‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 2)Chapitre 41 sur 58 · DU MOUVEMENT ET DU REPOS · texte numérisé non relu

DU MOUVEMENT ET DU REPOS

Rien n’est plus utile à la santé que l’exercice. Cette vérité était connue des anciens, et c’est pourquoi ils firent de la gymnastique la base de l’éducation nationale. l.es premiers habitants de la Grèce étaient persuadés que l’âme acquiert de l’énergie à proportion que le corps prend de la vigueur : ainsi le code de leurs mœurs dériva des besoins de l’homme physique ; la première génération donna des athlètes, et celle qui lui succéda produisit de grands hommes.

Les Grecs élevaient la jeunesse dans toutes sortes d’exercices. Les Romains, qui prirent presque toutes leurs institutions des premiers , avaient établi dans le Champ-de-Mars un gymnase où la jeunesse venait puiser la force et la santc. Tant que ce peuple ignora le luxe et la mollesse, il resta sain, vigoureux, et lut invincible. Ce furent, au rapport de Plutarque, les exercices du Champ-de-Mars et les fatigues de la guerre qui rendirent Jules-César, malgré sa constitution faible et délicate, le guerrier le plus robuste et le héros le plus intrépide. —La santé ne se soutient que par la libre circulation et la juste répartition des forces et des humeurs ; tout ce qui y fait obstacle dérange l’économie animale, et produit des aberrations dans les fonctions ; tout ce qui favorise la régularité et l’harmonie de celles-ci, en maintenant un juste équilibre dans les principaux foyers delà sensibilité, établit la sanie. Or, tels sont les effets que produisent 1 inaction et le mouvement. La première concentre

l’action et les forces et affaiblit, au lieu que les exercices distribuent également l’une et les autres dans les organes, et donnent de la vigueur; c’est pourquoi Celse a dit (lib. 1) : « L’inaction affaiblit le » corps , et le travail le fortifie ; la pre- » mière amène une vieillesse prématu- » rée, et le second prolonge l’adolescen- » ce. » — Le défaut d’exercice jette les organes dans l'inertie : c’est surtout l’organe extérieur qui en souffre ; il perd son activité; la circulation se raleutit, les sécrétions diminuent , surtout celle de l’humeur perspirable ; les humeurs , qui suivent le courant des oscillations nerveuses, sont refoulées dans l’intérieur; il se forme des embarras, des obstructions dans les viscères : le système nerveux acquiert une mobilité et une sensibilité extraordinaires. Qu'on ne soit donc plus étonné si les obstructions , surtout celles des glandes, sont si communes parmi les personnes qui mènent une vie oisive et casanière , et si les maux de nerfs, l’hypochondrie, l'hystérie , etc-, sont le partage ordinaire des enfants, de l’abondance et de la mollesse. Celui qui croit se procurer delà santé en vivant dans l’inaction est aussi peu sensé, dit avec raison Plutarque, que celui qui se condamnerait au silence pour perfectionner sa voix.

La vie oisive ne produit pas seulement des maladies, mais elle rend encore l’homme inutile à la société, et donne naissance à tous les vices. L’inaction est la source fatale d'où découlent la plupart des calamités qui affligent l’espèce humaine. — H est indubitable, comme le prouve l’histoire des nations, que le luxe et la mollesse, en énervant les corps

HVGlilfE.

et en corrompant les mœurs, ont amené la décadence et la chute des empires : ce sont ces deux causes qui ont produit les révolutions et opéré la dégénération de l’espèce humaine ; et ce ne sera qu’en prémunissant la génération future contre nos vices, et en établissant dès l’enfance les fondements d’une bonne constitution, que l’on parviendra à former des citoyens forts et vertueux , et à faire fleurir et prospérer un pays. L’expérience a prouvé jusqu’à quel point s’étend la puissance de l’éducation , car la plus mauvaise constitution peut être corrigée et même entièrement changée par l’effet d’une vie dure et austère , commencée dès le bas âge. Ce genre de vie rend les corps peu sensibles aux impressions de l’atmosphère et aux vicissitudes des saisons. Des enfants faibles et délicats , qu’on avait accoutumés dès leurs premières années à user d’aliments simples et grossiers, à s’exercer en plein air, et à supporter le grand chaud et le grand froid, sont devenus forts, robustes, et capables de résister à l’action des causes de maladies les plus puissantes (1 ). De même, on parvient à former le cœur et l’esprit et à donner une direction utile aux passions humaines, par de sages institutions et une morale basée sur la nature de l’homme. On a réussi par elles à changer les inclinations vicieuses les plus fortes, et à inspirer l’amour des vertus et des lois. L’exercice le plus salutaire est celui qu’on prend en plein air, qui met en action le plus grand nombre des parties , et qui est proportionné aux forces de l’individu : tels sont les promenades à pied dans les lieux agrestes , l'équitation, la voiture, la natation, la navigation, la course , la danse , l’escriine,

(1) Platon rapporte que, dans sa jeunesse, les enfants étaient élevés durement, et qu’on ne connaissait guère alors les rhumes et les catarrhes , mais que ces maladies étaient devenues très- communes depuis qu’on s’était relâché de la vie austère des anciens Grecs. Ce philosophe pensait même que l’influence des mœurs sur la santé est telle , que l’on peut juger de leur corruption, dans une ville, par le nombre des médecins. On remarque aussi que les hommes dont le genre de vie approche le plus de celui des peuples qui vivent dans la simplicité cl l’innocence, sont bien moins sujets aux maladies et parviennent à un plus grand àgo

que (jeux dont la civilisation est avancée,

la chasse, les jeux du volant, de la paume , du mail , etc. Non-seulement ces exercices et ces jeux favorisent l'égale répartition des forces dans tous les organes et donnent au corps de l’agilité et de la vigueur, mais encore ils récréent l’âme, et font naître des sentiments agréables. — Il est des médecins qui ont recommandé les exercices après le repas; d’autres prétendent qu’ils troublent la digestion , et que le repos est préférable. Ne pourrait-on pas, dit Plutarque, concilier ces deux sentiments, et, pour garder un juste milieu, s’abstenir des exercices corporels immédiatement après Je repas , mais y suppléer par celui d’une conversation amusante, qui fixe l’attention sans fatiguer , et qui occupe agréablement l’esprit? Tels sont les entretiens qu’on a appelés le dessert des gens de lettres , et qui roulent sur ces sujets riches et agréables dont l’histoire , la poésie et la philosophie sont une source intarissable. Ce conseil est très-sage et mérite d’être suivi. Il est très- utile à la santé que l’exercice soit pris plutôt avant le repas qu’immédiatement après, à moins qu’il ne soit très-modéré; aulrementil pourrait troubler la digestion, au lieu que le repos, ou, ce qui vaut mieux encore, les conversations amusantes, et tout ce qui récrée et délasse l’âme , aident et facilitent cette fonction.

Les exercices ne doivent être ni violents, ni continués trop long-temps. La grande fatigue, loin de fortifier, affaiblit au contraire la machine, l’épuise, concentre le reste des forces dans l'intérieur, et, en accélérant ainsi les progrès de l’endurcissement, amène uue vfeillesse précoce. — Les exercices doivent être accommodés aux constitutions et aux saisons. Ce sont surtout les pituiteux, les enfants et ceux dont le genre nerveux est très -irritable , auxquels ils sont indispensables , particulièrement dans les saisons humides. Les sanguins, les bilieux, les mélancoliques et les vieillards n’en ont pas autant besoin, et doivent en faire moins, surtout dans les saisons froides et sèches, de même que dans celles qui sont sèches et chaudes. — L exercice le plus approprié à l’homme est celui de la promenade à pied. La nature lui a donné deux jambes, non pour se faire traîner en voiture, mais pour en faire usage et se transporter d’un lieu à un autre. La voiture, la litière et la chaise à porteur ne conviennent qu’aux personnes très-faibles et aux vieillards

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décrépils. Elles peuvent encore convenir aux élégants et U ces êtres équivoques, dont tout le mérite consiste dans l’opulence, et qui ne peuvent se faire remarquer dans lu foule qu’à la faveur de leurs clievaux, de leurs équipages ou de leurs ridicules. — 11 est très-avantageux aux citadins de sortir tous les jours de la ville, pour se promener dans la campagne. L’air pur qu’on y respire, le parfum suave qu’exhalent les plantes et les arbres, lorsque la végétation est en pleine activité, et les distractions agréables que procure l’aspect de la simple nature, répandent un sentiment de bien-être dans tous les organes, et ne contribuent pas peu à maintenir la santé. Outre cela, on se familiarise .avec le grand air, et on s’aguerrit contre ses impressions et les changements de temps. Enfin, l’organe de la vue s’affermit et acquiert de l’étendue dans la campagne. Il en est de ce sens comme des autres ; il se perfectionne par l'üsuge. L’expérience prouve que ce qui concourt le plus à affaiblir les yeux, c’est de ne pas les exercer : on trouve beaucoup de vues courtes dans les villes, et presque pas dans les campagnes.

— L’équitation est une sorte d’exercice aussi salutaire qu’agréable, qui convient aux convalescents, aux personnes faibles, valétudinaires ou cachectiques. Elle augmente les forces, et entretient ou rétablit l’équilibre entre l’intérieur et l’extérieur : c’est pourquoi elle a un succès marqué dans quelques espèces de phthisies, et surtout dans les nerveuses, les affections hystériques, l’hypochondriacisrne, la goutte, etc. Sydenham regardait l’exercice du cheval comme un des moyens les plus efficaces dans beaucoup de maladies.

Les mouvements du cheval doivent être proportionnés aux forces du cavalier. Les personnes très-faibles doivent aller au pas ; elles doivent éviter le trot et le galop ; ces allures ne peuvent être utiles7 qu'à ceux qui conservent assez de vigueur pour résister aux secousses plus ou moins fortes qu’elles font éprouver.

— L’équitation habituelle n’est pas exemple d’iheonvénients ; elle donne lieu h diverses incommodités : telles sont entre autres les hémorrhoïdes (1). Ces

(1) L’équitation habituelle peut donner

lieu à quelques maladies; mais je doute qu’on puisse dans ce nombre placer les hémorrhoïdes ; loà seçou&ses du çheval

tumeurs sont l’effet de la pression et des secousses auxquelles on est exposé sur la selle ; souvent même, après une course longue et précipitée, il survient au voisinage de l’ttnus des inflammations qui sc terminent fréquemment par des abcès et des fistules. Les hernies sont trèscommunes aussi chez les cavaliers ; les mouvements de pressionet les secousses habituelles rendent les efforts des viscères abdominaux d’autant plus puissants vers lés aines, que les anneaux des muscles du bas-ventre présentent dans ces cas mollis de résistance. Ces ouvertures, quoique très-serrées et presque fermées par le péritoine, perdent peu à peu leilr ressort, et laissent échapper la portion des viscères qui leur est contiguë. Le trot ne contribue pas peu à la production des hernies , et le cavalier cuirassé y est bien plus sujet encore que les autres, parce que la compression qu’exerce la cuirasse sur l’épigastre repousse davantage les viscères vers la région hypogastrique.— Le trot fait souvent sauter et retomber le cavalier sur la selle, ou se froisser contre l'arçon : ainsi il court risque de sc blesser aux parties génitales: le gonflement et l’inflammation sont les accidents qui en résultent ordinairement. — Le mouvement continuel du cheval oblige le troüc aune flexion et à une extension successives, qui fatiguent considérablement et donnent lieu à des maux de reins , à des pissèmeuls et quelquefois à des crachements de sang. Aussi les postillons, les courriers, el ceux qui courent ia poste, sont-ils exposés à ces sortes de maladies. La cuirasse oblige par sou poids aune plus grande flexion, et l’effort que font les muscles pour l'extension étant par conséquent plus grand, expose davantage aux accidents dont je viens de parler. Cette même cause donne fréquemment lieiià la fausse gastrite, ou a l’inflammation des muscles qui recouvrent la partie de l’épigastre sons laquelle sont situés l’estomac et le petit lobe du

sont plus propres à fortifier les parois des vaisseaux hémorrhoïdaux qu'à les affaiblir; et l'équitation me partit être plutôt un préservatif qu’une cause de cette maladie, C’est l'opinion de feu M. Monlègrc, auteur du savant et profond article Ht:- MOiutiioÏDES, du Dictionnaire des sciences médicales ; c’est aussi celle de M. Larrey, qui dit avoir vu des cavaliers débarrassés du tumeurs liémorrhoïdales par la marche forcée d’un jour de bataille. (L Ü-)

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foie. On pourrait éviter les hernies en faisant porter aux cavaliers des culottes ou des pantalons dont les ceintures seraient fort hautes, toujours très serrées, et qui appuieraient un peu fortement sur les anneaux. U serait à propos aussi qu’ils se servissent du suspensoir pour empêcher le mouvement du trot de blesser les parties de la génération. — La voiture est un geure d’exercice qui convient particulièrement aux personnes faibles et à celles d’un âge avancé ; mais il ne faut pas que cet exercice soit une course fatigante: il doit être réglé sur les forces de l’individu, et cesser dès qu’il éprouve de la lassitude. 11 est à propos de changer fréquemment de position pour empêcher que les ébranlements que produit la voiture n’aient toujours la même direction.

La chasse est un amusement aussi sain qu’agréable, pourvu qu’U ne soit pas porté à l’excès. L’homme a un penchant naturel pour la chasse, il lui est commun avec les animaux ; le sauvage ne sailque combattre et chasser. C’est un exercice qui doit succéder aux travaux de la guerre, et qui doit même les précéder : savoir manier les chevaux et les armes sont des talents communs au chasseur et au guerrier. C’est l’école agréable d’un art malheureusement nécessaire; elle fait une diversion entière aux affaires, elle offre un délassement sans mollesse, et donne un plaisir vif sans langueur, sans mélange et sans satiété. On Irouve'aussi de très-grands avantages dans les antres jeux qui, comme l’escrime, la paume, le ballon, l’escarpolette, la natation, le volant, le billard, la boule, les quilles, etc., donnent du plaisir à l’àme, en même temps qu’ils exercent le corps. — La danse est une sorte d’exercice très-ancien et en usage chez tous les peuples, même parmi les sauvages ; ce qui n’est pas étonnant, car les hommes ont une inclination naturelles produire aq dehors les affections et les sentiments qu’ils upi ouvent, non-seulement par le moyen du langage articulé, mais encore par celui du geste et des mouvements du corps.

Llle est 1 expression de la nature, ou plutôt une pocsic muette, comme l’appel.lil Simonide. Les Grecs estimaient beaucoup la danse, et se piquaient d’y exceller; mais ils l’énervèrent par la mollesse et la volupté, et elle devint bientôt chez eux l’école du vice et des mauvaises m cours. — Platon n’admettait que deux sortes de danse, celle appelée or-

chestrique, qui était caractérisée par des grâces tendres, un geste modéré , un corps bien dessiné et des pas justes; et une autre, à laquelle on avait donné le nom de pales trique, qui consistait en des mouvements vifs , rapides et ondoyants. Celle-ci servait à assouplir et à fortifier les membres. Il y en avait encore une autre espèce chez les Grecs, la cybislique, qui élait l’art de faire des sauts et des tours périlleux. — La danse française a, indépendamment des avantages des autres exercices, celui de bien placer le corps, de faire baisser les épaules et de les retirer en arrière, ce qui donne plus d’étendue et de jeu à la poitrine. La danse est de tous les exercices celui qui convient le mieux au sexe féminin : elle est pour lui ce que l’équitation est pour les hommes ; elle est le meilleur préservatif et le remède le plus efficace contre les pâles couleurs et les attires maladies de langueur qui surviennent à l’àge de puberté, et qui sont ornaiiement l’effet de la vie casanière* à laquelle une éducation vicieuse oblige pour l’ordinaire les jeunes personnes.

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