II
De la résection de V extrémité sternale de la clavicule.
M. Samuel Cooper a rapporté dans son Dictionnaire une opération de ce genre des plus remarquables. Il s’agit d’une jeune fille chez laquelle une déviation de la colonne vertébrale avait donné lieu à un déplacement de l’extrémité sternale de la clavicule, tel que la déglutition ne pouvait s’opérer.
Davie , pour remédier à un accident aussi grave, pratiqua une incision parallèlement à la clavicule , coupa les ligaments sterno-claviculaires antérieurs et l’attache du faisceau externe du muscle sterno-cléido mastoïdien, puis scia la clavicule avec la scie versatile deScultet, après avoir toutefois au préalable passé derrière l’os un morceau de semelle de cuir bien battu. Le manche du bistouri, employé en guise de lévier, servit ensuite à rompre les ligaments postérieurs.
Le succès d’ailleurs couronna l'opération. — Si pareil cas se présentait, il serait préférable, ce nous semble, de recourir à une incision en L dont la courte branche monterait du sternum vers la trachée; ou bien à une incision cruciale, dans le cas où les téguments seraient altérés. — Une fois les surfaces osseuses mises à nu, une scie à chaîne, passée au-dessous de la clavicule avec un stylet d’argent, ou mieux encore l'osléotome permettrait d’arriver' plus aisément au résultat qu’on veut!
obtenir; en tout cas conviendrait-il de procéder avec le plus grand soin à lai dissection des tissus, afin de n’intéresser:
Pt
aucune des parties si importantes qui; ^
DE MEDECINE
s’y trouvent. Ajoutons du reste , avant de terminer, que celte opération a été également pratiquée avec succès par Wurlser et M. Textor de Wurtsbourg.
ÿ III. De la re'section de la clavicule en totalité.
Si on jugeait de la gravité de cette opération par la facilité avec laquelle on l’exécute sur le cadavre , on serait peu surpris d’avoir vu M. Mott la tenter sur le vivant, en 1S27; à l’aide d’une incision parallèle à Ja clavicule , mais qui se prolonge de l’un et de l’autre côté au delà de ses extrémités , on arrive assez aisément à séparer cet os des parties avec lesquelles il est en contact. Dans le cas oii l’on aime mieux mettre auparavant tout l'os à découvert, deux autres incisions verticales suftisent pour cet objet. On pourrait d’ailleurs au besoin commencer par séparer l’os à sa partie moyenne, pour en enlever ensuite chaque moitié séparément ; quand au contraire toute la clavicule a été envahie par la maladie , lorsque surtout les parties voisines sont plus ou moins altérées, les rapports changent, et cette opération peut être , à bon droit, considérée comme l’une des plus délicates de la médecine opératoire. — Quoi qu’il en soit, voici comment M. Mott a procédé dans un cas d’ostéo-sarcoine se prolongeant en haut jusque près de l’os hyoïde et de l’angle de la mâchoire :
Une incision en demi-lune à convexité 1 inférieure, et étendue de l’articulation sternale à l'articulation acromiale, lut pratiquée d’abord au-dessous de la tumeur, puis une autre à la partie supérieure ; mais celle-ci fut étendue de l’acroinion au bord externe de la jugulaire interne , et divisa le peaucier et une portion du trapèze. Passant alors, près de l’acromion, une scie à chaîne sous l’os claviculaire, Mott en opéra la section ; mais, n’ayant pu renverser la tumeur a l’aide des deux incisions auxquelles il avait eu recours, il réunit par une troisième l’extrémité sternale de la première avec la seconde , jeta une double ligature sur la veine jugulaire externe, coupa ensuite le vaisseau entre •es deux ligatures , divisa la portion exl lerne du muscle mastoïdien à cinq ccn- ! lllnt;tres au-dessus de ses attaches au sterj 1111111 el *e renversa sur ce dernier, ret ooussa le muscle omoplat-hyoïdien en ii Jaul e* en afrière, et se vit obligé de jeter
aussi une double ligature sur la jugulaire interne. — Alors, mais alors seulement, il lui fut possible de sépaier, avec une grande peine, et à coups de bistouri et de manche de scalpel, la veine sous-clavière et le canal thoracique , des tissus dégénérés au milieu desquels ces vaisseaux étaient perdus. Plus de quarante ligatures furent faites pendant ce temps; et ce ne fut pourtant qu’après avoir eu recours à une quatrième incision pour diviser les fibres du grand-pectoral, que l’opérateur put terminer l’opération : encore dut-il au préalable diviser le ligament costo-claviculaire et le muscle sous-clavier , et séparer, bien entendu, l’extrémité sternale de la clavicule de la surface avec laquelle elle était en rapport. — Le succès couronna cette entreprise hardie; bien plus, après la guérison, à en croire M. Mott, le bras, grâce à une machine destinée à remplacer jusqu’à un certain point la clavicule , aurait conservé presque tous ses mouvements. — M. Warren, il est vrai, a été moins heureux pour un ostéosarcome du même os , car son malade n’a survécu que peu de temps à l’opération. M. Travers et M. Roux ont au contraire également réussi dans des cas à peu près analogues à celui de M. Mott. — Quoi qu’il en soit, on conçoit qu’on ne saurait tracer des règles généralés pour de pareilles opérations considérées, à bon droit, comme des opérations insolites. — Nous ne concevons pas au reste, disons-le avant de terminer, l’utilité de la dernière incision (la quatrième) à laquelle M. Mott a eu recours, il nous semble qu’en disséquant le lambeau circonscrit par la première on pourrait s’abstenir de cette dernière incision.