CHAPITRE II
DES SENS EXTERNES (l).
Les sens sont les premiers maîtres et les premiers guides de l’homme ; ils lient son âme à tous lés objets sensibles, la
(!) Tourlelle et la plupart de ceux qui ont écrit sur l’hygiène sc sont évidemment mépris sur la nalure des considérations physiologiques qui sont du ressort de cette branche de la scicuce médicale; ils ont perpétuellement confondu l'histoire physiologique des fonctions organiques et de leur mécanisme, avec 1 action qu’exercent sur nous les ugcnls hygiéniques qui viennent du dehors. C’est la principale cause des réclamations des physiologistes qui ont accusé 1 hygiène do nôtre, dans beaucoup de scs parties, qu’une extension de la physiologie. Mais ces réclamations ne sont fondées que sur une marche fautive qui a fait confondre cette partie de la physiologie qui a tra.l aux fonctions de l’économie animale , avec celle qui a pour objet la connaissance des modifications que les agents de l’hygiène impriment à nos organes.
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modifient au point de lui faire connaître les qualités externes des corps , font naître sa pensée, et, comme autant de sentinelles , veillent à la sûreté et à la conservation du corps. — Tous les organes des sens ont une structure qui les met en rapport avec les êtres physiques sur lesquels ils doivent s’exercer, et qui en favorise la perception de la manière la plus avantageuse. Cette structure varie selon les différents organes, et la nature des sensations qu’ils sont chargés de transmettre au cerveau. L’ouïe porte à l’àme celle du son ; la vue lui imprime le sentiment de la lumière et des couleurs , et les images des objets ; l’odorat lui donne la perception des odeurs , et le goût celle des saveurs ; enfin le tact , ce sens universellement répandu sur toute l’habitude du corps , lui fait apercevoir et juger les qualités ladites, leWes que la chaleur, le froid, la dureté , la mollesse, le poli , l’àpre, etc. C’est à ce sens qu’appartient le plaisir de l’amour , cette sensation vive et ravissante , cette volupté indicible , qui transporte l’âme et fait goûter dans un court instant les plus parfaites délices. — On peut ranger les sens externes dans deux ordres :
1° ceux qui reçoivent immédiatement les impressions des objets ; 2° ceux qui ne les reçoivent.que médiatement. Les premiers ont des houppes nerveuses plus ou moins avancées et recouvertes de l’épiderme : tels sont les organes du tact , du goût et de l'odorat. Les autres , tels que les yeux et les oreilles , ne reçoivent d’impression que par l’intermède d’e l’air, et ont des membranes lisses et polies , qui ne sont que des expansions nerveuses.
§ Ier. Du loucher. — Le loucher ou tact est le sens le plus général et le plus simple. Son domaine est le plus étendu; tous les animaux eu jouissent, depuis l’homme jusqu’au polype. Toute la surface extérieure du corps est l’organe de ce sens , qui a pour élément un nombre prodigieux de mamelons mous, formés parla pulpe des nerfs, qui se ramifient à l'infini et se terminent à la peau recouverte de l’épiderme. Les impressions qu’ils reçoivent des objets du dehors, et qu ils transmettent au cerveau, donnent 1 idée des qualités tactiles. Le toucher apprend à connaître la résistance des corps , leur impénétrabilité, leur figure, leur etendue; c est par lui que nous recevons les premières notions des distances et du mouvement. C’çst dq lui fljgürie^
que nous viennent ces premières perceptions dont le résultat est de nous faire éviter machinalement certains objets et en désirer d’autres , pour notre conservation. — Le toucher n’est proprement qu’un contact de surface. Les corps froids, en contractant les fibrilles nerveuses de la peau , produisent la sensation du froid; le calorique , en les dilatant , excite la sensation de la chaleur. Une impression douce fait naître la volupté; plus forte, elle produit la douleur ou un état voisin de la douleur. — L’homme est l'être le plus sensible aux impressions tactiles; il jouit du tact dans un plus haut degré, et l’a plus parfait que les autres animaux , à raison de la finesse de sa peau et de l’abondance des nerfs qui s’y ramifient. C’est à ce sens qu’il doit en grande partie la supériorité qu’il a sur eux, Buiîon observe avec raison qu’il est plus immédiatement le sens de l’âme : au moins il est le premier qui l’avertit de son union au corps ; il est de tous les sens le plus fréquemment exercé, le plus sur et le plus propre à corriger les erreurs des autres. A la vérité , les idées acquises par le tact sont faibles, confuses, et se gravent difficilement dans la mémoire; maison peut l’augmenter, l’étendre et lui donner un très-grand degré de perfeciion. On a vu des bijoutiers l’avoir tellement exquis qu’ils connaissaient la qualité des pierres précieuses par la seule impression qu’elles font sur la langue; il y a eu parmi les aveugles d’habiles sculpteurs et de grands géomètres.
C’est particulièrement la main , et surtout l’ extrémité des doigts, qui jouit du loucher le plus exquis , parce que l’organisation de cette partie est telle, qu’elle est composée de parties très-flexibles et très-mobiles; qu’elle peut ainsi s’ajuster sur la surface des corps , les embrasser par un plus grand nombre de points , et nous donner de justes idées sur leur forme , leur figure , etc. On voit , d’après cela , que la sensation du tact doit être affaiblie et émoussée chez les animaux dont l’épiderme est couvert de poils, et la patte enveloppée d’une substance cornée ou d’écailles épaisses, et que ceux qui n’ont aucun organe analogue à la main de l’homme ont un cercle de per- ' ceptions très-borné. — On ne saurait trop s’appliquer û perfectionner l’organe du tact, que les femmes, naturellement plus sensibles que les hommes, ont plus fin et plus exquis, car c’est ce sens qui çsl îç plus propre à agrandir la sphère
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des connaissances humaines , cl à rectifier les illusions dans lesquelles peuvent nous faire tomber les autres sens. L’usage des bains et des lotions, un travail modéré , et surtout la propreté , sont les moyens les plus efficaces pour remplir ce but. L'organe du toucher devient calleux par des vices particuliers de la peau, et par les travaux rudes et habituels de la main.
§ II. De l'odorat. — L’odorat est dans l’homme le moins parfait des sens; il est beaucoup plus fin chez cerjains animaux. Le singe reconnaît une femme au moyen de ce sens , sous quelque forme qu’elle se déguise. Le chien suit le gibier à une très-grande distance, quoiqu’il ne le voie pas , par les seules émanations qui frappent son odorat ; et c’est peut-être ce sens qui est le principe de sa fidélité. L’odoratnejouitpasd’une grande énergie dans l’homme, et il paraît que si le tact lui donne de la supériorité sur tous les animaux , c’est qu’il a moins besoin d’appeler que de connaître. Néanmoins il est des exemples qui prouvent que ce sens peut atteindre dans l’homme la perfection de celui des animaux. L’histoire fait mention d’un philosophe de la Grèce qui distinguait, par l’odorat, une vierge de la fille qui s’était livrée aux plaisirs de l’amour. Un religieux de Prague, dont il est parlé dans le Journal des Savants , de 1684, distinguait de même, en les flairant , une fille d’une femme , et une personne chaste de celle qui ne l’était pas. Aux Antilles, on a vu des nègres qui suivaient les hommes à la piste , et qui distinguaient très-bien les traces d’un blanc de celles d’un Africain. Le chevalier Digby parle d’un enfant élevé dans les bois, dont l’odorat avait acquis tant de finesse qu’il s’apercevait de l’approche de l’ennemi ; mais ayant changé dans la suite sa manière de vivre , l’énergie de ce sens diminua considérablement : cependant il distinguait encore très-bien sa femme d’une autre en la flairant. Son nez , pendant la nuit , lui tenait lieu de la vue. 11 paraîtrait , d’après cela , que la perfection de l’odorat dépend non-seulement de l’organe , mais encore du genre de vie , et surtout de la privation des odeurs fortes dont l’homme abuse sans cesse , et qui usent l’organe odorant. — Le nez est le principal organe de l’odorat ; il est tapisse intérieurement parla membrane pituitaire.
Les narines , qui sont partagées par l’os voinçr, goût ïÇCOHYÇftÇS pav celte mem-
brane , qui est composée de deux lames qui concourent à la perfection de l’odorat. En effet, on observe que plus cette membrane a d’étendue , plus l’odorat est exquis, comme chez certains animaux dont les cornets inférieurs du nez sont plus considérables que chez l’homme. La première lame de la membrane pituitaire , qui est l’interne , peut être considérée comme le périoste du nez et de ses cornets. La seconde, qui est l’externe, est parsemée, dans toute son étendue , de glandes muqueuses qui excrètent la pituite , et de mamelons nerveux sur lesquels agissent les miasmes qui émanent des corps odorans. C’est dans le temps de l’inspiration que les odeurs se développent sur la membrane pituitaire : ce qui le prouve, c’est que ceux qui ne peuvent respirer par le nez, comme il arrive dans le coryza (enchifrenementj , ou lorsque cette partie est obstruée par des polypes, ne peuvent pas percevoir les odeurs. Une observation de La Hire fils vient à l’appui de ce que j’avance : il rapporte avoir vu un homme qui évitait la sensation des mauvaises odeurs en remontant la luette , et en rompant ainsi la communication qui a lieu entre la bouche et le nez.
Il paraît que la nature a placé l’odorat près de l’organe du goût pour eu prévenir les erreurs. C’est pourquoi Lecatet Duhamel l’ont regardé non comme un sens particulier, mais comme un supplément de celui du goût. En effet, nous sommes avertis par l’odorat des qualités bonnes ou mauvaises de la plupart des substances alimenlaires. L’aveugle n’a pas d’autre moyen pour s’assurer de ces qualités, avant que de porter les aliments à sa bouche ; il obéit au vœu de la nature qui a attaché le sentiment du plaisir à tout ce qui peut conserver la vie, et un sentiment désagréable à tout ce qui est nuisible. C’est ainsi que toutes les plantes qui répandent une odeur suave sont analeptiques , et que celles dont l’odeur est vireuse sont des poisons. Cardan pensait qu’un odorat exquis était un indice d’esprit , parce que , disait-il, la température chaude et sèche du cerveau aiguise ce sens , et que celte température rend l’imagination plus vive et plus féconde. Il paraît que les Romains étaient dans cette même opinion : ils appelaient un homme d’esprit vir emunclœ naris , et Martial leur donne la finesse de l’odorat du rhinocéros. Néanmoins cela ne se trouve pas toujours vrai ; on voit quelquefois
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des imbéciles avoir le sens de l'odorat très-exquis.
La sensibilité de l'odoral s’émousse et se perd par l’usage des odeurs lortes et des parfums inventés par le luxe. Le tabac en poudre pris par le nez dessèche et atonise les nerfs olfactifs. « Notre odo- » rat, dit l’auteur de la Philosophie de u la Nature, deviendrait peut-être égal » à celui des animaux , sans la manie des :> parfums factices , et l’usage de cette » poudre ammoniacale et corrosive que « l’Europe entière, depuis un siècle, « semble avoir adoptée , et qui , comme » les liqueurs fortes , ne donne un mo- » ment de ressort à l’entendement que » pour le conduire par degrés à la stu- » pidité. » Ainsi , ceux qui veulent conserver et perfectionner ce sens doivent fuir les odeurs fortes et s’abstenir du tabac. — Les odeurs ont une action puissante sur le système nerveux; elles excitent des sensations voluptueuses , d’autres fois des évanouissements et d’autres accidents; elles sont quelquefois aussi des remèdes héroïques, lorsque les substances qui les fournissent sont administrées par une main sage et prudente. Leur action est d’autant plus grande qu’elles sont plus développées. Avant que de parler de leur influeuce sur l’économie animale , il ne sera pas hors de propos de donner une idée succincte des causes qui opèrent le développement de l’arome ou principe odorant, appelé par Bocrhaave esprit recteur , et qui sont l’air, le calorique, la lumière et le fluide électrique.— L’air, ce fluide invisible, est, comme véhicule des odeurs, une des causes essentielles de leurs effluves, ainsi que le prouve l’expérience. Si on place une substance très-odorante sous le récipient de la machine pneumatique, et qu’on fasse le vide , on s’aperçoit bientôt que l’odeur de celte substance diminue à mesure qu’on extrait l’air du récipient. — Le calorique est un des agents qui concourent le plus au développement des odeurs; il favorise l’expansion du principe odorant , qu’il sépare des autres parties constituantes des corps, et le force, en quelque sorte, à manifester sa présence par l’impression qu’il porte sur l’organe de l’odorat. Si on chauffe une substance inodore , elle ne tarde pas à répandre de l’odeur : c’est ce qui arrive à certains bois dans les mains du tourneur, par les frottements qui excitent la chaleur dans ces corps. Si, au contraire, on prive de chalçur uue matière odorante
quelconque , si l’on met des fleurs trèsodorantes, par exemple, dans un lieu très-humide , leur odeur diminue sensiblement.
La lumière concourt puissamment au développement de l’aromc dans la plupart des plantes. Leur odeur diminue à mesure qu’on les prive de la lumière.
M. Gouan , professeur dans la très-justement célèbre école de médecine de Montpellier, a observé que les végétaux les plus odorants, privés du contact de la lumière, perdent entièrement leurs odeurs dans les serres, malgré la chaleur qu’on y soutient à plus de vingtcinq degrés. — Le fluide électrique influe aussi sur le développement des odeurs, comme le prouvent les belles expériences de Bertliolon. « J’ai placé, » dit-il, plusieurs ognons de jacinthe et » de jonquille dans divers vases. Lorsque » les fleurs furent nées et eurent pris un « commencement d’accroissement un peu » marqué, et avant que l’odeur naturelle » de la plante se fit sentir, j’électrisai la )> moitié du nombre de ces vases de fleurs. » Je répétai l’électrisation pendant quel- » ques jours , chaque jour demi-heure le » matin et autant le soir, et j’observai, 3> après l’électrisation , que les fleurs » électrisées avaient acquis leur odeur )3 propre , ce que n’avaient pas fait les 33 autres plantes non soumises à l’élec- 33 tricilé : le fluide électrique accélère 33 donc l’époque de l’émanation des vé- 33 gétaux. J’ai encore observé, ajoulc-t- 33 il , que les fleurs électrisées expri- 3) niaient plus fortement la nature de 3< leur odeur propre que les fleurs non » électrisées, celles ci étant examinées à 3; des distances correspondantes à celles 33 des premières, et dans le temps 33 où les fleurs avaient acquis naturelle- 33 ment tout l’accroissement et la perfec- >3 tion nécessaires pour exhaler leur 33 odeur. 33 11 suit de là que plus l’électricité atmosphérique est considérable, plus l’odeur des plantes est forte et accélérée ; et c’est ce que confirme l’observation.— Les effluves odorants sont donc une sorte d’évaporation qui est due aux causes que je viens d’énoncer ; mais un phénomène bien singulier, c’est que , quoique la matière odorante se résolve continuellement en vapeurs , on n’observe néanmoins aucune diminution sensible dans son volume ni dans son poids.
Le principe odorant est donc d’une nature extrêmement déliée , subtile et volatile. — L’iffüuçncc des odeurs sur l’é-
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conomie animale varie selon le degré de sensibilité, de l’idiosyncrasie propre a chaque individu, ainsique des principes dont sont composées les subslances odorantes. Lorry les a réduites a cinq classes principales : les odeurs camphrées, narcotiques, éthérées, acides et alcalines volatiles (1).
Les odeurs les plus suaves ne sont pas innocentes. Les matières odorantes qui les exhalent laissent dégager beaucoup d’air méphitique , et renferment pour l’ordinaire un principe vireux délétère.
Les fleurs de rose, de jasmin, de violette , etc., répandent une odeur vireuse à laquelle on doit rapporter principalement un grand nombre d’accidents funestes produits par ces fleurs renfermées dans un petit appariement. Des anxiétés, des douleurs de tête, des convulsions, des évanouissements, sont souvent la suite de ces exhalaisons odorantes. Les personnes qui ont le genre’nervcux très-irritable doivent les fuir avec le plus grand soin : ce sont elles qui, par leur constitution, sont le plus exposées à ressentir leurs malignes intluences. On a vu même quelquefois la mort produite par cette seule cause. Ingenhousz cite l’exemple d’une fdle morte à Londres en 1719, par l’odeur des lis. 1 riller a donné l’histoire tragique d’une jeune tille morte par l’odeur des violettes , et l’observation d’une autre qu’on rendit a la vie en enlevant les fleurs qui l’avaient asphyxiée. Tout le monde connaît 1 ellet du musc et du safran sur quelques personnes. L’exhalaison du noyer passe pour être très-dangereuse. Le principe vireux est inaltérable; l’opium, où il existe en grande quantité, ne perd jamais son odeur ni sa vertu narcotique, quelque changement qu’on lui fasse subir. L ambre le musc, le custoréum , exhalent une' odeur vireuse. 11 en est de même des huiles animales , qui , d’après les expériences de Lorry, ne doivent leurs propriétés anti-spasmodiques qu au principe vjreux.- Les odeurs éthérées, telles que celles qu’exhalent la menthe poixiée ,
(1) Fourcroy divisait les odeurs on cinq genres :
jer Genre, odeurs extractives.
Genre, odeurs huileuses fugaces.
5e Genre, odeurs huileuses volatiles.
4» Genre, odeurs aromatiqueset acides* 5« Genre, odeurs hydro-suHurcuses.
l’anis étoilé , etc., font sur le genre nerveux une impression très-vive et qui est aussi prompte que leur volatilisation.
Leur principe existe dans un grand nombre de végétaux; il n’est dû dans la plupart qu’à la fermentation qui a lieu dans le temps de leur accroissement. Le premier degré de putréfaction qu’éprouvent certains fruits y développe une odeur d'éther très-caractérisée. Les substances qui l’exhalent jouissent de la vertu antispasmodique et carminutive. — L’arome acide se trouve presque toujours uni aux substances aromatiques; il se rencontre aussi dans beaucoup de fruits aigrelets. Toutes ces substances éveillent les sens, égaient, et sont amies de l’homme. — Toutes les odeurs qui, par une acrimonie qui leur est propre, picotent les yeux et font couler les larmes , sont alcalines volailles ou ammoniacales : les crucifères etsurtoutles ognons appartiennent!! cette classe. Les substances qui contiennent un principe âcre et volatil sont très-excilantcs et peuvent être employées avantageusement dans bien des cas. Telles sont les cinq classes d’odeurs auxquelles on peut rapporter le plus grand nombre de variétés que nous offrent la nature et l’art.
§ III. Du goûl.— Le goût a sou siège principal dans la langue et le palais : ces organes ont, de même que la peau, des papilles nerveuses, mais qui sont plus saillantes et plus épanouies. Ce sens est une sorte de tact , mais il diffère beaucoup de celui de la peau quant à la manière dont il reçoit les impressions des corps. Celles-ci sont purement physiques et mécaniques pour le toucher, et elles sont vraiment chimiques pour l’organe du goût. L’action des substances sapides ne diffère pas essentiellement de la causticité, mais seulement par le degré d’énergie; car les matières les plus caustiques sout celles dont la saveur est la plus forte , et celles qui sont dépourvues de toute causticité sont absolument insipides. La saveur, qui n est que la causticité affaiblie, n'est autre chose qu’un effet de l'attraction que les substances savoureuses cl caustiques exercent sur l'organe du goût, en sorte qu'on peut le considérer comme un sens chimique qui est diversement affecté par les substances sapides, selon qu’elles tendent plus ou moins à sc combiner avec l’organe, selon qu’elles s’y appliquent avec plus ou moins de force , et que peuvent le permettre aux molécules de ces
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substances leur masse et leur figure. Il n’y a par conséquent de corps sapidcs que ceux dont les parties sont disposées, les unes à l’égard des autres , de manière que leur tendance à l’union ne soit pas entièrement satisfaite, et qu'il en reste assez pour produire sur l’organe du goût une action plus ou moins forte. — On voit, d’après cela, le cas que l’on doit faire de ces vaines théories dans lesquelles on prétend réduire les goûts primitifs au nombre de sept, de même qu'il n'y a que sept couleurs et sept tons. Il n’y a point de saveurs primitives , mais un nombre prodigieux de degrés de caus- ' ticité, depuis celui qui altère et détruit j l’organe du goût, jusqu’au dernier terme i voisin de l’insipidité. Poncelet a prétendu que les saveurs consistaient dans les vibrations plus ou moins fortes des sels, qui agissent sur le sens du goût, comme les sons consistent dans les vibrations de l’air, qui agit sur l’ouïe : selon lui , de même que les corps sonores, les saveurs ont leurs tons générateurs, dominants, majeurs , mineurs , graves, aigus, leurs comma mêmes, et tout ce qui en dépend, par conséquent leurs consonnances et leurs dissonnances. Sept tons pleins font la base de la musique sonore : les saveurs primitives sont aussi au nombre de sept : ce sont V acide , la fade, la douce , l’ amère , Y aigre-douce, l’austère et la piquante. Mais il est faux que les sels qui agissent sur l’organe du goût éprouvent des vibrations ; il est des saveurs qui n’appartiennent à aucune de celles que l’auteur désigne comme primitives , et qui ne participent d’aucune d’elles. D'ailleurs, on ne voit ni progression ni proportion harmoniques dans les saveurs , h moins qu’on ne veuille en voir dans toutes les combinaisons et dans toutes les compositions des corps. — Le sens du goût est sujet à plusieurs erreurs : l’état de la salive le vicie dans la maladie, et les qualités de l’air en font varier la force ; il est plus oblus le matin , immédiatement après le lever ; le froid et le chaud excessifs des substances sapidcs en diminuent l’énergie. Il est des corps qui, seuls, ne produisent aucune impression sur le goût, et qui deviennent sapidcs par leur mixtion ou leur union avec d autres.— Le goût est un des sens auxquels la nature a attaché les plus grandes jouissances; mais plus les voluptés qui en naissent sont douces, plus il est facile d’en abuser. I, 'homme qui est esclave des sens épuise la coupe du plaisir, et
celui-ci sc transforme en douleur; bientôt, blasé à force de jouir, il ne trouve plus de moyens pour exciter son palais que dans les stimulus les plus violents ; il accélère ainsi le terme de ses jours , en avalant les poisons lents de la cuisine d’Apicius. L’homme qui veut jouir longtemps et conserver le sens du goût doit peu jouir, ne jamais excéder le besoin, et se contenter des aliments les plus simples et qui ont subi le moins d’apprêts.
§ iy. De l’ou'ic. — L’ouïe a pour objet les sons : elle est un sens précieux qui nous met en rapport avec le monde moral, parce qu’il est essentiellement lié à la parole. Ce n’est que par son secours que l’hoinmepeut apprendre à imiter les sons, au moyen desquels il peut communiquer par la pensée avec ses semblables , et étendre son existence morale.
Ce sens est le fondement de toutes les institutions sociales ; sa privation est un des plus grands obstacles qui s’opposent à ce que les animaux puissent étendre la sphère de leurs connaissances. « Dans » l’impuissance, dit Condillac, où sont » les bêtes de se communiquer leurs dé- » couvertes et leurs méprises parliculiè- » res, elles recommencent à chaque gé- » néralion les mêmes études; elles s’ar- » rêtent après avoir fait les mêmes pro- » grès. » — Le sens de l’ouïe réside dans l’intérieur de l’oreille, qui est une vraie machine acoustique, qu’il est important de connaître. — L’oreille est composée de trois cavités. La première, qui est externe, et que l’on voit sans le secours de la dissection, est une sorte de conque ou d’entonnoir. La seconde , ou la cavité moyenne, a une forme tubulaire, et se nomme la caisse. Enfin la troisième, ou celle qui est plus avancée dans l’intérieur, a été appelée le labyrinthe. La conque est l’embouchure du méat auditit , qui est en partie cartilagineux et eu partie osseux. C’est au fond de ce conduit que l'on rencontre celle membrane fine qui porte le nom de tympan ou do. tambour. Elle est située obliquement ; celle disposition la met à l’abri des fortes commotions de l’air, et se tend ou se relâche au moyen d’un petit muscle qui est couché sur sa face postérieure. — La caisse renferme trois osselets, que leur figure a fait nommer le marteau , Vendu me et l etricr . Le manche du marteau adhère au tympan par le petit muscle dont je viens de parler; sa tête s’articule avec 1 enclume ; celle-ci, qui a deux
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jambes inégales, appuie par lapins longue sur la tête <lc l'étrier. La trompe d’Eustachc, qui est un conduit communiquant de la bouche à la caisse, renouvelle l’air de celle dernière. — La cavité intérieure, que scs routes tortueuses ont fait appeler le labyrinthe, présente une jespèce de vestibule, trois canaux dcmicirculaires , et un canal tourné en spirale , nommé le limaçon, divisé en deux rampes , dont l’une* est supérieure et l’autre inférieure. Toutes ces parties sont d’une consistance dure et tapissées intérieurement de filets nerveux qui viennent du nerf auditif. — L’oreille interne reçoit tous ses nerfs de la septième paire. Chacun des nerfs de cette paire est double, et se distingue en portion molle et en portion dure. Le tronc, appelé portion molle, qui est inférieur et postérieur à la portion dure, se distribue dans le limaçon, le vestibule et les canaux demicirculaires. La portion dure fournit une branche à la caisse et à plusieurs autres parties circonvoisines.
Le son consiste dans les vibrations des molécules du corps sonore. L’air, véhicule du son rassemblé par la conque, frappe le tympan et lui communique les ébranlements qu’il a reçus du corps sonore. Ces ébranlements sont transmis par deux voies au labyrinthe. L’une est la portion d’air renfermée dans la caisse, qui, frappée par la membrane du tympan , transmet ses propres ébranlements à une membrane line appliquée a une petite ouverture appelée fenêtre ronde, qui répond à la rampe inférieure du limaçon ; les filets nerveux dont celte rampe est tapissée portent les ébranlements jusqu’au nerf auditif- L autre voie est dans les osselets. Le marteau, mu par le petit muscle du tympan , frappe 1 enclume, et celle-ci l'étrier. La base de ce dernier communique 1 ébranlement dans le vestibule , par le moyen d une membrane sur laquelle elle repose, et qui ferme une petite ouverture nommée la fenêtre orale. Celle-ci, qui s’ouvre dans le vesjibule , iorme la communication avec les canaux demi-circulaires et la rampe supérieure du limaçon. Les lilets nerveux qui recouvrent cette, rampe et ces canaux porlcnt les impressions phoniques au tronc principal, et par lui jusqu’au siège de l’âme. 11 est probable que chacun des filets nerveux dont es composé l’organe acoustique a son ton propre relativement à sa grosseur et a sa longueur, et qu’il ne résonne que lors-
qu’il est à l’unisson des corps sonores, à < peu près de la même manière qu’une corde de violon vibre sans être touchée, quand on en frappe une autre qui est montée au même ton. C’est particulièrement dans le limaçon que se trouvent les filets nerveux résonnants ; il en est de toute grosseur et de toute longueur , puisque le limaçon va en s’élargissant depuis son sommet jusqu’à sa base. Ainsi les fibres qui tapissent la base de la py- ' ramide sont appropriées aux sons graves; : celles du sommet le sont aux tons aigus, etc. — On ne connaît pas encore le degré d’importance de chacune des pièces dont est composée l’oreille de l’homme; mais on ne peut douter que la perfection de l’organe ne dépende de leur ensemble. Si les osselets ne sont pas absolument essentiels, ils sont au moins d’une grande utilité pour la perception des sons ; car on les retrouve, d’après l’observation du célèbre Yicq-d’Azir, dans tous les animaux, depuis le reptile jusqu’à l’homme, à cette différence près qu’un seul suffit aux reptiles et aux oiseaux. Il résulte encore des observations de cet anatomiste, que les canaux demi-circulaires sont absolument essentiels à l’organe de l’ouïe, puisqu’on les rencontre dans tous les animaux qui jouissent de la faculté de percevoir les sons. Le limaçon est propre à l’homme et aux quadrupèdes :
les oiseaux, qui ont néanmoins le sens de l'ouïe très-fin, en sont entièrement dépourvus.
On connaît en général les sons sous le nom de tons, qu’on divise en tons graves et en tons aigus; mais ces deux espèces de tons ne sont que relatifs les uns aux autres, et le ton qu’on regarde comme grave est aigu comparé à. un autre plus grave. Il en est de meme des tons aigus, qui sont graves par rapport à d'autres plus aigus. Ce qui rend le son aigu ou grave est le plus ou moins grand nombre de vibrations que fait le corps sonore dans un temps donné. Plu» les vibrations sont nombreuses, plus le son est aigu ; moins il s’exécute de vibrations dans le même espace de temps, plus le son est grave. Ainsi, de deux cordes de violon également tendues, celle qui sera la plus courte rendra des tons plus aigus, parce que scs vibrations s’achèveront en moins de temps. Par la meme raison, de deux cordes égales longues, maisinégalement tendues, la plus lâche donnera les tons les plus graves ; et de deux cordes de même longueur , également-
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tendues, mais d'un diamètre inégal, celle qui aura le plus grand diamètre rendra le ton le plus grave. Une corde dont le diamètre, tout le reste étant égal, est double de celui d’une autre, sonne à l’octave basse de celle-ci. On observe encore que dans, les cordes de même lou- | gucur, de même diamètre, et qui sont j également tendues, la gravité du son est comme la flexibilité de la matière dont sont faites les cordes. Ainsi, une corde d'or donne, tout étant égal d’ailleurs, la quinte basse de celle de fer. Enfin, le son le plus grave que l’oreille humaine puisse percevoir est celui qui est rendu par un corps faisant trente vibrations dans ! une seconde; et le plus aigu, par celui il qui fait, dans le même espace-de temps, B sept mille sept cent vingt vibrations.
> Au-dessous du premier terme, et audessus du second, on n’enlendaucunson.
— Sauveur prétend que l’homme peut distinguer et éprouver avec plaisir les différentes sensations auxquelles donnent lieu tous les tons qui sont compris en dix octaves. Euler borne ce dernier nombre à huit. On peut juger d’après cela de la prodigieuse quantité de tons différents que l’on peut distinguer ; car, une oreille faite pour l’harmonie distingue sans peine , dans chaque octave, quarante-trois différences ou piérides.
— On ne compte que sept tons primitifs dans une octave ; car on doit regarder le huitième comme le premier de la seconde octave. On nomme octoe l'intervalle entre deux cordes dont l’une fait deux fois plus de vibrations que l'autre dans le même temps. On l’appelle quinte, quand la proportion est de 3 à 2 ; quarte, quand elle est de \ à 3 ; tierce majeure, lorsqu’elle est de 5 à /i ; tierce mineure, quand elle est de 6 à 5 ; sixte majeure, celle de 5 à 3 ; et enfin, sixte mineure, celle de 8 à 5. Ce que je viens de dire des cordes s’applique également à tous les autres corps sonores, et est le fondement de la musique, quia une si grande influence sur l’homme.
Les anciens connaissaient bien le pouvoir de la musique. Les législateurs firent entrer les préceptes de cet art dans les codes qu’ils donnèrent aux nations ; on en faisait usage dans les fêtes religieuses, dans les festins et même dans les combats. Mais, dans la suite, cet art, dont 1 objet n avait etc dans le principe que de célébrer les dieux et les héros, et d’adoucir les mœurs , dégénéra : les acteurs le profanèrent, et le firent servir
aux plus honteuses débauches. — La musique exerce un grand pouvoir sur l’économie animale, et tyrannise en quelque sorte les cœurs sensibles. Elle inspire le courage aux soldats, elle déride le front de la sagesse austère, elle charme les cœurs tendres, et exprime les plaintes et les soupirs des amants. La connaissance des sons bien proportionnés excite à la joie et à l’allégresse. Les dissonnances non préparées et réitérées peignent la surprise, la fureur, le désespoir. Le mode chromatique, qui procède parplusieurs semi-tons consécutifs, exprime la douleur et la tristesse. Les différents mouvements des airs ne contribuent pas peu à remuer l’âme et à la calmer. Une mesure vive et animée inspire la gaîté. Estelle précipitée, elle produit le dépit et la colère : c’est ainsi que la tempête et l’orage annoncent le courroux de la nature. Est-elle grave, elle élève les sentiments. Lente, elle dispose à la mollesse et au repos. Enfin, est-elle languissante, elle peint l’affliction, émeut la pitié, et porte dans le cœur le germe de la mélancolie et de la tristesse. — Les médecins se sont servis, dès la plus haute antiquité, de la musique comme d’un moyen préservatif et propre à calmer les douleurs. On la prescrivit à Ulysse pour le guérir d’une plaie faite par la morsure d’un sanglier; et, en effet, elle possède la vertu de rétablir le calme etla sérénité, d’émousser et d’affaiblir le sentiment de la douleur; et comme une situation agréable de l’âme favorise l’expansion des forces et leur divergence vers l’organe extérieur, elle peut être très-utile dans tous les cas d’irritation, de spasme et de douleur : aussi l’a-t-on employée quelquefois avec succès dans ces affections. Albert, duc de Bavière, fds de Frédéric, éprouvait un soulagement marqué dans les douleurs cruelles de goutte à laquelle il était sujet, au moyen d'une musique douce et soutenue. Gessner cite un Italien tourmenté d’une violente sciatique depuis un an, et dont il fut guéri par la musique dansante.
Cette dernière espèce de musique a un avantage qui lui est propre, celui de diminuer la fatigue. Lorry remarque que les mouvements peuvent être continués très-long -temps lorsqu’ils sont aidés du rhylhme. En effet, il est beaucoup de jeunes personnes qui sont fatiguées du plus léger exercice, et qui passent des nuits entières à danser au son des
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instruments, sans en éprouver beaucoup de lassitude. Le maréchal de Saxe avait observé que les troupes en marche se fatiguaient bien moins lorsqu’on battait la caisse que lorsqu’elles marchaient en silence. — C’est sur les passions et les affections nerveuses que la musique a la plus grande action : de là vient qu’on la divise en incitative et en calmante. Son influence sur le moral est connue depuis bien long temps. Lorsque Achille entrait en fureur, Chiron l’apaisait avec la guitare : Saül, affecté d’uue mélancolie nerveuse, fut guéri parla harpe de David. Asclépiadc regardait la musique comme le remède le plus efficace dans les délires furieux : Arétéela recommandait dans la mélancolie religieuse. — Cet art ne jouit pas seulement de la vertu de calmer les passions, il a encore celui de les exciter. « Un musicien, dit Platon » (Republ. , liv. III.), enseigne quels « sont les sons capables d’exciter l’au- » dace et la modestie, la bassesse de l’âme j) et la magnanimité. » Mais un exemple frappant que l’antiquité nous a laissé du pouvoir de la musique pour animer les passions, est celui d’Alexandre, que Timothée pouvait jeter dans les transports de la fureur la plus violente, et qu'il calmait à son gré en changeant de mode. L’histoire moderne fait mention d’Ericle-Bon, roi de Danemarck, qu’un musicien jeta, avec toute sa cour, dans une profonde tristesse, puis dans la joie la plus vive, et enfin, dans un emportement si violent que le roi qui, prévenu de la magie de l’art de ce musicien, avait fait éloigner toutes les armes, enfonça une porte pour s’en procurer, et tua quatre personnes. Amurat IV, qui venait de massacrer scs frères, fut tellement adouci par un autre musicien, non moins habile , qui était condamné à mourir, que celui-ci arracha des larmes à ce tigre empereur, et qu’il en obtint, non-seulement sa vie, mais celle de scs amis qui devaient subir le même sort (1).
La musique n’opère plus de nos jours les mêmes prodiges : c’est que celle des anciens, plus expressive et plus mélodieuse que la nôtre, avait quatre modes principaux très-pathétiques : le dorien, qui était destiné aux chants graves et religieux; le phrygien, qui excitait les transports de la colère et de la fureur ; le
(1) Haller, Elément, physiol., tom. v, pag. 304.
Jy/lien, qui exprimait les plaintes et les regrets; et enfin Y éolien, qui disposait à l’amour et au plaisir. — Quoique la musique jnoderne n’ait pas sur le moral la même influence que l’ancienne, elle est néanmoins capable de produire des effets médicaux ; et l’observation prouve qu’elle a été utile dans plusieurs maladies. — Peu de personnes ignorent qu’elle guérit souvent une sorte de mélancolie qui est particulière à la partie méridionale du royaume de Naples, qui règne en été surtout, et qui revient quelquefois plusieurs années de suite à la même époque. On a attribué pendant long-temps cette affection à la morsure de la tarentule, espèce d’araignée de ce pays ; mais il est bien prouvé aujourd’hui que cet insecte n’y a aucune part. Pour guérir cette sorte de délire, un joueur de violon ou d’un autre instrument essaie plusieurs airs dansants, jusqu’à ce qu’il en ait trouvé un qui fasse impression sur le malade : dès-lors celui-ci s’anime peu à peu , et bientôt après se met à danser; il danse quelquefois plusieurs heures de suite. Cet exercice, répété plus ou moins souvent, ne manque jamais de produire l’effet qu’on en attend, et guérit pour l’ordinaire, soit dans une première attaque , soit dans les suivantes , lorsqu’elles se répètent.
— Il est une multitude d’observations qui prouvent l’efficacité de la musique dans d’autres maladies. Les Américains s’en servent dans presque toutes, pour dissiper la crainte, ranimer le courage et relever les forces. L n organiste qui était dans un délire violent fut calmé par un concert qu’on exécuta chez lui.
J’ai vu les mêmes effets produits par la musique sur un organiste de Besançon, affecté d’une fièvre bilieuse putride avec un délire furieux : rien ne pouvait le calmer qu’un concert que ses amis venaient exécuter dans sa chambre, pendant une grande partie de la journée.
Dodart rapporte ( Ifist. de l' Acad, de* Sciences, 1707, page S) qu’un célèbre musicien et grand compositeur fut attaqué d’une fièvre continue avec redoublements, qui le fit tomber au septième jour dans un délire très-violent, accompagné de cris, de larmes, de terreurs et d’insomnie. Le troisième jour de ce délire , il témoigna le désir d entendre un concert dans sa chambre ; le médecin ignorant n’y consentit qu avec peine , néanmoins on exécuta les cantates de Dernier. Dès les premiers accords qui
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frappèrent ses oreilles, son visage prit un air calme et serein , et les convulsions cessèrent; il versa des larmes de plaisir, et montra pour la musique une sensibilité qu’il n’avait jamais eue, et qu’il ne conserva pas après sa guérison. Il fut sans fièvre durant tout le concert; mais dès qu’on l’eut achevé, il retomba dans son premier étal. Le remède fut continué : la fièvre et le délire étaient toujours suspendus durant le concert, et la musique était tellement devenue nécessaire à ce malade, qu’il faisait chanter et même danser, pendant la nuit, une parente qui le veillait. Enfin, il fut guéri au bout de dix jours, sans autre secours que celui de la musique et de deux saignées au pied.
Un maître à danser d’Alais, ayant éprouvé des fatigues excessives durant le carnaval de 1708, fut attaqué d’une fièvre violente, avec léthargie profonde qui semanifeslale quatrième ou le cinquième jour, et qui se changea bienlôt en un délire furieux et menaçant. Le médecin imagina, pour le calmer, de faire jouer dans la chambre du malade les airs qui lui étaient le plus familiers ; ce qui réussit parfaitement. Dès que le malade entendit la musique, il se mit à figurer avec ses bras les mouvements des airs ; enfin, au bout d’un quart-d’heure, il eut un sommeil profond, durant lequel il se fit une crise qui le tira entièrement d’affaire. ( Acad, des sciences , année 1708, p. 172, art. fi.) — Sauvages [tarantismus, J\osoL méthod., tome II, pag. 231) rapporte avoir vu un homme qui, dans chaque paroxysme d’une fièvre intermittente, éprouvait une douleur de tète de la plus grande violence, et qui était soulagé parle bruit d'une caisse de tambour qu’on battait à côté de son lit. Enfin, plus récemment encore, Pomme a employé avec le plus grand succès le violon pour calmer de violents accès hystériques auxquels était sujette une jeune personne. 1 1 résulte de ces faits, et d’une multitude d’autres du même genre, qu’il serait trop long de rapporter, que la musique agit sur le système nerveux, et que ses impressions sont trop frappantes pour qu’on puisse douter de son influence sur l’économie humaine et sur la guérison des affections nerveuses. 11 serait à désirer qu on employât plus souvent ce moyen, de préférence aux drogues auxquelles la nature répugne, et qui nuisent plus souvent qu’elles ne font du bien, dans les maladies nerveuses, et
surtout dans l’bypochondrie et diverses autres espèces de délire. — La musique faisait partie de l’éducation de la jeunesse chez les anciens. Elle ne contribuait pas peu à perfectionner l’organe de l’ouïe, à conserver ou à rétablir le calme de l'Ame, et à bannir l’ennui, qui, pour des êtres pensants, est un mal égal à la douleur. Elle est un talent agréable et une source de plaisir. On ne saurait trop la rccommandcraux jeunes gens qui ont besoin d’amusements. La culture des beaux arts adoucit les mœurs et donne de la politesse.
Ingcnuas didicissc fideliter arlcs
Emollit mores, ncc siuil esst; feros.
Ovid., ex Ponlo, lib. IF.
Il existe un rapport essentiel entre l’organe auditif et l’organe vocal; les langues n’ont été dans leur principe qu’une imitation des divers sons de la nature, et on ne peut les apprendre qu’en les entendant parler. La surdité de naissance entraîne avec soi la privation de la parole. Ainsi, selon les différents climats où vinrent s’établir les hommes, l'oreille perdit ou acquit de la délicatesse, et les langues se ressentirent de ces changements. Dans les pays froids, arides et sauvages, où l’on entend par intervalle le sourd mugissement des vents irréguliers et impétueux , où roulent souvent avec fracas , le long des rocs et au fond des vallons, d’énormes avalanches, où le soleil venant à fondre les glaces qui y régnent constamment, produit d’affreux torrents, l'oreille contracta l’habitude de la rudesse et de l’âpreté de ces sons. Mais, sous un ciel riant, tempéré, où souillent des vents réguliers et constants, l’oreille s’accoutuma à des sons doux et gracieux. — C’est un principe incontestable que la laxité de la membrane du tympan rend difficile l'affluence des rayons phoniques au limaçon. Il est de même reconnu que la chaleur dilate les corps, et que le froid les resserre et les contracte. 11 résulte delà que le tympan doit être plus tendu dans les pays froids et plus lâche dans les contrées chaudes ; on doit, par conséquent, entendre plus aisément dans les pays du Nord que dans ceux du Midi. Mais si, dans ces derniers, l’ouïe a perdu de sa délicatesse, en même temps Pomme vocal y gagne, en ce qu’il y rend des sons plus entiers et plus pleins. Si, au contraire, l’organe de la voix est plus rauque etplus sourd dans les régions froides, l’oreille y est plus propre à saisir les sons.’
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Ainsi, dans deux climats opposés, il y a équilibre entre l’organe de l’ouïe et celui de la parole. Les sons pleins cl étendus des langues méridionales frappent le tympan avec plus d'éclat, et suppléent par leur intensité à la laxité de la membrane. Au Nord, les sons âpres arrivent plus grêles au fond du conduit auditif ; mais celui-ci, étant plus sensible, saisit plus facilement les sons. — Il semble au premier coup d’œil que les habitants des climats chauds devraient avoir une voix plus forte, qui ébranlât vivement le tympan; mais, lorsque celui-ci est peu tendu, il s’agit moins, pour lui faire éprouver les ébranlements nécessaires à la perception des sons, qu’il soit frappé fortement sur un seul point que sur plusieurs à la fois. La simple agitation de l’air ambiant suffit pour faire frémir une corde tendue ; si elle l’est peu, il faut la presser sur une large surface; et tel est l’effet des mots qui sortent pleins et entiers de la bouche. D’ailleurs, comme l’air est trèsraréfié dans les régions chaudes, il était nécessaire que la parole ne nuisît pas à la respiration. Or, des syllabes pleines ne la gênent pas, puisqu’on peut, sans perdre haleine, les étendre et les prolonger; ce qu’on ne peut faire sur des syllabes rudes et aiguës.
On voit, d’après ce je viens de dire, que les langues sont en rapport avec l’ouïe, et que celle-ci est singulièrement modifiée par l’air et le climat. Ainsi les langues les plus harmonieuses existent dans les lieux où l’air n’est point trop rare, où le tympan n’est ni excessivement tendu ni trop relâché, et où l'organe vocal réunit la souplesse et la force propres à former des sons doux, sans exclure néanmoins tous les sons durs, qui servent à former un contraste satisfaisant et à peindre des objets d’effroi et de terreur. C’est dans les pays dont la température est douce qu’on parle les langues qui jouissent de ces avantages, et encore de celui d’être entendu à une grande distance par un grand nombre d’auditeurs. Les Grecs et les Romains avaient une langue sonore et harmonieuse ; elle n’était pas hérissée, comme la plupart des modernes, de nasales et de syllabes rauques et barbares, originaires du Nord; ils vivaient sous un beau ciel ; et l’on sait que leurs ora teurs et leurs généraux d’armées se faisaient entendre au loin. Aujourd'hui même, en Italie, les actenrs se font entendre facilement dans des salles de théâtre beaucoup plus vastes que les nô-
tres. L’ouïe a une très-grande influence sur les facultés inlellectuelles;celles-ci ne se développent pas d’une manière bien étendue, mais restent circonscrites dans des bornes étroites, chez l’homme qui est privé de ce sens dès sa naissance. Il ne faut pas croire néanmoins, ainsi que le prétend l'illustre Sicard, que lesourdmuet sans instruction est un automate vivant, dont il faut ouvrir, l’un après l’autre, tous les sens, et qu’il n’a pas même l’instinct des animaux. Il ne peut, selon cet écrivain, exercer aucune faculté intellectuelle, ni combiner deux idées, parce qu’il manque des signes nécessaires pour les retenir, ni, par conséquent, parvenir au plus simple raisonnement.
Bien plus, selon lui, les douces étreintes de la tendresse maternelle et les sentiments de la piété filiale pie parviennent point jusqu’au cœur de l’enfant sourdmuet.
Mais qu’on fasse attention que, si l’enfant sourd-muet est privé de l’ouïe et du langage articulé , ses yeux suppléent, jusqu’à un certain point, à la première, et le langage d’action au second. Il donne constamment toute son attention aux signes visibles, qui sont sa langue naturelle, et l’usage le perfectionne dans celle-ci. De même que l’enfant qui entend et parle, il est sensible dès le berceau aux caresses de sa mère et de sa nourrice ; et, loin de les méconnaître en grandissant, comme font les animaux, il conserve pour elles l’attachement le plus inviolable et le plus tendre. — D’ailleurs, les sourds-muets s’entendent non-seulement très-bien entre eux, mais ils se font encore entendre des personnes avec lesquelles ils vivent habituellement. Les animaux mêmes comprennent parfaitement leur langage. « Le laboureur Brand,
» ditM. Bouvier des Mortiers (Mémoires » ou Considérations sur les Sourds- » Muets de naissance, etc. ), passe les » trois-quarts de sa vie avec ses bœufs; » il façonne habilement au joug les plus » indomptés; et ces animaux, plus doci- » les à son aiguillon, semblent faire leur » travail avec lui de préférence à tout » autre conducteur. » — L estimable auteur que je viens de citer, etquiest parvenu a rendre l’ouïe et la parole à quelques sourds-muets de naissance, au moyen de l’électricité, rapporte un autre exemple de société animale dont il a été témoin, cl qui mérite de trouver ici une place.
«Dans l’automne de 1770, dit-u,je
» pnrcSuMisles cantons iln Marilais et île «Saint -Florent -le -Vieux, situes sur « la rive gauche de la Loire, où régnait u une épidémie causée par la mauvaise » qualité du blé nouveau. En entrant » dans la cour d’une grosse ferme, je vis « un mouton remarquable par la bigar- » rure de sa toison, et par la manière » dont il bondissait et cherchait à gravir » le long des murs. Cet animal était «sourd de naissance. Les fermiers, qui » venaient de vendre leurs troupeaux de » moutons à la foire de Marilais, avaient » réservé celui-ci pour amuser un en- » faut de huit ans, qui était aussi né » sourd. Ces deux êtres , que des priva- » tions égales rapprochaient dans l’ordre » de la nature, s’étaient unis par desha- » bitudes si fortes, qu’ils ne pouvaient « plus se passer l’un de l'autre. Leur so- » ciété était si intime, leurs goûts si pa- » reils et si concordants, qu’il n’y a peut- » être jamais eu dans la société humaine » d’accord aussi parfait. — Apres avoir » diverti l’enfant toute la journée , le « mouton dormait la nuit à côté de son » lit, et il n’eùt pas été facile de l’en éloi- » gner : de même l’enfant n’aurait pas « dormi sans le voisinage de son cama- » rade. Celui-ci aimait beaucoup le grain « nouveau, dont le goût piquant le met- « tait en gaîté, et le faisait bondir plus « qu’à l’ordinaire. L’enfant ne lui épar- » gnait pas la denrée, moins encore pour » le satisfaire que pour s’amuser lui-mê- « me de ses folies. Mais la ration avait » été ce jour-là plus forte que de cou- » tume, et son action si violente, que » l’animal, devenu frénétique, renver- » sait et brisait tout dans la maison ; en » sorte qu'on avait été obligé de le relé- » gucr dans la cour : c’était le moment où )> j’y entrai. Les fermiers, à qui je lémoi- » guai ma surprise, m’apprirent toutes les » particularités dont je viens de rendre » compte. Si l’enfant, me dirent-ils, pa- » raissait seulement dans la cour, le mou- » ton se calmerait aussitôt. Je les priai de » satisfaire sur cela ma curiosité. L’cn- » fant paraît ; il s’avance avec des gestes » vers son cher mouton ; il lui parle à sa " manière, en tirant de son gosier des » sons fort bizarres. L’animal le voit, » accourt en bêlant, incline doucement » la tele, et sa frénésie expire sous la
« main caressante de son ami. » Les
sourds-muets ont les pieds extrêmement sensibles aux impressions du bruit et du mouvement; celles-ci se portent rapidement à l’épigastre, et les avertissent
dans bien des circonstances où des oreilles délicates seraient insuffisantes. Ce sens, propre aux sourds-muets, n’est autre chose que le toucher dans sa perfection ; il appartient aussi aux poissons* à écailles, qui fuient au moindre bruit, quoiqu’ils n’aient point d’oreilles ctqu’ils n’aient rien pu apercevoir. ■ — Conilillac, dans son Essai sur l’origine des connaissances humaines, prétend aussi que les sourds-muets de naissance sont sans mémoire, comme les animaux, faute de signes artificiels ou d’institution pour se rappeler leurs idées, et qu’ils ne sont pas capables de raisonnement. « Raisonner, » dit ce philosophe, c’est former des ju- » gemerdsetles lier, en observant la dé- « pendance où ils sont les uns des au- » 1res. Or, cela ne peut avoir lieu qu’en » faisant usage des conjonctions et des » particules, qui expriment les rapports » des différentes parties du discours. — Mais il est faux que les animaux soient sans mémoire ; ils raisonnent puisqu'ils comparent, jugent, qu’ils sont susceptibles d’instruction, et que, parmi eux, comme chez les hommes, il en est chez qui ces facultés se développent plus tôt et s’exercent d’une manière plus parfaite: or, s’ils raisonnent, ils ont de la mémoire. Dire que le raisonnement est impossible sans l'usage des conjonctions et des particules qui expriment les rapports des differentes parties du discours , c'est dire que les idées sont précédées du langage, tandis qu’il n’en est que l’expression, les termes n’étant en quelque sorte que les signes et les formes des idées. Pour établir ces signes et en varier lg forme, il a fallu connaître tous les rapports entre les idées, afin de donner à chacune d’elles le signe le plus convenable. Avant la formation des langues, on ne connaissait ni les conjonctions ni les particules; cependant les hommes raisonnaient ; et ce n’est qu’en raisonnant d’après les idées que faisaient naître les impressions des objets qu’on a trouvé des signes, cl que des langues se sont formées. Mais les conjonctions et les particules ont dû être trouvées les dernières, parce qu’avant d’apercevoir les rapports des différentes parties du discours, il a fallu que ces parties fussent déjà dans un certain ordre. Ainsi l'expérience et la raison rejettent également cette proposition de Condillac , qu’on ne peut raisonner sans l’usage de ces signes. Au reste, ce métaphysicien est tombé en contradiction
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avec lui-mênie, car il dit ( Traité des Animaux ) : « L’animal a de la mémoire,
» car, pour contracter l’habitude de ju- » géra l’odorat, il la vue, etc., avec tant » de précision et de sûreté, il faut qu’il a ait comparé les jugements qu'il a por- » tés dans une circonstance avec ceux » qu’il a portés dans une autre. » — Mais ce qui prouve bien mieux que tous les raisonnements que les sourds-muets ne sont pas privés de l’exercice des facultés intellectuelles, c’est l’histoire du sourd de Chartres.
Un jeune homme, fils d’un artisan, sourd et muet de naissance , commença tout d’un coup à parler, au grand étonnement de toute la ville. On sut de lui que, trois ou quatre mois auparavant, il avait entendu le son des cloches, et avait été extrêmement surpris de celte sensation nouvelle et inconnue. Ensuite il était sorti une sorte de liquide, ressemblant à de l’eau, de l’oreille gauche, et il avait entendu parfaitement des deux oreilles. Il resta trois ou quatre mois à écouter sans rien dire, s’accoutumant à répéter tout bas les paroles qu’il entendait, et s’affermissant dans la prononciation et dans la connaissance des idées attachées aux mots. Enfin , au bout de ce temps, il se crut en état de rompre le silence, et parla, quoique ce ne fût encore qu’imparfaitement. — On voit que ce sourd-muet avait l’habitude de raisonner avant d’avoir recouvré l’ouïe. Ce nouvel homme, pour lequel s’ouvre un vaste cercle de sensations neuves, s’arrête sur lui-même malgré l’extrême surprise dont il est saisi ; il entrevoit des rapports, inconnus jusqu’alors, entre lui, scs semblables et la nature entière.
Mais, humilié par le sentiment de son ignorance dans la nouveauté de ses sensations, il écoute l’amour-propre, qui lui dit de s’arrêter jusqu’à ce que ses oreilles lui aient appris à parler, et que sa langue puisse prononcer les mots qu’elles auront entendus. Il suivit fidèlement le plan qu’il venait de se tracer, ce qui ne pouvait venir que d’un êlrc pensant et d’un esprit déjà exercé. — Mais la parole est-elle donc si nécessaire qu’on ne puisse sans elle communiquer ses idées, et ne pourrait-elle être suppléée par la langue des signes? La solution de ce problème sc trouve dans les institutions des sourds-muets de naissance. Willis en Angleterre, Bonnet en Espagne, Amman, médecin suisse, en Hollande; Pcreirc , Yanin, puis de l’Epée et ensuite
Sicard, en France; ces hommes recommandables, que l’antiquité eût placés au rang des demi-dieux, et qui, pour la plupart , sont morts ignorés de leurs contemporains, ont inventé des méthodes au moyen desquelles les sourds-muets peuvent s’entendre et parvenir aux plus sublimes conceptions. Pourquoi, adoptées par les autres hommes, ne formeraient-elles pas une langue intelligible pour tous, et qui remplaçât les langues articulées, dont la confusion et l’abus sont souvent si funestes? Isaac Vossius pensait que le genre humain ne pourrait qu’y gagner, et que la condition des animaux est en cela bien meilleure que la nôtre, puisque, sans interprètes, ils s’expriment pins vite et s’entendent peutêtre mieux que nous ne faisons, surtout quand nous parlons une langue étrangère (1). Le langage d’action a été celui des premiers hommes. « Les gestes, dit » Condillac, les mouvements du visage » et les accents inarticulés, voilà les pre- » miers moyens que les hommes ont eus » pour se communiquer leurs pensées.»
On pourrait l’étendre et le perfectionner. — On peut conclure, d'après ce que j’ai dit de l’ouïe, que c’est un des plus grands avantages que d’avoir l'organe de ce sens sensible et fin ; et on observe presque toujours que les. facultés intellectuelles s’exercent d’une manière plus active et plus étendue chez ceux qui ont l’oreille délicate.
Les enfants qui possèdent cet avantage ont pour l’ordinaire plus d’esprit que les autres. « On aurait pu augurer, dit Ca- » mus ( Médecine de l'Esprit ), que cet » homme dont parle Pétrarque, qui était » moins charmé du chant des rossignols » que du croassement des grenouilles, » avait le jugement faux. « Il est donc très-intéressant de maintenir ce sens dansson intégrité, et de ne point s exposer aux grands bruits qui l’allèrent et le détruisent.
§ V. De la vue. — La vue a son siège dans l’œil, qui est tout à la fois un instrument d'optique et un organe de sensation. De tous les sens, elle est celui qui donne à l’âme les perceptions les plus promptes, les plus variées et les plus étendues ; les idées du bran et les plus
riches trésors de l'imagination.
Les yeux sont situés dans deux cavités
(I) De Pocmatum canlu et viribus rhylhmi, page 66.
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osseuses appelées orbites , et recouverts chacun de deux paupières, qui sont des prolongements de la peau, mues par des muscles qui leur sont propres , et destinées à prémunir les organes de la vue du contact des corps étrangers, et de la trop grande vivacité de la lumière, qui pourrait les blesser. — ■ Les paupières sont revêtues intérieurement d unemembrane fine et polie, qui, par sa réflexion , couvre une partie du globe de l’œil. C’est cette membrane à laquelle on a douné le nom de conjonctive , d ' albuginee et de blanc de l’œil. Chaque paupière est bordée par un petit cartilage appelé tarse, lequel est garni de poils connus sous le nom de cils. Ceux-ci défendent les yeux des corpuscules qui voltigent dans l'air, et modèrent l’action des rayons lumineux. A la racine des cils il se rencontre des organes sécrétoires qui fournissent une humeur gluante et visqueuse, qui maintient la souplesse des cartilages et empêche leur froissement dans les clignotements que nous faisons fréquemment. Lorsque celte humeur est plus épaisse et plus abondante que de coutume, elle forme ce qu’on nomme la chassie.
Le bord supérieur des orbites, qui sont en forme d’arcs, est garni de poils appelés sourcils , qui arrêtent la sueur qui découle du front et les corpuscules qui nagent dans l’air, et qui pourraient par leur contact blesser la cornée. — Chaque œil est mu en tout sens par six muscles, dont quatre appelés droits, et deux nommés obliques. A la partie supérieure de l’orbite, vers l’angle externe, est située la glande lacrymale , qui sécrète les larmes : celles-ci , dans l’état naturel, sont poussées par le mouvement de l’œil et le clignotement des paupières vers l’angle interne, oii elles sont pompées par deux petits conduits dont les orifices portent le nom de points lacrymaux. Ces deux conduits se réunissent en un canal commua, qui se termine au sac lacrymal; il part de ce sac un canal appelé canal nasal , qui se rend à la partie supérieure du nez et y décharge l'humeur lacrymale.
L’œil est d'une figure ovale, etest composé de trois membranes, trois cavités et trois espèces d’humeurs. La membrane extérieure, qui enveloppe tout le globe , se nomme cornée , la seconde choroïde , et la troisième ou interne , rétine. — La cornée se distingue en cornée opaque ou sclérotique : c’est la portion blanche et postérieure; et eu cornée transparente :
c’est la portion antérieure. La choroïde est formée de deux lames, dont l’externe, qui touche à la cornée , retient le nom de choroïde, et l’interne porte celui de ruyschienne. Cette lame, vis-à-vis le ligament ciliaire, se prolonge en avançant sur la portion antérieure de l’humeur vitrée. On nomme ce prolongement ynoductions ciliaires. La choroïde est teinte d’une matière noire , et s’étend depuis le tronc du nerf optique, ou la partie la plus enfoncée de l’œil , jusqu’au bord de la cornée transparente, où elle s’attache, et, se portant de là dans l’intérieur de l’œil , elle y forme un plan circulaire percé dans son milieu. On donne à cette portion le nom d ’uvée, à son bord , qui est diversi-colore, celui d’iris, et le trou se nomme la pupille ou la prunelle, audelà de laquelle est une ligne blanche circulaire , que l’on nomme ligament ciliaire. L’uvée a des fibres disposées en rayons , qui se portent de la pupille à la cornée , où elles ont leur attache , et d’autres circulaires. Toutes ces fibres sont de nature musculaire, et susceptibles de contraction et de relâchement. Lorsque les fibres radiées se contractent, elles augmentent le diamètre de la pupille; et les circulaires , au contraire , la resserrent par leur contraction. La membrane interne, ou rétine, est une expansion de la portion médullaire du nerf optique ; elle tapisse l’œil postérieurement jusqu’au bord du cristallin. — L’œil renferme trois humeurs, de densité différente, dans trois cavités ou capsules qui leur sont propres. Ces humeurs sont l’humeur vitrée , le cristallin et l’humeur aqueuse. — L’humeur vitrée, qui occupe la partie postérieure du globe, est transparente, et est contenue dans une multitude de cellules qui communiquent entre elles , et qui sont enveloppées d’une membrane commune extrêmement fine. Cette humeur tire son nom de la ressemblance qu’elle a avec du verre fondu. — Le cristallin est un corps ferme, transparent, de la figure d'une lentille, qui occupe le milieu de l’œil ; il est aussi revêtu d’une membrane fine et transparente.
L’humeur aqueuse est renfermée entre le cristallin et la partie antérieure de la cornée. La cavité qui contient cette humeur est divisée en deux chambres , dont l’une est antérieure et l’autre postérieure. Ces deux chambres, qui communiquent ensemble par la pupille, ne sont distinguées que par l’uvée. L’humeur aqueuse peut se réparer ; il u’ca est pas de même
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des autres. Ces trois humeurs n’ont pas la même densité. L’humeur aqueuse, qui a à peu près celle de l’eau , est la moins dense de toutes. Le cristallin est le plus dense ; l’humeur vitrée l’est plus que l’humeur aqueuse et moins que le cristallin.— ■ La lumière vient en ligne droite des corps lumineux; mais ses rayons se courbent ou se plient, selon que les milieux qu’ils traversent sont plus ou moins denses. Si le milieu est plus dense , les rayons se courbent en s’approchant de la perpendiculaire, llss’éloignent au contraire de celle-ci lorsque le milieu est plus rare. C'est ce qu’on nomme la réfraction de la lumière , qui a lieu toutes les lois que le rayon lumineux passe obliquement d’un milieu dans un autre de différente densité ; car il ne se rompt point et ne change point de direction lorsqu’il tombe perpendiculairement d’un milieu dans un autre. — Les rayons lumineux souffrent dans l’œil trois réfractions : la première , en passant de l’air dans l’humeur aqueuse, c’est-à-dire, d’un milieu plus rare dans un plus dense ; la seconde, en passant de l’humeur aqueuse dans le cristallin , qui est plus dense que la première ; et la troisième, en passant du cristallin dans l’humeur vitrée, qui est plus rare que le cristallin. Ainsi, d’après les lois de la réfraction de la lumière , la première et la seconde réfraction qu’elle souffre dans 1 œil font approcher les rayons de la perpendiculaire, et la troisième les en éloigne.
La lumière jouit non-seulement de la propriété de se réfracter, elle a encore celle de se réfléchir des corps sur lesquels elle tombe. Il part, de tous les points des objets, des traits lumineux qui portent l’image de ces points. Ces traits tendent à s’écarter les uns des autres , mais ils convergent quand ils rencontrent des milieux plus denses ou plus convexes, et leur réunion est d’autant plus accélérée que ces milieux ont plus de densité ou de convexité. Si on place une lentille de verre à une ouverture ménagée dans le volet d’une chambre obscure, et qu’on présente un carton à cette lentille on aura à l’instant un tableau où tous les objets du dehors viendront se peindre dans une position renversée, avec la plus grande précision, et d’après toutes les règles de la perspective la plus exacte : ce tableau même sera mouvant si les objets sont en mouvement. Si 1 on substitue à la lenUUç uu «U dç bœuf dépouillé
récemment de ses enveloppes, on verra,' sur la toile qui en couvre le fond , le même tableau que le précédent , mais en miniature. On pourra voir par ce moyen une campagne de plusieurs lieues peinte sur un vélin de quelques lignes. — La structure de l’œil de bœuf est la même que celle de l’œil de l'homme , ainsi on conçoit déjà le mécanisme de la vision. Les humeurs de l’œil sont la lentille de la chambre obscure; la toile ou la rétine en sont le carton. La couleur noire de l’intérieur du globe fait l'office du x'olet qui écarte le jour ; elle absorbe les rayons dont la réflexion rendrait l’image confuse. La pupille, en se contractant et en se dilatant selon que la lumière est plus ou moins forte , modère l’action des rayons qui se croisent, et qui vont peindre sur la rétine les images des objets renversés , de sorte que les dimensions de ces images sont à peu près proportionnées aux angles formés à l’entrée de la prunelle par deux rayons qui partent des deux extrémités de l’objet, ou, ce qui est la même chose , la grandeur de l’image est en raison inverse de la distance de l’objet. L’ébranlement des fibres de la rétine produit par l’image, transmis au cerveau , fait naître la perception des objets avec leurs formes et leurs couleurs. Il est très-probable que chacun des faisceaux de la rétine est composé de fibrilles analogues aux sept couleurs primitives de la lumière , et que c’est de l’action spécifique des sept rayons colorés sur les fibres qui leur répondent que dépend la perception des couleurs. — La rétine est donc le principal organe de la vision. Ceux qui prétendent que c’est la choroïde sont dans l’erreur, car l’image des objets ne s’y peint point , au lieu qu’ils se peignent sur la rétine; et d’ailleurs il n’y a que la substance médullaire des nerfs qui puisse transmettre les impressions sensible?. L’expérience de Mariotte ne prouve autre chose , sinon l’utilité de l’insertion latérale du nerf optique pour que l’image se peigne à sa partie extérieure , et pour que l’axe optique ne se rencontre pas à l’entrce du nerf.
Les images des objets se peignent sur la rétine dans une situation renversée.
Comment peut-il se faire que nous les voyons dans une situation droite? C est que nous rapportons toujours l’objet et ses diverses parties aux extrémités des rayons visuels, et dans la direction qu’af-
fçctçrvt les rayons qui tombent suc la ré-
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tine; ainsi les rayons qui tombeut sur la partie inférieure de cette membrane se terminent à la partie supérieure de l’objet, et ceux qui atteignent la partie supérieure de la rétine aboutissent à celle inférieure du corps que l’on regarde. On doit donc voir les objets dans leur véritable position, et non dans une situation renversée , ainsi qu’ils se peignent sur la rétine. — On peut distinguer en général deux sortes de vue, celle qui est distincte, et celle qui est confuse. Nous voyons distinctement les objets lorsque la rétine reçoit précisément dans le point de leur réunion les rayons de lumière qu’ils envoient; nous les voyons au contraire confusément quand la rétine reçoit ces rayons ou avant leur réunion ou après : aussi , chez les personnes qui ont l’organe de la vue bon , le cristallin , au moyen des ligaments ciliaires , devient-il tantôt plus , tantôt moins convexe. Il devient moins convexe lorsqu’on regarde les objets éloignés ; et il devient plus convexe lorsqu’on fixe un objet qui est près de l’œil. Plus un objet est éloigné, plus tôt les rayons de lumière qu’il envoie se réunissent, après avoir subi dans l’œil les trois réfractions ; et c’est pour retarder cette réunion que le cristallin perd dans ce cas de sa convexité. C’est par la raison contraire que la convexité du cristallin augmente lorsqu’on veut voir distinctement un objet qui n’est qu’à quelques pas.
On conçoit aisément d’après cela la théorie de la myopie et du presbylisme. Les myopes, ou ceux qui ont la vue courte , ne voient bien que les objets qu’ils ont presque sous les yeux ; les presbytes, tels que sont la plupart des vieillards, ne voient distinctement que les objets éloignés. On remédie au presbytisme au moyen des verres convexes , et à la myopie avec les verres concaves. En voici la raison: avec l’àge, le cristallin s’aplatit et perd presque toute sa convexité; mais les lunettes convexes réfractent les rayons de lumière , comme le fait le cristallin dans l’état naturel, et par conséquent lui suppléent. Quantaux myopes, leur cristallin est trop convexe ; il réunit presque à l’instant les rayons de lumière qu’il a réfractés : ils ont donc besoin d’un verre concave qui retarde cette réunion. — Il est un autre vice des yeux qui déforme le plus beau visage, c’est le strabisme ou le regard louche. Cette affection vient de l'inégalité de force dans lçs yeux, soit que f fia-
bitude l’ait produite, soit qu’on l’ait apportée en naissant , ou que quelque ac cident l’ait fait naître. Lorsque cette inégalité n’est pas bien forte ni l’habitude ancienne, ou peut rectifier ce défaut. — ■ Les expériences de Bufl'on prouvent d’une manière incontestable que le strabisme ne dépend que de l’inégalité de force dans les yeux. Il a présenté à des enfants savaient pas encore lire ’
qui ne
des
points ronds, triangulaires et carrés, en leur fermant alternativement l’un des deux yeux : les uns distinguaient, de plus ou moins loin, la forme de l’objet, mais tous avaient les yeux inégaux en force, au point qu’il y en avait qui ne voyaient avec l’œil faible qu’au tiers de la distance à laquelle ils voyaient avec l’œil fort, et celui des yeux qui était le plus difforme était aussi le plus faible. Bien plus , lorsqu’on couvrait le bon œil de ces enfants, le faible, obligé alors de travailler, changeait de direction , et se relevait pour pointer vers l’objet, comme l’autre œil était accoutumé de le faire. Il suit de là que le strabisme consiste dans une disposition vicieuse de l’organe, qui est telle que quand l’un des deux yeux se dirige vers l’objet , l’autre s’en écarte , parce qu’il est trop faible pour le pointer direclement, et qu’en voulant considérer l’objet il rendrait l’image confuse : l’œil faible est donc inutile à ceux qui louchent, et ne leur sert à rien. — Les louches, dont les yeux sont les plus inégaux en force, ont l’œil le plus faible tourné du côté du nez : ceux-là sont incurables. Ceux qui ont l’œil faible tourné vers les tempes peuvent guérir : tels sont les enfants au berceau. Lorsque la lumière leur vient de côté, l’œil cherche cette direction et se tourne du côté des tempes. Le remède consiste à diriger le berceau vers la lumière, de manière que 1 entant ail le jour en lace. Malgré ce soin, il arrive quelquefois que les yeux des enfants se dérangent, à raison d’une grande inégalité naturelle de force. Pour y remédier, on couvre le bon œil avec un bandeau d’étoffe noire : l’œil faible étant alors contraint d’agir, il se tourne direclement vers les objets et fait un exercice qui le fortifie. Ce moyen réussit pour l’ordinaire lorsque l’inégalité des yeux n’est pas trop grande. On fait aussi usage, dans les mêmes vues, d’instruments que l’on nomme besicles.
L’organe de la vue a d’autant plus besoin d cire perfectionné, qu’il est susctpiiblç par de nous égarer. Ce
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n’est qu’autanl qu’il est rectifié par le toucher et par l’habitude de bien juger qu’il ne nous induit pas en erreur : autrement il trompe sur l’étendue, la figure, la vitesse , la distance et les propriétés des corps. On connaît l’histoire de cet aveugle âgé de quatorze aus, auquel Cheselden fit l’opération de la cataracte. Il ne vit d’abord qu’une lumière colorée, sans pouvoir distinguer un globe d’un cube, et sans avoir aucune idée d’étendue , de distance , de figure, etc. Il croyait tous les objets près de son œil , et ce ne fut que par le tact et l’expérience qu’il apprit à juger des objets qu’il voyait. — L’exercice de l’organe de la vue contribue beaucoup à l’excellence de ce sens. L’animal sauvage l’a très-bon, parce qu’ayant sans cesse de grandes distances â parcourir, il se fortifie par l’exercice et par le besoin toujours renaissant de mesurer et d’apprécier ces distances. Il en est de même de l'homme sauvage , que son genre de vie oblige à le développer sur des perspectives trèsétendues. Telle est la raison pour laquelle les chasseurs, les habitants de la campagne, et surtout les montagnards, ont généralement la vue meilleure que les citadins. — Le sens de la vue a avec le cerveau des rapports plus intimes que les autres. Le nerf optique est un prolongement immédiat de la substance médullaire : aussi la sphère d’activité de l’œil est-elle bien plus étendue , et cet organe retient-il bien plus long-temps les impressions qu’il a reçues; mais il est celui des sens qui est le premier affecté des lésions du cerveau. On conçoit aisément, d’après cela, pourquoi les grandes villes d’Europe sont peuplées de jeunes aveugles dont la sensibilité du cerveau a été altérée par l’usage prématuré des plaisirs. Ajoutez à cela que les perspectives des citadins étant très-bornées, ils ont beaucoup moins d’occasions de développer le sens de la vue, et que tout ce qui les entoure , comme les réverbères, les lumières multipliées , etc. , latigue en pure perte leur vue sans l’étendre.