LÉSIONS ORGANIQUES
Les annales de la science renferment un grand nombre d’observations de résections pratiquées à la suite des affections de ce genre. Tenon (G) , Moreau, Percy et Laurent (7) , Beclard (SJ, Seutin et tant d’autres ont eu souvent occasion d’enlever tantôt le grand trochanter , tantôt une porlion plus ou moins considérable du tibia, tantôt enfin le péroné , l’humérus , pour des caries, des nécroses , des spina-ventosa , des ostéo-sarcomes : quelques-unes de ces opérations ont même pris un tel caractère de hardiesse , qu’au premier abord on est involontairement saisi , à l’aspect d’une mutilation aussi grande. Ce sont surtout les os de la face qui ont été le siège de ces résections considérables pour des cancers des os, ainsi que nous allons le constater d’ailleurs dans l’examen des diverses résections pratiquées sur les différentes surfaces osseuses à la suite de ces graves maladies.
(1) Journal des Progrès, t. x, p. 257.
(2) Il ist. des progrès de la chirurgie militaire, p. 41 1 .
(5) Gaz. méd., 1853.
(4) Ouv. cité, p. 107.
(5; Expér. sur I ’exl'ol . des os, troisième mémoire (Acad, des sciences).
(6) Dict. des sciences méd. , t. xlvh, arl. Réseci ion, p. 408.
(7) bulletin de la Faculté de méd. de Paris, t. vi, p. 553.
(8) Société des scierie, méd. et nat. de Bruxelles, décembre 1829.
a liai
§ Ier. Résection des os du crâne.
L’importance des organes contenus dans la cavité crânienne et les accidents qui peuvent succéder aux opérations qu’on y pratique nous engagent à consacrer un chapitre particulier à cette espèce de résection plus particulièrement connue sous le nom de trépanation ; nous nous en occuperons ultérieurement.
§ II. Résection des 05 de la face.
Les différents os qui composent la face , pourraient , s’il y av.iit lieu, être réséqués ; toutefois on conçoit que l’enlèvement partiel de quelques-unes des surfaces osseuses qui s'y rencontrent, ne réclame point à la rigueur de description particulière : disons pourtant quelques mots sur la résection des os de l'orbite et de ceux des régions qui avoisinent cette cavité.
A. — L’os unguis, l’apophyse montante du maxillaire supérieur et une portion plus ou moins considérable de l’ethmoïde ont été enlevés, à différentes reprises, dans l’intention de remédier à une fistule lacrymale, ainsi que nous le dirons à propos de cette opération ; de plus l’arcade sut- orbitaire , le bord inférieur de V orbite, l’os malaire , l’arcade zygomatique ont été réséqués par Starck (l), Herne (2), Dietz (3), Severin (4) , Bordenave (ô) , Jobert (G) et mon confrère M. Marchai fils, de Strasbourg : mais c’est surtout, il faut le proclamer, à Dieffenbach que la science est redevable de la publication d’un plus grand nombre de faits de ce genre. Ce grand praticien a en effet consigné dans l’Expérience (7) le résultat de dix-huit operations de cette nature : les unes relatives à l’enlèvement du bord alvéolaire , ou la voûte palatine ; les autres ayant plus particulièrement pour objet le retranchement envahi successivement par une tumeur cancéreuse.
M. le docteur Anselme Marchai a aussi
(1) De la carie des os, par Coulon , AYurzbourg, p. 23, 1833.
(2) Gaz. méd., p. 044, 1834.
(5) De la carie des os, ouv, cité, p. 28.
(4) Ouv. cité, p. 315, § 955.
(5) Acad» de chir. , 1. xn, p. 53.
(G) Gaz. méd., 1834, p. cit.
(7) L’Expérience, journal de méd. et de cliir., l. n , p. 55.
eu l’occasion de réséquer l’os malaire gauche.
Manuel opératoire. — Il est difficile, pour ne pas dire impossible , de tracer des règles générales sur les résections partielles des os de la face , chaque cas particulier nécessitant pour ainsi dire une modification spéciale.
A l’arcade sus-orbitraire , cependant,, on peut rapporter à deux manières de faire principales, les différents procédés dont 011 peut faire usage. Ainsi, dans le premier cas , on forme un lambeau semi-lunaire disposé de manière à retomber par son propre poids, après la résection de l’os ; dans le second cas, au contraire, on abaisse du front vers la paupière un lambeau de forme analogue destiné à remonter pour recouvrir les surfaces dénudées. Du reste toutes les opérations de ce genre, pratiquées à la face, présentent ce caractère général, savoir: que l’on ne doit pas hésiter, dans le cas où on n’a pu enlever toute la portion malade avec les instruments tranchants, il appliquer le fer rouge , pour détruire tout le mal. J'ajoute que dans un certain nombre de circonstances il me paraît préférable d’avoir recours aux tenailles incisives ou à la scie en champignon de M. Marlin, mais avant tout et par-dessus tout à l’ostéotome de M. Heine ; surtout depuis qu’il a été modifié par ce chirurgien, modification dont je dois la connaissance à M. Textor de AYurlzbourg.
§ III. Résection de la mâchoire supérieure.
Une discusion assez vive s’est engagée dans ces derniers temps , entre plusieurs chirurgiens distingués, à l’effet de savoir à qui on devait attribuer l’honneur d'avoir le premier pratiqué la résection de la mâchoire supérieure, et M. Pillet (l) n’a pas hésité à en rapporter la gloire à M. Gensoul de Lyon; affirmant d'ailleurs que la malade , naguère opérée par Uupuytren, était morte à la Salpêtrière, comme si l’insuccès d’une tentative hardie pouvait ravir à sou auteur le mérite d’y avoir eu recours.
A s'en rapporter d’ailleurs aux Mé-moires de l’Académie de chirurgie il semblerait qu’Alocuthus avait déjà eni 1G93, et avec succès, réséqué la mà-clioire supérieure (Mém. de 1 Acad, de
(1) Lancette française, t. 11, p. 281.
DE MÉDECINE OPÉRATOIRE
chir., t. v, 1819), et que Ruyscli (Obs. anal, et chir. ; observ. 48, p. G7 en français), Planque (Biblioth. Méd., t. xxri, p. 70), David, cité parSprengel (t. vm, p. 281), Beauprcau (Acad, de chir.) , Siebold (Annal, de méd. d’Altembourg, février 1 SOS) , Chélius (Jœger, ouv. cité, p. 12, 13), Dupuytren (Bulletin delà Fac. de méd., t. vu, p. 2 l) , Watmann, Grcefe, Textor, Robinson, Jœger y ont euiecours. — A M. Gensoul ne revient donc que le mérite d'avoir le premier proposé et décrit un procédé régulier pour la désarticulation du maxillaire supérieur, et d’avoir ainsi rendu l’opération plus facile et plus méthodique.
Quant à M. Hisnar, qui, lui aussi, réclame sa part d'invention et de priorité , bornons-nous à lui rappeler avec M. Velpeau que depuis long-temps on a excisé quelques portions osseuses de la mâchoire supérieure , et qu’en conscience ce n'est pas la peine d’occuper le public médical pour si peu de chose.
A. Indication. Les tumeurs cancéreuses du maxillaire supérieur et toutes les affections graves des os de cette région, sont les maladies pour lesquelles cette résection a été pratiquée.
B. Considérations anatomiques . Les quatre points de jonction du maxillaire supérieur avec les autres os de la face, peuvent, quoique très -solidement articulés et fortement disposés pour les efforts masticatoires et autres, être désunis avec assez de facilité. A la rigueur on peut dire qu’il n’en existe que trois qui réclament l’attention particulière de l’homme de l’art : le premier est situé en haut et en avant , et résulte de l’articulation de l’apophyse montante du maxillaire avec le frontal , l'os nasal, l’os unguis et 1 os ethmoïdal; le second se trouve placé en haut et en dehors et provient de l'union de l’apophyse malaire avec 1 os de ce nom , qui se continue d’ailleurs lui-même avec l’apophyse zygomatique et l’angle orbitaire externe du frontal; le troisième antéro-inférieur est formé par les deux maxillaires et les deux palatins, qui se rencontrent à cet effet; quant au quatrième, placé tout à fait en arrière et résultant de l’union de l’apophyse ptérygoïde et de l’os palatin , il offre si peu de résistance qu’il ne saurait en aucun cas présenter d'obstacle sérieux.
De nombreuses branches vasculaires Jiarcourent cette région, où se rencontre egalement le nerf maxillaire supérieur ;
mais l’écoulement sanguin dû aux nombreuses divisions de l’arlère maxillaire interne peut être assez aisément arrêté à l’aide de la ligature , du caulère actuel ou du tamponnement : quant au neif maxillaire supérieur , rien n’est facile comme d’en faire la section dans le trajet qu’il parcourt daus le canal sous-orbitaire.
C. Manuel opératoire. Règle générale : les incisions doivent avoir lieu de manière à circonscrire et à enlever les portions de téguments malades, tout en ayant soin cependant de ménager les pai> lies de peaudont l’étatd'intégrité permet d’espérer de former un lambeau protecteur et réparateur.
Dans le cas au contraire où la peau est restée intacte, le praticien peut recourir au procédé proposé par M. Gensoul ou à celui conseillé par M. Velpeau.
a. Procédé de M. Gensoul. Le chirurgien de Lyon fait d’abord placer son malade sur une chaise peu élevée, la tête renversée légèrement en arrière et maintenue sur la poitrine d’un aide ; puis il pratique une incision verticale, à partir du grand angle de l’œil , jusqu'à la lèvie supérieure, qu’il divise au niveau de la dent canine. Due autre incision transversale part du bord interne de la première, à la hauteur de la base du nez, et se prolonge à quatre lignes au-devant du lobule de l’oreille; enfin, une troisième vient tomber jusque sur l’extrémité de la seconde a laquelle elle se réuuit : cette dernière commence d’ailleurs à cinq ou six lignes en dehors de l’angle externe de 1 orbite et se continue presque verticalement, jusqu’à sa réunion avec l’extrémité de la seconde. D’où il suit que la face se trouve ainsi partagée en deux lambeaux : l’un supérieur quadrilatère, et pouvant être relevé sur le front; le second, au contraire, inférieur triangulaire, et se renversant naturellement en bas et en arrière sur l’anrde de la mâchoire.
Les lambeaux une fois disséqués et le maxillaire mis a nu, l'opérateur sépare a l’aide du ciseau et du maillet l’arcade orbitaire externe de l’os rnalaire ; puis il scie l’arcade zygomatique : appliquant ensuite un large ciseau à l’angle interne de 1 orbite, il isole successivement apop îyse montante du maxillaire supérieur de l’os nasal correspondant , de 1 os, unguis et de la portion orbitaire de l ethmiude. Reste après à isoler les deux
TRAITÉ
maxillaires l’un de l’autre; à cet effet, l’opérateur arrachant la dent incisive centrale, si elle existe, pose le ciseau sur le point qui y correspond et procède à la séparation : l’os alors ne tient plus que par l’apophyse ptérygoïde et l’intermédiaire du palatin ; mais, avant de l’extirper entièrement, il convient de diriger le ciseau, d’avant en arrière et de haut en lias , sur le plancher de l’orbite , afin d’inciser complètement le nerf maxillaire supérieur et de se procurer un point d’appui qui permette de faire basculer l’os avec sécurité d'arrière en avant.
Toutes les parties molles restées adhérentes aux surfaces osseuses étant incisées et ménagées autant que faire se peut, afin de ne pas altérer le voile du palais; la désarticulation opérée, on aperçoit une excavation profonde que limitent en dedans la cloison des fosses nasales, en dehors le buccinateur, en haut l’abaisseur de l’œil et le tissu adipeux qui s’y trouve : excavation qui communique d’ailleurs, en bas, avec la bouche et, en arrière, avec l’isthme du gosier.
b. Procédé de M. Velpeau. Premier temps. Le professeur de la Charité se borne à une simple incision oblique , étendue de la commissure des lèvres à la fosse temporale, entre l’angle orbitaire externe et le pavillon de l’oreille, de manière à respecter le conduit de la glande parotide, et à pouvoir le relever en avant : cette incision constitue pour M. Velpeau le premier temps de l’opération.
Dans le deuxieme , à l’aide d’une scie portée immédiatement au-dessous de l’orbite, il divise la partie saillante de l’os jugal, et pénètre dans le sinus ; puis, avec un scalpel très-fort , en forme de serpette, il coupe la mâchoire en avant, après avoir au préalable extrait une des dents incisives, de manière à réunir cette seconde section avec la première ; prolongeant ensuite l’incision des parties dures jusqu’à lu tubérosité, il met à nu tous les tissus malades ; divisant alors avec la pointe de l’instrument et par l’intérieur de la bouche la portion horizontale de la voûte palatine parallèlement à la ligne médiane, il revient racler le plancher de 1 orbite et se sert de pinces à disséquer pour extraire les lamelles qui ont pu rester en arrière et qui appartiennent à l’os palatin, à la paroi postérieure du sinus, ou bien à la
cavité orbitaire. En agissant de la sorte, ' M. Velpeau s’est vu obligé de pénétrer d’une part jusque dans la fosse zygomatique, et de l’autre jusque dans l’intérieur de l’orbite, où il put s’assurer que les os qui séparent cette dernière cavité de l'antre d’Hygmore avaient été détruits. 1 Le doigt en effet, porté dans le fond de la plaie, souleva le globe oculaire en avant et le renversa sous la paupière supérieure.
Dans le troisième temps un fer rouge fut promené sur toute l’étendue de 1 l’excavation , puis encore des boulettes de charpie y furent placées, et les lèvres réunies au moyen de quatre aiguilles et de la suture entortillée , le tout soutenu par un bandage contentif.
D. Appréciation. Lorsque la maladie présente les caractères d’une tumeur osseuse, le procédé de H. Gensoul nous semble incontestablement supérieur à j celui de M. Velpeau, à raison de la facilité plus grande qu’il offre de séparer le maxillaire d’avec ses autres connexions osseuses. Quant à Y incision cruciale proposée par M. Syme, et que nous n’avons pas décrite en particulier, elle nous semble devoir être rejetée, car elle expose trop à la lésion du conduit de Sténon.
Une modification bien plus heureuse et bien autrement importante est due à mon honorable confrère et ami, M. le docteur Marchai , chirurgien en chef adjoint des hospices civils de Strasbourg (J^, qui, au lieu d’imiter M. Gensoul et de couper d’abord le nerf maxil- H laire supérieur, a jugé plus convenable | de pratiquer (2) une incision à laquelle il fit longer le rebord inférieur de l’or- ; bile, puis, ayant pris soin de ménager | la paupière, il lui fut beaucoup plus facile de détacher le périoste de l’orbite, et d’insinuer ensuite son doigt dans la profondeur de la cavité. Le nerf maxillaire une fois mis à nu, M. Marchai en opéra la section sur le point où cet or- ■ gane se dégage de la fosse ptérygo-palatine. Prolongeant alors son incision en dehors, il établit une profonde solution de continuité depuis l’arcade zygomatique jusqu’à l’angle de la mâchoire, en isolant ainsi les parties malades de toute * Communication avec les centres nerveux.
(1) Gazette médicale de Strasbourg.
(2) Journal des Spécialités, t. ni, n° lf >11 janvier 1842, p. 45.
DE MEDECINE
Pour être juste, du reste, il faut reconnaître que M. Malgaigne, dans son Iraité d’anatomie chirurgicale, avait déjà fait remarquer qu’il était beaucoup plus avantageux , au lieu d’en agir comme le conseille IM. Gensoul, de détacher le périoste de l' orbite, de le décoller avec le manche d'un scalpel, avant meme de faire aucune section des os ; puis apres avoir légèrement renverse la mâchoire détachée , de diviser nettement le nerf maxillaire supérieur qiûon aura sous les yeux. On conçoit en ellet qu en agissant de la sorte on aura pour résultat un fond de plaie tapissé par le périoste , qui servira de canevas à une cicatrice plus solide et garantira les parties molles de l’orbite et du contact de l’air. J’ajoute que je ne comprends pas pourquoi M. Gensoul veut qu’on fasse une section près de la suture fronto-malaire ; car, eu agir ainsi, c’est dépouiller gratuitement l’orbite de sa paroi externe et la face d’une saillie osseuse qui lui conservera en partie sa largeur: il est sans contredit bien plus naturel de tomber sur la fente sphéno-maxillaire. Du reste, il faut en faire l’aveu , le dernier mot touchant ce qui a Irait au manuel opératoire de résection de la mâchoire supérieure n’est point encore écrit, nonobstant les perfectionnements dont cette opération a été récemment l’objet.
Quanta la ligature préalable de l’artère carolide pratiquée en cette circonstance par quelques hommes de l’art, on conçoit qu’elle ne doit avoir lieu que pour des cas exceptionnels.
E. Suites de l’opération. Dans certaines circonstances, l’altération de la peau est telle qu’on se trouve obligé d’avoir recours à l’auloplastie pour recouvrir la plaie; ainsi, chez l’npérée de M. Marchai, ce chirurgien s’est vu réduit à tailler un lambeau de la région cruciale, afin de combler les surfaces. Tous les cas de résection de la mâchoire supérieure, hâtons-nous de le dire, n’exigent pas une pareille dissection , mais l’opération n'en est pour cela ni moins longue ni moins dangereuse. M. Gensoul , à la vérité , dit avoir obtenu six guérisons sur huit opérations , mais tout le monde n’est pas aussi heureux ; et trop souvent, une fois l’os enlevé, la maladie se reproduit. On compte cependant, il consolant de le penser, un assez
I grand nombre d'opérations de résection de la mâchoire supérieure, suivies de succès !
UriiiivAïuiivx*.
M. Y. Mott a eu, pour sa part, l’occasion de la pratiquer quatorze fois, et M. Hyser, professeur à l’Ecole de médecine de Madrid, une fois en août 1835, sur une jeune fille de onze ans , pour un polype sarcomateux du sinus maxillaire supérieur. La tumeur avait le volume du poing et avait déjeté considérablement le nez du côté opposé , soulevé fortementl’œil etabaisséla voûte palatine. La paroi antérieure et externe du sinus et tout le bord alvéolaire furent réséqués et le polype enlevé avec le manche d’un scalpel. Toutes les parties osseuses qui paraissaient douteuses furent ruginées et cautérisées avec le fer chaud . L’opération eut d’ailleurs un plein succès. M. Sytneet M. Yelpeau [Gaz. des méd. prat., 1839) y ont aussi eu recours avec succès. — Nous en dironsautantdeM. Ch. Lingendelieredfort, qui, le 17 mai 1 841, a enlevé une tumeur fibreuse implantée sur le maxillaire supérieur à la place des deux incisives gauches. Cette tumeur s’étendait à droite au delà de la cloison du nez et à gauche au delà de la première tricuspide, et faisait saillie dans la cavité buccale jusqu’au milieu de la partie osseuse du palais ; en haut , elle s’étendait jusqu’au plancher de l’orbite: elle était d’ailleurs dure et uniforme au toucher, sans douleur, sa ns tendance aux hémorrhagies. Deux ulcérations pâles indiquaient la placcdes dents détachées. L’opération eut lieu de la manière suivante : extraction de l’incisive centrale droite et de la dernière tricuspide, incision des parties molles jusqu’aux os, d’abord, depuis un peu au-dessous de l’angle interne de l’œil jusqu’au sillon médian de la lèvre supérieure, en contournant l’aile du nez.
Ce lambeau disséqué et renversé, la cloison du nez fut divisée tout près du plancher à l’aide d’un scalpel ; puis, avec de fortes pinces incisives de Liston , on coupa tout ce qui se trouvait entre la bouche et le nez , au niveau de l’incisive arrachée. L’apophyse montante du maxillaire supérieur fut ensuite divisée de la même manière près du plancher orbitaire; on incisa également jusqu’au même point le rebord alvéolaire, là où la tricuspide avait été arrachée. Il ne restait plus alors qu’à détacher la tumeur, et l’on y parvint; non toutefois sans difficulté, mais pourtant assez rapidement encore.
Deux mois après, le 12 juillet, il ne restait plus que quelques boutons charnus dans la narine (Provin. med. and surg. Journ. juillet 1841). M. lluguier,
TRAITE
agrégé à la Faculté de médecine de Paris, a eu l’occasion de pratiquer récemment cette opération pour une exostose, et le succès couronna sa tentative (Bulletin de l’Académie royale de médecine, t. vin, n° 1).
Enfin, M. de Maisonneuve a publié plus récemment encore, dans la Gazette des Hôpitaux (1er novembre 1842 , n° 134, t. iv, 2' série, p. 605), un autre cas. Mais malheureusement ici la maladie s’est reproduite et la mort est survenue le trente-septième jour après l’opération.
§ IY. Résection de la mâchoire inférieure.
Des faits pathologiques en assez grand nombre avaient appris que des blessures graves et des maladies organiques de mauvaise nature avaient néanmoins guéri spontanément ou par suite d’extirpations partielles , et les faits rapportés par Rhazès (l), Félix Plaler (2), Taudacq (3) , Schmucker (4) et surtout Guernery (5) ne pouvaient laisser aucun doute à cet égard. As'en tenir, d’ailleurs, à ce qu’en ont écrit Runge (G), J. Burlin (7), Gooch (8), Chopart (9), Wulther (10), Belmain (11), Mosque (12), des portions plus ou moins étendues du maxillaire inférieur passées à l’état cancéreux avaient déjà été enlevées plus d’une fois avec succès; aussi a-t-on lieu de s’étonner de voir Dupuytren considéré comme le créateur d une opération chirurgicale nouvelle à l’occasion de la résection de tout le corps d’un maxillaire inférieur devenu cancéreux, et qu’il pratiqua en 1 8 1 2. Toutefois est-il vrai de dire que, nonobstant les exemples que nous avons rappelés plus haut ; les perfectionnements apportés par Dupuytren
(1) Lib. xxvin, p. 529, 1509.
(2) Bonet, Corps de méd., t. ni, p. 148,
(3) Traité des plaies d’armes à feu , p. 22G, 174G.
(4) Chirurg. du nord, par Rougemont, t. i, p. 192.
(5) Acacl. de chir., t. v, p. 164.
(G) Collect. de Haller, t. i , p. 14G, obs. 2.
(7) Collect. acad., t. vu, p. 580.
(8) Gaz. salut., n* 28, p. 1775.
(9) De necrosi ossium, 1776.
(10) Acad, de chir., t. v, p. 54G.
(11) Journal de méd., t. n , p. 507.
(12) Ibidem, t. v, p. 24.
à cette grave opération , et la manière habile avec laquelle l’a exécutée le grand chirurgien de lTIôtel-Dieu, le font à bon droit considérer comme l'auteur de cette nouvelle conquête chirurgicale. Depuis ; lors, en effet, la résection du maxillaire inférieur , naguère encore considérée :
comme un exemple de haute témérité, , compte aujourd’hui un grand nombre:
de succès, et a été pratiquée plus de deux cents fois peut être, ainsi que nous es— saierons de le démontrer; mais auparavant occupons-nous des indications qui i en réclament l’emploi, des difficultés i anatomiques qu’elle peut présenter et des incidents auxquels elle peut donnernaissance.
A. Indications. La carie, la nécrose ,, les affections cancéreuses, au besoin même les blessures graves de cette région ,, doivent être considérées comme autant!
de circonstances pathologiques qui peuvent nécessiter la résection partielle oui presque entière de la mâchoire inférieure ; on a, il est vrai, prétendu, dans cess derniers temps, qu'elle avait été enlevée: en totalité : ce qui prouve , pour le dires en passant, l’extension rapide qu’a priser celte opération, qui, au premier abord , avait tant effrayé; mais nous avouons , du reste, que nous sommes du nombre:
de ceux qui conservent quelques doutes relativement à l’enlèvement complet.
B. Considérations anatomiques. Uni assez grand nombre de branches vasculaires , naissant de la carotide , se rendent à la mâchoire inférieure et à la “ré-
gion sus-hyoïdienne : et là aussi se rencontrent une certaine quantité de filetsnerveux ; cependant , il faut le dire , le. danger auquel la résection du maxillaire. 1 2 3 4 5 * 7 8 9 10 11 12 inférieur donne lieu , ne naît presque: l' jamais de la perte de sang ou de la section des nerfs. C’est d’habitude dans les? l( organes contenus dans l’intérieur de la;:' bouche qu’il faut en chercher la cause ;;)* la langue, en effet , cessant d’être main— ! tenue quand les muscles de la région ' 1 sus-hyoïdienne ont été divisés , tend alors à se diriger vers le pharynx et à ' causer l’asphyxie : c’est même pour s’op- * poser à ces accidents que Delpech avail * conseillé de passer un fil d’or près du frein afin de fixer l’organe à l’appareil . i! et d’agir ensuite avec plus de sécurité : i Lallemand s’est même vu obligé de recourir à la trachéotomie pour empêcher!
un de ses opérés de suffoquer, et M. Magendie a eu la douleur de voir succomber un de ses malades.
DE MEDECINE
C. Manuel opératoire. Les altérations nui réclament la résection de la mâchoire pouvant être plus ou moins étendues, des procédés différents ont dû être décrits pour remédier à ces étals divers; aussi consacrerons-nous plusieurs paragraphes à faire connaître ce qui se rattache : 1° à la séparation de la portion mentale; 2° à celle du corps en totalité, ou de la moitié latérale ; 3° à celle enfin de la mâchoire inférieure en totalité , ou seulement d’une portion de cet os.