PROFESSIONS (I
L’homme n’est pas né pour l’oisiveté ; la nature, dans sa bienfaisance, l’a voué au travail ; elle a voulu que, pour son plus grand avantage, il aidât ses semblables, et qu’il en fût aidé. La vie active est d'ailleurs le rempart le plus puissant de la vertu et l’égide de la santé; bien plus, c’est que la machine animale, pour
(1) Tourfelle, dans ce qui concerne les exercices inhérents aux différentes professions, s’est al taché principalement à signaler les maladies que ces professions peuvent causer; il s’occupe moins des moyens de les prévenir par l’usage bien entendu des agents hygiéniques. Je ferai en sorte de réparer cette omission par des notes dont quelques-unes seront tirées de l’utile ouvrage que mon ami le docteur Pâtissier vient de publier sur les maladies des artisans, et qui a pour titre : Truité des maladies i les artisans et de celtes qui résultent des diverses professions, d’après Ramàxzini ; par Pli. Pâtissier, ancien élève interne de l'Hôlel-Dieu de Paris, médecin adjoint du troisième dispensaire, etc., in-8», 1822. (I. D.)
HYGIÈNE
bien ;iller, ne doit pas plus garder le repos que l'atmosphère, aux vicissitudes de laquelle nous sommes conslaminent exposés; et pour que notre vie soit durable, nous 11e devons pas rester dans l’inaction et la mollcsse.il faut que l’homme se livre tour-à-tour au repos et au travail, et qu’il se fatigue même. C'est une opinion aussi absurde que ridicule de croire que, pour se bien porter et vivre long-temps, il faille mener une vie uniforme et garder toujours la même assiette , quand tous les êtres avec lesquels nous sommes en rapport sont dans des révolutions continuelles. Les changements sont absolument nécessaires pour nous préparer à ces violentes secousses qui ébranlent quelquefois les fondements de notre existence. Il en est des animaux comme des plantes, qui acquièrent de la force et de la vigueur au milieu des orages, et par le choc des vents contraires. — Les travaux sont aussi utiles à la sauté et au bonheur qu’à la société. Considérez les habitants des campagnes : occupés toute la journée à des exercices pénibles et fatigants, ils n’en chantent pas moins au milieu des travaux champêtres; ils jouissent de la santé, tandis que les cita • dins, énervéspar la mollesse, bâillent au sein des plaisirs. « La goutte est à la ville, j> dit La Fontaine, et l’araignée est aux j) champs. » Le travail, fils du besoin, est le père de la santé et du bonheur. Ne plaignons donc plus autant les heureux villageois : au milieu des fatigues et des peines, ils goûtent les douceurs de la santé, delà paix et de l’innocence; il n’y a de vrais malheureux que ceux qui, au sein de l’abondance, languissent dans le repos et la mollesse, qui leur ôtent les moyens de jouir.
Néanmoins, pour que les travaux entretiennent ou affermissent la santé, il faut qu’ils soient proportionnés à l’état des forces,, car, lorsqu’ils sont portés à l’excès, ils ruinent la santé et font vieillir avant l’âge (1). Ces effets sont produits
(1) La profession d’agriculteur, si utile et si honorable, a élé célébrée et justement honorée par les poètes; mais elle est moins fortunée et surtout beaucoup moins salubre qu’ils ne l'ont insinué et qu’on ne le croit encore communément.
Souvent, dans un âge peu avancé, le- cultivateur est assailli d’infirmités, fruit trop ordinaire d’un travail dur et pénible qui expose sans cesse aux intempéries de l’atmospbèro et aux funestes influences
par une concentration forte et habituelle des forces. Celles-ci, retenues et comme fixées à l'intérieur par l’excès de la fatigue, les autres organes ne se rétablissent qn’incomplètcmcnl dans leur ordre naturel d’action et de réaction. Il suit de là que l’organe extérieur, privé de la portion d’action qui lui est nécessaire pour contrebalancer celle de l’intérieur, s'endurcit et acquiert de jour en jour la fermeté et la raideur qui caractérisent la vieillesse. Il est faux, ainsi que quelques égoïstes l’ont avancé, que les hommes qui sont obligés de se livrer à des travaux pénibles et excessifs vivent aussi long-temps que les riches, qui jouissent sans abuser. Une semblable opinion, dit avec raison Raynal, a été mise en avant pour consoler les misérables que la fortune a condamnés à traîner leur existence sous le poids des maux, en leur persuadant que leur état était le plus propre à maintenir la santé. Ce sophisme a été imaginé pour achever de détruire toute sensibilité dans le cœur du riche et le dispenser de la bienfaisance. Les hommes qui, par état, se livrent habituellement à des travaux rudes et accablants, sont trèsvieux à l’âge de soixante ans, et passent rarement ce terme, au lieu que ceux qui usent avec sagesse des faveurs de la fortune atteignent fréquemment et passent même quatre-vingts ans. Il est ncan-
de l’humidité. Fréquemment mal vêtu, mal nourri, plus mal logé encore, sa résistance vitale est peu en rapport avec la gigantesque apparence de sa force musculaire : aussi, peu de jours de maladie l'affaiblissent beaucoup , et son instinct lui demande sans cesse des fortifiants, qui sont moins nuisibles peut-être qu’on 11e pourrait le supposer, même dans les maladies inflammatoires. C’est sans doute après avoir fait de semblables remarques que Ramazzini avait cru devoir s'élever avec énergie contre les saignées et les purgations dont on abusait si étrangement de son temps chez les habitants de
la campagne. .
Quoi qu'en aient pu dire des médecins lettrés et jaloux de taire des applications qui honorent plus leur esprit que leur jugement, le beau vers de > irgile,
0 fortunatos nitnium, sua si bona nor'vit,
Agricolas!
11c sera jamais un nxiômc de médecine aux yeux de l’observateur inaccessible aux illusions do l'enthousiasme. (I. B.)
HYGIKNF..
moins quelques exemples d'hommes qui, s’étant livrés presque toute leur vie à (les travaux durs et excessifs, sont parvenus à un âge très-avancé. On lit dans les Transactions philosophiques l'histoire de deux vieillards de ce genre, dont l’un mourut âgé de cent quarante quatre, et l’autre de cent soixante-cinq ans. Mais que prouvent de semblables exemples, sinon qu’ils sont fort rares et extraordinaires, puisqu'il est vérifié par l'observation que les trois quarts et demi de ces hommes meurent avant le terme ordinaire (!)?
On peut distinguer en général trois sortes de travaux : 1° les travaux pénibles et qui niellent en action tout le corps ; 2° ceux qui exigent la vie sédentaire, et qui la plupart n’exercent que quelques membres; 3° enfin, les travaux de l’esprit. Quant à ces derniers, je remets à en parler lorsque je traiterai de l’influence du moral sur le physique. — Les travaux pénibles sont ceux qui demandent un emploi considérable des forces : ils ne peuvent être exercés que par des hommes forts et robustes; ces travaux leur sont même nécessaires pour entretenir la libre circulation de l’action dans toutes les parties : mais, comme je l’ai dit plus haut, ils ne doivent jamais être excessifs, ni trop long-temps soutenus; c’est la principale règle qu’il faut suivre pour conserver sa santé. — Ceux qui, par étal, se livrent à des travaux pénibles en plein air, comme les cultivateurs, sont exposés à toutes scs vicissitudes , aux brusques variations du chaud et du froid, et par conséquent à toutes les affections dépendantes de l’influence des saisons et (Us changements extrêmes de température , telles que les maladies inflammatoires, catarrhales , rhumatismales, les fièvres bilieuses, les dysenteries, les fièvres d’accès, etc. Ces causes sont inévitables, et il n’y a qu’une éducation conforme à ec genre de travaux qui puisse préserver
(1) Dans un travail sur la statistique de Paris, M. le docteur Villermé a prouvé que les quartiers les plus pauvres, ceux où les ouvriers abondent , fournissent annuellement plus de décès que les autres, sans tenir compte même des indi vidus qui meurent en si grand nombre dans les hôpitaux, qui sont peuplés par la classe indigente. (Voyez les Bulletins de lu Société médicale (l'Émulation, janvier 1822.) (I. II.)
des maladies auxquelles ils donnent lieu ; seulement on peut tillaiblir 1 action de ces causes par un régime analogue au tempérament, à la saison et à l'état de l'atmosphère.
Les hommes dont les occupations sont de porter des fardeaux pesants, comme les crochctenrs, et tous ceux dont les travaux exigent de longues inspirations et une tension soutenue du diaphragme, sont exposés à l’hémoptysie, aux inflammations de poitrine et du bas-ventre, aux hernies, etc. On ne peut que recommander à ces artisans de ne pas abuser de leurs forces. Il en est qui, par paresse ou par gageure, portent en une fois de lourds fardeaux qu’ils ne devraient porter qu’en deux ou trois reprises, et qui s’exposent ainsi aux plus grands dangers. — En général, les hommes dont les travaux exigent une grande dépense de forces, tels que ceux dont je viens de parler, les forgerons, les charpentiers , les charrons, etc. , ne doivent jamais travailler long-teihps de suite ; il est nécessaire qu’ils se reposent de temps à autre, pour rendre aux organes la portion d’action dont le travail les a privés. — Les travaux sédentaires auxquels on emploie les hommes, tels que les métiers de tisserand, de tailleur, elc. , sont non moins préjudiciables à la santé que contraires au vœu delà nature (I). La plupart des ouvriers sédentaires sont habitués à ces travaux dès l’enfance, ce qui fait qu’ils n’acquièrent jamais la force et la vigueur nécessaires au métier de la guerre et à la culture des champs. On remarque qu’ils ont plus d’adresse et de force dans les parties agissantes, et plus de délicatesse et de faiblesse dans celles qui sont passives, courbées ou comprimées. Ces hommes ont un air faible, les jambes souvent cagneuses, la taille mal proportionnée, et affectent dans leur contenance la posture qui est propre à leurs travaux. Ils sont souvent malades, et vieillissent pour
(I) « Jamais garçon, dit J. -J. Rous- » seau, n’aspira de lui-même à être tail- » leur : il faut de l’art pour porter à ce » métier de femme le sexe pour lequel il » n’est pas fait. L’épée et l’aiguille ne » sauraient être maniées par b» même » main. Si j’étais souverain , je ne per- » mettrais la coulure cl les métiers à l’ai- » gu il le qu’aux femmes, aux boiteux et * aux autres hommes incommodés , rê- » duilsà vivre comme clics. * (Emile.)
llYGIl'NE.
l’ ordinaire de très-bonne beurc. — Les travaux sédentaires devraient être uniquement le partage des femmes, qui, pur un renversement de l’ordre, s'occupent dans les campagnes des travaux les plus pénibles. Le sexe féminin supporte mieux les occupations sédentaires auxquelles il paraît être spécialement destiné. Les femmes sont plus susceptibles de sensations agréables, et ont pour l’ordinaire un plus grand fonds de gaîté. Elles parlent davantage, et leur babil continuel est une sorte d’exercice proportionné à leur état. Elles ont moins besoin d’aliments, et ne s’épuisent point par de profondes réflexions. Elles sont d’ailleurs attentives à mille petits événements de la société, qui suffisent pour exciter leurs passions et les monter au point nécessaire pour entretenir la circulation des forces (l). Si l’on trouve des hommes qui vieillissent dans l’inaction, exempts des infirmités qui en sont le produit, c’est qu'ils opl joui des avantages dont je viens de parler, et qui sont propres au sexe féminin.
Il serait utile à la santé de ceux qui se livrent à des travaux sédentaires, qu’ils y joignissent des travaux plus actifs, ou des exercices qui miisent en action tous les membres, car rien ne nuit plus que la vie sédentaire. Outre qu’elle étiole ceux qui s’y livrent, elle s’oppose encore à fa libre circulation des forces, qui, retenues habituellement dans l’intérieur,
(f) Il s’esl écoulé bien des siècles avant que quelqu’un se soit avisé de rougir du travail des mains, et de se faire de l’oisi- Velé ur. titre de noblesse et de grandeur. Les femmes surtout ne languissaient pas dans une stupide inaction ; elles ne passaient pas leur vie, comme font les nôtres, à jouer, à médire dans les cercles qu'on appelle très-improprement du nom de bonne sociale, et à faire et à rendre des visites de cérémonie; aussi ne connaissaient-elles ni l’ennui, ni les vapeurs, ni les autres affections qu’il est aujourd’hui du bon ton d’avoir, cl sans lesquelles une jolie femme cesserait d'étre aimable.
Après avoir vaqué aux soins domestiques, la principale occupation des femmes, même des reines et des princesses, était de filer la laine et de la travailler sur le métier : telle ét.Aîl celle d’Hélène, de Pénélope, de Calypso, de Circé, et de beaucoup d'autres dont parle Homère. La femme forte de Salomon 'maniait le lin et la laine, tournait le fuseau et donnait
donnent lieu aux affection* hystérique* et mélancoliques. On a observé que c’était principalement dans les pays de manufactures que les affections nerveuses régnaient parmi les gens du peuple. Une cause non moins nuisible à la santé de ces sortes d’ouvriers, c’est leur rassemblement dans un même lieu non assez vaste et souvent peu aéré; il conviendrait au contraire qu’ils travaillassent en petit nombre dans de grands locaux où l'air circulât librement. La plupart, tels que les tailleurs, les cordonniers, etc. , sont forcés, dans leurs travaux, d’avoir le corps courbé en avant ; cette position est extrêmement défavorable ; outre qu’elle nuit singulièrement à la digestion, et qu’en tenant assidûment pliée l’épine dorsale, elle lui fait prendre la forme voûtée, c’est qu’elle gêne l’action des poumons et expose ces organes à des affections fort graves. Stoil'a remarqué que les grandes ej, mortelles inflammations des poumons étaient très-fréquentes chez les hommes qui ont habituellement le corps penché en avant, comme les cordonniers, les tailleurs, etc.; celte attitude soutenue retient tout le système musculaire dans un état de faiblesse relative, gêne la distribution des humeurs dans les viscères du bas-ventre, et les détermine à refluer vers la poitrine, qui est, par l’effet de ces causes, dans un état permanent de pléthore et de congestion.
L’ouverture des cadavres démontre que
deux paires d’habits à ses domestiques.
C’est ce qu’on trouve aussi dans tous les anciens auteurs, et notamment dans Théocrile, Térence, Virgile et Ovide. Rien «le plus beau que la peinture que fait ce dernier de Lucrèce travaillant avec toutes ses esclaves à une lucerne, sorte «le vêtement qu elle faisait pour son mari. Ces mœurs anciennes ont subsisté long- temps chez les Romains, qui les avaient consacrées dans les épousailles par une cérémonie qui consistait à faire porter devant In mariée une qycnouiUc et un fuseau. Elles subsistaient encore dans des temps de corruption. puisqu’Auguste portait ordinairement des habits faits par sa femme, sa sœur et ses tilles. Tous ces ouvrages sc font û couvert dans les maisons, et ne demandent pas l’emploi de beaucoup de forces. C’est pourquoi les anciens ne les trou y ai ont pas dignes d’occuper les hommes, et les laissaient aux femmes, naturellement sédentaires, plus propres et plus attachées aux petites choses.
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les poumons sont généralement plus ou moins affrétés chez ceux que leur profession oblige il rester constamment dans une position si peu naturelle.
11 convient donc que ces ouvriers changent souvent de situation , et qu’au lieu de fréquenter les tavernes , les cafés et les maisons de jeu , ainsi qu’ils le font ordinairement pour la plupart, dans leurs moments de loisir, ils aillent se promener et luire de l’exercice au grand air ; qu’ils n’usent que d’alimenls fortifiants , lie viande, de pain bien cuit, de bon vin pris modérément , ainsi que de plantes acres, qui donnent de l’action aux solides et aux flpides; qu’ils s’abstiennent des substances difficiles à digérer, des liqueurs fortes, et généralement de toutes les espèces de débauches (1). — 11 est des travaux qui exposent ceux qui s’y livrent à l'action du feu; d’autres à celles des miasmes délétères; plusieurs, à celles de l’eau ; et d’autres enfin à celle de quelques-unes de ces causes réunies.
Ils exigent des précautions particulières pour sc préserver des maladies qui eu sont la suite. — Les chimistes, les distillateurs, les fondeurs, les verriers, etc., éprouvent tout à la fois les effets de la chaleur et des exhalaisons nuisibles : il en résulte souvent des rhumatismes , des affections graves des poumons, et principalement la toux, l’asthme et la consomption.
Les moyens les plus efficaces pour prévenir cesaffeclions consistent, l°dans la construction des laboratoires et des ateliers ; il faut qu’ils soient disposes de manière que l’air puisse s’y renouveler aisément , et que la fumée et les exhalaisons n’y puissent séjourner long-temps ; 2° il convient que ces artistes ne continuent pas trop long-temps de suite leurs travaux: 3° qu’ils ne se rafraîchissent que par degrés, et qu’ils se couvrent de leurs habits avant que de prendre le grand air, lorsqu’ils ont le corps très -échauffé. — Les boulangers sont sujets aux mômes
(f) Duchan , dans sa Médecine domeslif/nr, <lil que l'altitude dans laquelle travaillent beaucoup d’ouvriers, comme les tailleurs, par exemple, paraît plutôt l’effet de 1 habitude que de la nécessité. On pourrait, njoule-l-il, avoir une table sur laquelle pourraient s’asseoir en rond dix ou douze ouvriers dont les jambes auraient la liberté d’être oti pendantes ou appuyées sur un marche pied , h leur choix. Ouvrage eilé. ( f. 13.)
maladies : outre qu’ils prolongent la veille fort avant dans la nuit, ils sont sans cesse exposés «à la chaleur de leur four; et s ils viennent ensuite à respirer un air froid, ils contractent des rhumes et d'autres affections de poitrine. Ils respirent aussi de ta farine , ce qui, à la longue, leur cause la dyspnée, l'asthme, etc. 11 convient qu’ils évitent les variations subites du chaud et du froid, et qu’ils sc couvrent la tâte avec un linge, pour empêcher l'impression de la farine répandue dans l’air sur les poumons. Ils sont aussi très-sujets aux maladies des paupières par l’effet de ees causes. On leur conseille de les laver fréquemment avec de l’eau fraîche (1). Les meuniers sont exposés aux mêmes inconvénients , et doivent prendre les mêmes précautions. — Les mineurs , et tous ceux qui travaillent sous terre, sont exposés aux accidents qu’occasionne la présence des gaz non respirables. Les mineurs doivent en redouter trois espèces, qu’ils appellent feu brison ,feu sauvage ou terou , le ballon et la moJeUe ou pouisc.
Le feu brison parait u’êlrc autre chose que du gaz hydrogène : il s’échappe des souterrains avec sifflement, et se manifeste sous la forme de toiles d’araignée. Lorsque celte vapeur est renconlrée par les lampes des mineurs, elle s’allume avec une explosion très-violente. Pour prévenir cet accident, on fait descendre dans la mine un ouvrier couvert de linges mouillés et armé d’une longue perche, au bout de laquelle est une lumière; il se couche le ventre contre terre, et met le feu à la vapeur. Dès querintlammation a eu lieu, il n’y a plus de dangers à courir, et on peut descendre dans la mine.
Le ballon paraît sous la forme d’une poche arrondie qui est suspendue en 1 air. Lorsque les ouvriers l’aperçoivent, ils ont de ressource que dans une prompte fuite; car, si le ballon crève sur eux , ils sont à l’inslant suffoqués. On présume qu’il n’est, ainsi que le précédent , que du gaz hydrogène.
(I) Itamaz/.ini conseille aux boulaugers, pour remédier aux fâcheux effets des vapeurs amllacôes , de se laver souvent le visage avec de l’eau tiède, de so gargariser la bouche avec de l’oxycrat, de faire usage d'oxymel. et do. se purger de temps en temps, ou de sc faire vomir quand ils éprouvent de la difficulté à respirer. (I. B.)
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La mofette est une vapeur épaisse qui se forme surtout en été, et qui se dégage lorsqu’on ouvre des fosses profondes , des mines riches en minerai, et surtout de celles qui se sont fermées depuis longtemps avec les déblais. Cette vapeur est mortelle et tue sur-le-champ ceux qui la respirent (I). Elle parait être composée en grande partie de gaz azote , et ne fait point varier sensiblement le mercure dans le baromètre ni dans le thermomètre. Les mineurs sont avertis de sa présence lorsque la lumière de leurs lampes diminue; instruits par l’expérience, ils fuient le plus vite qu’il leur est possible. Cette vapeur les frappe d'asphyxie, et le moindre mal qu’elle occasionne est une toux convulsive qui dégénère ordinairement en phthisie. Ceux qui se sont trouvés dans un espace où cette vapeur s’était répandue à un degré supportable, dit don Ulloa, ont éprouvé un sentiment de formication considérable par tout le corps, surtout aux extrémités, à la face, à la tête; de la surdité, des tintements d’oreilles, une bouffissure aux yeux, qui semblaient leur sortir des orbites; en un mot, les mêmes effets qu’on remarque chez les animaux soumis à l’expérience du vide , ou plongés dans des gaz non respirables. — Pour prévenir les accidents de la mofette , il est prudent , avant de faire descendre les ouvriers dans la mine, d’y porter, au moyen d’une corde, un flambeau allumé : s’il brûle, comme dans l’atmosphère , avec une flamme vive, il n’y a rien à craindre, l’air n’est point méphitique; mais si elle diminue et s’éteint, c’est un indice certain que l’air n’est point respirablc : il faut alors le corriger par le feu et le ventilateur.— Les mineurs sont encore exposés aux affections graves qui dépendent des vapeurs métalliques : tels sont les paralysies, les vertiges, les tremblements, les coliques, etc. ; à celles que produit l'étiolement ou la privation de la lumière, et enfin aux maladies occasionnées par le refoulement des forces et la suppression de la transpiration. — On doit en général favoriser la libre circulation de l’air atmosphérique dans les mines par le moyen des ventilateurs, des galeries, des puits, etc., pour prévenir les malheurs dont sont constamment menacés les infortunés qui sont obligés d’y travailler.
(1) Mémoires philos, hislor. phys., par don Ulloa, tome i, pages 543-31. T
Ce sont surtout les puits de respiration qui sont les plus avantageux et qu’il convient de multiplier. Pour cela, il faut considérer les mines qu’on exploite sous deux aspects différents : ou elles sont creusées dans une montagne au-dessous d’un plan incliné, ou sous un plan horizontal. Dans le premier cas, la colonne d’air du puils diffère , quant à la pesanteur, de celle de l’entrée de la mine, à moins que la température de l’air intérieur de la mine ne soit entièrement la même que celle de l’air extérieur. A mesure que l’on avance dans l’exploitation de la mine, il serait sans doute utile d’ouvrir de nouveaux puits ; mais ce travail serait considérable et trop dispendieux. INI . Jars a proposé de construire dans la galerie, et de conduire jusqu’au fond de la mine , un plancher sous lequel l’air s’introduit, pénètre jusqu’au fond de la mine, et revient s’échapper par le puits, la communication de la partie antérieure de la galerie avec le puits étant interceptée par une porte. — Dans le second cas, quand la mine est creusée sous un plan horizontal, on peut rendre les colonnes d’air inégales en pesanteur, en construisant sur l’une des bouches de la mine une cheminée en maçonnerie épaisse. Lorsque l’air extérieur est à la même température que celui des mines , on construit à leur entrée ou à l'embouchure d’un des puits un fourneau dont la cheminée soit très-élevée. Le feu de ce fourneau pompe l’air de la mine par le moyen d’un tuyau de communication , et en établissant ainsi une inégalité de pesanteur entre les colonnes d’air, il en procure la libre circulation (l).
(1) Les Anglais et les Saxons, livrés par besoin à l’exir.iction des produits minéraux depuis plusieurs siècles, ont imaginé
une foule de moyens ingénieux pour rendre moins périlleux le métier de mineur auquel les Romains condamnaient leurs esclaves. « U faut visiter, dit M. Pâtissier , les mines de houille de Newcastle, en Angleterre, pour connaître jusqu’où peut aller l’industrie humaine, cherchant a concilier le maintien de la santé avec les avantages du gain. On y voit, à droite et à gauche, un grand nombre de puits ouverts qui conduisent à des galeries souterrâmes, larges, hautes . pavées en fer fondu pour la facilité des roulages. Elles sont ventilées de tous côtés, non -seule-
hygiène.
Il conviendrait de n’employer aux travaux des mines que des hommes robustes et dont la constitution fût fortifiée par l’habitude des exercices durs et pénibles: ce sont ces hommes-là qui résistent le mieux aux funestes impressions des vapeurs métalliques. Aussi de Haën recommandait-il avec raison de ne nourrir ces ouvriers que d’aliments forts et difficiles à digérer, et de ne point les laisser aller au travail à jeun. C'est en effet un des moyens les plus puissants pour conserver leur santé, que de leur faire prendre une nourriture qui exerce fortement les puissances digestives, et qui, en montant à leur ton les autres organes, les fait résister à l’action délétère des vapeurs minérales. C’est par la môme raison que les boissons fermentées et les liqueurs fortes leur conviennent particulièrement, et plus qu’aux autres ouvriers qui se livrent à des travaux forts et rudes. Il leur est aussi très-avantageux de se laver souvent et de changer d’habils en quittant l’ouvrage. — Les hommes qui travaillent dans les mines de mercure, et surtout de celui qui est vierge , de même que les artistes qui emploient ce métal dans leurs travaux , sont très-sujets à la salivation et aux tremblements. Le remède qu’on met en usage dans le Pérou, pour faire cesser ces accidents, est de faire passer l’individu qui en est attaqué, et qui, pour l’ordinaire, est extrêmement maigre et épuisé , dans une température chaude , et on l’emploie à la culture de la terre d’uue manière proportionnée à ses forces. Par ce moyen il sue beaucoup ; la sueur entraîne avec elle le mercure dont son corps est imprégné, et il ne tarde pas à se rétablir (1). Néanmoins ceux qui travail-
ment par les ouvertures, mais encore par un grand nombre de machines à vapeur, qui servent en même temps à l’épuisement des eaux, à monter la houille, même les ouvriers, et à charrier la fumée au dehors. Un chimiste anglais, [sir Humphry-Davv , a inventé une lampe de sûreté, perfectionnée par un Français, qui met les mineurs à même de voir ce qui se passe dans les mines, sans craindre l’explosion des gaz délétères. Cet instrument est décrit et gravé dans le cinquième volume des Annales de chimie, page 515. Il serait à désirer que chaque mineur en fût pourvu pour sa sûreté »
(1) Mémoires philos, hist. natur., par don Ulloa, tome t, page 349.
lent dans les mines de mercure, d’après l’observation de Fallopc, vivent rarement au-delà de quarante ans. — Les ouvriers qui travaillent dans les mines de plomb ont, d’après l’observation de Stoll , une figure qui leur est propre, et qui les fait aisément reconnaître ; leur physionomie est celle de la tristesse et d’une profonde mélancolie, et a quelque chose de sinistre et de menaçant. Ces hommes , ainsi que ceux qui emploient les préparations de ce métal, tels que les potiers, les barbouilleurs , etc. , sont sujets à la paralysie, aux tremblements et à la colique saturnine. Les doreurs en or moulu et en vermeil sont exposés à tous les accidents des ouvriers qui travaillent dans les mines de mercure, parce qu’en faisant évaporer sur le feu ce dernier amalgamé avec l’or, ils en respirent et en avalent les vapeurs. On peut prévenir ou au moins affaiblir les maux qui dépendent de cette cause , au moyen des ateliers vastes et disposés de manière à y entretenir la libre circulation de l’air. Ces sortes d’artistes ne doivent y séjourner que durant le travail, qu’il convient d’iuterrompre detempsà autre pour aller respirer le grand air. Il leur sera trèsavantageux aussi de placer la forge ou le fourneau vis-à-vis la porte ou la fenêtre, et d’y adapter un large tuyau dont l’extrémité inférieure , évasée en forme de pavillon, soit assez grande pour couvrir le foyer, et dont l’autre bout recourbé entre dans le tuyau d’une cheminée voisine, ou sorte par un carreau de la fenêtre (1).
(1) Ce n’est que dans ces derniers temps qu’on est parvenu à préserver les ouvriers qui emploient le mercure, et principalement les doreurs , des vapeurs meurtrières de ce métal. Le moyen le plus efficace, qui a été imaginé par M. Darcet, consiste à établir dans l’atelier un courant d’air à l’aide d’un vasistas placé convenablement, et d'un fourneau d’appel qui va se rendre dans la cheminée de l’atelier. De cette manière on entraîne à chaque instant les vapeurs qui s’élèvent de la matière que l’on met en œuvre, et dès lors l’ouvrier n’en peut être que faiblement affecté. Ce procédé, véritablement précieux pour la conservation d’une foule d’ouvriers qu’une dure nécessité contraint à ruiner leur santé pour alimenter les besoins du luxe, est décrit dans un ouvrage de l’inventeur, intitulé: Mémoire sur l' art (le dorer le bronze ( 1818),
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Les chaudronniers, les graveurs, et généralement tous ceux qui travaillent sur le cuivre, en respirent la vapeur, qui leur occasionne la dyspnée , la toux , l’asthme, etc. Ils doivent prendre les précautions que je viens d’indiquer. Ils sont exposés aussi à la surdité, de même que les canonniers, les forgerons , par rapport au bruit qu'ils font continuellement, et qui détruit le ressort du tympan : cette affection est irrémédiable (1). — Les fabricants de chandellès1 2, ceux qui préparent les huiles , de même. que ceux qui travaillent sur les substances animales, comme les corroyeurs, les tanneurs, les chamoiseurs, les poissonniers, les cuisiniers, les bouchers, les charcutiers, les anatomistes , etc. , sont exposés aux miasmes fétides et putrides qui s’exhalent de ces matières , et aux maladies graves qui en sont le produit (2). Les anatomistes sont très-sujets au scorbut et aux fièvres putrides occasionnés par les miasmes septiques qui s’exhalent des cadavres qu’ils dissèquent. De Haller n’attribue qu’à cette cause les fréquentes maladies bilieuses dont il fut affecté à Gottingue, pendant tout le temps qu’il démontra les parties du corps humain dans le théâtre anatomique de cette ville. Les anatomistes ont moins à craindre ,
(1) Les canonniers sont de plus exposés aux hémorrhagies du conduit audilit ct à une céphalalgie très-grave, décrite par Percy , à l’article Dêtosatios du Dictionnaire îles Sciences médicales. Atiu de préserver les jeunes artilleurs de cette céphalalgie, on leur permet de s ’étouper. c’est-à-dire de so remplir l’extérieur du conduit auditif avec du colon. (!. IJ.)
(2) Ces maladies sont très-rares; car c’est une vérité digne de remarque que les artisans qui se trouvent en contact avec les substances animales, en respirent et absorbent les émanations , jouissent d’une santé Hérissante, et ont la peau d’une fraîcheur et d’une finesse remarquables. On serait dans l’erreur si l’on croyait qii’il n’y a que les bouchers, les charcutiers cl los cuisiniers qui jouissent do ces avantages- Dos médecins so sont Convaincus, en visitant les tanneries, les boyauderies et même la voirie de Montfaucon, que les ouvriers de cos usines no courent point les dangers -que les matières qu’ils travaillent leur ont fait supposer. S’ils contractent des maladies, elles soni le plus souvent le résultat do l’humidité à laquelle ils sont exposés.
aujourd’hui que l’on connaît la propriété qu’a l'acide muriatique oxygéné de désinfecter et de détruire les miasmes putrides et les odeurs fétides. On ne saurait trop en recommander l’usage dans ces sortes de cas , ainsi que dans plusieurs autres dont j’aurai encore occasion de parler. Le sang et les humeurs des cadavres , dont les mains des anatomistes sont continuelment baignées, rendent quelquefois mortelle la plus légère excoriation qu’ils se font dans ces parties. Un célèbre chirurgien anglais , qui avait une légère égr.atignure au doigt médius delà main gauche, l’envenima tellement en disséquant une matrice putréfiée, qu’on fut obligé d’amputer promptement ce doigt pour éviter lu perte du bras.
On ne saurait trop conseiller à tous ceux qui , par leur état, sont exposés à l’action des miasmes délétères, de renouveler fréquemment l’air dans leurs ateliers, et d’y maintenir la plus grande propreté. il serait à désirer, pour leur propre avantage et celui de la société, qu’ils exerçassent leurs travaux hors des villes, surtout en été, par rapport à la putréfaction qui est accélérée par les chaleurs de cette saison. Il est très-important aussi qu’ils fassent souvent usage des acides végétaux, et qu’ils emploient des moyens de sanification , surtout l’acide muriatique oxygéné, pour éloigner tout germe de corruption et en détruire le foyer. — Les fossoyeurs sont encore plus exposés que les précédents à l’action des effluves putrides et aux maladies mortelles auxquelles ils donnent lieu. Les hommes que la misère réduit à la triste nécessité de vivre des ravages de la mort vieillissent rarement. Ils sont presque toujours pâles : leurs yeux ternes, leur face hâve et lugubre, annoncent leur mauvaise santé et le profond sentiment de leur misère; car leur pâleur n’est pas seulement l'effet de l’impression des miasmes septiques, elle est aussi, à mon avis, celui de l’influence du moral sur le physique. Comment des hommes dont le dégoûtant spectacle des débris de 1 humanité ne cesse de contrister lame, et qui n’exercent qu’à contre-cœur un état dont les fonctions sont aussi pénibles que tristes, portcraieut-ils sur leur physionomie l’empreinte de la joie et le coloris de la santé? Ce n’est que dans l’aisance et le contentement que l'une et l’autre fleurissent, et non dans un état funèbre, parmi des ossements, des cadavres et des exhalaisons sépulcrales. Ramaszini ob-
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serve que le sang îles fossoyeurs est aussi cadavéreux que leur ligure, et qu’on ne doit prescrire la saignée dans leurs maladies qu'avec la plus grande circonspection : les évacuants leur conviennent davantage.
Les fossoyeurs sont encore sujets à l’asphyxie produite par les gaz non respirables. Plusieurs en ont été les victimes , en ouvrant des fosses ou en descendant dans des caveaux de sépulture.
Ramazzini rapporte qu’un fossoyeurétaiit descendu pendant la nuit dans un charnier, pour dépouiller le cadavre d’un jeune homme qui y avait été déposé avec tous scs habits, il y fut suffoqué, et tomba mort sur le cadavre dont il violait la sépulture. Il est beaucoup d’exemples de ce genre qui prouvent combien il est dangereux de visiter le séjour des morts. Mais ces dangers sont aujourd’hui bien diminués en France , depuis que l’on a proscrit les inhumations dans les égl ises,et que les morts ne jouissent pllis du droit d’infecter les vivants. On he peut que recommander aux fossoyeurs d’entretenir sur euxla plus grande propreléjde respirer fréquemment, lorsqu’ils remplissent les devoirs de leur état, dés eaux Odorantes, le vinaigre , etc. ; de changer d’habits et de linge aussitôt qu’ils sont de retour dans leur domicile, de n’ouvrir des fosses et de ne descendre dans les caveaux qu’avec précaution et après s’être assurés u’ils n’ont point de méphitisme à crainre. Quant à l’asphyxie produite par cette cause , on doit recourir aux moyens que j’ai indiqués en parlant de l’air atmosphérique. Les ouvriers qui curent les egouts , les puits et les cloaques, et principalement ceux qui nettoient les latrines , ont cela de commun avec les fossoyeurs , qu’ils respirent, tout le temps de leurs travaux , qui sont plus longs , beaucoup de miasmes qui portent dans leur sang le germe de la corruption et la mort. Il Sont sujets à une sorte d’asphyxie et à des maux d’yeux qui leur sont propres (1).
L’asphyxie qui attaque les vidangeurs est appelée plombagîn'euse, plotnb, et
(1) Les conseils que donne ici l’auteur, d après Itamazzini, aux hommes chargés d’inhumer les morts, sont aujourd'hui en partie superflus; les progrès de la civilisation et de l’hvgiène ptlbliqlie ont fait presque totalement disparu liée les çauses d’insalubrilé inséparable de l’cn-
est occasionnée par des vapeurs qui s’élèvent des latrines, lorsque les ouvriers cassent née espèce de croûte qui se forme à la surface des excréments. Ces vapeurs sont très-septiques et produisent rapidement la putréfaction dans les corps qui les ont reçues 5 elles sont plus légères que l’air, un peu inflammables , et l’eau ne les absorbe pas. — Les symptômes de l’asphyxie plombagineuse sont les mêmes que ceux des autres asphyxies ; mais lorsque ceux qui en sont affectés donnent des signes de vie , leur ventre se tuméfie prodigieusement, et la bouche se remplit d’une écume sanguinolente; la respiration et la parole ne reviennent que lentement , par degrés, après des vomissements et des flux de ventre. Ceux qui n’ont cette asphyxie que dans un faible degré éprouvent seulement la dyspnée , qui ne se dissipe qu’après de grands efforts , qui sont comme convulsifs. — Ceux qui sont attaqués de cetlc asphyxie exhalent des riiiasbies putrides morbifères qui décident une maladie septique nervale très-grave chez ceux dans lesquels ils se sont introduits par la voie de la conlagion : le corps de ces derniers répand une puanteur horrible, et est frappé de spasmes et de mouvemenfs convulsifs qui approchent souvent du tétanos et de l’épilbp3ie, et qui continuent jusqu’à ce qu’il survienne des vomissements spontanés de matières noires et fétides. A ces symptômes succèdent des douleurs qui durent plusieurs jours , et qui ne diminuent que lorsqu’il se fait une éruption de taches élévées, dures, rouges, et trèsprurigineuses. Quand cetle éruptionviint à disparaître tout-à-conp, il se manifeste une toux violente , convulsive et analogue à la toux férine des enfants, avec des douleurs aiguës d’estomac et des extrémités d’un côté, et leur immobilité.
Les sinapismes seuls ont procuré du soulagement dans ce cas ; les émollients les narcoliques, les sudorifiques et les acides , pris intérieurement, n'ont produit aucun effet, et les ammoniacaux ont paru nuisibles. Le célèbre Halle rapporte l’observation d’un homme qui fut attaqué de cetle espèce d’asphyxie, et qui eut à
tassement des cadavres dans des lieux étroits, dépourvus des moyens d'assainissement qite fournissent là libre circulation de l’air ot la végétation de nos vastes cimetières* d'ailleurs? éloignés des habitations. (I. D.)
HTOIKNE.
sa suite, pendant plusieurs mois, une angine opiniâtre , avec une éruption de taches rouges, mais moins élevées et moins dures que celles qui étaient survenues dans le cours de la maladie.
11 est une autre affection qui dépend de la même cause , et qui est familière aux vidangeurs , la mite. C’est une inflammation particulière des yeux, et qui est souvent suivie de la cécité. On en distingue trois sortes , la mite coulante ou humide , la mite grasse , et la mite grasse tardive. La première espèce est caractérisée par la tumeur, la rougeur des yeux , et un écoulement aqueux qui guérit bientôt la maladie. — La mite grasse ou sèche présente les mêmes symptômes que la précédente , à cette différence près qu’il n’y a point d’écoulement et que la tumeur et la rougeur sont bien plus considérables ; les douleurs sont augmentées par la chaleur externe , par le vin et le régime échauffant. Il est nécessaire que le malade s’expose à l’air frais, qu’il emploie des lotions et des fomentations froides ; qu’il use de boissons réfrigérantes et d’un régime analogue. On parvient à rendre humide cette espèce de mite, et à en hâter la guérison, au moyen des sternulatoires administrés dès le principe.
La mite sèche tardive débute, la nuit suivante du travail des vidangeurs, par une douleur au front , que ces ouvriers appellent le fronton , et qui éveille le malade ; l'inflammation des yeux ne tarde pas à paraître, et ne s’accompagne d’aucune espèce d’écoulement. Les mites sont fréquentes , et toutes les fosses d’aisances y donnent lieu : il n en est pas de même de l’asphyxie plombagineuse. Il paraît qu’il n’y a que les latrines où pourrissent des substances animales qui exposent les vidangeurs. On a observé aussi que ceux-ci sont moins sujets que les autres hommes à quelques maladies de la peau ; mais leur vie est de moitié plus courte, et s’ils ont le malheur detre infectés du virus vénérien , et qu’ils ne cessent pas aussitôt leurs travaux, le mal s’aggrave tellement dans 1 espace de quinze jours, qu’il devient entièrement
incurable (1). Les. moyens les pl us propres
(1) Le plomb est produit par une vapeur qui contient de l’hydrogène sulluré, de l’hydro- sulfure d’ammoniac onde l’azote* La mile est simplement causée
par des émanations autmçniavales. (L »•)
à préserver ces malheureux ouvriers des ■ mauxgra ves attachés à leurprofession .sont d’entretenir la libre circulation de l’air dans les fosses où ils travaillent; de n’y descendre qu’après s’être assurés, au moyen des lumières, qu’il n’y a pas de méphitisme à craindre ; de ne casser la croûte formée à la surface des excréments qu’avec précaution , et à une distance telle que la vapeur qui s’en exhale ne puisse les atteindre ; de quitter leurs habits dès qu’ils sont de retour chez eux, et de se laver tout le corps, et surtout les yeux, avec de l’eau fraîche et du vinaigre (1).
Les foulons travaillent à demi nus sur des matières puantes putréfiées ; il en résulte que les vapeurs fétides qui s’en exhalent et les crasses huileuses des draps et des laines qu’ils foulent portent leur impression sur les poumons et la peau : c’est pourquoi ces ouvriers sonl sujets aux maux de tète, de poitrine et d’estomac, aux maladies cutanées, aux bouffissures, et à l’œdématie des extrémités inférieures. — Les précautions à prendre pour garantiras ouvriers de ces affections con-
(1) Les travaux de MM. Hallé, Dupuytren, Thénard, sur les dangers que couraient les vidangeurs, en dévoilant la nature du gaz délétère des fosses d’aisances, ont en même temps fourni les moyens d’en préserver les ouvriers qui sont obligés d’y descendre. Ces précautions sont les suivantes: 1° choisir un temps froid et sec pour vider les fosses; 2» ouvrir la fosse douze heures avant de commencer à la vider, ne pas approcher la chandelle trop près de l’ouverture, de peur d’enflammer la vapeur; 3° boucher tous les sièges de la fosse, excepté le plus élevé, où l’on place un fourneau ouvert par sou fond , rempli de charbons ardents ; casser la croûte des matières en détournant la tête, et la remuer avec de lon-
gues perches pour faire dégager les exhalaisons méphitiques; 5° ne point descendre dans la fosse avant de s’être assuré qu’une chandelle ne s’y éteint pas; 6° ceux qui travaillent dans la fosse doivent détourner constamment la tête et quitter le travail aussitôt qu’ils se sentent incommodés.
L’établissement des fosses mobiles inodores rend la plupart de ces précautions inutiles; il préservera les malheureux ouvriers de bien des accidents et d’une
infinité de manœuvres dégoûtantes , sili
se multiplie, comme on doit I espérer-
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sistent à bien aérer les lieux où ils travaillent, à y faire évaporer continuellement du vinaigre ou d’autres acides, mais surtout l’acide muriatique oxygéné; à interrompre de temps à autre leurs travaux, et à s’exposer au grand air le plus fréquemment qu’il leur sera possible. On leur recommande aussi de se laver matin et soir avec de l’eau et du vinaigre. -—Les brasseurs et les marchands de vin sont exposés à l’asphyxie causée par l’acide carbonique qui se dégage de la bière et du moût de raisins en fermentation.
Pour prévenir cet accident , il convient de tenir fréquemment ouvertes les portes des celliers , de manière à y établir un courant d’air qui entraîne la vapeur des corps en fermentation. Les liqueurs qui ont déjà fermenté exhalent aussi des vapeurs qui sont très-nuisibles, et quand on les respire quelque temps, on risque de s’enivrer : c’est surtout la vapeur du vin nouveau qui est le plus à craindre. On remédie aisément à cet état en prenant l’air, et en faisant usage d’un infusum léger de café ou d’autres diaphoniques. — Les teinturiers respirent dans leurs travaux les vapeurs fortes qui s’exhalent des différents mordants qu’ils emploient. Il est à propos que ces ouvriers évitent d’avoir le nez et la bouche sur ces vapeurs, et qu’ils prennent aussi le grand air le plus souvent possible.
Ils sont encore exposés à la colique saturnine, lorsqu’ils se servent des préparations de plomb.
Les amidoniers pétrissent la farine avec les pieds, après l’avoir fait macérer dans l’eau, pour en retirer ensuite la fécule qu’on sèche au soleil. 11 s’élève de cette masse battue une vapeur tirant sur l’aigre, et qui, par son action sur les organes de la respiration, produit des toux et des oppressions si violentes aux ouvriers qui pétrissent l'amidon, qu’ils se trouvent très-fréquemment obligés d’interrompre leurs travaux , pour ne pas étouffer sur-le-champ. — On conseille aux amidoniers de travailler dans des lieux très-spacieux , d’y entretenir un courant d’air, et de se placer autour du cou une espèce d’entonnoir de carton ou de papier dont l’extrémité la plus large soit tournée vers la tète, pour briser la direction de la vapeur. Ils pourraient aussi faire dégager de temps à autre de l’ammoniac, pour neutraliser la vapeur acide qui s’exhale de l’amidon. Les huileux et les mucilagineux conviennent dans l'espèce de toux et d’oppression
dont ils se trouvent surpris dans leurs travaux. — Les chaufourniers respirent fréquemment une vapeur qui est un mélange de chaux, d’eau et d'acide carbonique qui se dégage du carbonate de chaux qu’ils convertissent eii chaux. Ces sortes d’ouvriers sont sujets aux tremblements, à l’asthme et à la phthisie. On leur recommande de prendre l’air de temps en temps, mais de ne point s’exposer subitement à l’air froid, en sortant de leur four. — Les gypseurs, et tous ceux qui emploient journellement le gypse (sélénite, sulfate de chaux), sont non-seulement exposés à la chaleur trèsvive des fourneaux, mais encore à la vapeur du gypse, qui est très-malfaisante, surtout lorsqu’il est nouvellement préparé : aussi la plupart de ces ouvriers meurent ils de bonne heure de phthisie, d’aslhme, etc Ils doivent prendre les mêmes précautions que les précédents.
— Les marbriers, les statuaires et les tailleurs de pierres respirent dans leurs travaux une poussière fine et impalpable, qui se détache des pierres et du marbre; ce qui forme quelquefois à la longue, dans les poumons et même dans l’estomac, des concrétions pierreuses qui occasionnent des crachements de sang, la dypsnéé et la phthisie pulmonaire. Us devraient avoir la précaution, ainsi que les statuaires qui travaillent sur le gypse, de s’envelopper le cou d’une espèce d’entonnoir, comme il a été conseillé aux amidoniers, pour détourner du nez et de la bouche cette poussière nuisible aux poumons, ou de s’envelopper, ainsi que les boulangers, le visage d’un linge ou d’un mouchoir, pour ne pas la respirer.
Les bateliers, les pêcheurs, les tanneurs, les lavandières, etc., vivent habituellement dans un air froid et humide, et ont fréquemment les mains, les pieds et quelquefois tout le corps dans l’eau. C’est pourquoi ils sont très-sujets aux maladies cutanées, aux érysipèles, aux pleurésies, aux catarrhes et aux rhumatismes. — Les précautions que doivent prendre ces sortes d ouvriers consistent a se tenir bien vêtus, à ne marcher dans 1 eau, lorsque le cas l’exige, qu’avec des bottes ou des bottines, et de porter sur Je dos une capote de toile cirée qui couvre la nuque, les épaules et toute l’épine dorsale, afin de ne pas être continuellement mouillés. Ils doivent quitter ce vêtement a la fin de leurs travaux, changer de linge, et se sécher an lit ou au-
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près du feu. C’est k eux qu’il convient particulièrement de boire du vin et meme de l'eau -de-vie, surtout quand ils se sentent saisis par le froid. — Les baigneurs et les étuvistes sont forcés par leur état d’être souvent renfermés dans des lieux chauds, humides et chargés de vapeurs méphitiques : c’est pourquoi on en voit quelquefois qui sont frappés d’asphyxie. Lorsque cet accident a lieu, il faut k l’instant les exposer à l’air libre, les arroser d’eau froide, les frotter avec de la glace ou de la neige, jusqu’à ce quelle soit fondue, et quand ces moyens sont insuffisants, recourir ^ux autres que j’ai indiqués en parlant de l’air. Les baigneurs doivent avoir l’attention, pour prévenir cette affection mortelle, de sortir des étuves dès qu’ils éprouvent de l’oppression , et de ne point s’exposer brusquement à l’air froid. — Ces mêmes hommes, ainsi que les lingères, les chanteurs, les joueurs d’instruments à vent, les écrivains, etc. , sont sujets k une hémoptysie dépendante de la rupture des vaisseaux pulmonaires devenus variqueux. On peut consulter, k ce sujet, les Eléments de Médecine théorique et pratique , tome II , Nosologie , classe 2' ; les Flux, espèce 2e. On ne peut se préserver de celte maladie grave qu’en restant le moins possible exposé à l’action des causes qui la produisent.