‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 2)Chapitre 44 sur 58 · CLASSE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CLASSE CINQUIÈME

DES CHOSES QUI DOIVENT ÊTRE EXCRÉTÉES , ET DE CELLES QUI DOIVENT ÊTRE RETENUES (excernenda et rete.nta).

L’homme jouit de la santé lorsque chaque organe exerce, dans l’ordre con- -venable à l’age , au sexe et au tempérament, les fonctions qu'il a à remplir. Les secrétions et les excrétions sont des fonctions des plus importantes au maintien de la santé ; leur dérangement annonce nn désordre plus ou moins grand dans les mouvements et les actions, et, entre les principaux foyers de là sensibilité, un défaut d’harmonie qui établit la maladie. — L’ordre des sécrétions et des excrétions dépend spécialement de celui de l'action générale du corps; et c’est une vérité généralement reçue , que les humeurs obéissent aux déterminations du mouvement des organes, et que par conséquent ces mêmes humeurs doivent toujours affluer vers les régions du corps ou l’action est plus fortement déterminée On voit aussi , en examinant attentivement les mouvements qui s’opèrent dans la plupart des organes sécrétoires , nue ces mouvements dépendent de la marche générale et progressive des torces qui se répandent successivement sur toutes les parties. C’est pourquoi la plu- •nart des secrétions et des excrétions qui se font intérieurement s’exécutent dans les premiers temps de la digestion , c’està-dire lorsque les forces convergent vers l’estomac; et, lorsque ce travail est avancé, elles se déploient vers le canal intestinal , et successivement dans toutes les parties du système. — Les sécrétions et les excrétions tiennent à la sensibilité, et sont de son domaine. Les organes qui exercent ces fonctions jouissent d un sentiment propre, en vertu duquel ils n’admettent, dans l’état naturel , que des matières analogues à leur goût et a leur appétit , et refusent tout ce qui leur ré-

pugne. Mais, lorsqu’il règne un désaccord dans l’action générale, lorsque le sentiment de ces organes est vicié ou détruit, alors ils remplissent mal leurs fonctions , ou ils les cessent , et les matières qui doivent être sécrétées ou excrétées étant retenues, allèrent la masse du sang et des humeurs , dépravent de plus en^ilus l'action, et pervertissent entièrement l’ordre des mouvement* ; quelquefois elles se déposent sur une partie, l’irritent, font naître des irradiations sympathiques sur d’autres organes, et donnent ainsi lieu à différentes maladies.

Les excrétions excessives sont l’effet d’une détermination vicieusement augmentée des forces vers les organes excrétoires, et le plus souvent le produit d’une matière morbifique; mais elles deviennent presque toujours elles-mêmes des causes de maladies, pour peu que dure leur action. Le maintien de la sauté exige donc que les sécrétions et les excrétions s’exercent librement, et qu’elles soient circonscrites dans de justes bornes. — La salive est une humeur sécrétée dans la bouche par les glandes salivaires , et qui est extrêmement utile à la digestion , ainsi que je l’ai déjà dit en parlant de la digestion des aliments. — Le crachement trop fréquent de la salive nuit à la digestion , et la rend difficile et pénible ; il occasionne la sécheresse et la soif; l’animalisation et l’assimilation se font’ mal ; les aliments , mal digérés , ne réparent pas les forces : de là la cacochymie , la cachexie , etc. — Le mucus nasal et celui des bronches sont composés de matière muqueuse et d’eau , de soude , de muriate de potasse , de lactate Ct de phosphate de soude ; ils s’épaissis-

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sent par le contact de l’air et par la fixation de l'oxygène. Il paraît que les autres humeurs muqueuses qui tapissent tout le canal alimentaire, la vessie, l'urètre , etc., sont de même nature que celle (jui est sécrétée dans la membrane de Schneider et dans les bronches. Ces fluides muqueux sc forment surabondamment chez les personnes pituiteuses : de là vient que, pour l’ordinaire, elles se mouchent et crachent beaucoup ; il est même nécessaire de favoriser ces excrétions dans ces sortes de personnes. On leur conseille un régime sec et tonique , le vin , les exercices , et l’abstinence de toutes les choses qui peuvent faire dominer l'action des systèmes cellulaire et lymphatique. On a recommandé aux pituiteux l’usage du tabac, pour favoriser l’excrétion muqueuse par la bouche et le nez; mais son usage n’est pas sans inconvénients, ni même sans dangers. — Outre qu'il attaque l’émail des dents et qu’il les gâte, l'irritation que produit le tabac qu’on mâche ou dont on use en fumigation , dérange les digestions en faisant évacuer de grandes quantités de salive , dont une partie , portée à l’estomac , cause, chez les personnes qui n’y sont pas encore habituées, le vomissement et la diarrhée. Le trop fréquent picotement qu’occasionne le tabac à l’estomac et aux intestins en détruit le ton ; l’appétit devient languissant ; les organes digestifs perdent leur activité, et les grands fumeurs sont sujets aux mêmes maux que les ivrognes. Outre cela, le tabac cause la soif et oblige à boire beaucoup , et cet excès de boisson devient une nouvelle spurce de maux, plus ou moins dangereux, selon l’espèce de boisson à laquelle on sc livre.

Le principe narcotique que contient le tabac produit d’autres désordres non moins fâcheux; il occasionne des vertiges, des étourdissements , des angoisses , quelquefois l’ivresse, la léthargie et l'apoplexie. C’est donc à tort que l’on emploie la fumée de tabac comme un moyen •le se préserver de l’apoplexie ; De llcyde , \ an-Uelmont, Tulp, etc., ont vu cette maladie décidée par cette cause.

Les médecins de Brcslaw parlent de deux treres Silésjens qui, après un déii à qui fumerait le plus long-temps de suite, moururent apoplectiques. On lit, dans ks Mémoires des Curieux de lu nature I observation d’un homme que la pipe rendit épileplique. De llcyde et Tulp citent des ulf’ections de poitrine très-gra-

ves produites par son usage; Van-Swieten en a vu naître des maladies du foie très-graves; Ilaller, l'étisie , etc. — Je ne prétends pas néanmoins condamner absolument la pipe ; elle peut, dans quelques circonstances, être un remède utile. La fumée du tabac, dirigée à travers un tuyau long et mince , à la manière des Perses et des Turcs, aux parois duquel s’attache la matière qui contient le principe narcotique, peut être utile aux personnes d’une constitution lâche et humide; elle stimule les glandes salivaires et augmente leur action , ainsi que celle de l’estomac et des intestins ; mais il faut en user modérément. C’est de celte manière que l’on conçoit qu’elle a dissipé quelquefois des maladies dont le principe était une surabondance de sérosités. Elle a diminué aussi quelquefois des salivations considérables , quand elles étaient produites par un relâchement extrême sur les organes salivaires; elle a soulagé quelques asthmatiques, en aidant l’expectoration de la pituite visqueuse qui obslrue leurs bronches. — II n’est pas plus salulaire de prendre du tabac en poudre par le nez. 11 fait moucher , dit-on : cela est vrai ; mais aussi c’est une sorte de cautère habituel qu’il est dangereux de supprimer dès qu’une fois on en a contracté l’habitude. D’ailleurs , on ne doit pas se moucher sans cesse, puisque la nature a établi d’autres voies d’excrétion. L’usage du tabac en poudre, pris modérément et rarement, peut être utile aux personnes pituiteuses; mais, si ou en abuse, la nature se plie à l’habitude ; celle-ci devient un besoin , et le remède cesse d’en être un. L’exemple de Mithridate prouve que les poisons même perdent leur qualité délétère lorsqu’on s’est familiarisé avec eux. Les Turcs font journellement usage de l’opium , et le portent à des doses considérables , et telles qu’il en faudrait de bien moindres pour donner la mort à ceux qui n’y sont pas habitués. — Un autre inconvénient non moins grand du tabac pris habituellement en poudre , c est d altérer et d’affaiblir le sens de l’odorat , par les ébranlements continus qu’il fait éprouver au cerveau, et par la qualité stupéfiante dont il jouit dans un degré marqué ; car « le tabac, comme le » disait très-bien le chancelier Bacon,

« est une espèce de jusquiame qui trou- » ble le cerveau comme l’opium. •> L’affaiblissement des autres sens , la perte de la mémoire et la lenteur des fonctions

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intellectuelles, ont été fréquemment la suite de son usage immodéré; il est surtout nuisible aux tempéraments secs, nerveux, bilieux et atrabilaires. Il est pernicieux de coucher dans des magasins de tabac. Buchoz rapporte qu’une petite fille d’environ cinq ans eut des vomissements affreux , et périt en très-peu de temps par cette cause. — Les matières fécales sont le résidu des digestions; elles ne doivent pas séjourner trop longtemps dans les intestins : autrement elles s’endurcissent et ne peuvent en être ensuite expulsées qu’avec la plus grande difficulté. La compression qu’elles exercent sur les vaisseaux abdominaux , dont elles gênent la circulation , occasionne souvent des embarras dans le système de la veine porte. Le spasme habituel dans lequel la constipation entretient les intestins s’étend aux viscères abdominaux , dont il bride l’action , et quelquefois aussi sur les parties supérieures, et y produit la pesanteur , la douleur , des vertiges, l’insomnie, et d’autres affections de ce genre.

La fréquence des selles et la promptitude avec laquelle elles sont évacuées annoncent de mauvaises digestions, et affaiblissent considérablement le systè-

me. Le juste milieu entre ces deux extrêmes, la constipation et les évacuations alvines trop fréquentes et trop promptes , est l’état le plus favorable à la conservation de la sauté. Cet état tient beaucoup au régime, au sommeil et a l’exercice. • — ■ Ceux qui n observent aucune règle et qui se livrent habituellement aux excès de la table digèrent mal : il n’est donc pas étonnant qu’ils aient le ventre plus relâché qu’il ne convient.

Ceux qui prennent de trop petites quantités d’aliments, de même que ceux qui se livrent trop long-temps au sommeil , et qui mènent une vie sédentaire et oisive, sont ordinairement constipés, parce que les forces, sans cesse divergentes à la peau , ou fixées dans les entrailles, font naître dans ces dernières une sorte de spasme, soit tonique, soit atonique , qui s’oppose à 1 établissement des mouvements péristaltiques nécessaires aux évacuations alvines. — - Dans 1 état de santé, les excréments doivent avoir une certaine consistance , ni trop dure ni trop molle; il faut qu'ils soient bien moulés, c’est-à-dire qu’ils aient la forme des gros intestins dans lesquels ils séjournent quelque temps. Les excremenls très-durs et rendus en petite quantité

sont ordinairement l’effet des travaux 1 excessifs du corps ou de l’ame, et quelquefois des excès dans le vin et les liqueurs. Les aliments pris en trop petite quantité produisentsouvent aussi de semblables selles. Ceux dont les excréments sont mous et copieux usent d’une nourriture trop succulente ou trop abondanle, ou d’aliments qui jouissent de la qualité laxative. On remédie aisément à ces indispositions en changeant de manière de vivre.

Il’n’est pas possible de fixer le nombre des selles qu’on doit avoir chaque jour pour se bien porter, parce que ces évacuations varient nécessairement à raison de l’âge, du tempérament, du régime, des exercices , des passions , et de beaucoup d’autres circonstances de la vie.

Néanmoins on peut dire, en général, que les enfants du premier âge doivent avoir le ventre relâché et se salir plusieurs fois par jour, au lieu qu’une selle ou deux suffisent pour l’ordinaire aux adultes. Cependant ceci souffre quelques exceptions, et le nombre des personnes en santé qui ne vont qu’une fois à la garde-robe tous les sept ou huit jours n’esl pas bien rare ; mais une semblable constipation n’est pas exempte de dangers ; à la longue elle entraîne ordinairement des maladies. — Les moyens les plus efficaces et les pins naturels pour se procurer chaque jour des évacuations convenables consislent à se lever de bonne heure et à s’exercer en plein air. La chaleur du lit et la siluation horizontale qu’on y garde rendent les selles irrégulières. Loke conseille de solliciter tous les matins la nature à cette excrétion , soit qu’on en éprouve ou non le besoin ; cl celte habitude devient avec le temps une seconde nature : ce conseil est de la plus grande utilité. C’est une très-mauvaise méthode que celle de recourir fréquemment aux purgatifs et aux lavements pour prévenir la constipation ou y remédier; car, outre que la nature ayant une fois contracté l’habitude de ces moyens , leur action devient nulle , c’cst^ qu’ils affaiblissent les intestins et dérangent les digestions. Ceux qui ont naturellement le ventre resserré doi vent s habiller légèrement, et éviter l’usage des substances échauffantes et astringentes.

— Les personnes qui ont le ventre mou et liquide doivent changer de régime lorsque c’est à une nourriture trop succulente ou trop copieuse qu’est duc celte, incommodité. Les aliments toniques,

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restaurants et astringents, l'usage d’un bon vin vieux , et même du café, conviennent dans Je cas contraire , c’est-àdire lorsque la mollesse du ventre dépend de la faiblesse des premières voies, ce qui a fréquemment lieu aussi. Il faut observer que l'action concentrée dans les intestins, et qui y dégénère en spasme, produit, selon l'espèce de ce dernier, des effets opposés , la constipation ou la diarrhée. La première a lieu lorsque le spasme est fixe, et la diarrhée s’établit quand le spasme est mobile et qu’il précipite les mouvements péristaltiques naturels. Le plus souvent le relâchement du ventre est dù au refoulement des forces du dehors au dedans. Dans ce cas, il faut employer les moyens propres à favoriser leur expansion , tels qu’un exercice modéré, les bains tièdes, les frictions et autres; il convient surtout d’entretenir la chaleur des pieds et celle de toute l’habitude du corps, au moyen des chaussons, des camisoles de laine, etc.

Urines. Les urines des personnes en santé se troublent légèrement vers le milieu , cinq ou six heures après avoir été rendues, et déposent bientôt un sédiment qui s'élève en cône du centre du fluide. Ce dépôt, d’abord en petite quantité, augmente jusqu’à ce que la putréfaction trouble toute l’urine. Ce sédiment est blanc , uniforme et égal, et est un signe de coction parfaite. La chimie n’a pas encore porté son flambeau sur la nature et les qualités des sédiments urinaires. Il est vraisemblable que celui des urines cuites est gélatineux. Il est plus ou moins abondant , selon que l’on prend plus ou moins de nourriture; ce qui a fait dire a Galien : Parcius ineste urinis sedimenlum , quando slrictiori diceta utimur ; médiocre , ubi mediocriter vivilur ; Inrf'uni vero et p/cnius, ubi largiori cibo utimur. Le sédiment urinaire est proportionné à la quantité de matière que le corps assimile; ainsi il est plus copieux après les maladies, dans les temps de rémission , et quand elles approchent d’une crise salutaire. — L’excrétion des urines , qui sont une sorte de lessi ve animale , est absolument nécessaire pour le maintien de la santé. Lorsqu elles sont retenues trop longtemps dans la vessie, celle-ci se tuméfie, et rhypognstre, ainsi que les lombes, deviennent douloureux j la vessie perd bientôt son ressort; d’autres fois elle s’enflamme et tombe en gangrène. L’urine ainsi retenue dans la vçssiç ou dans

le sang, faute de sécrétion rénale, décide les affections les plus graves , des anxiétés, la soif, les nausées, les vomissements, les frissons, la fièvre, le délire, les convulsions, l’assoupissement, l’apoplexie et la mort. Toutes les humeurs excrémentilielles, comme la salive, les sueurs , la transpiration , etc. , ont dans ces circonstances la saveur et l’odeur mineuses. — Il est donc essentiel de ne point retenir ses urines, et d’obéir au besoin de les rendre dès qu’il se fait sentir. Tout ce qui peut en retarder l’excrétion ou la supprimer est extrêmement dangereux. Il convient , pour favoriser la sécrétion de ce fluide, de faire de l’exercice , de ne point rester trop long-temps au lit, et surtout dans des lits mous et chauds. — Les urines rendues en trop grande quantité disposent aux maladies , et quelquefois en sont l’effet, comme dans le diabètes. Leur excrétion excessive peut être le produit d’un usage immodéré de boissons aqueuses, de substances salines , alcalines ou diurétiques , qui excitent habituellement l’action des reins. Cette indisposition , pour peu qu’elle dure, ne tarde pas d’affaiblir le corps et de le faire tomber dans la consomption. On peut y remédier par l’abstinence des choses qui y ont donné lieu, et en même temps par un régime tonique et astringent.

Transpiration. La transpiration est plus abondante le jour que la nuit (1), et quand la digestion est achevée que dans les autres temps, c’est-à-dire lorsque les humeurs se dirigent plus abondamment vers la circonférence du corps, par la détermination de l’action générale vers l’organe extérieur. La peau se tuméfie alors et rougit; ce qui prouve clairement qu’elle entre en action , ou plutôt que celle-ci augmente à son tour, comme cela a lieu successivement pour les autres organes sécrétoires.

(1) Les expériences de Sanclorius prouvent que la transpiration est plus considérable le jour que la nuit. Il y a en apparence une erreur dans ses écrits, qui consiste en ce que , dans les aphorismes 270, 307, 308 et 324, il parle de la transpiration du matin, qu'il a comprise avec celle de la nuit; car il dit, dans l’aphorisme 330 , que les parties intérieures sont humectées pendant le sommeil , comme l’avait déjà dit Hippocrate avant lui.

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Ou observe qu’il y a un rapport constant entre les urines et l’humeur perspirable, et tel que, lorsque les premières sont abondantes , la transpiration diminue ; et; réciproquement, celle-ci augmente à proportion de la diminution des urines, à moins qu’il ne survienne des obstacles à cette vicissitude. — Les affections de l'âme ont une grande influence sur la transpiration ; celle-ci est plus ou moins abondante, selon que ces aflections sont agréables ou désagréables. Les premières déterminent les forces du centre à la circonférence, et les secondes font dominer la force concentrique. Cette fonction varie encore d’après un grand nombre de circonstances. Les exercices, l’électricité et la chaleur de l’atmosphère l’augmentent ; l’air froid et l’eau froide produisent le même effet chez les hommes dont le système est capable d’une forte réaction. Il n’en est pas de même chez les personnes faibles; leur faiblesse s’opposant à la réaction, les forces sont refoulées dans l’intérieur, et y sont retenues par l’action de ces causes. Rien ne s’oppose plus à la transpiration que la vie sédentaire, les variations de l’atmosphère et le froid humide. 11 résulte des expériences de Sanctorius, que les substances alimentaires font varier aussi la quantité de celte excrétion. La chair de porc, par exemple, les champignons, les melons, les raisins, les figues fraîches, le concombre, le poisson, surtout l'anguille, les substances grasses et huileuses, les boissons prises dans le temps de la digestion , et en général lous les aliments d’une coction difficile, retardent ou diminuent la transpiration. Au contraire, le pain bien fermenté et bien cuit, le mouton, le poulet, les oiseaux, les alliacées, etc., l’augmentent d’une manière sensible.

Lu température du pays qu’on habite contribue beaucoup à la transpiration.

D'après les expériences de Sanctorius, on transpire en Italie les cinq huitièmes des aliments; d’après celles de Kcü , les trois huiLièmescu Angleterre, et, d’après Gontcr, on perd par jour, sur huit livres d’aliments , à peu près trois livres et demie d’humeur perspirablc, en Hollande.

Dodart a trouvé que la transpiration variait beaucoup en France, mais qu en général elle n’égalait jamais la quantité désignée par Sanctorius pour 1 Italie, et qu’elle n'élait pas moindre qu’en Angleterre.— Les grandes sueurs jettent le corps dans la faiblesse et 1 épuisement.

La transpiration diminuée ou supprimée n’csl pas moins à craindre, et donne lieu à diverses maladies graves, qui affectent particulièrement les organes sécrétoires du mucus, probablement parce que l'humeur pcrspirable a quelque affinité avec lui. Ce ([lie je viens de dire de la diminution et de la suppression de la transpiration, doit s’appliquer aussi aux sueurs habituelles, périodiques ou critiques; leur cessation est extrêmement dommageable , et occasionne une foule de maladies graves et souvent mortelles. — Les moyens propres à rétablir la transpiration dérangée consistent dans l’usage des frictions, des bains tièdes, des couvertures chaudes et sèches, et des boissons diaphoniques et sudorifiques.

Mais on ne doit les employer que dans le temps de l’imminence de la fièvre; dès qu’une fois celle-ci s’est déclarée, ils ne pourraient que l’exaspérer et augmenter les accidents. — L’exercice modéré est un des moyens les plus propres à favoriser la transpiration, mais pour qu’il puisse être plus utile, il faut le prendre dans le temps que la matière qui doit la former est disposée à l’excrétion, lorsque la coction est achevée, c'esL-à-dire six à sept heures après le repas, ou le matin, en sortant du sommeil, ainsi que le pratiquaient les anciens. — La semence est une humeur sécrétée dans les testicules pour la génération, et qui , d'après l’analyse qu’on ch a faile, est composée, de mucilage animal, 00, G; de soude, 00,1; de phosphate de chaux, 00,3 ; et d’eau, 0,90. Le phosphate de chaux s’y rencontre cristallisé ; on ignore la cause de ce phénomène, qui n’a pas encore été observé ailleurs. Quelques physiciens pensent que c’est dans le mucilage séminal que réside la verlu génératrice, parce qu’on trouve constamment ce mucilage dans le sperme desanimaux, au lieu que le phosphalc de chaux cl la soude n’y existent pas toujours. La sécrétion de la liqueur séminale ne commence qu’il l’âge de puberté, et lorsque l’accroisscuxcnt du corps est déjà trèsavancé. Avant cetle époque, les testicules chez les hommes, cl la matrice chez les femmes, sont dans une sorte de sommeil, duquel ces organes ne sortent que lorsque les autres sont presque entièrement développés. L action sécrétoire des testicules commence à celte époque, et s'accroît par l'oflct des débits vénériens cl des stimulus physiques; la sciucncc qui en résulte est portée ensuite,

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par les canaux déférents aux vésicules séminales, où elle se concentre et se perfectionne; elle est repompée de là en partie dans la masse du sang', et le reste évacué dans l’acte vénérien. — L’évacuation trop fréquente de la semence est nuisible, non-seulement par rapport îi la perte de cette humeur, qui doit rentrer en partie dans la masse commune, mais encore par rapport à l’inégalité d’action qui en résulte pour les forces organiques, et qui est telle que, durant le coït, elles se partagent presque entièrement entre les parties génitales et l’organe extérieur, tandis que l’épigastre s’en trouve dépourvu. Le diaphragme, dans celte circonstance, éprouve, de la part de ces parties agissantes, un surcroît de résistance qui va jusqu’à intercepter son action ; aussi la respiration devient-elle plus courte et plus fréquente, ce qui prouve que les oscillations du diaphragme ont diminué. Cet obstacle produit dans cet organe un degré proportionné d’irritation, qui fait dégénérer eu mouvement convulsif l’action qui s’y renouvelle à chaque instant par l’effort de la respiration, et par la forte réaction de toutes les parties organiques. — Les personnes jeunes et bien constituées se rétablissent aisément de tout le désordre produit par l’acte vénérien, et les mouvements ne tardent pas à rentrer dans l’ordre naturel ; mais, lorsqu’on se livre avec excès, ou le corps étant faible, aux plaisirs de l’amour, on manque de l’activité nécessaire pour fournir toute la suite de l’action qu’exigent l’exercice de celte fonction et les changements qui doivent ensuite s’effectuer pour rétablir les forces dans leur véritable rapport; et il en naît un désaccord dans le système des forces et une irrégularité dans les mouvements, d’où résultent une infinité de maux. L’abus des plaisirs vénériens produit des lassitudes et la faiblesse; il flétrit la beauté et les grâces; et, lorsque leur excès est soutenu, il ne tarde pas à occasionner des affections spasmodiques et convulsives, l’affaiblissement de tous les sens, et surtout de celui de la vue, la dépravation des fonctions mentales, la folie, la perte de la mémoire, la phthisie pulmonaire, la consomption dorsale et la mort. Ces maux augmentent insensiblement et deviennent presque toujours incurables, par rapport à l’habitude des désirs qu’on éprouve continuellement pour de nouvelles jouissances, et fini , une fois contractée, est telle que, durant

le sommeil même, l’imagination est presque sans cesse occupée par des objets obscènes; il en résulte des pollutions qui jettent de plus en plusdans l’épuisement; car les organes de la génération, dont l’irritabilité est très-aiigmenlée dans ces circonstances, étant sollicités par des images voluptueuses, la semcuce s’en échappé avant qu’elle ait été suffisamment élaborée. — Les plaisirs solitaires sont bien plus préjudiciables encore; car ils ruinent plus promptement les tempéraments les pins robustes, et les maux qui eu sont la suite sont bien plus terribles ; ils se terminent presque toujours par une mort qui a lieu dans les convulsions du désespoir. Les médecins ne sauraient Irop s’éfever contre ces jouissances obscures, aussi injurieuses à la nature qu’à la pudeur. Un être vertueux et sensible ne peut consentir à être heureux seul, et il n’y a de jouissances réelles que celles qui sont partagées. — Le vrai plaisir, le seul que puisse goûter l'honnête homme, ne subsiste qu’avec le suffrage de sa conscience : or, chacune de ces jouissances est marquée par un homicide (1). AJiieri, quorum gaudia çrimen liaient. « Foin des plaisirs que le a remords doit suivre. »

Il est très-rare que la continence soit nuisible à la santé : elle a été néanmoins quelquefois préjudiciable, et même elle a conduit au tombeau des personnes dont le tempérament était ardent, et qui, par état ou par l’effet d’un délire fanatique, n’osaient remplir le vœu de la na tare et de la société, en s’engageant dans les liens du mariage. — La continence donne lieu, chez les personnes portées aux plaisirs de l’amour, à des pollutions nocturnes qui , fréquemment répétées, ne tardent pas à jeter le système dans une énervation radicale, et qui conduisent au marasme ou à la consomption. D’autres fois elle occasionne l’inflammation des organes générateurs , le spermatocèle, etc.; et, lorsque les fortes irritations que souffrent ces organes se transmettent sympathiquement au cerveau, il s’ensuit des spasmes, des convulsions, le satyriasis, l’aliénation d’es-

(i) Il y a plus d’esprit que de juge* ment à dire que celui qui sacrifie aux plaisirs solitaires commet un homicide:

l’amour de l'honnête et de la vertu ne doit jamais nous entraîner au-delà de la vérité, (I. i3,j

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prit et la mélancolie érotique. C’csl de l’excessive continence que dépendent souvent chez les femmes la langueur, les fleurs blanches, les pâles couleurs, les vapeurs et la fureur utérine. — Les plaisirs de l’amour sont utiles lorsqu’ils sont pris avec modération. L’art d’assaisonner les plaisirs, en général, consiste à en être avare. S’abstenir pour jouir est la philosophie du sage et l’épicurisme de la raison : on double non-sculeraent ses jouissances parce moyen, mais on affermit encore sa santé.

« Le plaisir sied très-bien au sago.

• Il ressemble au» vins délicats ;

■ On peut s’en permettre l’usag* :

u Butez, ne vous enivrez pas. »

Le coït, quand on en use avec sagesse, favorise la transpiration ; il rend le corps plus léger et plus agile ; il augmente l’appétit et aiguise l’esprit. On reconnaît qu’il est utile à la santé lorsqu’il n’est suivi ni de langueur ni de douleur.

Scire licet cum ( concubitum ) non inutilem esse ; quem corporis , neque languor, neque dolor sequitur. (Celsus , lib. I, cap. I .)

C’est surtout dans l’usage des plaisirs vénériens qu’il convient de consulter l’âge , les forces et le tempérament. Les jeunes gens qui s’y livrent avant que le corps ait pris tout son accroissement se creusent un abîme de maux. Il est contraire au vœu de la nature et au bien de la société de marier les enfants trop jeunes, comme le font inconsidérément bien des parents, qui ne consultent que l’intérét et l’ambition; car les plaisirs de l’amour les énervent bientôt et les frappent de stérilité, ou, s’ils laissent de la progéniture, ce ne sont que des êtres informes, faibles, mal constitués qui ne connaissent l’existence que par la douleur, et qui ne peuvent être d’aucune utilité à la société.— -Les filles qu’on marie dans un âge tendre deviennent la proie d’une multitude de maux. Elles ne peuvent supporter les accidents de la grossesse, ni les douleurs de l’enfantement, et sont très-sujettes à faire des fausses couches. Les mariages précoces sont une source féconde de maladies, ils amènent la dépopulation et la dégradation de l’espèce. « Les excès de la jeu- » nesse , disait le chancelier Bacon, sont » autant de conjurations contre la vieilli lesse » : on pourrait ajouter, et contre la postérité; car il est impossible que des enfants nés de parents énervés soient robustes et bien portants : aussi sont-ils

pour la plupart affectés de maux de nerfs, de scrofules, de racliilis, etc.

Une autre raison qui devrait engager les parents à ne point marier leurs enfants de si bonne heure, c’est que ceux-ci, après s’être livrés dans les premiers temps de l’hyménée aux plaisirs de l’amour avec tous les transports de leur âge, se dégoûtent bientôt l’un de l’autre. L’habitude des plaisirs, ainsi que leur excès, en émousse le sentiment, et les époux inconstants vont chercher bientôt ailleurs des jouissances nouvelles; et la foi conjugale une fois méprisée, il en résulte une dépravation de mœurs qui , faisant chaque jour de nouveaux progrès, traîne à sa suite la ruine des familles, le crime et le désespoir.

L’âge du mariage avait été fixé par Platon à trente ans pour les hommes :

c'est celui en effet où le tempérament est formé. A Lacédémone, le mariage n’était permis qu’à vingt-cinq ans pour les deux sexes. Tacite loue les anciens Germains de ce qu’ils ne se mariaient pas avant d’avoir atteint l’âge de la pleine vigueur : cet âge est pour les hommes entre vingt-cinq et trente, et pour les femmes entre vingt et vingt-cinq ans. Chez les mêmes Germains, un jeune homme qui perdait sa virginité avant vingt ans était diffamé. Les anciens Gaulois'avaient à peu près la même manière de voir sur le mariage et la pureté des mœurs. Mais , sans avoir besoin de remonter bien avant dans l’antiquité pour montrer combien nous avons change sur ces points , il suffira de rapporter un exemple connu : c’est celui du père du célèbre Montaigne, qui vivait au commencement du seizième siècle. Il s était marié vierge à l’âge de trente-trois ans, après avoir porté long-temps les armes.

On peut,. d’après cela, juger de la révolution qui s’est faite dans les mœurs des Français dans l’espace de deux siècles, et de la dégénération de l’espèce qui en a été la suite (1 ). — Il »’cst pas moins

(1) . C’est le physique de 1 éducation,

> ce sont les exercices vigoureux de la .gymnastique, c’est l'éloignement de « toute jouissance prématurée, qui met-

• tent' un si grand intervalle entre nos . vieillards de vingt ans, ci le héros qui, . le jour, étouffe des lions entre ses bras, . et, la nuit, force cinquante vierges a

• devenir mères. •

( Pliilosoplt. de la Nat-, tome n, pages

ÎIVGIÈNE.

nuisible et dangereux de faire des mariages mal assortis, comme d’unir une jeune femme avec un vieillard, une femme déjà avancée en âge avec un homme jeune et robuste, et de ne consulter en aucune manière l’inclination des époux.

Ces sortes de mariages sont aussi opposées aux vues de la nature qu’au bonheur. Il serait à désirer, et ce serait un des grands moyens de perfectionner l’espèce humaine, que le mariage ne fût permis qu’aux personnes bien conformées, exemptes de tous défauts corporels, de toutes maladies et infirmités, et qui éprouveraient mutuellement de l’affection l’une pour l’autre. Un autre moyen, non moins propre à remplir le même objet, serait le croisement des races humaines : l’exemple des animaux prouve l’avantage qu'il y aurait de s’allier avec les étrangers. L’expérience a appris les désavantages qui résultaient des alliances du même sang. Chez les peuples les moins policés, il a rarement été permis au frère d’épouser sa sœur, et cet usage est fondé sur ce qu’on a observé que l’espèce humaine dégénérait toutes les fois qu’on voulait la conserver sans mélange dans une même famille !

dès lors on a regardé avec raison comme une loi de la nature celle de l’alliance avec les familles étrangères. Mais si de semblables unions préviennent l’abâtardissement de l’espèee, combien celles avec des personnes de différents pays ne contribueraient-elles pas, en contrasiant les figures et en opposant les climats, à produire de nouvelles races d’hommes plus beaux et plus parfaits ! Ne voit-on pas que c’est dans les grandes villes, où les étrangers affluent et se fixent, que l’on rencontre plus de personnes spirituelles, d’une belle figure et d’une taille élégante? C’est pour cela sans doute que le peuple juif, auquel la loi interdit toute alliance avec ceux qui ne sont pas de sa secte, est si laid, au lieu que les souverains de l’Europe, par exemple, ont ordinairement de fort beaux traits , parce qu’ils s’allient hors de leur pays! — Les vieillards doivent renoncer aux plaisirs de l’amour, ou au moins n’en user que très-rarement. Il est dangereux de se livrer au goût de la jeunesse quand on n’en a plus la vigueur : les fibres se montent nécessairement au-delà de leur ton naturel, et font des efforts extraordinaires. U s’ensuit une inégalité d’action et un désordre dans les mouvements qui ne se rétablissent pas aisément, et

qui donnent fréquemment lieu à des spasmes violents, et à une énervation qui précipite dans le tombeau. Plus d’un vieillard a accéléré le terme de ses jours en voulant ceindre le myrte réservé à la jeunesse, et sacrifier à Cypris.

L’été et la première partie de l’automne sont les saisons les moins propres aux plaisirs vénériens ; il 11e faut, dans ces saisons , s’y livrer que rarement, parce que les corps sont affaiblis et desséchés par les chaleurs : l’hiver, mais principalement le printemps, sont plus favorables. Venus hieme non perniciosn, vere tulissima : neque œslate veto neque auturnno ulilis est : lolerabilior ta/nen per autumnum est. Æslate in totum , si fieri possit , abslinendum.

(Celsus, lib. I, cap. ni) (l). C’est durant le printemps que la nature renaît, et qu’un nouveau feu se glisse dans tous les corps et en pénètre les éléments : tout s’animeront s’embellit; tout ce qui respire célèbre, par les plus doux transports , le pouvoir de l’amour. Ce dieu, l’ame universelle du monde, verse dans le sein de tous les êtres sentants la fécondité et la vie. — Les personnes faibles et valétudinaires, surtout celles qui ont la poitrine délicate, doivent être très-sobres dans les plaisirs, et réprimer les mouvements fougueux de la chair : il 11’y a pas d’écueil plus dangereux pour elles que les jouissances de l’amour ; c’est à elles particulièrement que s’adressent ces vers latins :

• Piincipiuai dulce est, sed Huis amoris amant* ;

> La* ta Yeiiire Venus, tristis abire solet. •

Quant aux personnes fortes et bien constituées, « elles ne doivent pas, dit » Celse, s’y livrer avec trop d’ardeur, ni » s’en abstenir avec trop de scrupule.

» Ces plaisirs, pris avec modération, « donnent de l’activité et de la légèreté u au corps, au lieu que l’excès affaiblit et « énerve (2). » Lorsque la matrice a atteint son dernier degré d’accroissement, elle

(1) Le précepte que donne ici l’auteur, d après Celse, est basé en partie sur ce que nous avons dit, à l’article Saison, de l'influence débilitante de l’été et de l’automne. Ce serait un sujet curieux d’expériences que de chercher à déterminer jusqu’à quel point les enfants conçus en automne sont plus faibles que ceux qui sont engendrés dans l’hiver et le printemps. (t. 11.)

(2) Lib. j, cap. 1.

HYGIENE

demeura surchargée de la portion d’ncllon qui était necessaire h son développement, et elle devient un nouveau centre de sensibilité, qui a la plus intime correspondance avec l'encéphale et la plus grande influence sur tout l'organisme, que le plus souvent elle domine.

Mais cet organe, vraiment excrétoire, n’emploie pas journellement l'action qu’il reçoit pour excréter; il la laisse s’accumuler peu à peu, jusqu’à cc qu’étant parvenue à un certain degré, cet organe, qui est très-spongieux , entre en érection, et s'imbibe d une certaine portion de sang qui y afflue en plus grande quantité qu’à l’ordinaire, et qu’il laisse transsuder.— Celle évacuation périodique, qui a ordinairement lieu une fois chaque mois, et qui dure depuis trois jttsqu’à six ou sept jours, s’établit à l’âge de puberté, et cesse entre quarantecinq et cinquante-cinq ans, quelquefois plus tôt, mais rarement plus tard. Nous avons observé que le développement des organes sexuels opérait chez les homnjes une révolution qui, en faisant dominer l’action du système artériel et pulmonaire, dissipait les maladies pituiteuses de l’enfance. 11 se fait aussi à cet âge, dans le sexe, une révolution à peu près semblable : la matrice acquiert une nouvelle vie, et son irradiation, qui est universelle, augmente le ton et la tension de tout le système. Lorsque le développement de cet organe s'est fait d'une manière convenable, et que son jeu est régulier, il opère la solution des maladies de l’enfaüce; mais, lorsqu’il est entravé par quelques obstacles, et que les règles ne s’établissent pas, il en résulte une lièvre abdominale (l), qui tient le milieu entre les maladies aiguës et les chroniques, et qui est connue sous le nom de chlorose ou pâles couleurs. Je la considère comme le produit de la constitution pituiteuse de l’enfance, qui s’étend au-dela du temps fixé par la nature , el que celle-ci s’efforce de réprimer.

L’unique moyen de prévenir cette maladie, celui sur lequel on doit le plus compter pour sa guérison, consiste à faire prendre aux jeunes filles de l’exercice,

(1) Fiivrc abdominale me paraît une expression singulière que n’explique même pas l’opinion hasardée que Tourtelle émet ici sur la nature de la chlorose, (I. B.)

et à les laisser se livrer à la dissipation et aux amusements de leur âge. On ne voit guère que les filles qui restent enfermées dans la chambre, et presque toujours assises, être attaquées de pâles couleurs et d’affections hystériques; au lieu que celles qui ont la liberté de jouer et de courir en plein air, el qui entretiennent ainsi la vivacité et la gaîté propres au jeune âge, ne connaissent pas ces maladies. Il convient donc que les conseils sévères de l’âge froid et sérieux ne viennent pas s’opposer aux jeux bruyants auxquels la nalure porte la jeunesse, et qu’ils ne répandent pas leur sombre tristesse sur le printemps de la vie, destiné aux jeux, aux ris et aux plaisirs innocents. — Lorsqu’une filleààtjcintl’âge de douze à quatorze ans, époque à laquelle les règles commencent ordinairement à paraître, et que, loin que celles-ci sc manifestent, on voit au contraire la santé se déranger; au lieu de la laisser s’abandonner à l’indolence et à l’inaction , et de l'accabler de drogues, comme on le fait communément , il faut au contraire la forcer en quelque sorte à vaincre la paresse qui est une suite de cct état, et lui faire prendre beaucoup d’exercice au grand air. 11 est utile de lui procurer des amusements et une nourriture saine, tonique et de facile digestion. Ces secours, aussi simples que faciles à employer, ne manquent guère de rendre la santé, en favorisant l’éruption menstruelle : les eniméuagogucs, qu’on administre dans ces cas, déconcertent le plus souvent la nature et aggravent presque toujours l’état des malades. — Dès que les règles sont établies , on doit éviter, pendant leur durée, toutes les causes qui pourraient en opérer la suppression. Le sexe , dans le temps de la menstruation , doit user d’aliments sains et faciles à digérer, et surtout se garantir du froid, qui est pour les femmes délicates une des causes les plus fréquentes de suppression : un degré de froid qui , dans tout autre temps, serait incapable de nuire, suffit le plus souvent, quand les règles coulent, pour les arrêter et altérer la santé. Les passions ontaussi la plus grande influence sur celte évacuation; la colère, la peur, le chagrin, etc., produisent souvent des suppressions opiniâtres, et une multitude de maux qui en sont la suite : c'est pourquoi les femmes doiveut éviter, dans les temps critiques, les causes qui jîfcuvent troubler la tranquillité de l'amc, et se livrer à la gaîté.

hygiène.

Quand les règles ont une fois paru , elles reviennent tous les mois , à peu près à la même époque , si ce n’est dans les cas de grossesse et d'allaitement. La matrice emploie environ vingt à (rente jours pour faire sa révolution ; mais lorsque cette évacuation manque, ou n’a pas lieu dans une quantité convenable , il en résulte des maladies graves, qui sont occasionnées par des engorgements et des congestions humorales dans des organes différents, scion les progrès de l’àge. Il en est de même de toute évacuation périodique habituelle quelconque, et c’est une vérité établie par l'observation, que la suppression d’une hémorrhagie nasale, du flux hémorrhoïdal, etc., dérange sensiblement les fonctions, etsouvent donne la mort (1). — 11 arrive quelquefois aussi que les femmes, au lieu d’avoir leurs règles par les voies ordinaires, les ont par d’autres parties : c’est ce qu’on appelle règ/cr dévoyées. Dans ce cas , elles ont lieu par la peau , les poumons , l’estomac, le nez, les oreilles , etc. On réussit souvent, dans le commencement, à les rappeler aux parties sexuelles; mais on y parvient rarement quand elles sont décidément déviées. Au reste , lorsque la santé n’en est pas altérée, et que les autres fonctions s’exercent d’une manière convenable, il vaut mieux rester tranquille et laisser agir la nature, que d’administrer des remèdes qui, dans ces cas, sont ordinairement nuisibles ou inutiles. — Lorsque l’évacuation menstruelle est

(1) Cela est quelquefois vrai; mais il ne l’est pas moins de dire que l’on attribue souvent à la suppression des 'écoulements périodiques des accidents qui dépendent de toute autre cause dont la suppression elle-même est une conséquence. C’est un point curieux de pathologie générale à éclaircir. (I. D.)

excessive, elle produit des affections trèsdangereuses. Les effets des grandes hémorrhagies sont la prostration des forces, la lenteur de la circulation et de toutes les actions , l’extinction de la chaleur, la décoloration , la laxité et la cachexie. — L’époque de la vie où les règles cessent est critique pour la plupart des femmes, comme celle où elles commencent à s’établir. L’action dont la matrice n’est plus susceptible par rapport à l’âge, se dirige vers d’autres parties, et produit des accidents plus ou moins graves , selon la disposition du corps, et selon que telle ou telle partie est plus ou moins propre à l’emploi critique de ce reflux d’action. C’est aussi le temps où l’on voit le plus grand nombre de femmes être affectées de maladies chroniques et mourir. Mais aussi celles qui franchissent cette période, et chez lesquelles l’action que recevait la matrice s’est répartie à peu près également sur toutes les parties organiques, acquièrent souvent une santé meilleure et parviennent à un âge très-avancé. L* tempérance et l’exercice sont les moyens les plus eflicaces pour prévenir la menstruation excessive et les accidents qui accompagnent la cessation du flux menstruel. Les règles et leur cessation sont dans l’ordre de la nature , et ne sont point des maladies; elles ne le deviennent que par les excès, la violence des passions et la vie molle et oisive. On ne voit guère de paysannes ni de femmes du peuple affectées des maladies dépendantes de l’irrégularité, de la suppression et de la cessation des règles, si ce n’est celles qui mènent une vie sédentaire et semblable à celles des citadines, ou dont les mœurs sont déréglées. Les moyens de rémédier à ces maux ne sont pas du resSort de l’hygiène , et en en partant, j’oulre-passcrais les bornes de ce traité.

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