VI. Appréciation générale
Nonobstant les accidents qui l’accompagnent quelquefois, et les revers qui la suivent, la résection de la mâchoire inférieure n’en est pas moins une des plus brillantes conquêtes de la chirurgie moderne. Se demander , à l’imitation du dentiste Kœcker, si jamais pareille opération est indispensable , est un paradoxe auquel ont répondu le grand nomlire de guérisons obtenues, et dont il est lait mention dans le tableau ci-joint.
TRAITÉ
Le pansement à la suite de cette grave opération est , ainsi que nous l’avons déjà dit, des plus simples, et les cas de guérison que l’on a obtenus ont démontré suffisamment que les craintes qu’on avait conçues sur l'intervalle quelquefois si considérable qui résulte de la résection n’étaient pas fondées. Presque toujours alors en effet des bourgeons celluleux se développent sur les fragments osseux , et ne tardent pas à se transformer en une masse fibreuse ou Cartilagineuse qui réunit assez solidement les deux moitiés de la portion mentale. Quand la résection a porté sur la moitié latérale, elle est, il est vrai, souvent suivie d’une déviation latérale , mais en retour on n’a pas à craindre alors le retrait en arrière de l’organe du goût; accident plus particulièrement attaché à la résection de la portion mentale, et contre lequel il est assez facile de se prémunir en se conformant au précepte donné par Delpech : peut être est-il vrai de dire du reste que l’asphyxie à laquelle on prétend qu’ont succombé un certain nombre d’opérés, n’a aucun rapport éloigné ou prochain avec l’accident dont nous parlons ; peutêtre même, et c'est là, nous l’avouons, notre opinion, peut-être les faits qui se rattachent à ce soi-disant genre de mort, à la suite des résections de la mâchoire, ont-ils besoin d’être mieux étudiés dans tous leurs détails. Il serait possible en effet qu’on eût pris pour une asphyxie réelle un accident analogue dont la Cause aurait été mal appréciée, et qui aurait momentanément porté sur les fonctions des organes pulmonaires.
Quoi qu’il en soit, il est toujours prudent de se conformer au précepte recommandé par le professeur de Montpellier.
§ VII. De la résection partielle clc la mâchoire inférieure.
Quand une portion isolée de la substance osseuse est seule atteinte par le cancer, il importe de suivre le conseil donné par Delpech, c’est-à-dire de n’enlever que la portion réellement malade, et de n’enlever dans ce cas que la face antérieure de l’os, ou le bord dentaire, ou le bord inférieur.
§ VIII. De la résection de la face antérieure du maxillaire inférieur.
Manuel opératoire. Il suffit pour y
parvenir de mettre à nu la faee de l’os, par un des procédés décrits dans les paragraphe! précédents , puis , à l’aide de la scie à main, de la molette concave de haut en bas , ou mieux encore de l’ostéotome de Heine, le tiers, la moitié, ou simplement la table externe de l’os envahie par l’affection, et de réunir ensuite au moyen de la suture.
Bien entendu que si les parties molles étaient altérées, il faudrait les circonscrire à l’aide d’une incision en V, afin de les enlever avec la table antérieure de l’os, sauf à disséquer dans une certaine étendue les parties voisines restées intactes, à l’effet de recouvrir les surfaces qui auraient été le siège de la résection.
§ IX. De la résection du bord dentaire du maxillaire inférieur.
Manuel opératoire. Quand le bord dentaire est seul affecté, comme à la suite de certaines épulies et panifies , il est sage de ne point diviser la mâchoire dans toute sa hauteur.
M. Velpeau a eu l’occasion de pratiquer trois fois cette opération , et le procédé dont il s’est servi nous a paru d’une exécution facile.
A. Procédé de M. Velpeau. — Premier temps. Détacher d’abord la face interne de la lèvre ou de la joue, jusqu’au bord inférieur du maxillaire, sans toucher à la peau. Deuxieme temps.
Embrasser toute la tumeur par la cavité buccale, et, à l'aide d’un sécateur en forme de tenaille incisive courbée presque à angle droit sur le bord , en retrancher toute la portion malade, en taillant dans les parties saines.
D’habitude il suffit d’un seul coup pour terminer, mais rien ne serait plus facile que d’en donner deux ou trois, ou même davantage s'il était nécessaire.
Dans le cas enfin où la tumeur resterait adhérente par quelques points, quelques' coups de bistouri ou de ciseaux permettraient au chirurgien de l’isoler entièrement.
Un gargarisme astringent suffit ordinairement pour arrêter l'écoulement:
sanguin.
ü. Procédé de MM. Lallemand Bérard et Barton. — Une incision verticale est pratiquée d’abord sur le milieu de la lèvre inférieure, puis on trans— \ forme cette incision en T renversé, à l’aide d’une incision faite parallèlement jj au bord intérieur du maxillaire ; dejl
DE MÉDECINE
celte façon l’os peut être divisé horizontalement avec la scie, puis coupé verticalement en avant et en arrière. M. Lallemaud a mieux aimé en pareille circonstance, se servir du trépan; nous croyons qu’il est plus avantageux de faire usage de l’osléotome de Heine. — Mieux vaut aussi se servir du procédé de M. Velpeau , à moins que la maladie ne soit très-étendue.
§ X. De la re'seclion du bord inferieur du maxillaire.
Manuel opératoire. Dans le cas où les parties molles sont saines ont peut en former un lambeau en demi-lune , à bord inférieur libre ; ce dernier est ensuite relevé vers la face et la portion malade mise à nu. Une fois la résection opérée , il suffit de laisser tomber le lambeau pour obtenir la guérison. — Lorsque par suite de l’altération des téguments, on est dans la nécessité de les enlever, il faudrait les isoler avec soin, puis, disséquant dans les tissus voi-
OPERATOIRE. 215
sins , tâcher de trouver assez de parties molles pour recouvrir les portions réséquées. Walther a eu occasion de pratiquer cette opération, et s’est servi ax'ec avantage de l’ostéotonie de Heine.
Chez le malade dont parle M. Velpeau, il existait une tumeur encéphaloïde , étendue du menton à l’os hyoïde , e:
ayant le volume du poing. — La tumeur , écartée du cou et de la lèvre à l’aide de diverses incisions , une fois éloignée des parties sous-jacentes, M. Velpean fit relever la lèvre inférieure et, portant la scie à la racine des dénis incisives, opéra la résection du bord uienlonuier çt laissa intacte l’arcade dentaire.
L’opération, qui dès les premiers jours paraissait devoir être promptement suivie de succès, ne le fut pourtant pas.
car le malade succomba trois semaines après , et à l’autopsie on trouva une énorme caverne cérébroïde dans le poumon, et un épanchement purulent dans la plèvre.
Tableau sommaire des principales résections et désarticulations partielles de la mâchoire inférieure.
NOMS des auteurs.
NOMBRE
NATURE de la maladie.
RÉSUI Morts .
jTATS
Guéris.
Warren ....
Piandolpli . . .
Regnoli
Cancer.
Bégin
Id.
Reverdit. . . .
Id.
Duverney . . .
Nécrose.
Dzondi
Cancer.
Palmi
id.
Couvere ....
Nécrose.
Granger. . . .
Ostéo-sarcome.
Mursuna. . .
Id.
Cappellelti. .
Id.
Schuster. . . .
Hyscrn
Cancer.
Sanson
Id.
Liston
Ostéo-sarcome.
Dcadcrich . . .
Exostose.
INDICATION
DES OUVRAGES
Jour, des Prog., I. x,p.25G.!
Idem , t. ni, p. 2G8.
Jour, des Conn. méd.-cl)., t. h, p. 330.
Malle, Clinique dorure, de l’hôp. d’instruc. de Strasbourg. 1838, p. 700.
Thèse de Paris, n°85. 1837.
Malad. des os, t. i, p. 108.
Thèse de Koch, 1831.
Ibidem
Gaz. méd., 1833, p. 45.
Ibidem, p. 413.
Journ. de Grrefe et Walther, t. ix, p. 598.
Gaz. méd., 1839, p. 39.
Ann. d’Omodei, v.86, p.89.
Obèse de Strasbourg, 9 juillet 1838. !
Vcly, t. j, préface, p. xxm.
Jœger, thèse , 1832.
Jœger, Opér. réscct. , p. 1, i- 2, 14, 15, IG.
NOMS des auteurs.
NOMBRE
NATURE de la maladie.
Ast. Cooper.
Crampton . . .
Ostéo-sarcome.
Klein
Eckslrurn . . .
Dybeck
Wilhem ....
Carie.
Dielz.., ....
Fungus.
Lizare
Hogdson. . . .
Awl
Are ml
M’Aellan. ..
Wagner. . . .
Wallher. . . .
Lisfranc. . . .
Velpeau ....
Siguoroni. . .
Ostéo-sarcome.
Dupuylren . .
Mou
Textor
5 caries, 2 épulies
Velpeau ....
Cusack
Lisfranc. . . .
Grcefe
RÉSULTATS
INDICATION
Morts.
Guéris.
DES OUVRAGES
Récidive
Joegcr, Opér. résect. , p. 1,
Récidive
Annal, de Bu ms, p. 499.
New-York med. and phy.
journ., vol. v.
Journ. de Grœfe, etc.
Bul. de rAcad.jt.m, p. 362.
Ibidem, t. v, p. 271.
Examinateur médical, 15 août 1842. ,
Opération par la méthode sous-cutanée.
Leçons orales, t. tv.
Vel'p., t. n, p. 620.
Tableau statistique.
Méd. opér., t. n, p. 621.
Thèse de Jœger et Wrishourg.
Bull, clin , t. i, p. 4G3.
Gaz. méd. , 1838.
Rusl’s magaz.
Roux
Gerdy
J. Cloque!..
\Vilhusen. . .
Langenbeck.
Kulil
Jœger
Fricke
Anderson . . .
Ricord
Dlandin
Delpech ....
Gambini.... 1
Ulrich*. .... 1
Kicherand ... 2
Michon
Lherminier. .
Roliert
Monod
Gensoul . . . .
Pcrry
Ilerling
2 cancers.
Lanc. franc., t. Il, p. 320.
2 caries.
Journ. hebd , t. vu, p. 306.
1 nécrose.
Ostéo-sarcome.
Archiv. gcn. de méd., t. IX,
Id.
Ibidem, 1827.
, Abrégé de Coulon, p. 28.
Gaz. méd., 1834, p. 644.
Ibidem. 1837, p. 13.
Idem, 1833, p. 383.
Idem, 1833, p. 647.
Idem, 1837, p. 671.
Bullet. de Férussac , t. xii,
Ibidem, t. xvj, p. 30.
Idem, t. iv, p. i00.
Velpeau, Méd. opér. , t. il ,
Ibidem, 621.
Ostéo-sarcome.
Idem.
Idem.
Cancer.
Idem.
Leu. ebir. , p. 1833 » p- 57,
Nécrose.
Encycl. méd. belge, 1833,
Ostéo-sarcome.
Ibidem, 1836, p. 104.
DjU. l'ICLir.ei.Xr. Ul'RlvA lUinii.
NOMS
NOMBRE