I. De la résection du corps du tibia
Manuel opératoire. Quand la carie est superficielle, une incision faite sur les parties molles permet aisément de mettre à nu la surface osseuse , qu’on enlève ensuite non avec la gouge ou le maillet, la rugine , le ciseau, ou mieux encore avec les scies en crête de coq ou à molette , comme on le conseille dans tous les traités, mais avec l’ostéotome de M. Heine. M. Velpeau (6) préfère recourir à une autre manière de faire.
Pour inciser les parties molles, il recommande en effet d’agir de façon à leur faire représenter un grand arc de cercle convexe en dedans, et qu’on dissèque d’arrière en avant, pour le relever en dehors. Suivant JM. Velpeau, en se comportant ainsi , on a beaucoup plus de facilité pour faire manœuvrer les instruments , de la face interne à la face externe de l'os ; et à cet effet on peut indistinctement se servir au reste de ceux dont nous avons parlé plus haut, opinion que nous ne saurions partager.
Car l’ostéotome de M. Heine, dont
(1) Précis d’obs. de chir., p. 213.
(2) Arsenal de chir., obs. 98, p. 130.
(3) Pract. obs. in surg., p. 26, 32, 51.
(4) Champion, thèse citée, p. 90.
(3) Jœger, ouvr. ci lé, p. 20.
(G) Méd. opér., t. n, p. 6G5.
TRAITE
M. Textor s’est servi deux fois avec avantage , doit sans aucun doute être préféré quand la maladie occupe principalement la partie centrale, et qu’il n’y a que des fragments nécrosés sous forme d'esquilles ou de séquestres irréguliers ; il importe alors de mettre à nu toute la région tuméfiée, puis, si l’hypérostose n’a pas une longueur de plus de trois pouces (cinq centimètres), il faut une fois les surfaces osseuses mises à nu, à l’aide d’un lambeau semi-lunaire tégumenteux, il faut, dis-je, enlever la voûte qui forme obstacle , ni avec le trépan ni avec la molette concave, mais avec l'osléolome En agissant ainsi on a l’avantage de pénétrer par une large ouverture dans la caverne du tibia, d’en -enlever avec soin les fragments et les fongosités, puis de cautériser, au besoin, l’intérieur s’il est affecté de carie.
Enfin, lorsqu’il existe une invagination réelle, et que par conséquent la tuméfaction du tibia est très-étendue, il convient, les parties molles une fois largement incisées et renversées de dedans eu dehors, de mettre toute la surface antérieure tibiale à nu, et de procéder ensuite à l’extraction du séquestre, en se frayant une route jusqu’à lui : avec l’osléotorne et non, comme le recommandent encore les écrivains les plus ré- ' cents , avec la scie à crête de coq, ou la scie à chaîne, ou les molettes concaves, encore moins surtout avec le ciseau dans l’intention de faire sauter les ponts ostéotomies établis d’une fistule à l’autre et qui s’opposeraient à la sortie du séquestre. Cette dernière méthode, comparée aux avantages que procure l’emploi de l’ostéotome , peut être à bon droit considérée comme barbare. — Une fois le séquestre mis à découvert on l’extrait avec facilité, si lune de ses extrémités libres correspond au niveau de l’ouverture artilielle qu’on vient d’établir ; et enfin dans le cas au contraire ou les deux extrémités se trouvent encadrées du côté des épipbysesj de manière à ne pas permettre de l'enlever , il faudrait, ce nous semble, imiter M. Ilerpin (1) , c’est-à-dire essayer de le rompre vers le milieu , pour en extraire ensuite les deux moitiés isolémcnl , et l’ostéotome modifié de M. Heine et que M. le professeur Tex-
(1) Constitution médicale de Tours , 2« trimestre, p. 14.
tor nous a mis sous les yeux, au congrès scientifique de Strasbourg , pourrait au besoin être employé à cet effet. Resterait ensuite à enlever le fragment supérieur ,( parla partie inférieure ; et vice versa, l’inférieur par l’extrémité supérieure. Ou pourrait aussi essayer de glisser le bec de la spatule eu l'extrémité d’un ciseau, ou de tout autre levier solide, sous la partie moyenne du séquestre, puis s’efforcer de le soulever, avec une certaine force , en prenant un point d’appui sur le côté où l’os nouveau offre le plus de résistance. A la rigueur, enfin, on ferait usage de l’osle'otriteur particulier de Dupuytren , espèce de trépan exfoliatif assez compliqué que ce grand chirurgien avait fait construire par M. Charrière. Dans le fait rapporté par M. Herpin, il s’agit d’un militaire chez lequel , à la suite d’un coup de sabre reçu sur le milieu du tibia, il survint une nécrose dans toute l’épaisseur de cet os, depuis une apophyse jusqu’à l’autre. La séparation du séquestre en deux parties une fois opérée par M. Herpin, il devint facile à ce chirurgien d’extraire chacune d’elles; et la guérison fut si parfaite que le blessé ne songea plus à demander sa réforme.
Il Dut convenir du reste que l’extraction du séquestre ne doit pas être toujours aussi facile que semblent le penser quelques écrivains; et cela est si vrai que Dupuytren sentit le besoin de recourir à l’esprit inventif de M. Charrière pour la construction d'un instrument fort propre à lui rendre l’opération moins difficile.
Quoi qu’il en soit, une fois la maladie enlevée complètement il suffit, pour mener à bien la guérison, de régulariser la rigole où se trouvait renfermé le séquestre , de la remplir de boulettes de charpie, et de ramener ensuite au-devant d'elle les parties molles qui forment le lambeau.