‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 3)Chapitre 149 sur 656 · ART. IV. DE LA RESECTION DE L’ARTICU · texte numérisé non relu

ART. IV. DE LA RESECTION DE L’ARTICU

LAT10N SCAPULO-HUMÉRALE.

Ici les exemples sont si nombreux, que l’on n’a pour ainsi dire que l’embarras du choix. White (9), qui la pratiqua le premier, avait alors, pour justifier sa témérité, l’exemple rapporté par Cha-

(1) Diss. sur l’inutilité de l’amputation des membres, § 56, p. 122.

(2) Ancien journal de méd., t. lx'xxiv

p. GS. *

(5) Obs. de chir., t. r, p. 556.

(4) Chir. de l’armée, p. 294.

(5) Mém. de l’Acad. de chir., t n , in-8°, p. 528.

(6) Biss. sur l’amput., ISt 4, p. 56.

(7) Acad, royale de méd., 50 septembre ■1824.

(8) Clinique des plaies d’armes à feu, p. 452.

(9) Cases in surgery, 1770, p. 56. — Trans. philosoph., t. kux, p. 59, 1769.

TRAITÉ

bert (I) , qui parle d’exü-aclion ou d’éliminations d’esquilles de la tète de l’humérus. Depuis cette époque, des observations dans lesquelles l’extrémité supérieure a été enlevée par un boulet, ou extraite par fragments à la suite de lésions graves , ont été publiées par Geoffroy , dont parlent Bouclier (2), Ravaton (3) , Nicolas fils (4) , Bourrienne (5) , Massot (6) , Percy (7) , Yvan (8) ; plusieurs autres ont également enrichi la science d’observations analogues. Aussi lien n’est-il plus généralement connu que la résection des os qui composent l’articulation scapulo-huméralesoità la suite d’accidenls traumatiques, de fractures graves compliquées, plaies par armes à feu ou par armes de ' guerre, soit à la suite de maladies osseuses organiques. — Les faits rapportés, à propos de ces dernières lésions, par Vigarous (9), Moreau (10), Textor (11), Lasserre (12) , Buzairies (13) , Raynaud (14), Lentin (15) , Bent (16), Poret (17), Fayet (18), Rossi (l 9), Sy me (20), Fricke (21), Baudens (22), sont là

(1) Obs. de chir., p. 156, 1724.

(2) Mém. de l’Acad. de chir., t. n, p. 299.

(5) Chir. d’armée, p. 267.

(4) Manuel du jeune chirurgien, p. 425.

(5) Journ. de mèd. de Dehorne, t. i, p. 206, 1782.

(6) Journ. de méd. de Dehorne, t. i, p. 565.

(7) Eloge de Sabatier.

(8) Amputation des membres à la suite de plaies d’armes à feu, p. 19, 1805-

(9) Société médicale d’émulation, t. ni, p. 596.

(10) Observations pratiques relatives à la résection des articulations affectées de carie, p. 114.

(11) Médecine opératoire.

(12) Archives générales de médecine , t. v, p. 156.

(15) Journal des connaiss. méd., t. n, p. 109.

(14) Journal des Progrès, t. vu, p. 250.

(15) Jœger, ouvr. cité, p. 5.

(16) Trans. philosoph., t. i.xiv, p. 555,

(17) Briot : De l’état des progrès de la chirurgie militaire en France, p. 164.

(18) Ibid.

(19) Méd. opérât., t. ii, p. 255.

(20) Ouvr. cité, p. 51, 52, 58.

(21) Ouvr. cité, n® 55.

(22) Clinique des plaies d’armes à feu, p. 548.

comme autant de preuves justificatives ; et ceux que l'on doit à Seeliges (l).

Camper (2) , Baudens (3) , pour des fractures produites par des plaies d’armes à feu , ne sont pas moins probants que ceux pratiqués pour des plaies par instruments tranchants, et rapportés par Percy, Chaussier (4), Larrey (5), Vigarous (6) : d’où il suit nécessairement que les circonstances pathologiques qui réclament la résection de l’humérus rie diffèrent pas de celles que nous avons déjà si souvent indiquées. — Ainsi les fractures comminutives et avec lésion des téguments , celles qui ne laissent dans la portion supérieure que la tète humérale , celles enfin qui n’offrent , eu égard à l’étendue du désordre, aucun espoir de guérison; enfin la nécrose, la carie, le spina-ventosa, l’ostéo-sarcome , et quelquefois même les exostoses, sont tous autant d’affections susceptibles de réclamer la résection de l’épaule.

a. Manuel opératoire. — Procédé de IFhite. White et Vigarous se bornaient à praliquer une simple incision longitudinale, étendue de l’acromion à quatorze centimètres de l’empreinte deltoïdienne ; une fois les lèvres de la plaie écartées et l’articulation mise à découvert , ils incisaient la capsule , divisaient les muscles qui s’y insèrent, puis faisaient jaillir l’os au dehors et en opéraient la section avec la scie sur une lame de carton, de bois ou une compresse afin de ne pas intéresser les parties molles. — Ce procédé est encore suivi par M. Larrey, seulement ce grand chirurgien se sert d’un bistouri boutonné pour couper les muscles qui s’insèrent aux deux tubérosités humérales.

b. Procédé de Moreau. Le procédé de White, y compris la modification apportée par M. Larrey, ne pouvaitévidemment convenir dans un assez grand nombre de circonstances. Tel était l’avis de Moreau, qui proposa de la remplacer par

(1) Bibliolh. chir. du Nord, par Rougemont; t. r, p. 156.

(2) De arliculis extirpandis, etc., p. 68. Groning., 1820. (Wachter).

(5) Ouvr. cité, p. 555.

(4) Mém. de la Société méd. d’émulation, t. ni, p. 400, an viii.

(5) Mém. de chir. mil., t. it, p. 171.

(6) Ouvr. cité, p. 10G.

DE MÉDECINE

deux incisions de dix centimètres de longueur et placées, l’une, sur le bord antérieur et, l'autre, sur le bord postérieur, et réunies toutes deux au-dessous du sommet de l’acromion, à l’aide d’une incision transversale, de manière à former un lambeau trapézoide. Ce lambeau , une fois disséqué, est renversé sur son sommet de haut en bas ou vers l’insertion deltoïdienne , de manière à mettre l’articulation Y à découvert dans la plus grande partie de la surface antérieure, pour en diviser la capsule , et amener ensuite à l’extérieur la tête de l’os, afin d’en opérer la résection. — Une fois celle-ci pratiquée , le lambeau est fixé sur le côté à l’aide de de quelques points de suture.

c. Procédé de Manne. Le procédé de ce chirurgien n’est autre que celui de Moreau, avec cette différence que la base dulambeau, au lieu d’être inférieure, doit être au contraire placée supérieurement ; ce qui, comme on le voit, donne un résultat analogue à celui obtenu par Lafaye pour l’amputation du bras dans l’article. — Il y aurait plus d’avantage , sans contredit, à modifier ce procédé en taillant le lambeau deltoïdien en un seul temps , soit par ponction et de dedans en dehors, comme l’a proposé M. Lisfranc , soit de dehors en dedans à l’imitation de Dupuylren.

d. Procédé de Beat. Ayant essayé en vain du procédé de White, Bent préfère pratiquer sur la partie supérieure de l’incision deltoïde une incision transversale à l'aide de laquelle il obtient deux lambeaux triangulaires situés l’un en avant et l'autre en arrière de la première incision et qui, une fois renversés, laissent largement l’articulation à découvert ; ce qui lui permet d'enlever au besoin une portion du scapulum.

c. Procédé de M. Symc. Une incision partie de l'extrémité inférieure de l’incision de White , et dirigée en haut et en arrière vers le bord postérieur de l’aisselle , permet de relever le lambeau triangulaire à base postérieure et supérieure qui en résulte , et de ménager jusqu’à un certain point les fibres musculaires. Une fois la capsule divisée , on luxe la tète de l’os, et on pratique la résection , puis le lambeau abaissé on procède au pansement.

/. Procédé de Sabatier. Peu jaloux de conserver les parties molles, Sabatier , après avoir formé un lambeau en Y majuscule , à l’aide de deux incisions

de treize centimètres pratiquées à la partie supérieure et antérieure du bras , et écartées l’une de l’autre de trois centimètres en haut, et réunies au contraire en bas , Sabatier , dis-je , conseillait de les extirper et de procéder ensuite, une fois le lambeau enlevé , à la résection. — Personne , disons-le bien vite , n’a suivi le conseil de Sabatier, dont le procédé pourtant est resté dans la science, mais modifié par M. Gouraud , qui se borne à relever le lambeau deltoïdien au lieu de l’enlever.

g. Procède de M. Morel. Ce chirurgien a préféré recourir à une incision semi-lunaire à convexité inférieure , pratiquée sur le devant de l’épaule , et le succès a couronné sa tentative.

h. Procédé de M. Robert. L’incision commence dans ce procédé au bord antérieur de la clavicule, à deux travers de doigt de l’extrémité externe de cette dernière , et se dirige ensuite parallèlement à l’axe du bras vers le milieu de l’intervalle acromio-coracoïdien, et jusque dans l’épaisseur des fibres du muscle deltoïde. Une fois la capsule divisée et la portion osseuse réséquée, on s’occupe ensuite du pansement.

i. Appréciation. Quelque variés que soient les procédés décrits pour la résection scapulo-humérale, ils peuvent néanmoins se réduire à deux méthodes principales: l1 incision simple et la formation, d'un lambeau. — L’incision simple a suffi, à White, à Yigarous, Orred, à MM. Larrey , Rossi , Thomas et Buudens ; mais néanmoins il nous semble vrai de dire qu’en général la désarticulation de la tète de l’os, quelle que puisse être l’étendue de l’incision, en est alors plus difficile : aussi, à moins qu’il ne s’agisse d’une nécrose qui ait pour ainsi dire isolé celte portion des parties tnolles environnantes, ou d’un coup de feu qui l’ail réduite en grande partie en esquilles , nous croyons la méthode à lambeau préférable. — Maintenant vaut -il mieux adopter le procédé de Moreau ou de Manne , dont le lambeau est quadrilatère , mais dont le premier est à base intérieure , et le second à base supérieure, ou bien est-il préférable de faire usage de celui de Sabatier , de Syrne, de Morel? Je sais qu’on a dit, à cet égard, que chacun d’eux pouvait avoir son application ; mais encore convient-il d’établir quelque chose de plus précis à ce sujet, suivant qu’il est plus aise d’isoler la tète de l’humérus en

TRAITÉ

pénétrant de liant en bas ou du côté externe vers le côté interne. Ajoutons de plus que l’état des parties molles doit nécessairement influer aussi sur le choix du procédé. — On conçoit du reste, sans qu'il soit besoin de l’indiquer, que, dans le cas où on a lieu de croire à une altération d’une portion du scapulum, mieux vaut alors se servir d’un procédé qui permet de recourir i mmédiatement à son extraction , à l'imitation de IY1Y1. Larrey et Hunt.

y. Pansement et suites de l' opération. Une fois la résection opérée , l’humérus est remis dans la place et dans la position qu’il occupe naturellement ; et les lèvres de la plaie sont rapprochées de toutes parts : si ce n’est cependant vers l’angle le plus déclive, afin que le pus puisse s’en écouler aisément. — La racine du membre est en même temps garnie de plaques d’agaric , de gâteaux de charpie ou de compresses graduées, le tout maintenu par des bandelettes, des coussins, des attelles; ou, ce qui est préférable, par un appareil inamovible, de manière toulefois à pouvoir panser le malade aussi souvent qu’il est nécessaire. — Dans le cas rapporté par Chaussier la cavité glénoïde, quoique remplie parunemasseosseuseconique, finit par se mettre en rapport avec l’extrémité supérieure du corps huméral et pardonner lieu ainsi à une articulation nouvelle , à l’aide de laquelle s’exécutaient presque tous les mouvements du bras.

Entraîné pur la partie supérieure et fixé onlre la poitrine, le bras , dans une des observations de Moreau, s’y était maintenu à l’aide d’une fausse articulation.

Mais, dans aucun de ces deux faits, aucune reproduction osseuse n’avait eu lieu ; et on conçoit d’autant plus difficilement qu'une pareille opinion ait été émise que dans la plupart des cas, l’extrémité supérieure du bras reste mobile an milieu des chairs : aussi le conseil donné par M. H. Houx, de couper 1 humérus à l’aide d’une section courbe (l) destinée à obtenir une surface mieux accommodée à la cavité glénoïde, n’a-t ilaucune valeur, lescapulum et l’os huméral ne se touchant plus une fois l'opération terminée. — 11 n’en est pas moins vrai cependant que, nonobstant ce non -rapprochement , ie malade conserve presque toujours les mouvements de l’organe du toucher, et ceux de l’a-

(ly Revue méd., 1835, t. îv, p. 389.

vant-bras. — Dans l’un des cas que nous avons pratiqués, au mois de mars 1840, pour une carie de la tôle humérale, le blessé, après l’opération, pouvait diriger le membre en totalité dans toutes ^les directions. — L’élévation à angle droit sur le tronc et le rapprochement du membre vers le thorax étaient seuls impossibles ; ce qui, comparé à la perte totale du membre , est encore un avantage très-grand. Dans les observations de M. Syme, d’ailleurs, les mouvements du bras s’étaient pour ainsi dire rétablis en totalité.

k. Accidents. Il ne faut pas se dissimuler du resle que cette opération entraîne souvent à sa suite de graves accidents. La mort en a été plus d’une fois le résultat; et le nombre des cas malheureux serait peut-être plus considérable encore , si tons les chirurgiens avaient énuméré avec le même soin et leurs succès et leurs revers. Les deux malades de Vernet (1), les trois opérés par Delpech (2) , les deux dont parle Legrand (3) , un de ceux de M. Baudens (4) sont morts assez promptement ; et Moreau père (5), et Briot (G), et Jœger (7) , et Knox (8), et M. Roux (9), et M. Gouraud ( 1 0) , et M. Syme (11) n’ont pas été plus heureux : bien que chez ces derniers pourtant la mort soit survenue pourainsi dire secondairement.

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