‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 3)Chapitre 182 sur 656 · BU TORTICOLIS · texte numérisé non relu

BU TORTICOLIS

On donne ce nom à la déviation de la tête, soit que cette déviation se tradui-e p <r une obliquité de cet organe ou qu’elle consiste en une llcx'on sur le sternum. — Cette difformité peut exister d’aiü leurs a différents degrés. Aussi elle peut ne consister qu'en un léger mouvement iaiérat et déhrminer a peine quelque gène, ou bien êire portée au point de relever le menton , d’abaisser le sommet de la tète jusque près de l’épaule, toute la tête ayant subi un mouvement de torsion sur son axe , et l’aspect de la physionomie étant Ir.sle et mélancolique ; bien entendu qu’entre les deux degrés que nous venons de décrire il peut exister des degrés intermédiaires à 1 infini.

§ 1er. Historique.

Des prétentions rivales analogues à celles que nous avons lait connaître à propos de la ténotomie, se sont élevees à 1 occasion de la difformité dont nous nous occupons en ce moment; mais ici il fautl avouer, M. Guérin n’a pas été aussi fonde et aussi heureux dans ses réclamations. A l’en croire (2J ,lUi n avait te n lé avant lui la section souscutanee du muscle sterno-masloïdien i et pourtant les travaux de Dieffeubach sur ce sujet avaient été publiés, dès 1830, dans le Manuel de chirurgie de

(D Ibid., p. 477 ctsuiv.

(1) Bonnet, ouv-,

(2) Bonbuysen 1074, t. i, n. 22,

cité, p. 542, 545.

îileuren. Nuremb.

TRAITÉ

Rust(l). En outre, ce grand chirurgien , lors de sor. séjour à Paris, avait eu des conférences chez M. Amnssat k l’occasion de celte section. Aussi nous bornerons-nous , sans nous arrêter davantage aux prétentions de ML Guérin, à enregistrer les dates, pour faire connaître les noms de ceux qui peuvent être considérés comme les inventeurs de celte opération. A Ronliuysen (2) revient l'honneur de l’avoir pratiquée, en 1.670, en soulevant la peau et le muscle , et en les coupant L’un et l'autre de dedans en dehors; puis est venu Florian, qui fit usage de cis. aux , et ensuite Minius, qui , divisant son opération en deux temps, mettait d'abord le muscle à nu à l'aide d’une eschare et le divisait extérieurement. En 1822 Dupuytren y recourut pour la première fois et avec un plein succès; et en 1830 Dirffenbach (3) la mit en usage avec non moins d’avantage. Sont venus ensuite Stro*mejer, qui, il faut le reconnaître, avait déjji pu devancer, en 1826 , le chirui> gien de Berlin , mais sans succès ; puis MAI. Amussat, Bouvier, Guérin, Bonnet île Lyon, et toutes les notabilités chirurgicales de la province et de la capitale.

§ II. Etiologie.

Différentes causes peuvent donner naissance a la difformité dont nous nous occupons, et k cet égard elle ne diffère pus du pied-bot ; elle lui ressemble également , en ce sens qu’elle peut être congénitale ou acquise : du moins pour ce qui a trait au torticolis produit par une contraction musculaire active. — Le torticolis congénital est sans contredit le plus fréquent, et on l’observe beaucoup plus souvent k droite qu'à gauebe : un tiers de lois de plus environ. — Il en existe en outre une variété particulière qui se traduit k l’extérieur par une tumeur arrondie , située aucLessus de la clavicule : celte variété , qui se forme pendant l’accouchement, est due à la déchirure du muscle sternomastoïdien et k la petite quantité de sang qui s’en épanche. — On a vu la

(1) Rusl’s Ilandbuch der chirurgie, t. in, p. 629.

(2) Mém. sur le torticolis.

(3) Animoii-Parallele der Franzœsischen und Dcutschen Chirurgie, 1825.

difformité du cou affecter une forme intermittente , c’est-à dire n’exister que pendant un certain temps; puis disparailte entièrement ; dans ce cas , sans aucun doute, la maladie, à laquelle on pourrait donner le nom de crampe nerveuse , dépend d’une affection de cette dernière nature.

La paralysie des muscles d’un côté du cou, ceux du côté opposé agissant selon l’ordre physiologique , peut donner lieu également au torticolis. La carie des os et l’altération des ligaments peuvent aussi le produire. 11 faut en dire autant des maladies des parties qui entourent la colonne vertébrale, telles que des tumeurs solides développées sur le côté du cou , ou de vastes abcès à la suite desquels il s’est développé un tissu ino- j dulaire tendu , ou bien encore des ci- I catrices profondes. Enfin il survient parfois aussi k la suite d’un refroidissement du cou ou d’une brusque distension des ligaments, que l’on pourrait jusqu’à un certain point considérer comme un rhumatisme articulaire des premières vertèbres cervicales, et surtout de l’atlas avec l’axis : ce rhumatisme constitue ce que M. Bouvier a appelé lorlicoli<! articulaire. Dans cette espèce, la i maladie survient par un mécanisme analogue k celui qui opère l’inclinaison du bassin sur la cuisse dans la coxalgie. Ainsi, pour éviter la douleur et les tiraillements des parties affectées, le malade se trouve entraîné k fléchir la tète du côté lésé et à tourner la face du côté I opposé : les ligaments s’accommodent à cette position du cou , qui se maintient! presque par le seul poids de la tête aidé • d’une faible contraction musculaire;:

l’action des muscles , déterminée par la t douleur, ramène d’ailleurs la tète a celte position, lorsqu’elle en est écartée, et! tend sans cesse k accroître la déviation.

§ III. Diagnostic.

Le diagnostic , avons-nous dit , se présente avec des degrés divers d’intensité, et nous ajoutons qu’il peut s'accompagner de douleurs plus on moins vives, et qui semblent quelquefois plus ou' moins sous l'influence des vicissitudes atmosphériques : chez quelques sujets, les douleurs se font sentir pendant qu’ils sont couchés; dans d’ attires circonstances, au contraire , c’est après untravail long et continu qu’ils croient éprouver au cou un tûailieinent tel que

la tête parait entraînée vers l'épaule.

Ajoutons encore que, quand Ja difformité est extrême, les traits du visage sont généralement altérés : on dirait qu'ils ont subi un commencement d’atrophie et ont cessé de reposer sur un plan horizontal; toutes les lignes paraissent bomber, en effet, et former avec l'horizon un angle aigu , et l’organe de la vue s’associe à cette déviation en s’élevant presque toujours au ciel pour regarder eu bas. Quant aux parties situées dans le voisin ige de la tête, et entre autres le muscle sterno-cléidomastoïdien , on le trouve tendu plus court que celui du côté opposé, taisant sailiie sous la peau et d’une dureté remarquable. L’épaute corre-pondant au côté droit se trouve [dus élevée et tirée eu avant et ne correspond plus au sternum, qui paraît déprimé. — Les symptômes que nous venons de décrire sont ceux du torticolis envisagé d’une manière générale; mais ils se modifient suivant la cause qui y a donné naissance : ainsi, dans le torticolis dû à la paralysie des muscles d’un des côtés du cou, les traits du visage ne sont pas altérés et le menton n’est pas dévié, la colonne vertébrale est simplement inclinée à la dernière vertèbre cervicale; et lorsque le malade cherche à abaisser la tete sur la poitrine , elle tourne sur son axe et le menton paraît fuir du côlé opposé.

Dans le torticolis qui survient à la suite de la carie des os et de l’altération des ligaments on n’observe aucune tension du muscle , et il n’y a par conséquent aucune corde dure faisant saillie sous la peau; enfin , dans l’incurvation cervicale , ne se retrouvent ni la courbure de la déviation musculaire , ni 1 angle produit par la paralysie des muscles : en retour on sent un gonflement a la région cervicale, et dans le lieu correspondant aux surfaces osseuses morb.des existe .... angle plus ou moins développe suivant la destruction des tissus, la gravité et la durée de la ma-

1 dl.e; 77 Ü;ms le torticolis produit par la déchirure du muscle sterno mastoïdien pendant l’accouchement, ou voit comme nous l’avons déjà dit, une petite tumeur arrondie bleuâtre et pâteuse

nn’ln5SUS de la cl,vicule; puis, une fois rinrt , ‘Spi,rU’ on s<’nt une substance ure et épaisse au-dessous, de ia peau,

ventre îuC0»n,U,1 *î “,éme le,"Ps f|ue le ventre du muscle, devenu plus, épais que

son congénère, lire la tête vers l’épaule. — Dans le torticolis articulaire , les symptômes varient suivant l’état aigu, ou chronique de l’affection. Le premier s’accompagne de douleurs vives intermittntes et d’une difficulté de mouvements assi z grande; et le degré d’intensilé de la douleur, dans ce cas, suffit pour distinguer celte variété du torticolis par contraction musculaire active :

dans ce dernier, d’ailleurs, on peut impunément, pour ainsi dire, presser les muscles delà région, landis qu’il n’en est pas de même pour le torticolis articulaire aigu. — Dans le lorlicolis articulaire chronique, la lê'e est fléchie latéralement de l’un ou l'autre côlé : et la rotation faisant dévier la face , il v a en outre : 1° douleur à la partie inférieure de la nuque, relâchement du muscle du côté opposé , 3° roideur et gêne de tous les mouvements du cou , 4° enfin atrophie du côli de la face qui répond à l’inclinaison de la tête , du moins quand la maladie a une certaine durée.

§ Ï"V". -Anatomie pathologique.

Des mouvements de totalité et des mouvements partiels peuvent êlre produits par la colonne verlébrale • en d’autres termes, aux endroits correspondant à la région sacro- lombaire, à celle des onzième et douzième vertèbres dorsales , de la septième cervicale et dé fi, première cervicale il se passe, à 1 aide des fihro-cartil ges, certains mouvements qut permettent d’expliquer la déviation de la tête et celles de la colonne vertébrale. Une fois la tête déviée en effet, la colonne cervicale, pour rétablir l’équilibre, s’incline en sens inverse sur la colonne dorsale, si la difformité est congénitale , et, pour peu qu’elle ail quelque durée, cette déviation aura acquis une telle solidité que pour en obtenir la guérison , on sera oblige d avoir recours à d’es moyens puissants et long-temps continués- et comme les muscles longitudinaux situés des deux cotes du cou se trouvent aussi raccourcis, il doit en résulter que ceux qui ont etc assez heureux pour cuérir

pas t tL OUITIIS aux moyens mécaniques semblent avoir le cnn fléchi eu avant et plus court que d’habitude (I). 1

(1) Guérin, ouvr. cité.

Dans le torticolis articulaire , la torsion du cou peut dispar ître par le fait seul de la cessation d<* la maladie ; malheureusement il en est rarement ainsi, et le plus souvent on voit succédera cet état de la roidetir dans les jointures, un état vague d’endolorissement , et enfin un engorgement des ligaments , qui indiquent le passage de la maladie à l’état chronique. Alors aussi , la difformité devient d’autant plus disgracieuse que la physionomie s’altère. Quelqucf is même, enfin, la maladie continuant à faire des progrès , on n’a plus affaire alors à un simple torticolis, mais à une affec’ion des plus graves : e’est-à di'e à une carie ou à une nécrose des surfaces osseuses.

§ Y. Trciitrrn-nt.

Le traitemwit du lorticolis ne diffère pas de celui recommandé pour toutes tes difformités du même genre, c’est-a-dire que, comme pour le pied bot, c’est a la section dn tendon et des muscles rétractés qu’il faut recourir; en y ajoutant au besoin les mêmes moyens que nous avons recommandés pour la cure de la difformité du pied-bot, c'est-à-dire l’emploi des appareils, etc. , etc. Les remèdes internes, en effet, ainsi que les divers topiques d^nl les anciens faisaient usage en pareil cas , ne sont vériableiiienl d’aucune ifficacilé employés seuls ; aussi allons-nous passer immédiatement à l'étude des procédés employés pour la guérison de cette difformité.

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