DE LA RÉSECTION DE L’ARTICULATION RADIO -CARPIENNE
L’articulation du poignet est entourée de tant départies molles, et le désordre qu’on est obligé d’occasionner est si grand, pour mettre à nu les surfaces articulaires, qu’il nous paraît bien hasardeux de recourir , sur ce point, à la résection des parties malades ; et pour notre part nous aurions beaucoup de mal a nous y résoudre : bien entendu que nous parlons de la résection des deux surlaces osseuses, car, s’il s’agissait seulement du cubitus, rien ne serait plus naturel et plus facile ainsi qu'il est arrivé
TRAITE
à M. A. Severin (I), à M. Breschet (2), à un chirurgien dont parle Orred (3), à Jœger (4), et pour le radius à M. Roux,
' à un officier de santé au dire de
puis
Champion é5)..!e n’ignore pas cependant qu: la résection des deux os a été pratiquée avec succès par M. Moreau père, par MM. Roux, Hublier (G) de Provins, St Hilaire, et, à en croire M. Malagod (7), par MM Wilhusen, Cittadini, Warinuth , liolsclier ; mais, nonobstant ces guérisons, dont on pourrait, d’ailleurs, pour quelques-unes au moins, contester l’authenticité sans crainte d'être accusé de scepticisme, nou n’en persistons pas moins à penser que, quand il existe une lésion , plus ou moins considérable, des surfaces osseuses, il nous paraît sage de s’abstenir à raison de la durée et de la difficulté de l’opération, difficulté due à la multiplicité des tendons qui passent sur les régions qui sont le siège du mal : sans compter la crainte des accidents qui doivent suivre d’habitude la formation d’une plaie remplie de tissu tendineux et fibreux. Je sais bien que M. Bonnet de Lyon a conseillé de couper les tendons des muscles grand palmaire, cubital antérieur, radiaux externes et cubital postérieur ; mais, outre que l’utilité d’une pareille section pourrait être contestée, il n’en reste pas moins démontré pour nous que, à part les accidents traumatiques récents, ces résections, pour cause de maladies organiques du poignet , doivent être très-rares.
a. Maniai opératoire. Différents procédés ont été décrits pour pratiquer les résections du poignet. MM. Moreau père, Roux, Dubled et Velpeau sont surtout ceux qui s’en sont le plus spécialement occupes.
b. Procède de MM. Moreau et Roux.
On pratique une incision le long du bord externe et une autre le long du bord interne du cubitus, en sç rapprochant de chaque côté de la face antérieure des deux os. Chacune de ces incisions doit avoir une étendue de (trois pouces) cinq
centimètres environ, et ne pas aller beaucoup au delà de 1 articulation à la partie inférieure. Deux autres incisions partent ensuite de la première , mais l’une et l’autre ont une direction transversale, en arrière , et sont longues de deuxt centimètres (un pouce environ) ; on aA
(1) Med. efficace, § 954.
(2j Mémoire sur la luxation du poignet. par M. Malgaigne, p. 59, 1853.
(5) Transact. philos., t. ux, 1779.
(4; Gaz. méd., p. 045, 1854.
(5) Ouvr. cité , p. 57.
(0) Kullct. de Férussac, t. xvn, p. 400. (7; Journal des connaiss. méd., t. H > p. 301.
soin d’ailleurs de respecter les tendons extenseurs. Les lambeaux qui résultent de ces incisions ont la forme d’un L, et le chirurgien les relève en commençant d’abord par celui qui appartient au cubitus ; séparant ensuite les chairs situées à la partie antérieure, il fait incliner en dehors les tendons des extenseurs : il arrive ainsi au ligament interosseux, qu’iL divise. Une compresse étroite est alors introduite par la plaie située à la partie postérieure, et glissée entre les deux os jusqu’à celle située antérieurement. — Les chefs en sont tirés vers le radius, et le cubitus se trouve mis à nu. Un trait de scie divise ce dernier au-dessus du. siège du mal, puis, une fois le fragment inférieur attiré en dehors, le chirurgien l’enlève après l’avoir au préalable détaché de haut en bus. La même opération est pratiquée sur le radius, que l’on résèque alors d’autant plus facilement que l’os cubital ne soutient pins le poignet.
— M . Moreau, qui a pratiqué avec succès I cette résection, s’est servi de la scie ordinaire ; il y aurait suivant nous quelque j avantage à faire usage de la scie à chaîne, mais surlout et avant tout de l’ostéotome | de M. Heine.
c. Procédé de M. Dubled. M- Dubled pratique d’abord, le long du cubitus et . au côté interne du poignet, une incision assez étendue pour découvrir le liga- i ment latéral correspondant. A l’imita- J, tion de Jeffray , il isole ensuite successivement les chairs situées à la partie antérieure et postérieure du cubitus, les porte en dehors, coupe le ligament latéral interne, dirige la main dans l’abduction,, isole entièrement l’extrémité inférieure:
du cubitus, la fait proéminer le plus possible au dehors, la détache du radius, passe entre ce dernier et l’extrémité osseuse cubitale une plaque de bois ou de carton, puis scie l’os dans toule son épaisseur au-dessus du mal. — Une fois le cubitus réséqué, on se conduit de
la même façon pour le radius; sa
résection est d’autant plus facile que le renversement de la main en dedans et par contre celle du radius en dehors se font plus aisément.
d. Procédé de M. Velpeau. M. Yel-
i fo-i
de médecine opératoire.
peau pratique depuis la racine du pouce, du côté radial, et de l’articulation postérieure du cinquième métatarsien, du côté cubital , une incision qui remonte au-dessus des apophyses styloides cubitale et radiale. Ces "deux incisions sont réunies sur la face postérieure de l'avantbras par une section transversale, et la dissection de haut en bas du lambeau qui en résulte met à nu toute la surface dorsale de l’articulation. Les téguments une fois incisés, et l’articulation traversée, les chairs situées à la partie antérieure sont isolées et mises à l’abri des instruments à l’aide d’une plaque mince de bois flexible, de plomb ou de carton. La scie intervient alors pour diviser en même temps tout le radius et le cubitus, au-dessus du point morbide. — Reste encore à réunir le lambeau dorsal aux lèvres opposées de la plaie et à rapprocher par une douce pression la face antérieure, et peut-être, au dire de M. Velpeau, sera-t-on assez heureux pour voir les tendons extenseurs reprendre leurs fonctions; ce dont il est, à coup sur, permis de douter dans la grande majorité des cas.
e. Appréciation. Les procédés que nous venons de décrire présentent cela de commun que rien n’est facile comme leur exécution. Celui de M. Dubled parait le plus simple et donne peut-être le plus beau résultat; mais il peut présenter des difficultés réelles, et nous comprenons la préférence que quelques praticiens accordent à celui de MM. Moreau et Roux. Du reste, on pourrait à la rigueur faire aussi usage de celui conseillé par M. Velpeau ; car aucun d’eux ne présente réellement des avantages bien saillants. Cependant sous le rapport de l’étendue moindre de la plaie , celui de M. Dubled est sans contredit le meil- I leur. En tout cas n’est-il pas douteux qu’il faille, pour couper les os, se servir du bistouri qui leur est propre, savoir l’ostéotome de M. Heine.
f. Pansement. Quelques points de suture deslinés à réunir les téguments dans le cas où la plaie transversale du | poignet est très-grande, et au besoin ; quelques bandelettes agglutinatives pourraient suffire. Une ankylosé du poignet succéderait inévitablement à la résection, car il est douteux qu’on obtienne ici une fausse articulation.