‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 3)Chapitre 193 sur 656 · ART. I. ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ART. I. ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Lorsque, à la suite d’une solution de continuité, la réunion survient par première intention, le tissu parût n’avoir subi aucune modification dans sa texture. Lorsque au contraire la cicatrisation n’arrive qu’a près exsudation et organisa ion de lymphe plastique, alors les choses se passent différemment et la cicatrice apparaît sous la forme d’une pellicule mince rougeâtre et d’une facilité extrè ne à se rompre ; de plus, la force île rétractilité dont elle jouit est telle qu’elle attire les bords de la plaie vers sou centre : et il n’est pas rare au bout de deux ou trois mois, ou même plus long-temps encore, de voir survenir, par suite de son épaississement progressif, des brides plus ou moins gênantes inextensibles et plus ou moins ditïormes; sans compter que c- tte force de rétractilité ne s’arrête que quand la cicatrice a acquis le degré de blancheur et de solidité qui termine so:i organisation. — A cette époque, si on examine leur tissu , ou les trouve formées audessous il une mince lame d’épiderme par un tissu que Uupuylren appelait tissu de cicatrice et auquel Delpech avait donne le nom de module , tissu modulaire. iissu dense à lames fibreuses

concentrées dans tous les sens , adhérant cl ’ <i i 1 1 u rs intimement aux pallies sous-jacentes et se détruisant avec une rapidité extrême par l'inflammation :

aussi doit on éviter avant tout de pratiquer, hormis le cas de nécessité absolue, des incisions, non-seulement sur lui , mais encore sur les parties situées dans son voisinage.

ART. II. TRAITEMENT

Rien, on le conçoit aisément, ne doit être pins varié que la tonne des difformités dont nous nous occupons en ce moment , niais le traitement ne s’en trouve pas pour cela plus compliqué : il se borne eu effet a l 'excision, à 1 incision ou à l’ea tirpation.

§ Ier Excision ou cautérisation des cicatrices saillantes .

N’y a-t-il que de simples inégalités à la surface de la peau, l'excision de la partie, à supposer qu’elle s’accompagne de douleurs, peut suffire; non toutefois qu’il soit permis d'affirmer au malade autre chose que la régularité de la surface Or, pour obtenir ce résultat, l’instrument trench. ml nous parait préférable a la cautérisation avec le nitrate d’argent, l’acide nitrique ou le nitrate acide de mercure. — L'opérateur rasera donc d’abord toute la ponion exubérant de la cicatrice à l’aide d'un bistouri bien affile ; pu s, une fois la plaie pansée pendant plusieurs jours avec un linge fenêlré et de la charpie, il devra s'occuper de réunir la plaie a I aide de bandelettes, ou, s’il nVtait pas possible, il se conduirait suivant les ci ■ constances qui pourraient se présenter, et ainsi qu’on a coutume de le faire en pareil cas. — Dans le cas où la cicatrice formerait un noyau douloureux, il conviendrait d'en chercher le point central avec une érigne et d’en exciser toule l’épaisse ir; nous avons été assez heureux pour réussir récemment sur deux juives d’Alger, chez lesquelles les douleurs avaient le caractère des névralgies les plus douloureuses.

§ II. Incision.

Fendre partiellement ou en totalité la cicatrice trau^ver-alenieut ou d’espace en espace, puis redresser ensuite les membres insensiblement a l'aide de ban-

dages, a été pendant long-temps la seule opération mise eu u âge pour guérir les difformités occasionnées p..r di s cicatri- . ces vicieuses. Quelques chirurgiens ; pourtant préféraient, quand la cicatrice; était étendue et sail ante, traverser sa base avec nu couteau a deux tranchants, afin de la raser complètement et ne l’exciser en totalité. Venait ensuite l’iucision des bords de la plaie et le traitement uiecan que. Malheureusement ce’ procédé avait l’inconvénient de faire:

quelquefois souffrir considérablement le:

malade pendant toule la durée du traite-ment, et de donner lieu parfois aussi ài des accidents nerveux, à des eschares,, et même à la gangrène; accidents eux-mêmes suivis de bosselures ou d’inégalités : aussi cette manière de procédera-t-elle été généralement abandonnée Cependant il n’en est pas moins vrai de:

dire que la sci* nce possède un assezi bon nombre de faits qui prouvent l’efficacité de l’incision transversale de certaines cicatrices vicieuses. Les faits recueillis par MM. Hourmanu (i) et Bé— rard jeune (2) ne laissent aucun doute ài ce! égard, et nous pourrions au hesoini ajouter celui que nous avons observée sur un jeune homme qui avait l'avantbras uni au br.is et que l’incision trans — versale guérit en moins de quarante?

jours D’où il suit que ce procédé est! loin d ê!re aussi mauvais qu’on l’a pré ten lu généralement. — Bien entenduque, s'il se formait de nouv.-lles brides, elles devraient être divisées afiir d’assurer le succès de l’opération, ainsi d’ailleur.-. que le faisait Dupuytreu; mais: peut-être cet illustre chirurgien ne lui avaii-il pas donné toute l’extension possible. M. Amuss.it, dans ces derniers:

temps, s’en est occupé avec plus de succès, et la science lui doit des remercî-

ments sous ee rapport. — Lors donc, i qu’une partie dont on veut empêther la

reunion a été divisée, les surfaces ten d nt nécessairement à se rapprocher pai le fait du développement du tissu modulaire, qui attire, ou le Sait, les surfaces l’une vers l’au re. Or, pour obvier à ce inconvénient, il importe de Lire ci-:

calriser l’une d’elles isolément, et, à ce effet , aussitôt que la suppuration

es i

(1) Chronique des hôpitaux, t. i , n IG, p. 4.

(2) Journ. des conn. méd.-chir., t. n

DE MEDECINE OPERATOIRE.

établie, il convient de fendre à diverses reprises, et toutes les vingt-quatre heures, l'angle d’union des deux surfaces où la membrane inodulaire pas-,e de l une à l’autre. L'orifice de l’urètre a grandi par une incision de cetle nature et, pansé de cette façon, s’est ensuite cicatrisé en gardant toute l’ampleur que l’incision lui avait donnée. M. Ainussat met également cette méthode à contribution pour maintenir, après la cicatrisadon , la séparation de 1» langue et du plancher buccal , opérée parle bistouri; et on conçoit que le même moyen peut être appliqué a tous les cas où on a lieu de craindre la perle du hénélice d’une incision par la rélraclion de la cicatrice. — Or , si la nouvelle méthode de traitement dont nous venons de parler est suivie de succès , il en résultera nécessairement un changement presque complet dans a thérapeutique chirurgicale des cicalrices. — Ainsi, 1° au lieu de n’opérer sur les cicalrices qu’après leur complète organisation, et par conséquent après un temps plus ou moins long dans la crainte de donner lieu à une inflammation ulcérative, o i pourrait au contraire agir sur elles à toutes les époques, hormis le cas de contre indications spéciales. — 2° Au lieu de n’opérer, comme parle passé, qu’après s’être assuré que, grâce à la position et aux bandages , il sera permis d'obienir une cicatrice plus large et moins difforme, ou pourrai! s’en préoccuper beaucoup moins, peut-être même l’expérience indiquera-t-elle les cas dans lesquels il convient de s’abstenir.

§ III. Extirpation.

Delpech, convaincu que toute cicatrice formée par suppuration se trouve dépourvue de souplesse et tend sms cesse a sc rélracler, avait cherché à rétablir qu’il fallait, dans tous les cas, se garder de recourir jamais à l’incision pour remédier aux cicalrices modulaires , l’exl irpation élmt aux yeux du chirurgien de Montpellier le remède par excellence de ces lésions. Selon Delpech, donc, il convient dans toutes les difformités de celte nature, d'enlever la plaque indurée à l’aide d'incisions pratiquées sur les tissu-, sains, puis de rapprocher ensuite avec soin les hords ne la plaie nouvelle afin d’en obtenir la réunion par première intention, d’a- ! voir ainsi uue cicatrice simple, mobile

et extensible comme les téguments. — Sans doule si on rencontrait toujours des cicatrices à la fois étroites et reposant sur des partie-' d’un certain volume, il ne faudrait pas hésiter à se conformer au précepte de Delpech; mais quand c’est aux doigts ou aux orte ls. aux paupières ou au nez qu’elies existent . ou bien encore quand elles sont irré gui ères et très-étendues, l’exlirpalion, à notre avis, offre alors plus d'inconvénients que d’avanlages , et il est bien de s’en abstenir.

Page 1