‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 3)Chapitre 2 sur 656 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Définition. — Connaissances que doit posséder l'opérateur . — Qualités dont il doit être doué.

Guérir quelquefois, soulager souvent, consoler toujours , tel est , avons-nous dit ailleurs (i) , le plus heureux choix de mots qui , sans définir la médecine , désignent le mieux le but auquel elle aspire. Or, jamais peut-être la science n’obtient plus sûrement le premier résultat que lorsque , armé d’un instrument propice, le médecin opérateur répare les désordres survenus dans nos organes à la suite des maladies réputées chirurgicales. — Remédier, à l’aide d’une œuvre manuelle , aux états morbides si nombreux qui ressortent de la chirurgie, telle est en effet la mission de l’opérateur : aussi l’opération a-t-elle été définie : « une action mécanique faite dans le but d'améliorer l’état organique de l’homme (2) , « définition qui , il faut l’avouer, ne donne qu’une idée bien imparfaite des connaissances que doit posséder celui qui veut se livrer avec succès à la pratique de la médecine opératoire. Il s’en faut en effet que tout l’art du

(t) Discours prononcé à l’ouverture d’un cours de physiologie pathologique par P. Malle. ln-8°, Strasbourg, 1850.

(2) Sabatier, Médecine opératoire.

Malle.

chirurgien soit concentré dans ce qu’on est convenu d’appeler manuel opératoire. Désarticuler un membre avec prestesse , pratiquer avec intelligence une ligature artérielle, est un mérite qui n’est pas très- rare aujourd’hui. Mais ces coupeurs adroits, dépourvus de connaissances relatives à la nature , au développement, à la marche de l’affection pour laquelle tout moyen thérapeutique non sanglant est désormais impuissant , ne sont pas plus médecins opérateurs que ne sont réellement anatomistes ces habitués d’amphithéâtres qu’une longue assiduité auprès de leurs maîtres a rendus habiles dans l’art de préparer certaines pièces d’anatomie line et délicate. — La chirurgie pratique en effet réclame pour son complet exercice des qualités que sont loin de possédi r tous ceux qui s’y livrent, et qui sont d’autant plus difficiles à acquérir que quelquesunes d’entre elles sont innées. Quiconque n’a reçu du ciel une certaine dextérité manuelle, et ne jouit en même temps d’une intégrité parfaite du sens de la vue, ne sera jamais, eût-il la science des plus érudits, qu’un opérateur médiocre. Il en faut dire autant du sang-froid , de la présence d’esprit , de la fermeté de caractère , toutes qualités que l’éducation perfectionne, mais qui ne sont pas moins nécessaires au médecin opérant.

Qu’en outre le chirurgien soit lettre, que son âme , toujours accessible à la souffrance, s’empresse d’v compatir ; que ses sentiments , toujours nobles et élevés , ajoutent encore à la considération qui

2 TRAITÉ

s'attache d'habitude à un beau (aient ; rien de plus désirable sans doule ; disons mieux , rien de plus fréquent parmi les hommes de notre profession , mais avant tout il faut que l’opérateur se soit rendu familière l’étude de l’anatomie normale et pathologique ; sans la connaissance approfondie de ces deux sciences, n’espérez jamais prendre un rang élevé dans la médecine opératoire. Celte partie de l’art de guérir n’a été portée si haut dans ces derniers temps que parce que l’on a mieux senti l’importance de l’anatomie chirurgicale et de l'anatomie anormale. Quant aux opérations sur le cadavre et sur les animaux , on 11e saurait assez insister sur les avantages qu'en retirent ceux qui se destinent à la chirurgie pratique. En vain on répète qu'après la mort l’œil est plus flasque et , pour ainsi dire , immobile , que les tissus se rétractent à peine, que le sang n’embarrasse jamais l’opérateur qui, n’agissant d’ailleurs que sur des parties saines, 11e se fait ainsi qu’une idée très-imparfaite des difficultés qu’on rencontre sur le vivant ; il n’en est pas moins vrai qu’il n’est aucun des grands praticiens qui se sont tour à tour partagé le sceptre chirurgical , dont la réputation n’ait pris sa source dans les manœuvres d’amphithéâtres.

Ainsi , dextérité manuelle , intégrité des organes de la vision , qualités du cœur et de l’esprit , connaissance profonde de l’anatomie normale et pathologique , opérations sur le cadavre et expériences sur les animaux vivants , telles sont , avec une notion parfaite de tout ce qui se rattache à l’étude des maladies chirurgicales et médicales, les qualités indispensables à celui qui veut se livrer avec succès à l’exercice de la chirurgie ; et, comme l’habitude perfectionne même l’habileté naturelle, on deviendra nécessairement opérateur d’autant plus remarquable qu’on aura répété un plus grand nombre de fois les opérations sur le vivant.

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