et des boissons, ainsi que l’intempérance, sont les sources les plus fécondes des maladies. Le bon ou le mauvais état du corps, l’harmonie ou les discordances qui régnent dans les fonctions, dépendent en grande partie du régime. 11 n'y a, à proprement parler, qu’un aliment; mais il en est une multitude d’espèces, comme l’a dit Hippocrate : alimentum unit ni, et species ejus multœ ( 1 i b . de Alimenlo ); et il n’est pas facile de déterminer en particulier celles qui conviennent à chaque individu, car les hommes, quoique jouissant de la même constitution et placés dans des circonstances pareilles, ne sont pas également affectés, et n’éprouvent pas de semblables effets des mêmes substances alimentaires, en sorte qu’il n’y a guère que l’expérience qui puisse faire connaître cellesqui sont utiles ou nuisibles à chacun. En effet, le sens gastrique et la puissance dissolvante des sucs digestifs sont très-variables dans les individus qui se rapprochent le [plus par le tempérament, ce qui est un

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aliment convenable à l’un est en quelque sorte un poison pour un autre, comme l’avait fort bien remarqué Boerhaave ; JYullum alimentum univcrsali titulo salubre dicipote.it ; clrjuiror/at , quodnam est salubre alimentum, idem facit, ac si quœrerel, quisnam sil vcnlus secundus, non cognito itinere (Van-Swikten, in Aph. Boerhaav. , t. I, p. 55). D’ailleurs les circonstances n’étant pas toujours les mêmes, le sens de l’estomac et la qualité dissolvante du suc gastrique en sont modifiés. Il arrive fréquemment que tel homme qui digère bien aujourd’hui une substance alimentaire ne peut la supporter un autre jour, tandis qu’un aliment plus difficile à digérer, mais qu’il appétera, ne lui causera aucune incommodité. Il faut donc s’en rapporter aussi, dans le choix desaliments et des boissons, à l’appétit plus ou moins vif que l’on éprouve pour tels ou tels. On ne peut par conséquent établir que des règles générales dans cette matière, et il y a un grand nombre d’exceptions à faire, nonseulement par rapport aux divers états dans lesquels se trouve l’organisme, mais encore par rapport à l’habitude, qui rend nécessaire l’usage des aliments moins salubres, et doit les faire préférer aux autres (Aph. 38 et 50, sect. I[). Enfin, il faut obtempérer jusqu’à un certain point à la nature , qui, dans les differents étals du corps, semble dicter, par une espèce d’instinct ou d’appétit spontané, quelles sont les substances dont on doit user pour prévenir les maladies qui se préparent, ou remédier à celles qui existent.

C’est celte même nature qui nous inspire, dans certaines maladies, du dégoût pour les aliments tirés du règne animal, et qui fait naître un penchant invincible pour les substances végétales, surtout celles qui sont acides. Dans d’autres cas, au contraire, elle excite un appétit violent pour les amers, les acerbes, les absorbants, etc.

Il n’est pas possible non plus de déterminer avec exactitude la quantité d’aliments qui convient à chacun. En général comme l’a dit Hippocrate, il faut une plus grande quantité de nourriture aux enfants et aux jeunes gens, qu’aux hommes d’un âge moyen et aux vieillards.

Scnes facillime jejuniumferunt, secundo œ talc consistentes ; minime adolescentes, omnium minime puni , ex bis aillent qui inter ipsos sunt alacriores (Aph. 13, sect. 1). Les enfants et les jeunes gens supportent difficilement l'afi-

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slinence, parce que la force expansive domine et rayonne sans cesse du centre h la circonférence, cl que les digestions sont d’autant plus actives que le corps prend plus d’accroissement. On mange plus aussi en hiver que dans les autres saisons (l), parce que le froid concentre l’action dans l’intérieur, et le courant des humeurs y est plus déterminé : d’où il suit qu’il faut une plus grande quantité d’alimenls qui irritent l’estomac et les autres organes épigastriques, afin qu’ils puissent opposer une force de résistance suffisante, et renvoyer au dehors l’effort d’action sous le poids duquel ils succomberaient sans cela. Mais une scrupuleuse exactitude dans la quantité d’alimenls qu’on d,oit prendre est une absurdité ridicule ; l’unique règle qu’on doive suivre consiste à éviter les extrêmes, c’est-àdire à ne manger ni trop ni trop peu. Sans doute les hommes ne furent pas destinés à mener la vie de Sanclorius, et à manger, la balance et la mesure à la main (2). La nature dit à chacun quand il a assez mangé et bu ; la faim et la soif suffisent pour lui faire connaître quand il lui en faut davantage. Ces deux sensations doivent nous servir de guides dans les repas, mais il est malheureusement peude personnes qui sachent distinguer la véritable faim d’avec la faim factice qu’excitent les assaisonnements dont on altère les mets, et qui excitent à des excès préjudiciables à la santé.

L’analogie qui existe, par rapport à la nutrition, entre les végétaux et les animaux suffirait pour démontrer les dangers de l’intempérance. L’humidité et

(1) « Ventres hyeme et vere natura sunt calidissimi, et somni longissimi. In bis igilur temporibus etiaai alimenta plura exliibenda ; innalum enim calorem majorera habent, nulriraento igitui copiosiore indigent. Indiciura sunt solutés et alhlelæ. » (Aph. 15, sect. L)

(2) Ceci est vrai pour les hommes bien

portants; mais un régime minutieux est, dans beaucoup de cas, indispensable aux individus maladifs pour atteindre une longue vieillesse; témoin le célébré Corvaro, dont il a été question plus haut, fini vécut au-delà de cent ans en réglant invariablement chaque jour la quaniilé des aliments qu’il devait prendre, et qui faillit périr un jour pour les avoir augmentés. I* 1 2*

l’engrais favorisent la végétation , et fournissent les matériaux nécessaires au développement des végétaux ; mais l’excès de l’une ou de l’autre leur est absolument nuisible et les tue. Il en est de même des boissons et des aliments par rapport à l’homme ; les choses les plus salutaires cessent de l’être, et se convertissent en poison lorsqu’on en abuse. La sagesse consiste à savoir régler ses appétits et ses passions, et à ne jamais passer les bornes : c’est cette modération, ou plutôt la tempérance, qui doit distinguer l’homme. ; car ceux qui sont esclaves de leur ventre sont la honte de l’humanité, et on ne peut enfreindre les lois de la nature sans en être puni. — La grande règle de tempérance consiste donc à ne point prendre d'alimentsau-delà du besoin indiqué par la faim naturelle, et à ne faire usage que des plus simples.

Tous les animaux, excepté l’homme, suivent cette règle, qui est dictée par l’instinct : l’homme, doué de la raison, se livre aux excès. Aussi ennemi de luimême qu’il l’est de la société dans laquelle il vit, il fait servir sur sa table, à grands frais, les productions des deux hémisphères. Surchargé de nourriture, il ne quitte le repas que pour allumer de nouveaux feux dans ses entrailles : le café et les liqueurs fortes, pris avec profusion, font de son estomac un volcan qui embrase toute la machine , et qui consume rapidement la vie. Il se plaint bientôt de flatuosités, de gonflements, de douleurs ou de pesanteur de tète, d’assoupissement, d’oppression, et d’une multitude d’autres maux qui mineut sourdement son existence, et préparent lentement sa ruine. « Lorsque je vois, » disait Addisson, ces tables à la mode, ,, couvertes de toutes les richesses des » quatre parties du monde, je m’imagine » voir la goutte, l’hydropisie, la fièvre, » la léthargie et la plupart des autres ma- » ladies cachées en embuscade sous cha- « que plat. »

L’intempérance nuit autant au moral qu’au physique, et lie en quelque sorte et déprave tes facultés de l’âme. « Voyez les » visages pâles deces hommes qui sortent » d’un grand repas. 11 y a plus : le corps , » fatigué des excès de la veille, appesan- » tit l’esprit, et rend terrestre celte par- » celle delà divinité, ce souffle qui nous » anime; au lieu que l'homme sobre se » couche , s’endort et se lève plein de » vigueur , pour reprendre ses fonc-

hygiène.

» lions (l). » Pope a bien connu tout l’empire de la gourmandise, lorsqu’il dit: « Le grave Catius parle toujours de ver- » tu, et croit que qui souffre les vi- » cieux est vicieux lui-même. Ces beaux » sentiments durent jusqu’à l’heure du » dîner; alors il préfère un scélérat » qui a une table délicate à un hon- » nète homme qui vit frugalement. »

Elle est un vice grossier qui ouvre la porte à tous les autres* « La gourman- » dise, a dit avec raison J. -J. Rousseau, » est le vice des cœurs qui n’ont pas » d’étoffe. L’àme d’un gourmand est » tout entière dans son palais ; il n’est » fait que pour manger ; dans sa stupide a incapacité, il n’est à sa place qu’à ta- » ble , il ne sait juger que des plats. » La tempérance est non-seulement une des sources fécondes de la santé et de la longévité, mais elle doit encore être regardée comme la mère et le palladium des autres vertus et de la bonne disposition de l’esprit. Elle épure les sens, donne de l'agilité au corps, rend l’entendement vif, la pensée prompte, la mémoire heureuse, les mouvements libres et les actions faciles. Par elle, l’âme, comme dégagée de la matière qui l’entrave, jouit d’elle-même, et contemple les différents objets sous leurs véritables points de vue i ce qui fait dire au sage Socrate qu’on approchait d’autant plus de la divinité, qn’on se contentait de moins de choses. Platon fut un exemple de sobriété et de sagesse. Tout le monde loue la tempérance de Caton, surnommé, par rapport à son éloquence, le Demosthène romain. Virgile et Cicéron étaient d’une sobriété peu commune. Galien, quoique d’un très-faible tempérament, parvint, au moyen delà tempérance, à une extrême vieillesse, exempt de maladies.

Le fameux jurisconsulte Barthole pesait ses aliments et sa boisson. Louis Cornaro, noble vénitien, écrivit, à l’âge de quatre-vingt-quinze ans , son ouvrage sur les avantages ds la vie sobre, dont il donnait l’exemple (2). Léonard Lcssius, son traducteur , eu adopta la pratique pour lui-même avec le plus grand

(i) ...... V ides ut piitlidus otnnii

Ctcna deiargat dub.a? Quin corpus onu» tu ni

Atm,TLVi',l,i!1 2 “““T" 'luoquc prœgrarat un», A .|UC atligii tiumo divin» parliculam auric. Aller, uIji dicto citiuj curnla «opori Mcn.I.ra dédit, tegetuj j>ræ.criptn ad munia suri Ilorat. , sat. j, iib. II.

(2) Luigi Cornuro discorsi délia vi Sobria, >

avantage. I.e célèbre Gassendi fut trèssobre; et l’immortel Newton, qui est parvenu à un âge très-avancé, vécut dans la plus grande tempérance. Paul l’ermite, saint Antoine, Arsène, Epiphane , et une multitude d’autres solitaires vécurent tous au-delà d’un siècle , en ne sc nourrissant que de pain, de dattes, de racines, de fruits et d’eau. Enfin, nos premiers aïeux ne sont parvenus sains de corps et d'esprit à un âge très-avancé, que parce qu’ils observaient la sobriété et la tempérance; et ce n’est qu'à ces vertus que presque tous les centenaires de nos jours doivent la longue carrière qu’ils ont parcourue, et les savants, leurs succès et leur gloire. — La qualité des aliments ne mérite pas moins de fixer l’attention que la tempérance. Il est un grand nombre de causes qui peuvent les altérer , et les rendre plus ou moins salubres. L’irrégularité des saisons leur imprime quelquefois des qualités malfaisantes ; mais c’est un mal qu’il n’est pas au pouvoir de l’homme de prévenir. Il est des altérations qu’éprouvent les grains pour avoir été gardés trop long-temps par de coupables égoïstes, ennemis nés delà société, qui ne fondent leur bonheur que sur la misère du peuple. Non-seulement le meilleur grain , gardé trop long temps, s’altère et devient pernicieux dans l’usage, mais encore celui qui a été lavé. C’est une méthode très-blâmable que celle de laver les grains ; et, quoiqu’ils restent peu de temps dans l’eau, celle-ci lespénètre, malgré leur partie corticale , et les gonfle; il s’y excite un mouvement intestin qui altère insensiblement le gluten.

On a trouvé quelquefois de grands tas de blé entièrement gâtés, et dont l’altération dépendait de cette cause.

La viande conservée devient, de même que les graminées, très-malsaine et d’un usage très-nuisible, dans un plus court espace de temps. Toutes les substances animales tendent naturellement' à la putréfaction, et elles se corrompent bien vite des qu elles sont privées de la vie. Un léger degré de fermentation attendrit les chairs des animaux et les rend plus solubles; mais, dès que cette altération passe certaines bornes, elles sont repoussées par le goût; et, admises dans l’estomac, si la nature ne s’en débarrasse pas par le vomissement, elles portent un principe de septicité dans l’organisme. — On doit bannir des tables les viandes des animaux malades, et surtout

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de ceuxaftèctés de maladies épizootiques. La police ne saurait trop surveiller les boucheries, pour empêcher qu’on n’y distribue de semblables viandes dont|l'usane est extrêmement dangereux. Amman rapporte que douze jeunes gens moururent pour avoir mangé de la chair d’une vache morte avec des abcès. 11 est mille exemples de ce genre qui prouvent combien il est pernicieux d’user de semblables viandes. La contagion s’est répandue très-souvent sur les hommes par celte unique cause ; et, pour en citer quelques-uns, car je crois devoir insister sur un point d’hygiène aussi intéressant, je rapporterai les suivants (1).

Schenkius parle d’une dysenterie épidémique qui ravagea Yeniseet Padoue, en 1599, parce que les habitants de ces deux villes avaient fait usage des chairs de quelques bœufs malades que des bouchers avaient amenés de Hongrie (2).

Kircher rapporte qu’en Italie les gens

des campagnes furent attaqués, l’an 1G17,

d’un mal de gorge pour s’être nourris de chairs de bœufs affectés de cette même maladie (3). , „ ,

On lit, dans la Chronique de Godcfroy, qu’il régna, en 1655, une maladie pestilentielle qui fit périr un très-grand nombre d’hommes, qu’elle avait été produite par l’usage des poissons qu’on avait trouvés morts dans les lacs, et que tous les animaux qui s’étaient nourris des cadavres auxquels on n’avait pas donne la sépulture , devinrent enragés. — Cogrossi rapporte que deux paysans, ayant mangé de la chair de bœufs malades, furentattaqués d’une violente diarrhée(4).

"Valisnieri ajoute à ce fait une observation citée par Mercurialis, celle d’une épizootie pestilentielle qui fit de grands ravages en IG 17, et qui se communiqua de cette manière aux hommes. — Jean

(1) M. Brasier en a fait mention dans un ouvrage intitulé : Avis au peuple des campaqnes sur Les medadies contagieuses qui attaquent les hommes et les animaux, imprimé à Besançon en 1794, et qui ne saurait être trop répandu. L’auteur , qui réunit aux vertus sociales les plus grands talents dans la zooialrie , et connu dans la république des lettres par les excellentsai ticles qu’il a fournis au Dictionnaire d' Agriculture de Rozier, a mis cet ouvrage à la portée de tout le monde.

(2) Hist. Ilanov. gcn., cap. xi.

(3) P. Kirclicri scrutinium physicomedicurn pestis, lib. c., pag. 97.

(4) Journal de Venise, tome x, p. 141.

Meyer écrivait 5 Scbroëkius, que des gens de campagne, ayant tué un bœuf affecté d’une maladie épizootique, furent attaqués de charbons aux bras avec fièvre aiguë , vomissement et diarrhée putride , et que deux chiens qui avaient mangé de la chair de ce bœuf périrent le même jour. — JeanîAdam Geusel rapporte qu’il y eut, en 1712, une maladie meurtrière parmi les hommes et les ani-, maux, dans la Basse-Hongrie, et que les chiens qui touchaient la chair des cadavres contractaient la rage (l). — Dans une épizootie qui ravagea les bœufs du ci-devant Vivarais, un boucher d’Anduze, ayant acheté à vil prix un de ces animaux malades, en distribua la viande aux soldats du régiment de Royal-Bavière :

tous ceux qui en mangèrent furent affectés de dysenterie putride. — Barberex rapporte qu’on conduisit des bœufs d’Auvergne dans l’île de Minorque, et que ces animaux y tombèrent malades ; il ajoute que ceux qui se nourrirentde leurs chairs furent attaqués d’une fièvre maligne, avec gangrène qui se manifestait, dès le second jour, aux coudes et aux talons.

Berlin, correspondant de l’Académie de Chirurgie, rapporte, entre autres accidents extraordinaires observés à la Guadeloupe sur les Nègres du quartier de la Capestre, que, le 22 janvier 1 7-44, les animaux d’une habitation appelée la Source furent attaqués d’une épizootie très-meurtrière qui se répandit au loin , et que tous ceux qui avaient mangé de la chair de ces animaux eurent, après deux ou trois accès de fièvre, des coliques violentes, avec des faiblesses, qui donnaient la mort en très-peu de jours. — Tous ces exemples et une infinité d’autres que je passe sous silence devraient rendre la police attentive sur les dangers attachés à l’usage de la chair des animaux malades qu’on envoie dans les boucheries, et fixer toute son attention sur un objet qui intéresse de si près la vie et la santé des citoyens. 11 ne devrait être permis de vendre d’autres viandes que celles des animaux dont la santé aurait été constatée par des vétérinaires experts et probes : on préviendrait par là bien des calamités publiques. — Le régime ne doit pas être uniforme, et il convient de ne pas user constamment

(i) Conslit. epidem. Hungariæ inférions.

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des mêmes aliments. L’estomac, habitué à leur impression, deviendrait paresseux à les digérer, et il est nécessaire qu’il soit aiguillonné de temps à autre par des stimulus insolites. D’ailleurs, on voit que la nature a répandu avec profusion une prodigieuse variélé de substances alimentaires, et qu’elle inspire à l’homme des appétits pour toutes ces différentes substances, mais non pour en abuser. Il est utile à la santé de ne pas user d’une grande variété de mets à chaque repas.

Il convient de se borner à un ou deux mets; et l’expérience a constamment prouvé que le plus grand nombre de ceux qui étaient parvenus à un grand âge avaient vécu de cette manière. — Une règle diététique, non moins importante, est de mettre dans les aliments le moins d’apprêt possible. Les mets exquis ruinent les meilleurs tempéraments; les aliments simples, pris avec modération et seulement pour satisfaire le besoin, tels que les viandes de bœuf, de veau, de mouton, de poule, de poulet, etc-, bouillies, rôties ou grillées, les légumes, les fruits, un bon pain et un peu de vin vieux, sont préférables à tous les autres comestibles. Les assaisonnements de haut goût ne doivent être employés que rarement et avecparcimonie, si ce n’est dans quelques circonstances ; ils irritent les organes du goût, et portent ainsi à prendre de plus grandes quantités d’aliments et de boissons qu’il ne convient, outre que ces substances incendiaires et stimuiantesamènent nécessairement, lorsqu’on en abuse habituellement ou avec excès, le trouble et le désordre dans tout le système. Ces assaisonnements ne conviennent qu’aux personnes dont la fibre est inerte et comme engourdie, et à celles dont les forces, trop éparpillées au dehors , ont besoin d’être rappelées au centre.

L’usage des vins et des liqueurs doit être modéré dans tous les cas ; mais cette modération doit être relative ; et il est certain que ces boissons peuvent être prises en plus grande quantité par les pituiteux que par les hommes sanguins et bilieux. Le vin généreux est convenable aux vieillards, et à tous ceux dont 1 estomac ne digère pas faute de ton. Son usage est principalement utile dans les saisons humides, surtout lorsque les vents du sud et du sud-ouest soufflent, et dans les lieux humides ou marécageux.

— Il est salutaire de faire deux ou plusieurs repas dans la journée ; mais il ne

faut pas prendre de nouveaux aliments que l’on n’ait digéré ceux qu'on a pris précédemment, c’est-à-dire, à peu près quatre heures après, pour que la digestion soit achevée. Cet espace de temps, nécessaire à la digestion, n’estpas néanmoins tellement fixe et invariable qu’elle ne puisse s’opérer plus ou moins vite ; cela est subordonné à l’âge,’ à la constitution et au genre de travaux auxquels on se livre habituellement. Les enfants et les jeunes gens doivent manger plus souvent que les hommes d’un âge moyen et les vieillards, parce qu’ils ont besoin d’une plus grande quantité de sucs nourriciers pour l’accroissement ; tandis que les autres ne mangent que pour réparer les pertes qu'ils font journellement, et maintenir la circulation des forces. — • Quoique les vieillards soient dans le cas de mieux supporter l’abstinence que les individus qui croissent, il est cependant nécessaire qu’ils fassent plusieurs repas dans la journée , mais qu’ils ne prennent qu'une modique quantité de nourriture à la fois : de cette manière, la digestion se fera aisément, parce que les aliments n’excèderont pas les forces de l’estomac. Ceux qui se contentent d’un repas par jour s’exposent à de fréquentes indigestions. C’est surtout dans la vieillesse qu’il faut être tempérant ; les excès dans les aliments et les liqueurs fortes sont plus dangereux à cet âge que dans aucun autre. Il n’est pas rare de voir des vieillards périr d’apoplexie, d’indigestion, etc., pour s’être trop livrés aux plaisirs de la table.

En général, le repas du soir doit être léger, et surtout lorsqu’on se met au lit immédiatement après; car, l’estomac étant surchargé d’aliments, les forces se concentrent trop dans l’épigastre, et la digestion se fait péniblement ; le cerveau, excité par l’action que l’épigastre lui fait partager, conserve trop de tension, et l’on est tourmenté d’insomnies et de rêves pénibles et inquiétants. Ce conseil est de la plus grande importance pour les hommes de lettres, les personnes qui ont beaucoup d’embonpoint, qui sont pléthoriques, et qui ont de la disposition à l’apoplexie. D’ailleurs , il arrive souvent que la digestion du dîner n’est pas achevée le soir ; il peut en résulter un conflit de directions entre les forces qui tendent à s’éloigner de l’estomac et celles qui y sont attirées par les nouveaux aliments, et de là, un déconcertement d’action dans les différents organes, qui

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donne lieu à des déterminations vicieuses, des irritations morbifiques, des angoisses, des anxiétés, des indigestions, etc. — Tout grand changement subit est dangereux. l)cs aliments peu sains conviennent davantage, lorsqu’on y est habitué, que d’autres plus salutaires, mais dont on n’a pas l'habitude. C’est pourquoi, quand des circonstances impérieuses nécessitent un changement dans le régime, il ne faut l’amener que graduellement et à la longue; autrement on a à redouter un désordre total dans la machine et des maladies mortelles, ainsi que le prouvent l’expérience et l’observation. — En prescrivant ces règles diététiques, on n’a pas entendu condamner les variations dans le régime, et même quelques légers excès que déterminent souvent les différentes circonstances de la vie sociale. La triste uniformité ne convient qu’aux personnes faibles, infirmes et valétudinaires. Quant àcelles qui jouissent d’une bonne santé, il est bon que leur régime soit varié : quelques écarts sont même parfois nécessaires pour remonter les ressorts de la machine et en affermir les mouvements ; mais il ne faut pas que ces écarts soient trop grands, ni fréquents, et ils ne doivent jamais dégénérer en orgies.

J’ai exposé les avantages de la sobriété et de la tempérance, décrit les funestes effets qui résultent de! l’usage des aliments de mauvaise qualité, et donné quelques règles diététiques générales ; il me reste à parler des conditions relatives aux forces digestives nécessaires à une bonne coction des substances alimentaires et au maintien de la santé. — Il est des,, signes communs qui établissent tes bonnes digestions. Indépendamment de l’expérience particulière de chaque individu , ceux qui annoncent une bonne constitution indiquent aussi pour l’ordinaire la force et la vigueur des organes digestifs. Mais ne perdons pas de vue qu’une bonne constitution se maintient par une vie sobre, régulière et exercée ; elle suppose de plus une santé durable, la facilité à supporter Jes travaux et à résister aux vicissitudes des saisons, aux intempéries de l’air et aux légers excès dans les aliments et les boissons. Un homme qui jouit d’une semblable constitution a un bon estomac, digère bien, et n’éprouve aucune incommodité des aliments et des boissons qu il prend. — 11 est encore des signes qui lontjuger que la digestion s’opère d’une

manière convenable, et qui sont propres aux premières voies ; mais ils n’existent qu’a posteriori-, car, quoiqu’un individu naturellement très-robuste soit réputé avoir un estomac vigoureux, néanmoins cela n’a pas toujours lieu; et, en effet, il est une foule prodigieuse de causes étrangères qui peuvent agir sur l’estomac et les intestins, [sans s’étendre sur les voies de la circulation, et l’estomac peut être affecté d’une faiblesse non commune aux autres viscères. — On reconnaît que l’estomac est bon et qu’il jouit d'une force suffisante pour la coction des aliments, lorsqu’on a de l’appétit, et que l’on ne sent ni besoins irréguliers, ni de l’aversion pour la nourriture. Ces besoins ^irréguliers indiquent sûrement une sensibilité extraordinaire de l’estomac, et l’aversion des aliments marque un état contraire, c’est-à-dire l’inactivité et un état d’inertie de ce viscère. L’absence de ces deux signes et celle des coliques et des borborygmes, jointe à la facilité de respirer, font présumer que l’estomac est en état de bien digérer. — Les autres signes qui démontrent que les aliments qu’on a pris se digèrent bien sont de ne ressentir aucun poids dans la région épigastrique, de ne point avoir de rapports, de flatuosités, de hoquets , ni aucune difficulté de respirer; eufin, on éprouve une douce chaleur à la peau, un peu d’élévation dans le pouls, un sentiment de plaisir quise répand sur tous les orgaues; elles excréments, qui sont un des produits de la coction dans les premières voies, sont mous, liés, roussà- Ires, peu fétides, et rendus à l’heure accoutumée et dans une quantité proportionnée à celle des aliments qu’on a pris. Dejeclio alvi est optima congmcntnla, mollis submfa , nec valde graveolcns ; ipsam vero transmitli oportet qua consuevil hora ctea copia quœ assumplis respondeat (Hier. ).

§ Ier. Régime des personnes robustes .

— Le régime doit être analogue à la constitution, et surtout aux forces de l’estomac ; la nourriture de l'homme robuste et vigoureux doit être bien différente de celle de l’homme faible , infirme, ou valétudinaire ; il lui faut des aliments consistants, tenaces, cl qui exercent follement les organes de la digestion , pour exciter et soutenir l'organisme. Des substances légères et trop faciles à digérer ne feraient pas une impression assez grande sur ce viscère : les autres organes , se montant à son ton , tomberaient

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bientôt dans la langueur et l’inertie, et le corps, quoique également nourri, serait néanmoins beaucoup plus faible qu’il ne devrait l’être. — l.a diète doit être analogue aussi aux exercices et aux travaux auxquels on se livre. Les hommes de lettres, et ceux qui par état sont forcés de mener une vie sédentaire , doivent moins manger que ceux qui s’occupent constamment de travaux pénibles et latigants; leur nourriture doit être plus délicate et plus légère. Les aliments grossiers , compactes et durs, que digèrent aisément l'homme des campagnes et l’artisan, occasionneraient des accidents graves au citadin mollement élevé , tandis que le régime de celui-ci jetterait dans une énervation radicale celui qui s’exerce fortement, et lui nuirait absolument.

— Les hommes forts et robustes doivent varier leur régime , ou plutôt ne s’assujettir à aucun. Un genre de vie régulier et uniforme leur serait dangereux et nuisible; et, comme l’a très-bien ditCelse:

n Celui qui jouit d’une bonne santé et « d’une forte constitution ne doit s’as- « treindre à aucun régime particulier ; « il faut qu’il varie fréquemment sa ma- » nière de vivre, qu’il soit tantôt à la « ville et tantôt à ia campagne, qu’ii aille » à la chasse, qu’il navigue, qu’il se re- » pose quelquefois , mais qu’il s’exerce «souvent; car le repos appesantit le » corps , et le travail le fortifie ; l’un hâ- » te la vieillesse, et l’autre prolonge la » jeunesse. U convient qu’il se baigne « tantôt dans l’eau tiède, tantôt dans « l’eau froide ; qu’il se fasse oindre le » corps quelquefois , et que d’autres il « néglige de le faire. 11 ne doit s’abste- » nir d’aucune espèce d’aliments qu’on « sert sur les tables et dont le peuple « fait usage. Il faut qu’il mange quel- « quefois plus que de coutume, et d’au- » très fois moins. Il convient qu’il assiste » aux festins, et que d’autres fois il les » évite. U vaut mieux qu’il fasse deux « repas chaque jour, qu’un seul et lou- » jours copieux , pourvu que l’estomac » digère bien. » (Liv. I, ch. I.)

§ *f- Régime des personnes délicates et infirmes. — Les personnes délicates, faibles et infirmes ont besoin d’un régime restaurant et analogue à la faiblesse des organes digestifs ; elles doivent user des choses qui augmentent indirectement l’énergie du principe vital en rappelant la juste distribution des forces dans les divers organes, et qui donnent en même temps plu3 de stabilité h ces forces, en

leur imprimant une activité habituelle et convenable à l’exercice des fonctions. — La nourriture la plus utile à ces sortes de personnes est une nourriture sub stanlielle , légère, et prise en petite quantité , mais répétée plusieurs fois dans la journée. Les substances végétales, et surtout celles qui sont üatulentes, ne lui conviennent point : la dicte, lactée est la plus appropriée à leur état; mais il faut que rien ne la contre-indique d’ailleurs. Le lait et le bon pain de froment réunissent tout à la fois les avantages du régime végétal et du régime animal. La manière la plus avantageuses de faire usage du lait est de le faire prendre au sortir du pis de l’animal : dans cet état, il est encore pourvu de son arôme , qui est très-restaurant; et l’expérience prouve qu’il répare davantage les forces.

Gaubius a pensé avec raison que les bons effets qui résultent d’être allaité par une bonne nourrice tenaient nonseulement à l’aromc du lait et aux éma*> nations du corps, mais encore à l’excitation imparfaite des désirs vénériens. On sait que les anciens peuples de l’Orient, lorsque leurs rois étaient décrépits, les faisaient coucher avec de jeunes et belles filles pour réveiller leurs forces. 11 est certain que l’excitation modérée des désirs vénériens est utile aux vieillards, ainsi qu’aux personnes infirmes, faibles et épuisées, pour soutenir et activer les forces du principe de la vie; mais il ne faut pas qu’ils soient satisfaits , parce qu'ils produiraient une trop grande déperdition de forces. La raison de ce phénomène tient à ce dogme, que le système radical universel des forces est augmenté toutes les fois que les fonctions corporelles et mentales sont excitées alternativement dans de justes proportions (I).

(I) Ces réflexions sont judicieuses, sans doute; mais les limites entre l’cxcitalion et la jouissance vénérienne sont si fragiles, qu’elles seront presque toujours franchies par le malade ou le vieillard qhi perdront trop souvent d’un côté ce qu’ils pourront gagner de l’autre. En faisant coucher un malade ou un homme affaibli avec une jeune lillc ou une jeune nourrice, il est donc beaucoup à craindre qu'ils n’épuisent le reste de leurs forces et qu’il ne leur arrive ce que raconte Félix Plater d'un malade qui, après avoir recouvré un peu de scs forces , les employa à engrosser sa nourrice, comme s’il eûtYoulu, dit Plater, entretenir ta

296 HYGIENE

— Les personnes faibles , infirmes et valétudinaires doivent s'abstenir des substances grasses , visqueuses, pesantes et difficiles à digérer, et faire des exercices proportionnés à leurs forces. Les moyens excitants et seda i ifs , combinés cl modifiés suivant les circonstances, sont de la plus grande efficacité : il faut imprimer assidûment et pendant long- temps au principe vital des affections opposées entre elles, et qui se succèdent dans un ordre très-varié, pour changer l’habitude des aberrations des forces , et rétablir leur équilibre. On a réussi à produire ces effets par l’alternative fréquente des bains tièdes et des bains froids pris pendant l’espace de quelques minutes, par l’équitation ou le mouvement de la voiture ; les frictions sèches ou avec des linges pénétrés de la vapeur du benjoin , du succin , de l'encens, et par l’usage des remèdes toniques, tels que les martiaux, surtout les eaux martiales, le quinquina et les autres amers, pris à différents intervalles, pour que la nature ne s'y habitue pas trop, et ne soit pas révoltée par l’action trop continue de ces moyens.

Quant au reste , il convient de suivre les conseils de Celse , qui s’exprime en ces termes : « Les personnes délicates , » dans la classe desquelles je mets , dit » cet auteur, la plus grande partie des « habitants des villes , et presque tous si les hommes de lettres, ont besoin d’u- » ser de beaucoup de précautions. Il faut » qu’elles regagnent par des soins assi- « dus à veiller sur elles -mêmes, ce que 3) leur faible constitution, leurs études et 3> la nature du lieu qu’elles habitent, » leur ont fait perdre du côté de la santé. 3> Ainsi, dans cette classe de personnes, ,, celles qui ont bien digéré peuvent se 3) lever matin ; celles qui ont moins bien 3) digéré doivent rester plus long-temps « au lit; et, si on est forcé d’en sortir, il 3) faut se recoucher dans la journée.

» Quand on a mal digéré, il convient de 3) garder le lit , de se tranquilliser, et ne 3j faire aucun exercice, ni se livrer à aucun )> genre de travail. Lorsqu’on est sujet 3) à des rapports qui ne sont point ac- » compagnés de douleurs d’estomac, il « faut boire de temps en temps quelques 3) verres d’eau fraîche et sc reposer ; ha- 3, biter une maison bien éclairée , expo- » sée au vent en été, et qui ait le soleil » en hiver. On doit éviter le soleil de

source du lait qui lui avait fait tant de bien. (1. B.)

» midi , le froid du matin et du soir, et » les vapeurs des rivières et des lacs. Il » ne faut pas s’exposer à un air nébuleux » et froid, ni à la chaleur du soleil, pour 3» ne point éprouver l’action alternative » du froid et du chaud ; car rien n’est » plus propre à décider des rhumes , des )> enrouements et des fluxions. C’est sur- » tout dans les lieux où l’air est altéré, a et où les choses dont nous venons de 33 parler produisent même quelquefois » la peste, qu’il est bon de prendre ces si précautions. On est certain de la santé 3i lorsque l’urine qu’on rend le malin est » d’abord blanche et ensuite jaunâtre.

3i Lorsqu’on est éveillé, il faut rester en- » core quelque temps au lit, et ensuite, 33 à moins que ce ne soit en hiver, se la- 3i ver la bouche avec de l’eau froide. 33 Dans les longs jours, il vaut mieux 33 faire la méridienne avant le repas, et 33 dans les jours courts, après. En hiver, 33 il est à propos de se reposer durant la 33 nuit; et, si l’on e.ff forcé de travailler, si il ne faut pas le faire immédiatement 33 après le repas, mais lorsque la diges- 33 lion est faite. Celui qui a travaillé pen- 3) dunt la journée, soit à ses affaires par- 33 ticulières, soit aux affaires publiques, h doit se délasser et se remettre de ses fa- 33 tigues pendant quelque temps. L'exer- >3 cice doit toujours précéder le repas ; 3» cet exercice sera moindre pour celui 3i qui a peu travaillé et qui a bien digé- 33 ré, et plus considérable pour celui qui 33 en a l’habitude, et qui a moins bien 33 digéré. La lecture à haute voix , les si armes, la paume, la course, la prome- 3i nade sont des exercices salutaires. IL 33 ne faut pas se promener dans un lieu 3i absolument uni, il est bon qu’il y ait 3i des montées et des descentes; cela pro- 33 cure une variété de mouvements dont 33 le corps se trouve bien, à moins qu’il 33 ne soit très -faible. La promenade est 33 meilleure eu plein air que sous un 33 portique; meilleure, si la tète le per- 33 met, au soleil qu’à l'ombre; meilleure à 33 l’ombre des murs ou des allées d arbres, 33 qu’à celle des toits. On sc Irouve mieux 33 de se promener en ligne droite , que 33 d’aller en tournant. L’excrciccdoil finir 33 par la sueur, ou au moins par une las- 33 situde non accompagnée de fatigue. 11 >3 faut s’exercer tantôt plus, tantôt moins. « On ne peut prescrire là dessus, comme » aux athlètes, des règles fixes; il suffit 33 de dire que l’exercice ne doit pas être >3 immodéré. Après l'exercice , il est » quelquefois.» propos de se faire parfu-

hygiène.

» mer, ou à la chaleur du soleil , ou à w celle du feu, et d’autres fois de sebai- » gner ; mais il faut que ce soit toujours « dans une salle fort élevée, spacieuse » et bien éclairée. Il n’est cependant pas » toujours nécessaire de s’oindre ou de » se baigner ; mais il convient de faire » souvent l’un et l’autre, selon que le » corps est disposé, et de se reposer en- » suite quelque temps. Quant aux ali- » menls, il n’est jamais avantageux d’en » prendre trop : il y a aussi du danger » de n’en point prendre assez. L’excès » dans les boissons est ordinairement » moins nuisible que celui dans les ali- » ments. On se trouve mieux de com- » mencer le repas par des choses salées , » les légumes et autresde cette nature, et » ensuite d’en venir aux viandes. Les » meilleures sont celles rôties ou bouil- » lies. Tous les ragoûts sont nuisibles » pour deux raisons : la première, parce » qu’on en mange trop à cause de leur « saveur qui irrite l’appétit; la seconde, » parce qu’ils se digèrent toujours moins » bien , quand même on n’en prendrait » que modérément. Le dessert ne nuit pas » à un bon estomac, mais il s’aigrit dans « les estomacs faibles. Ainsi, quand on » n’a pas l’estomac bon , il vaut mieux » manger des dattes, des pommes et autres » fruits semblables. Lorsqu’on a bu au-de- » là de la soif, il faut cesser de manger, et « ne rien faire quand l’eslomac est rein- « pli. Lorsqu’on a mangé beaucoup, la di- » gestion se fait plus aisément en buvant u un verre d’eau froide, en veillant quel- » que temps, et en dormant ensuite d'un » sommeil plein et tranquille. Quand on » a fait un grand dîner, on ne doit point « s’exposer au froid ni au chaud, ni tra- » vailler immédiatement après; car le » froid, le chaud et le travail nuisent » bien davantage après avoir beaucoup w mangé que lorsqu’on est à jeun. »

§ 111. Régime dans les divers climats et les différentes saisons. — Le régime doit varier selon les pays et les saisons. La nourriture animale convient dans les contrées du Nord et dans les saisons froides; l’usage des végétaux est plus approprié aux habitants des climats chauds et dans les saisons chaudes; mais, dans les climats et les temps tempères, il est convenable d’observer un régime mixte, et d'user à la fois de viandes , de légumes et de fruits : la nature indique ces différentes sortes de régime d’une manière bien sensible, par les divers appétits qu elle excite chez Jes hommes,

selon la température des climats et des saisons. Les peuples septentrionaux supportent très-bien l’usage des viandes, même de celles qui sont les plus difficiles à digérer, parce qu’ils sont forts et robustes, et que d’ailleurs, le système humoral a chez eux une forte tendance a l’acidité. Lax'ignc ne croît pas dans le Nord ; c’est le cidre, le poiré et surtout la bière qui sont en usage. Ce genre d’aliinenls et de boissons, joint à des exercices proportionnés à la vigueur et à la forte constitution des habitants, est nécessaire pour prévenirl’acidité et le défaut d’animalisation; il leur convient de plus d’exercer fortement l’estomac, pour entretenir la libre circulation des forces qui, sans cela, se concentreraient dans l’intérieur, et s’y convertiraient en un spasme dangereux. Il n’en est pas de même des pays méridionaux, où le système humoral tend éminemment à la bi/ijication. Les forces y sont sans cesse attirées à l’organe extérieur par l’action continuelle de la chaleur, et l’épigastre en est presque dépourvu : il résulte de là que l’atonie et le spasme se succèdent rapidement, si rien ne s’oppose à la divergence habituelle des forces. Il était donc nécessaire que l’homme y fît un plus grand usage des végétaux qu’ailleurs, non-seulement pour atténuer la sensibilité excessive des organes du sentiment, mais encore pour modérer l’eflervescence du sang, et enrayer les progrès de la bilescence. Il convenait qu’il but du vin, et qu’il assaisonnât ses aliments pour exciter le sens de la faim, et rappeler dans l’intérieur les forces qui tendent sans cesse à s’en éloigner. Ainsi, la nature, dont le plan principal a pour but la conservation des êtres, a-t-elle fait croître dans ces pays la vigne et les condiments âcres et aromatiques. — Ce que je viens de dire du régime, par rapport aux pays septentrionaux et méridionaux, doit s’appliquer aux saisons froides et chaudes. Quant aux contrées tempérées, c’est aux differentes saisons qui ont lieu , qu’il faut avoir égard pour la diète.

C’est en général dans les saisons froides et humides, comme l’hiver, que convient l’usage des aliments forts ; et, pour me servir de l’expression des anciens, des substances chaudes et sèches, telles que Je gibier, le cochon, les viandes salées, les rôtis , les fritures, les pâtisseries et les assaisonnements âcres et excitants.

C’est aussi en hiver qu’il est plus utile déboire, sans mélange d’eau, une plus

grande quantité de vin généreux. Lesforccs digeslives jouissent, dans celte saison, de la plus grande énergie, et la puissance dissolvante du suc gastrique est considérablement augmentée ; il esldonc nécessaire d’exercer fortement l’estomac, pour qu’il monte la machine au ton qu’elle doit avoir pour résister aux impressions du froid humide de cette saison qui refoule l’action dans l'épigastre, et pour empêcher une concentration constante des forces qui serait funeste. L’hiver est aussi la saison des festins ; mais il n’arrive que trop souvent que les fêtes des parents et des amis dégénèrent, surtout dans les campagnes, en orgies dégoûtantes, qui sont autant à la honte de l’humanité que préjudiciables à la santé. — On mange et on dort beaucoup plus en hiver que dans les autres saisons ; aussi l’hiver amène ordinairement la pléthore, etsouvent les premières chaleurs du printemps qui suit déterminent des maladies catarrhales et inflammatoires. Ces affections pourraient être prévenues, chez les pléthoriques, par un carême auquel ils s’assujettiraient pendantquelquetemps, à la fin de l’hiver et au commencement du printemps. Cette institution, prescrite comme un acte de religion par l’église romaine, m’a toujours paru utile sous plusieurs rapports : elle prévient, en diminuant la pléthore, beaucoup de maladies du printemps ; et d’ailleurs, c’est à l’époque où elle a été fixée que se renouvellent les races des animaux, dont les chairs sont alors moins bonnes et moins salubres. — Le printemps est une saison chaude et humide ; il est fréquemment arrosé par des pluies qui sont nécessaires à la végétation. Cette saison favorise la production du sang dans les animaux et l’expansion de la force excentrique. Il convient, pour maintenir un juste équilibre d’action dans le système, et prévenir les maladies dépendantes de l’excès du sang, de diminuer la nourriture animale, et d’user de végétaux ; il est à propos aussi de boire moins de vin qu’en hiver, de le choisir léger et même de le tremper. Les assaisonnements forts peuvent être très-nuisibles, surtout aux pléthoriques.

Ce sont les personnes d’un tempérament sanguin qui ont le plus h redouter les maladies catarrhales et inflammatoires de l’hiver et du printemps : elles doivent donc éviter l’usage des choses qui peuvent augmenter la masse du sang, et de celles qui s’opposent au libre déve-

loppement de la force excentrique. C’est pourquoi il convient , outre le régime indiqué plus haut, qu’elles ne fassent pas trop d’exercice; qu’elles évitent le passage brusque du repos à l’exercice, de l’exercice au repos, et d’une température chaude à une température froide; et qu’elles ne quittent pas trop tôt les habits d’hiver. — Les moyens les plus appropriés aux maladies de l’hiver et du printemps sont, en général, les saignées répétées selon la pléthore et le degré de la fièvre; les vomitifs, lorsque la partie affectée est située au-dessus du diaphragme, elles purgatifs, lorsque le siège du mal est au-dessous de cet organe (I); les vésicatoires appliqués de bonne heure; enfin les antimoniaux, les ammoniacaux, les opiatiques et les diapnoïques, sur la fin des affections catarrhales. On a moins à redouter l’usage des bouillons de viande et des substances animales dans les maladies de l’hiver que dans ccllesdu printemps. Dans celte dernière saison, les jus d’orge, les crèmes de riz, les bouillons de pain, sont plus convenables, parce que les affections vernales sont plus décidément inflammatoires, ou tendent éminemment à le devenir. — Les saisons chaudes et sèches, comme l’été régulièrement constitué, exigent l’usage des aliments légers et faciles à digérer, mais surtout de ceux que fournit le règne végétal. Le système veineux est alors bien plus actif, et l’appareil biliaire plus fortement excité. Il résulte de là que, pour prévenir les maladies qui sont fréquemment déterminées par cette cause, il convient de faire usage des aliments mous ( molliores cibi ), dit Hippocrate, des chairs des jeunes animaux, des viandes blanches, de légumes et de fruits ; de ne boire du vin qu'avec modération, de le mêler à l’eau fraîche et même après l’avoir rafraîchi à la glace. Il est ulile aussi de mêler des assaisonnements aux aliments ; mais ils ne doivent pas être prodigués , surtout aux personnes sanguines cl pléthoriques.

Ou doit s’abstenir en été des aliments durs, compactes, des viandes plutineuses et grasses, de la chair de cochon, du gibier, du fromage, etc., et éviter les violents exercices, surtout dans le temps de la journée où la chaleur est la plus

(1) Supra septum Iransvcrsnm nffeclionesquie purgntiohe egent, surstim purgnnto opus esse indiconi ; quro vero inlia, deorsum. tllipp., nph. 18, *wl. *v- )

HYGIÈNE. 299

grande. Les bains cl les boissons à la glace sont de la plus grande utilité dans cette saison.

On a conseillé et on a blâmé trop généralement l’usage des fruits durant l’été : il est très-préjudiciable de s’en abstenir; c’est une nourriture salutaire, mais dont il ne faut pas abuser. Beaucoup de maladies bilieuses très-graves, surtout les dysenteries, régnent épidémiqucmcnt dans les années oit les fruits sont peu communs : elles sont rares et bénignes, au contraire, lorsqu’ils abondent et qu’ils sont de bonne qualité. J’ai déjà remarqué que, pris en trop grande quantité, ils donnaient lieu à des accidents dépendant de l’acidité. Il faut encore observer qu’ils ne conviennent pas aux convalescents de dysenteries et de lièvres intermittentes ; car, quoique leur usage corrige la tendance aux maladies dites bilieuses et putrides, ils affaiblissent l’organisation eu vertu de leur puissance alonique et sédative , et donneraient ainsi lieu aux rechutes. On conseille avec raison l’usage modéré des fruits pendant ccs maladies; mais il convient de s’en abstenir durant la convalescence, ou du moins de n’en manger qu’en très-petite quantité. Les personnes qui jouissent d’une bonne santé doivent en user modérément aussi, lorsqu’elles habitent des pays humides et marécageux, parce qu'en affaiblissant l'organisme, ils le disposent à recevoir l’action morbifçre des miasmes aqueux et des marais. — Les saisons anomales et marquées par les changementsbrusquesde température de l’atmosphère, dans lesquelles les instruments météorologiques parcourent en très-peu de temps de grands espaces, comme l’automne, et qui décident des conversions subites de mouvements contraires dans l’économie animale, exigent un régime Ionique et fortifiant, surtout lorsque le froid et la sécheresse dominent, et qu’on approche de l'hiver : c’est alors le cas d’user d’une plus grande quantité de viande cl de vin pur. Néanmoins il convient de mêler des végétaux aux viandes ; ils sont d’autant plus utiles que les chaleurs de l’été ont été fortes et continues.

Ln général, les personnes d’un tempérament bilieux ou mélancolique ne doivent user, en ele et durant la première partie de l’automne, que d’une quantité modérée d’aliments, ainsi que le recommande Hippocrate, lorsqu'il dit (apb. 18, scct. I) « qu’en été et en au-

» tomne les personnes bilieuses ne sup- » portent pas aisément les aliments, mais » plus facilement en hiver et un peu » moins au printemps. » — Les remèdes les plus efficaces dans les maladies de l’été et de l’automne sont les vomitifs , les boissons acides, l’eau pure, fraîche ou à la glace, le camphre; en un mot, tous les anti-septiques réfrigérants, dans les commencements; et, dansle cours de ers maladies, lorsque les forces sont abattues , les toniques et les excitants, tels que le quinquina, la racine de serpentaire de Virginie, etc. Les saignées et l’application des vésicatoires ne sont pas aussi bien indiquées que dans les autres saisons : néanmoins il est des complications inflammatoires ou catarrhales qui en exigent l’usage. Quant aux aliments, ils doivent être puisés uniquement dans le règne végétal, et presque jamais dans le règne animal, si ce n’est quelquefois à la fin de l’automne et dans les convalescences.— Quant aux saisons irrégulières, le régime doit varier selon l’espèce de saisons et d’anomalies. La première irrégularité commune à l’hiver et au printemps est celle dans laquelle l’hiver est sec, froid et soufflé par les vents du nord, et le printemps pluvieux et dominé par les vents du sud (1). Dans la première saison, on a à redouter les maladies inflammatoires ; dans la seconde, les catarrhales-bilicuses gastriques; enfin, dans l’élé qui suit le printemps, les fièvres bilieuses-catarrhales. ■ — Le régime prophylactique que les sanguins et les pléthoriques doivent observer durant l’hiver sec, froid et nquilonaire, ainsique dans toutes les saisons qui lui ressemblent, consiste à user d aliments doux, humectants, et surtout de végétaux dans lesquels entrent peu d’assaisonnements; à boire moins de vin que de coutume, et à le mêler avec de l'eau ; à faire des exercices modérés; à se livrer nu sommeil plus long-temps que de coutume, et à éviter les impressions subites du froid, et les boissons froides lorsque le corps est échauffé. — La diète convenable dans les saisons pluvieuses, où dominent les vents du sud, consiste à fortifier les organes que la chaleur, jointe à l'humidité, jette dans le relâchement et la faiblesse, à favoriser l’expansion de la force excentrique, et à prévenir la tendance aux affections catarrhales, bilieuses, etc. , que

(l) llipp., apb. 11, scçt, in.

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favorise une semblable constitution. En conséquence, la nourriture doit êlre succulente et tonique : il est bon d’user d’assaisonnements et de vin plus que de coutume, ainsi que du café à l’eau, des amers, en un mot, des fortifiants ; de faire beaucoup d’exercice et des frictions sèches, de porter des habits chauds et idioéleclriqucs; enfin, de recourir de bonne heure aux évacuations, lorsqu’il se manifeste des signes de saburres existantes dans les premières voies.

Une autre irrégularité de l’hiver et du printemps (t) est lorsque la première saison est pluvieuse , tranquille et dominée par des vents méridionaux, et qu’à un semblable hiver succède un printemps sec et aquilonaire. On conçoit aisément, d’après ce que je viens de dire , que l'on doit se comporter, durant les hivers humides et austraux, comme dans les printemps qui sont constitués de même, et durant la constitution sèche et aquilonaire du printemps, comme dans les hivers d’une constitution semblable. La saignée est rarement utile dans les saisons humides pendant lesquelles les vents du sud ont soufflé : ce sont les vomitifs, les purgatifs, les vésicatoires, les ammoniacaux , les diapnoïques , en un mot les excitants et les toniques , qui sont les moyens les plus convenables dans les maladies qui régnent durant ces saisons : au lieu que dans celles qui sont sèches et dominées par les vents du nord , ce sont en général les saignées et les antiphlogistiques qui sont les plus propres à diminuer l'irritation inflammatoire et la concentration des forces. — La première irrégularité de l’été et de l’automne a été décrite par Hippocrate (aph. 13 , sect.

III); elle consiste en ce que l’été est sec et boréal, et l’automne suivant pluvieux et austral. Ce sont les tempéraments sanguins et bilieux qui sont les plus exposés aux maladies inflammatoires et bilieuses delà première saison. Ils doivent, par conséquent , mettre en usage les moyens anti-phlogistiqucs dont j’ai déjà parlé, et qui sont appropriés aux saisons sèches et boréales. Comme les constitutions lymphatiques faibles se trouvent bien de la température lroide et sèche , et que les progrès de la constitution catarrhale sont enrayés par l’action de cette température , il suffit qu’ils mènent une vie sobre et régulière pour ne pas perdre

les avantages d’une semblable saison , « qui leur est extrêmement favorable. Quant à l’automne , il convient d’user des moyens sthéniques dont j’ai parlé en traitant du régime qu'il convient d’observer dans les saisons pluvieuses et australes , et de recourir aux vomitifs et aux purgatifs dès qu’il paraît le moindre indice d’humeurs saburrales.

Comme les maladies qu’enfantent ces deux saisons irrégulières se développent principalement durant l’hiver qui suit, et comme ces maladies sont bilieuses-catarrhales , ou catarrhales-bilieuses , on conçoit aisément que les moyens curatifs les plus efficaces sont en général les vomitifs , les purgatifs administrés dans le principe, les vésicatoires, les anti-septiques excitants et toniques, et souvent les vermifuges. — La seconde irrégularité de l’été et de l’automne est l’humidité et la dominance des vents du sud, qui ont lieu durant ces deux saisons : on doit s’attendre, dit Hippocrate, à beaucoup de maladies durant l’hiver qui suit (l). Cette conslituliou australe , continuée pendant deux saisons , produit des maladies catarrhales chez les pituiteux, et des affections bilieuses ou catarrhales chez les hommes qui passent quarante ans. Le régime et les autres moyens prophylactiques et curatifs sont les mêmes que ceux indiqués plus haut en parlant des saisons pluvieuses et australes. — L’automne est irrégulièrement constitué lorsqu'il est sec et boréal. Cette constitution automnale est favorable aux personnes pituiteuses; mais elle nuit aux sanguins ( surtout lorsque l’été qui a précédé a été de même sec et dominé par les vents du nord ), aux bilieux et aux mélancoliques. Les personnes pléthoriques et bilieuses doivent s’astreindre à un régime humectant, adoucissant,, et surtout végétal et acescent; elles doivent faire peu d’exercice, prolonger leur sommeil ; en un mot , tout ce que j’ai dit êlre capable de prévenir le refoulement des forces et l’éréthisme inflammatoire.

§ IV. Régime des constitutions et des âges. — La diète végétale convient généralement aux tempéraments sanguins et bilieux ; ils ne doivent user de viandes qu'avec modération , parce qu’elles produisent la pléthore sanguine et bilieuse. Les sanguins néanmoins , pourvu que le sang ne soit pas surabondant , peuvent

(1) llipp., aph. 19, sect. m.

(t) De Acre, Aquis et Loci**

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user librement de tous les genres d’aliments et de boissons ; il convient même que leur vie soit très- variée : c’est particulièrement à eux que s’applique le conseil de Celse, de ne s’astreindre à aucune règle particulière de régime, mais, au contraire , d’en suivre un très-varié. Il n’en est pas de même des pléthoriques : les aliments qui leur conviennent doivent être peu nourrissants, et leur boisson rafraîchissante ; il est utile qu ils fassent un exercice modéré et réglé d’après les différentes saisons, qu’ils s’abstiennent de café et de liqueurs, qu’ils boivent en petite quantité du vin pur ou mêlé d’eau ; la bière même est préférable. Les salades , les fruits, les herbes potagères, comme la laitue, la chicorée, le pourpier, les oseilles, les bouillons maigres , et les viandes blanches assaisonnées avec les acides, comme le vinaigre, le suc de limons, le verjus .sont les aliments qui leur conviennent le mieux. Les pléthoriques et ceux qui ont beaucoup d’embonpoint doivent encore plus éviter les aliments succulents : ils doivent s’abstenir surtout des substances grasses, huileuses, et des assai onnemenls recherchés, qui, en augmentant la diathèse sanguine, ou la diathèse inflammatoire , décideraient nécessairement des maladies graves de ce genre. Par la même raison , ils doivent boire très-peu de vin et rarement pur, préférer la diète végétale et les viandes blanches, et s’interdire celles qui abondent en fibrine. — Ce même régime convient aux tempéraments bilieux ; il est propre à enrayer les progrès des affections bilieuses. Ils doivent, ainsi que les pléthoriques, n’user qu’avec beaucoup de modération des assaisonnements âcres et aromatiques , et généralement de toutes les substances irritantes et échauffantes.

Leur nourriture, comme l’a fort bien dit Hippocrate, doit être humectante : Biliosis ratio viclus humée tan s adhibenda (de Ajfcctionibus ). Les acides leur conviennent particulièrement , biliosis naluris acetam confort (de P ici. rat.), et ils doivent s’interdire le lait , le fromage, les graisses, les viandes noires et les aliments doux, sucrés , mielleux, qui, ainsi que l'avait déjà remarqué Hippocrate, augmentent la quantité de bile dont ils abondent. Il est utile aussi qu’ils ne boivent que peu de vin, et rarement. L’eau est la boisson qui leur est la plus avantageuse : outre qu’elle jouit réellement de la vertu anli -spasmodique , elle a encore celle de s’opposer au dévelop-

peinent de l’état bilieux ; elle est par conséquent capable de prévenir les explosions gastriques auxquelles les chaleurs de l’été ou d’autres causes donnent souvent lieu. Hippocrate en recommandait l’usage dans la fièvre ardente , le choléra , et les autres affections dépendantes de la diathèse bilieuse. Les exercices des bilieux doivent être modérés , et leur sommeil prolongé. — Les mélancoliques doivent s’abstenir des aliments grossiers, visqueux, et entre autres des farineux non fermentés, des substances flalulentes et difficiles à digérer, ainsi que des forts assaisonnements , et généralement de tout ce qui peut exciter la sensibilité déjà trop exaltée , et augmenter les progrès de l’animalisation. Le pain bien fermenté et bien cuit ; les chairs des jeunes animaux, ou plutôt les viandes blanches et gélatineuses , comme celles de veau, d’agneau , de poule , de poulet ; les herbes potagères et les fruits ; les vins légers et trempés, la petite bière , le petit cidre , sont les aliments et les boissons les plus convenables à ce tempérament.

Les viandes noires qui abondent en fibrine, comme celles des vieux animaux, ou de ceux dont la vie a été très-exercée, comme le bœuf , le pigeon, le gibier ; les poissons de mer, et surtout les cétacés, ceux d’étang ; les viandes enfumées et salées ; les légumes, le lait et le fromage, leur sont préjudiciables. Les crèmes d’orge , de riz, etc., leur sont très-utiles, parce qu’elles sont adoucissantes et qu’elles provoquent le sommeil. Il faut ajouter à ce régime de légers exercices en plein air, dans une atmosphère tempérée et un peu humide , et éviter trop de dissipation et trop d’oisiveté.

Les aliments et les boissons qui sont utiles aux tempéraments sanguins, bilieux et mélancoliques, ne conviennent point aux pituiteux; ils leur seraient très-nuisibles : un régime opposé est celui qui leur est approprié. La laxité des solides , l 'aquosité des humeurs , la domination d’action du système cellulaire et lymphatique , et l’imperfection de l’animalisation , conlre-indiqucnt l’usage des substances relâchantes, adoucissantes et acescentes. Le régime de Pythagore est très-contraire aux pituiteux : ils ne doivent user que très-modérément des végétaux, et parmi ceux qui leur conviennent on trouve les plantes dites animales, parcequ’ellcs contiennent de l’azote; les plantes âcres , qui provoquent lçs urines et la transpiration , comme

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les crucifères ; les diurétiques chauds, tels que le persil , l’asperge et les aromatiques, qui excitent vivement l’action des solides. Les pituiteux doivent s’abstenir des aliments humectants, visqueux , gras , de la chair des jeunes animaux, des poissons, des farineux non fermentés , et des Jégumineux , surtout de ceux qui ont une gousse. Leur nourriture doit consister en viandes abondantes en fibrine, telles que le bœuf, le mouton, le pigeon , le gibier, etc. : ils n’ont pas à redouter les assaisonnements, ni l’usage des vins vieux, légers , mais généreux , purs ou mêlés d'un peu d'eau, non plus que du café et même des liqueurs fortes, mais pris modérément. Il n’est pas de constitution dans laquelle il soit plus nécessaire de prendre de l’exercice, et surtout dans un air sec et chaud : aussi voiton rarement des pituiteux parmi les soldats, les laboureurs et les hommes de travail. Ce tempérament est souvent le produit de l’oisiveté, et le travail le fait disparaître insensiblement. Il convient aussi que les pituiteux dorment moins longtemps que les autres hommes. « Le som- » raeil , ainsi que l’a fort bien dit Hip- » pocrate , humecte, et la veille dessè- » che. » Il est nécessaire que les adultes de cette constitution endurent quelquefois la faim, qui dessèche les corps, et qu’ils séjournent dans les pays montagneux exposés au nord ou à l’est. • — Enfin , tout ce qui peut augmenter l’action et établir une juste répartition des forces dans toutes les parties, toutes les choses capables de favoriser l’animalisation et d'augmenter les sécrétions, sont on ne peut pas plus avantageuses à celte constitution. L’engourdissement et l’apathie des organes du pituileux.qui en font presque un automate, nécessitent l'usage des excitants et des toniques.

Le régime des différents âges de la vie doit avoir pour base celui des constitutions et des saisons qui leur sont analogues ; car, comme je l’ai exposé plus haut, la constitution de l’enfance est la pituiteuse, celle de la jeunesse est la sanguine, celle de l’âge viril la bilieuse; enfin celle de la vieillesse la mélancolique ou la pituiteuse. Néanmoins, les enfants , quoique pituiteux, de même que les jeunes gens dont la constitution est sanguine, ne doivent faire usage que de peu de viandes: ce sont les légumes, les herbes potagères et les fruits dont il convient de faire leur principale nourriture : le vin et les liqueurs devraient leur être

absolument interdits jusqu'à dix-huit ou vingt ans. La nourriture purement animale serait extrêmement préjudiciable dans les premiers temps de la vie , en ce qu elle nuirait au développement des organes. On voit par le caractère gélatineux des humeurs et les appétits de l’enfancc pour les productions végétales, que la nature a pour but de s’opposer à une trop grande a.otisation des sucs nourriciers, afin que, plus éloignés de l’état albumineux et glutineux , ils se durcissent moins , et forment des solides plus lâches , plus flexibles, et qui prêtent convenablement à l’extension et à l’accroissement du corps. Le vin et les liqueurs contrarieraient également le vœu de la nature, parce que ces boissons sont très-irritantes, et que l’irritabilité est très-grandeà cetàge; maisà mesureque la vie fait des progrès, la diète animale devient plus nécessaire, de mêmejque l’usage du vin, parce qu’il y a plus à réparer, et que Y azotisation doilêtre moins entravée pour que les humeurs, plus animaliséesct plus concrcscibles, puissent donner aux parties qu’elles réparent toute la solidité dont elles doivent jouir dans le solstice et le déclin de la vie. On conçoit aisément, d'après cela , pourquoi dans l’enfance l’action des systèmes cellulaire, lymphatique et gastrique est plus grande que dans les autres âges, et pourquoi la gélatine est plus abondante : mais à mesure que l’on avance dans le cercle étroit de l’existence animale, l’action de ces systèmes diminue , elle cesse presque entièrement dans la vieillesse, et les fluides acquièrent alors un excès d'animalite'.

En général , les jeunes gens doivent fuir l’oisiveté, l'inaction, le trop long séjour au lit, les lits trop mous, les compagnies suspectes, les ouvrages licencieux, les plaisirs vénériens; s'abstenir des aliments succulents très-assaisonnés , des liqueurs fortes , cl ne boire que modérément du vin trempé; en un mot, ils doiveut éviter tout ce qui peut dépraver les mœurs et hâter la consomption du feu de la vie. Le régime, ainsi que je l’ai déjà dit, a une grande influence sur le moral de l’homme. « Le u vin et les viandes, dit Plutarque, af- » faiblissent cl énervent les ressorts de » l’âme. « « Que ceux , dit Galien , qui » ne pensent pas que la diversité du ré- » gime rend les uus tempérants , les » autres dissolus ; les uns chastes , les » autres incontinents; les uns braves,

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» les autres lâches ; ceux-ci doux, ceux- » là querelleurs; les uns modestes , les u autres présomptueux; que ceux, dis- » je , qui nient celte vérité viennent « près de moi , et qu’ils suivent mes « conseils pour les aliments et les bois- « sons : ie leur promets qu’ils en retire- » ront de grands secours pour la philo- » Sophie morale; ils sentiront augmenter a les forces de leur âme; ils acquerront a plus de génie, de mémoire et de prua dence. Je leur dirai aussi quels sont a les boissons, les venls, la température a qu’ils doivent choisir ou éviter (1). » — Hippocrate, Platon, Aristote, et beaucoup d'anciens philosophes, pensaient de même sur cet objet. Or, qu’y a-t-il de plus essentiel , et néanmoins de plus négligé , que les bonnes mœurs , soit qu’on envisage l'utilité publique et la prospérité d’une nation , soit qu’ou ne considère que la santé, le bienfait le plus précieux de la nature ? — Quant aux autres âges , il suffit, pour maintenir l’harmonie des fonctions, de suivre les règles générales et communes à tous les hommes , et d’observer le régime analogue au climat , à la saison , au tempérament et à la profession qu’on exerce. Je donnerai dans la section suivante les préceptes généraux qui concernent les différents états de la vie ; j’insisterai ici sur la froide vieillesse : heureux si je puis contribuer à adoucir les maux attachés à cette dernière période de l’existence. — Cette époque brillante de l’homme, dans laquelle il a acquis le complément de l’organisation et des forces, et où la vie semble être stationnaire, n’est qu’un point de temps, pour ainsi dire indivisible ; un instant fugitif qui s’envole d’une manière imperceptible , et que rien ne saurait fixer. Dès que l’homme a atteint son point de perfection , il marche nécessairement à la décadence ; et, après avoir brillé de l’éclat de la jeunesse et joui de la souplesse et de la flexibilité de ses organes, il voit insensiblement se faner les roses du printemps, et son corps acquérir pas à pas celte rigidité et cette induration qui, entravant l'énergie du feu vital, amènent lentement sa destruction. On pourrait aussi faire remonter la première époque de la vieillese à celle où commence l’àge de consistance , quoiqu alors le dépérissement ne soit encore qu’insensible.

(1) Cbarterius, tome v, page 457.

La vieillesse est plus hâtire chez la femme, mais aussi ses progrès sont plus lents. Le mode d’existence dans les différents âges du sexe féminin n’est pas le même que dans l’homme : la femme en a un qui lui est propre dès qu’elle est parvenue au moment où les organes de la génération commencent à entrer en action , et qui varie dans les autres périodes , d’après les lois de son organisation. « Tout s’anime dans la femme , dit » Roussel , au temps de la puberté : ses » yeux, auparavant muets, acquièrent » de l’éclat et de l’expression ; tout ce » que les grâces légères et naïves ont de » piquant, tout ce que la jeunesse a de » fraîcheur, brille dans sa personne. De » ce nouvel état il résulte en elle une » surabondance de vie qui cherche à se » répandre et à se communiquer. Elle » est avertie de ce besoin par de tendres » inquiétudes et par des élans qui ne » sont que la voix tyrannique et douce » de la yolupté. Pour intéresser puis- » samment toule la nature à sa situation, » elle semble appeler le plaisir à son se- » cours. Lorsque le voeu de la nature » est rempli , elle semble négliger les » moyens par lesquels elle est parvenue » à son but. La femme perd peu à peu » de son éclat : cette fleur délicate du » tempérament qui ne marche qu’avec » la première jeunesse disparaît comme » la rosée du matin. La force dont les » organes liraient leur coloris et leur » force séduisante, diminue, se ralen- » tit; et une flaccidité désagréable suc- » céderait à la souplesse et à la fermeté » élastique dont ils étaient doués , si cet » embonpoint qu’amène ordinairement » l’âge adulte ne les soutenait, et n’en » imposait par un certain air de fraî- » cheur. Si celte nouvelle modification » est incompatible avec la légèreté, la » finesse des traits et cette (aille flexi- » ble qui sont le partage de la puberté,

» elle admet au moins des grâces majes- » tueuses, et des agréments qui, sans » être aussi piquants , ne laissent pas » quelquefois que de servir de piège à » 1 amour. La nature tâche cependant » d’en tirer parti, et de le faire tirer au » profit de 1 espèce : elle ranime par in- ” tervalles l’éclat de la femme ; elle fait » de temps en temps naître de nouvelles » fleurs sous ses pas, pour en tirer de » nouveaux fruits. Mais , enfin , ne pou- » vaut plus la défendre contre les im- » pressions destructives du temps et la » tenant quitte de tout envers l’espèce ,

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» elle abandonne à son individu l’usage » des derniers moments qui lui restent.

» La vieillesse , qui est toujours plus

» liàtivc pour la femme que pour l'hom- „ me , ne succède point immédiatement » à l’époque où elle cesse d’engendrer.

» Il est encore un espace de temps , mais » trop court sans doute , où elle iuté- » resse par un reste d’attraits qui rap- » pelle le souvenir de ceux qu’elle n’a » plus. Elle redouble d’efforts pourcon- » server ce reste précieux et inutile.

» Elle rassemble autour d’elle toutes ses » machines pour arrêter les ravages du » temps* qui la dépouillé tous les jours » de quelque chose : mais si elle pousse » ses soins plus loin que ne l’exige le dé- » sir légitime de faire une retraite hono- » rable; si elle écoute trop cet instinct » qui ne lui a jamais fait envisager d’au- » tre bien que le bonheur de plaire , il » est à craindre que la vieillesse, prête » à fondre sur elle , ne vienne mettre » dans un trop grand jour le contraste « désavantageux de ses prétentions et de » son impuissance.

» Lorsqu’enfin cet âge, qu’un auteur » appelle l'enfer des femmes, est arrivé,

» l’impulsion vitale qui animait tous ses a organes se concentre vers 1 intérieur,

» et se fait à peine sentir aux parties cx- » ternes; l’embonpoint, qui leur servait » de support , se dissipe et les abandonne » à leur propre poids : d’où résulte un » affaissement général qui défigure la î) femme par les mêmes choses qui l’em- » bellissaient autrefois. Parmi les débris » dont elle est entourée , les cheveux ,

» que l’homme perd de bonne heure , se » montrent encore chez elle, et font » voir que les organes de celle-ci ne per- « dent jamais tout-a-fait la flexibilité qui » faisait leur caractère , et qu’uprès avoir j) différé en tout de l’homme , elle dé- » cline encore et vieillit à sa manière. »

( Système physique et moral de la femme , pages 82, 83, 84, 85 et 8G.) —

Il faut distinguer deux périodes dans la vieillesse : la vieillesse verte , senectus cruda, qui commence entre cinquantecinq et soixante ans, et la vieillesse décrépite , qui se manifeste d'une manière non équivoque vers l’âge de soixante-dix ans. Le régime qui convient dans la première doit avoir pour objet de retarder scs progrès en ralentissant la concentration des forces, et en entretenant la souplesse et la flexibilité des fibres , sans diminuer l’énergie du principe vitjl Op doit donc s'interdire a cet âge

les liqueurs fortes, les assaisonnements stimulants, les exercices violents, et éviter tout ce qui peut exciter des passions vives. Il est bon de diminuer la nourriture, surtout au repas du spir, et de ne faire usage que de viandes peu abondantes en fibrine, légères, bien tendres, de pain bien fermenté et bien cuit, de végétaux nourrissants : les aliments farineux ,' visqueux , gras et pesants, doivent être entièrement bannis du régime de vieillards. Le vin , qui a été appelé avec raison le lait des vieillards, leur convient très-bien ; mais il faut qu’il soit d’un âge moyen, peu chargé de tartre, et pris avec modération. Les bains tièdes sont aussi de la plus grande eflicacité pour retarder l’induration et faciliter les sécrétions , et surtout la perspiration , qui est très-diminuée à cet âge : aussi ont-ils été recommandés dans tous les temps , et dans l’antiquité la plus reculée , comme le prouve l’exemple de Kestor dans Homère : ce héros, très-âgé, se baignait avant le repas et ’se livrait ensuite au sommeil. Hippocrate conseillait aussi le bain aux vieillards , et celte doctrine , adoptée par tous les célèbres médecins d’un âge inférieur, est conforme à celle des modernes.

Il convient aussi , à mesure qu’on avance dans la vieillesse, de mener une vie sobre , tempérante , et de mettre de la régularité dans les fonctions. Les repas, ie sommeil, les exercices et le repos, les occupations, les excrétions, tout doit être réglé et se succéder constamment dans le même ordre. L’exercice passif , comme de monter à cheval , d’aller en voiture, est le plus utile; les camisoles de laine, portées à nu sur la peau, et les frictions faites sur l'habitude extérieure, ne le sont pas moins. Enfin, il faut éviter dans la vieillesse les impressions du froid et les grandes évacuations, telles que les saignées, les purgatifs violents , les sueurs abondantes, à moins que, des circonstances particulières n’en indiquent la nécesssité : encore ne doit-on se les permettre, quand le cas 1 exige, qu avec prudence et modération, car elles épuisent le peu de forces qui restent, et augmentent la sécheresse. — La vieillesse décrépite doit être considérée comme une maladie dont la crise est la mort. A celte époque , le corps est courbé vers la terre, il est incapable d’aucune action, le sentiment physique. et moral est presque éteint , les fonctions ne s’opèrent plus avec aisance , les humeurs sont

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âcres et mal élaborées, les solides racornis, et la sensibilité vitale presque entièrement retirée dans ses principaux foyers. Lorsque l'homme est parvenu à ce point de dégradation, il ne doit plus espérer de reculer bien loin le terme fatal ; la coupe de la vie est presque épuisée , et malgré tous les soins et toutes les précautions, une mort douce et paisible viendra bientôt le délivrer d’un fardeau pénible, et terminer ses maux et sa misère. On conseille, dans cette dernière période, le même régime que ci-devant; seulement il faut retrancher de la nourriture , augmenter le nombre des repas, user d’aliments fortifiants, toniques et mous, et s’abstenir entièrement des bains, qui, en augmentant la faiblesse, consumeraient plus rapidement la chaleur vitale. C’est à la vieillesse décrépite qu’est applicable l’aphorisme 14 de la première section : Senibus ante ni paucus calôr; propterca paltcit fomilibus indigent, a multis enim exlirigUitur. — L’amour de la vie, si naturel à l’homme, a fait imaginer dans tous les temps diverses méthodes propres à la prolonger au-delà du terme fixé par la nature. Celles-ci ont été l’objet des recherches d’orgueilleux adeptes qui , au moyen de leurs élixirs , de leurs teintures métalliques et autres compositions plus propres à abréger l’existence qu’à en reculer les bornes , promettaient à leurs prosélytes une vie de plusieurs siècles, et même l’immortalité. 11 est inutile de réfuter de semblables absurdités. La mort prématurée de ces ridicules charlatans prouve assez combien peu on doit ajouter foi à leurs paroles. L’homme, de même que tous les êtres vivants, est né mortel ; et, s’il est un moyen d’allonger le cours de la vie , il consiste dans la sobriété et la tempérance, ainsi que dans le régime propre aux âges, aux constitutions et aux climats ; tout autre moyen quelconque est mil, plus souvent nuisible qu'utile , et doit être rejeté avec la pitié ou le iné-

pris qu’inspirent les inventions des insensés et des fripons.

§ V. Régime du sexe féminin. — Les femmes ont une constitution trèsanalogue à celle de l’enfance. Une plus grande mollesse du tissu cellulaire que dans l'homme, et par conséquent un fonds inépuisable de sensibilité , que renforce l’èxcehlricité des forces ; les sympathies extraordinaires qu’a la matrice avec tous les organes, surtout avec l’estomac, et la vie sédentaire qui est propre au sexe , établissent, ainsi que je l’ai déjà dit, des différences essentielles entre la femme et l’homme, tant au physique qu’au moral.

Il en résulte que , pour prévenir les affections nerveuses auxquelles elles sont disposées par leur constitution, le régime des femmes doit être , à peu de chose près, le même qhe Celui des enfants, et qu’elles doivent s’interdire l'usage des stimulants et des échauffants, tels que les assaisonnements forts, le café, les liquehrs, et h’éser que d’uliments de facile digestion, surtout de viandes blanches et de végétaux , qui ne concentrent pas trop l’action et n’occasionnent pas des désordres nerveux. 11 est nécessaire aussi qu’elles s’assujettissent aux règles diététiques relatives aux tempéraments, aux âges, aux saisons, etc. Qüant aux différents états des femmes, qui exigent dés précautions particulières , j’en parlerai dans la suite de cet ouvrage (IJ.

(1) Ce long chapitre sur le régime est loin d’être aussi précis et aussi complet au oii pourrait le désirer; néanmoins, si l’on considère la difficulté du sujet et le pèà dé développement qu’on lui a donné jusqu’à ce jour, on ne s’étonnera point que nous n’aÿons pas entrepris do complète! cette partie du Tvaitê tl'Iïyÿicïic par des additions et des notes; il y avait d ailleurs trop à faire pour atteindre ce but. Il n’entrait point dans notre plan de refaire les parties de cet ouvrage qu’off peut lire avec quelque fruit. (1, B.)

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