DE LA RESECTION DANS LA CONTIGUÏTE DES MEMBRES
Indiquée vaguement par Hippocrate et par Galien (1) , qui raconte qu’un chirurgien assez célèbre divisant un as du poignet, pour un spliacèle, rendit toute la main insensible par suite d’un défaut de connaissances suffisantes en anatomie ; cette opération n’a été pourtant, il faut en convenir, nettement formulée que depuis les travaux de Wlüte : bien plus, ce n’est réellement qu’à partir du milieu du dernier siècle que l’on peut considérer son introduction dans la science, comme réelle; et c’est principalement aux efforts de Gooch (2), de Cooper , de Bungay (3) , de Kirkland (4), et aux chirurgiens de Liverpool , dont Park (5J faisait partie, qu’est dû cet avantage. Kerr, Ley , B. Bell , autres chirurgiens anglais , méritent aussi d’être cités honorablement pour la part qu’ils ont prise à soutenir les efforts de ceux dont nous venons de parler.
En France , ce fut , ainsi que nous l'avons déjà dil, Bourbier, en 177G G), qui le premier ht sentir la nécessité de réséquer l’os saillant dans les luxations où la réduction est impossible ; mais ce nouveau moyen de thérapeutique chirurgicale instrumentale ou opérante fut si peu remarqué des chirurgiens , que huit ans plus tard Lassos (7) n’en ht
(1) T. i, lib. m, c. i, p. 72 bis (apud Juntas).
(2) Cases and practical remarks in surgery, p. 525, 1737.
(5) Ouvr. cité, p. 117.
(4) Thoughl’s on amputation, 1780.
(5) Cases of the excisions of carious joints, p. 75, 1836.
(6) Diss. méd.-cliir., etc., § 21, 1776.
(7) Nouvelle méthode de traiter les maladies qui attaquent l’articulation du coude et du genou, 1784.
aucune mention , et qu’il faut arriver jusqu’à Manne (l) , pour trouver la résection dans les articulations indiquées comme une opération digne de fixer l’attention des hommes de l’art. — A Moreau (2), sans contredit, appartient le mérite d’en avoir bien fait sentir tous les avantages; mais M. Champion (3), il faut le reconnaître, a bien mérité aussi de la science par la publication de sa thèse, puisque , nonobstant la dissertation de Wachter (4), le mémoire de Chaussier (5) , les observations de M. Roux (G) et de Jeffray (7) , cette opération était redoutée encore des chi— rurgiens , à l’époque où son travail 1 parut. Percv, Larrey, Dupuytren (8)) et la plupart des chirurgiens français > || ont aussi droit à des éloges, et il faut eni dire autant deTeitor de Wrisbourg, et j surtout de Jœger (9). Il s’en faut pour-tant beaucoup encore que les résections soient envisagées de la même manière par tous les chirurgiens , et que lee dernier mot ait été dit à cet égard..) Considérées en effet par quelques-uns, comme d’une application avantageuse,, elles ne sont admises par la plupart!
qu’à titre de méthodes exceptionnelles:, eu ce sens du moins qu’il faut des indications bien positives pour les préférer: aux amputations.
A cet égard il convient, avant de; prendre un parti , de bien se rappeler: les avantages et les inconvénients quei présentent l’une et l’autre opérations
Ainsi, relativement aux résections: -1
(1) Traité élémentaire des maladies: lji des os, p. 266, 1780.
(2) Observ. pratique, etc., 1805.
(5) Champion , Thèse citée, 1815.
(4) De arliculis exlirpandis, 1810.
(5) Société môd. d’émtd., t. m, p. 597' >.
(6) De la résection, etc-, 1812.
(7) Excision of carious joints, etc.-
(8j Archiv. génér. de méd-, 5' série.— Dublin’s hospit. reports, vol. iv.
(9) Excis. ofdiseased joints, 1851.
DE MÉDECINE OPERATOIRE.
s’il est vrai que les résultats qu’elles procurent sont plus avantageux que ceux fournis par les amputations, à raison de la conservation des mouvements de la partie : il ne faut pas oublier que leur exécution est bien autrement difficile; que, nonobstant la sagacité et l’habileté diagnostique du plus expert, il peut arriver que la maladie ne soit pas enlevée en totalité , soit que la portion morbide réside sur les surfaces osseuses ou sur les parties molles environnantes, loutes circonstances de nature à motiver l’hésitation du chirurgien , et qui acquièrent plus de valeur encore , si on se rappelle que les plaies qui en résultent, à raison de leur étendue et de leur irrégularité, sont presque toujours le siège d’une suppuration abondante , et qui entraîne nécessairement une cicatrisation tardive , sans compter la crainte, une fois la guérison survenue, de voir le membre difforme ou impropre à toute espèce de fonctions.
Aussi est-il permis de ne pas s’étonner en voyant quelques praticiens n’y recourir qu’en tremblant et lui préférer l'amputation.
Remarquez en effet que cette dernière opération est presque toujours d’une exécution prompte et facile , n’occasionne en général que peu de douleurs , et surtout ne laisse aucune partie suspecte dans la plaie : ce sont là des avantages incontestables et auxquels il convient d’ajouter encore ceux qui résultent de la régularité de la plaie , moins exposée, pour celte raison, à la phlébite et aux métastases purulentes.
A Dieu ne plaise pourtant que nous méconnaissions les avantages des résections , nous sommes au contraire de ceux qui proclament ce qu’elles ont de réellement avantageux dans un assez grand nombre de circonstances ; nous nous élevons seulement contre l'espèce d’engouement dont paraissent être épris quelques chirurgiens disposés à penser qu’il faut tenir peu de compte des difficultés du manuel opératoire , et que rien n’est fréquent comme de voir des lissus compromis revenir à leur état naturel. — C’est contre de pareilles illudons que nous nous faisons un devoir de prémunir nos jeunes confrères. — En ram on répèle que, les nerfs et les reines étant respectés dans la résection, organisme doit être par conséquent noms exposé aux accidents, et que, sous ;c nTl'ort même, cette opération peut
être considérée comme une opération pour ainsi dire simple ; les faits sont là pour démontrer le spécieux de celte vue théorique : il convient aussi de reléguer parmi les cas exceptionnels ceux où la guérison est survenne au bout de quelques semaines ; les cas pareils se citent en effet tant ils sont rares. En résumé donc : si les résections doivent être considérées comme une conquête de la chirurgie moderne , il faut se garder d imiter cependant ces chirurgiens enthousiastes qui , pour ajouter un succès de plus à ceux que la science possède, compromettent quelquefois la vie de leurs malades. — Règle générale d’ailleurs , c’est surtout aux membres supérieurs que les résections conviennent à raison de la possibilité de conserver quelques mouvements aux membres sur lesquels on les pratique.