DES DIFFERENTES ESPECES DE STRABISME
La déviation de l’organe de la vision peutavoir lieu dans plusieurs sens ; toutefois on rapporte à deux espèces principales celles que l'on a eu occasion de remarquer jusqu’à présent, savoir : le strabisme interne ou convergent , le strabisme externe ou divergent Le strabisme qui a lieu en haut, en effet, et celui qui a lieu en bas, sont des variétés rares et qui paraissent dues à la prédomin ince d action d’un des muscles droits, ce qui peut être considéré comme un fait exceptionnel ; car les deux muscles
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droits se trouvent animés par le même tronc nerveux : la troisième paire; et on conçoit difficilement une différence dans l’ensemble de la contraction des deux muscles, tandis qu’il n’en est pas de même pour les muscles droits interne et externe, le premier étant innervé par la troisième paire et le second par la sixième. — Du reste, le strabisme convergent est beaucoup plus fréquent que le strabisme divergent. A en croire VF. Bonnet (1), la différence serait comme 1 est à 10. Les expériences de MM. Hélie (2j et Bonnet (3) sont de nature à faire rejeter l’opinion de ceux qui avaient cru trouver la raison de cette différence dans l’action des muscles obliques, qui, suivant eux, ont une tendance a porter l’œil en dedans, tandis qu’il paraît prouvé que leur contraction détermine au contraire un mouvement de rotation de l’organe autour de son axe antéro postérieur. — Quant aux strabismes obliques : nul doute qu’il n’en existe (4). Dans ce cas, seulement, l’œil se porte à la fois en haut et en dedans, en haut et en dehors, en bas et en dedans, en bas et en dehors (5) ; et, ici encore, il faut bien le reconnaître, la difformité paraît due à une prédominance d’action du muscle droit supérieur ajoutée à celle du droit interne. — Du resle, le strabisme est simple, ou double: simple, quand il n’atteint qu’un seul organe; double, au contraire, quand il affecte les deux yeux, et il est à remarquer que le strabisme convergent est le seul qui soit double.
Le strabisme ne se présente pas toujours d’une manière continue ; ou l’a quelquefois vu apparaîlre avec une apparence intermittente, sous l'influence de passions vives ou d’émotions morales profondes, et parfois même sans causes connues, oudumoins difficilementappréciables (6). Il est, au contraire, continu alors que ladévialion, bien que constante et s’opposant incessamment au parallélisme des yeux, permet néanmoins à chacun d’eux de se redresser isolément par une volonté forte du sujet, mais jamais
(1) Traité des sect. tendineuses, p. 02.
(2) Recherches anat. et pliys.,elc. Paris, 1841. in-4°.
(3) Ouv. cité, p. 30.
(4; Bonnet, ouv. cité, p. 02.
(5) Bonnet, ouv. cité, p. 62 et 03.
(6) Ibid., ouv. cité, p. 63. — Phillips, De la ténotomie sous-cutanée. 1811, p.
simultanément avec celui du côté opposé.
Et il est appelé fixe (l), enfin, quand rien ne peut faire dévier l’organe affecté.
Quant à 1 intensité de lu déviation, elle présente, à cet égard, on le conçoit, des variétés nombreuses. La pupille’, en effet, peut, ou se cacher complètement derrière l’ouverture palpébrale, de manière à ne laisser apercevoir que la sclérotique et une faible partie de la cornée, ou se cacher au contraire assez peu pour qu’on soit obligé d’examiner avec soin les parties pour reconnaître le strabisme, ainsi qu’il arrive pour ceux atteints seulement de faux traits de la vue, pour nous servir de l’expression de Buffon. — Maintenant, on comprend qu’entre ces deux degrés il pe^t exister une foule de degrés intermédiaires: bien plus, les louches, ainsi qu’on peut aisément s’en convaincre, ne ressentent pas toujours le même degré de déviation oculaire. Quelques-uns, en effet, louchent très-peu en regardant un objet placé à un mètre de distance, tandis que, au contraire, ils louchent considérablement dans le cas ou cet objet est très -éloigné. — La diminution de la lumière paraît être aussi une cause d’augmentation du strabisme, du moins à en croire M. Bonnet, qui dit avoir remarqué qu’au déclin du jour la déviation oculaire devient plus grande chez certains louches. — On comprend que rien de semblable ne peut avoir lieu pour les strabismes fixes.