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AIDE AUPRÈS DU MALADE

§ Ier. Régime et hygiène des opérés.

Le pansement achevé, il faut reporter l’opéré dans son lit. Ce soin est confié d’habitude à un infirmier intelligent, et qui réunit à la douceur du caractère les conditions organiques nécessaires pour remplir convenablement celle mission.

L’opérateur ou l’un de ses aides accompagne ordinairement le malade pendant le trajet, et s'assure que la partie qui a été le siège de l’opération repose sur un plan favorable. Celle position varie nécessairement suivant le membre opéré.

Le but est atteint du moment où la situation de la partie affectée n’entraine à sa suite aucune douleur, et ne contrarie en aucune façon l’action des moyens contentifs et unissants dont on s'est servi. On doit à M. Tessier, de Lyon, un fort beau travail sur ce sujet, et qu’on fera bien de consulter (1).

Quelques praticiens, et nous sommes du nombre, font assez volontiers alors usage d’une potion antispasmodique qu’on administre par intervalles dans l’intention de tempérer l’irritation dont le système nerveux a été le siège , d’autres se bornent à prescrire quelques boissons adoucissantes ; la plupart recommandent dans les opérations majeures de laisser auprès de l’opéré un aide intelligent et capable de remédier aux accidents plus ou moins graves qui peuvent survenir.

11 devra dès lors être pourvu de tous les objets propres à arrêter l’écoulement du sang dans le cas où l’hémorrhagie tendrait à reparaître : ainsi des ligatures, de la charpie, des poudres slyptiques ou absorbantes, des cautères, etc. 11 devra se garder surtout de se laisser abuser par le suintement d’un sang pâle qui ne tarde pas à pénétrer les diverses pièces d’appareil, et qui, loin d’être considéré comme un écoulement inquiétant, doit être au contraire envisagé comme un phénomène salutaire qu’il faut respecter, car il dégorge les tissus et les dispose à n’éprouver qu’une inflammation modérée.

( 1 ) Gazette médicale de Paris, octobre 18 il.

§ II. Des spasmes.

. Les praticiens qui ont exercé la chirurgie dans les hôpitaux et dans la pratique civile savent seuls combien il est rare de trouver des malades qui, faisant de nécessité vertu, se résignent à subir avec courage une opération devenue indispensable. Combien de militaires dont la bravoure a été constatée par vingt actions d éclat, qui pâlissent à l’idée d’une blessure conservatrice ! et combien d’opérés ont besoin, pour se décider à supporter les approches du bistouri , d’avoir recours à quelques boissons spirilueuscs 1 Rien donc de plus fréquent que de voir des spasmes, des mouvements convulsifs suivre un grand nombre d’opérations.

C’est plus particulièrement à la suite des amputations qui se pratiquent sur les extrémités inférieures que surviennent ces tremblements convulsifs dans le membre opéré, ainsi que l’espèce de frayeur dont le malade est saisi à la vue de l’agitation involontaire du moignon, agitation qui précède souvent le tétanos, surtout dans les pays chauds. Les applications aromatiques locales tièdes ou à une température plus élevée , quelquefois la compression à l’aide de la main et de façon à agir sur les organes actifs de la motilité, la fixation au besoin de la partie à l'aide d’un bout de bande, mais surtout l’etnploi des anti-spasmodiques à l’intérieur et des opiacés sur le lieu même du mal , tels sont les remèdes à l’aide desquels il est permis de combattre victorieusement ces accidents inquiétants pour le malade.

§ III. Bu régime et du traitement des opérés.

Une autre question non moins importante surgit de l’examen des soiiis immédiats que réclame le malade dans certaines circonstances très-rares, il est vrai, une fois le pansement terminé. C’est surtout aux armées et dans les établissements militaires que les faits qui y sont relatifs s’observent plus fréquemment :

nous voulons parler de l'état d'atonie dans lequel se trouvent les forces de certains blessés qui , privés de tous soins immédiats, arrivent vint-quatre heures après une blessure grave et qui réclame impérieusement l’amputation. Le précepte de ne pas stimuler les viscères, aussitôt après une opération majeure, empêche le plus souvent alors les praticiens de recourir à quelques stimulants

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généraux capables de redonner quelque ■vigueur aux foyers principaux de la vie, et, dans la plupart des cas , l’opéré succombe dans le courant de la journée , sans accuser aucune souffrance et en s’affaiblissant de plus en plus. Frappé de deux faits semblables qui avaient nécessité, en 1829, l’amputation de la cuisse, je m’étais bien promis , si l’événement 6e représentait , d’essayer une méthode différente, et j'eus occasion de me convaincre, en 1833 , que l’administration des cordiaux, unis aux opiacés, pouvait être d’un très-grand secours dans ces cas difficiles.

Un artilleur employé à la manufacture d’armes de Mulzig reçut par maladresse une balle dans la cuisse droite un jour où il assistait à un essai de fusils de rempart; transporté le lendemain à l’hôpital de Strasbourg, il y fut ampute par nous, dès son arrivée, à cause du grave désordre dont la partie inférieure du fémur était le siège : l’opération terminée, je proposai d’administrer au blessé , outre une potion anti-spasmodique , des potions cordiales et de la limonade vineuse pour boisson, les consultants s’y opposèrent d’abord ; mais je vainquis bientôt leur résistance , et les médicaments furent administrés pendant quatre jours avec le plus grand succès. J’ajoute que, nonobstant celte stimulation directe et générale, le mouvement fébrile fut peu prononcé, et que la guérison se fit attendre faute de vitalité suffisante dans les parties nonobstant une alimentation animale secondée par l’emploi des toniques francs. Aux yeux de beaucoup de praticiens distingues de l’époque , prétendre que, si l’on n’avait eu recours à celle médication , le blessé aurait infailliblement succombé dans les premières heures, se- : rait se rendre coupable d'un paradoxe. Eh bien , nous déclarons cependant qu’hésiter à se conduire de la sorte,

Idans des cas analogues, c’est compromettre la vie du blessé. Nous ne saurions donc trop recommander aux praticiens impartiaux ce point de vue nouveau de thérapeutique opératoire, ajoutant que ce conseil doit paraître d’autant moins suspect que nos opinions médicales sur la nécessité du régime sont moins équivoques à cet égard ( voy. ï Clinique chirurgicale de l’hôpital d'instruction de Strasbourg).

Lorsque les circonstances dont nous venons de parler n’existent pas, il faut *<nir le malade à une diète sévère; car

amputer un membre, enlever un cancer, extirper un testicule, opérer une hernie étranglée , etc. , ne peut se faire sans troubler plus ou moins l’harmonie des organes principaux de l’economie, à cause du consensus général qui lie les parties les plus éloignées aux grands foyers de l’organisme : aussi rien n’est-il plus légitime que la préoccupation des gens de l'art pour tâcher d’atténuer les troubles morbides qui succèdent presque nécessairement à toute opération un peu majeure. Et comme d’habitude ces troubles se trahissent par un mouvement fébrile plus ou moins intense, une pblegmasie locale plus ou moins forte, rien de plus rationnel au premier abord que les saignées préventives recommandées par quelques maîtres de l’art : jusqu’à quel point convient-il d’y avoir généralement recours? En thèse générale, disons- le tout d’abord, ces saignées nous paraissent devoir être proscrites. On ne se persuade point assez en France que plus l’organisme est débilité par les émissions sanguines, plus le système nerveux est affaibli par un repos prolongé, irrité par les souffrances qu’entraîneni toujours à leur suite les opérations graves, moins l’économie résiste avec efiicacilé aux plilegmasies qui peuvent se développer alors. Il faut donc réserver la lancette pour les sujets forls et pléthoriques, auxquels un accident traumatique récent a imposé le sacrifice d’un membre et chez lesquels la vie surabonde; mais quand c’est à la§ suite d’un séjour plus ou moins long à l’hôpital, que l’opération a été faite, ouvrir la veine, alors, nous paraît une conduite que nous n’hésitons pas à blâmer. Nous en disons autant des saignées pratiquées chez des hommes blessés grièvement en étal d'ivresse, car, à moins de menaces d’asphyxie par alcoolisation, le système nerveux, une fois l’ivresse dissipée , tombe dans un état d’atonie extrême , et qui peut devenir funeste au succès de l’opération. Ainsi, relativement aux saignées pratiquées dans le dessein de rendre moins intense la réaction phlcgmasique, elles doivent être réservées exclusivement pour les cas où la constitution et le tempérament sanguin du sujet semblent en réclamer impérieusement l’emploi ; pour tous les autres il convient d’attendre le développement des accidents inflammatoires, sauf à les attaquer énergiquement s’ils se présentent avec des symptômes violents.

Quant au régime, ici encore peut-être porte-t-on trop loin en France la sévérité ; quoique cependant, il faut en convenir, on soit en voie de progrès sous ce rapport. Ainsi, à coup sûr, prescrire une dicte absolue à un opéré qui se trouverait dans le cas de l’artilleur dont j’ai fait mention il y a un instant , serait presque un non-sens : puisque l’on administre à l’intérieur des substances cordiales pour ranimer les forces nerveuses prèles à s’éteindre; aussi estce le cas alors d’imiter la conduite de quelques praticiens allemands qui , dès les premières heures et les premiers jours qui suivent l’opération, accordent à leurs blessés des boissons spin tueuses et des aliments plus ou moins substantiels.

"Vouloir maintenant faire une règle générale de ce précepte nous paraîtrait chose non moins hasardeuse, car il faut ici tenir compte d'un grand nombre de circonstances dépendant de la constitution, du tempérament, de l’idiosyncrasie du sujet, de la nature de la maladie, de sa durée , de sou étendue, etc. Ainsi , par exemple, supposez une opération qui, connue l’hydrocèle de la tunique vaginale , l'amputation d’un doigt, ne donnent lieu qu’à des phénomènes locaux ; une diminution dans la quantité des aliments dont il est fait journellement usage s u dira : s’agit-il, au contraire, d’une opération de hernie étranglée, ici la diète la plus absolue sera de rigueur à cause de l’appareil qui est le siège du mal. Dans l’amputation coxo-fémorale , un régime tout aussi sévère devra être prescrit, à raison de l'étendue de la plaie, à plus forte raison en sera-t-il ainsi pour les opérations qui se pratiquent au voisinage des cavités splanchniques ou dans les cavités splanchniques elles-mêmes, l’amputation il ii col utérin, elc., elc.: lorsque, au contraire , les désarticulations ou les séparations osseuses portent sur des parties moins étendues que celles de la cuisse, nous pensons qu’il est rie bonne pratique d’accoider, dès les deuxième ou troisième jour, quelques substances alibiles ; enfin , et nous nous sommes déjà expliqué à cet égard , notre avis est que, dans certaines circonstances, quand les foi ces périclitent, il ne faut par hésitera luire usage des cordiaux et des bouillons dès les premiers moments qui suivent l'opérai on , d'où il suit que, comme nous l’avons fait déjà pressentir, l'indiuttion ressort presque toujours du ms individuel. — L’administration des

boissons est elle-même soumise aux mêmes lois : prescrire indifféremment l’eau gommeuse à tous les opérés n’est-ce pas se déclarer partisan aveugle d’une routine hospitalière peu honorable pour celui qui s’en rend l’interprète. El n’est-il pas plus médical, plus scientifique de prescrire, suivant l’occuirence , aux uns de l’infusion de fleurs d’oranger ou de tilleul, aux autres de la camomille, à ceux-ci de la limonade vineuse, à ceuxlà quelque infusion légèrement narcotique , une infusion de coquelicot, etc.?

Certes, agir ainsi c’est, à coup sur, satisfaire plus scientifiquement aux indications qui sc présentent et se montrer à la fois aussi médecin distingué que chirurgien habile.

Un aulre soin qui doit fixer l’attention des chirurgiens est relatif aux garderobes : rien n'est plus fréquent, en effet, que la constipation à la suite des opérations un peu importantes. Il importe seulement alors de ne pas trop sc hâter de recourir à l’emploi des moyens propres à les provoquer , car les évacuations ne se font jamais sans occasionner plus ou moins de dérangement au blessé , et sans provoquer pour ainsi dire un surcroît d’activité fébrile. Pourquoi, d’ailleurs, se préoccuper d’une paresse intestinale dont le trouble momentané des diverses fonctions peut très-bien rendre compte , et qui ne tardera pas à se dissiper sous l’influence de l’observance régulière de toutes les lois de l’hygiène? Toujours est-il que si les selles ne sont pas rendues naturellement, mieux est en général de recourir aux stimulants de la partie inférieure du tube digestif qu’à ceux administrés par la bouche dans les lésions des exlrémités supérieures ; lorsque , au contraire, ce sont les extrémités pelviennes qui en sont le siège, peutêtre est-il préférable de recourir à quelque doux minoralif ou à quelques verres d’eau de Scdlilz.

§ IV. Soins hygiéniques.

Dans la pratique civile et chez les gens aisés il est facile d’entourer le blesse de tous les soins réclamés par les lois de l’hygiène, et d’accumuler de la sorte la plus grande somme de chances possibles pour le succès de l’opération. Dans les hôpitaux, nu contraire, le chirurgien est souvent contrarié dans scs désirs à raison de la difficulté do trouver un appartement qui réunisse toutes les conditions

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<lc salubrité désirables. On connaît l’influence vivifiante de l’air atmosphérique et celle non moins puissante de l’action solaire sur l’économie animale , et l’on comprend l’importance de placer les opérés dans une salle bien aérée, et dans 3aquelle il règne une température à peu près constamment la même, et élevée de 10 à 12 degrés si on a lieu de craindre «ne hémorrhogie , de 14 à IG si on redoute l’exaltation des mouvements lébriles , enfin de 1 G à 1 8 si la période inflammatoire est passée. Il importe de veiller d’ailleurs à ce que l’air qui circule dans l’appartement ne soit chargé d’aucun principe vicieux, et qu’il soit à la fois tiède et imprégné d’une certaine humidité; l’air sec et chaud accroissant le mouvement circulatoire et favorisant en outre la constipation.

La plus grande propreté régnera autour du malade , afin qu’aucune émanation malfaisante ne s’échappe du lit ou des parties avoisinantes : changer souvent l’opéré de linge, et enlever aussitôt qu’elles sont salies toutes les pièces d’appareil, est un devoir auquel on ne saurait se soustraire sans danger, ou du moins sans s’exposer à compromettre la marche naturelle de la cicatrisation. — Les troubles plus ou moins vifs de l'âme, toujours dangereux pour la santé, le sont bien plus encore quand celle-ci périclite; aussi nepeut-on trop recommander d’éviter de donner cours aux passions à la suite des opérations. Les mouvements modérés d’expansion ou de joie sont les seuls qui puissent aider à la guérison , les seuls par conséquent qu’il soit permis de tolérer ; qu’on se garde surtout, des excitations funestes de la colère : la joie immodérée n’est quelquefois pas moins funeste; l’ennui , la crainte, la tristesse, les chagrins violents doivent être placés sur la même ligne, car tous ces mouvements, évidemment dépressifs de l’organisme , ne peuvent que lui devenir funestes , et ne sauraient être évités avec trop de soin.

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