PROCÉDÉ DE M. LUCIEN BOYER
M. Lucien Boyer se sert d’un appareil analogue à celui de M. Phillips, il faut en excepter cependant des érignes ; M. Lucien Boyer faisant usage de pince à dents de rat, et se servant eu outre d’une troisième pince pour disséquer les parties. — L’opérateur commence, une fois l’œil du malade ouvert, par engager le patient à regarder un peu en dehors, et puis avec des pinces il saisit la muqueuse, à peu près à égale distance de la cornée et de la caroncule lacrymale, et place l’abaisseur et l’élévateur sur les paupières de manière à ouvrir largement l’organe de la vue, et à obtenir le pli transversal de la conjonctive dont nous avons déjà parlé. — Les deux pinces sont ensuite confiées à un aide sur lequel on puisse compter, car de lui dépend pour ainsi dire le succès de l’opération. — L’opérateur, toutes les précautions indiquées ayant élé prises , incise le pli conjonctival avec les ciseaux, lâche le lambeau interne et saisit, avec la pince devenue libre, l'insertion du muscle à la partie oculaire, ce qui lui permet de retirer la seconde pince, tout en assurant la fixité de l’organe de la vision. — Reste ensuite à saisir avec les pinces la couche celluleuse sous-jacente à la conjonctive , à y faire une petite ouverture soit au dessus ou au-dessous du muscle, à engager le crochet mousse par cette ouverture , à s’assurer que ce dernier instrument repose sur le muscle, qu’il en est chargé, puis, après l’avoir complètement isolé, à le diviser avec des ciseaux : souvent il arrive que 1a totalité du muscle
(1) Phillips, ouv. cité, p. 243, 246,247.
n est pas divisée, alors l’opérateur, pour peu qu il en ait quelque doute, remplace le crochet mousse et lâche de mieux diviser I organe et de le couper en entier. M. Boyer, pour être plus sûr d’atteindre le but, conseille de couper suivant V intensité du strabisme , plus ou moins en haut et en bas, l’expansion de la tunique celluleuse du muscle qui se porte aux muscles voisins, c'est-à-dire la capsule fournie par l’albuginée à la membrane sclérotique. L’opérateur résèque ensuite, pour terminer, les lambeaux de muscle et de membrane muqueuse placés en dehors de la surface de la plaie. — M. Lucien Boyer, dans le but d’éloigner plus encore le muscle de la sclérotique pendant que les ciseaux agissent, se sert presque toujours d’un crochet double, qu’il introduit les branches rapprochées, et il voit ensuite s’écarter ces dernières à l’aide d’un ressort dont est pourvu l’instrument, de telle sorte que les ciseaux agissent alors entre les deux branches dont nous parlons.
PROCÉDÉ DE DIE Ff EN BAC If.
« L’appareil instrumental est très-simple : un élévateur de Pellier, un crochet double mousse supporté par une tige simple, pour abaisser la paupière inférieure, deux petits crochets aigus pour accrocher la conjonctive, une paire de ciseaux courbes sur le plat pour faire l’incision de la conjonctive, et un crochet mousse simple pour glisser au-dessous du muscle que l’on coupe avec les mêmes ciseaux courbes qui ont servi à faire la section de la conjonctive. Dans la boîte à opération se trouve encore un petit crochet aigu, double, que l’opérateur réserve pour les cas où, comme dans l’essai de M. Pauli, l'œil se tournerait convulsivement en dedans, et provoquerait par ce mouvement la déchirure de la conjonctive saisie; dans ces circonstances il implante ce crochet dans la:
sclérotique , et se rend ainsi m ître de l’œil : une éi onge et de l’eau froide complètent l’a pparcil . — Deux aides suffisent a la rigueur, quand on fait l’opération sur un adulte ; quand c’est un enfant ou un individu des mouvements duquel on n’est pas sûr, il en faut plus de deux : mais ils peuvent être étrangers a l’art. — Le malade est placé, comme dans l’opération de la cataracte, sur une chaise vis-à-vis d’une fenêtre bien éclairée;!
l’opérateur sur une autre chaise un peu
DE MÉDECINE
plus élevée, au-devant du malade et un peu de côté, pour ne pas se trouver dans son propre jo ir. Un des aides se tient derrière le malade et fixe la lêle de celui-ci contre sa poitrine, afin qu'elle y trouve un point d’appui ; l’autre au devant de lui, à côté et à droite de l’opérateur. Je suppose que ce soit l’œil droit qui louclie, c’est sur lui que l’opérai ion est la plus simple. Le chirurgien place l’élévateur de Pellirr sous la paupière supérieure, et le donne à tenir a l’aide situé derrière le malade ; celui là le prend de la main droite. L’abaisseur de la paupière inférieure est tenu par l’autre aide , qui s’assure en même temps des mains du malade; ensuite l’opérateur lui ordonne de porter son œil en dehors. Pour faciliter ce mouvement, il ferme ou fait fermer l’œil sain et implante un petit crochet aigu dans la conjonctive, près de la caroncule lacrymale. Quand l’œil reste convulsivement tourné dans l’angle interne, ce qui arrive assez souvent, l’opérateur prend le crochet de la main gauche, le glisse à plat sur le globe oculaire, vers l'angle interne, au-dessus des paupières ; après l’y avoir enfoncé à dis- . tance convenable , il imprime un léger mouvement au manche, de manière à incliner la pointe du crochet en arrière , puis, saisissant la conjonctive, il peut alors tirer l’œil en dehors. Ce crochet est tenu par la main gauche de l’aide situé derrière le malade. Le chirurgien implante ensuite son second crochet dans la conjonctive plus près de la cornée, à la distance d'une ligne et demie (23 millimètres) de celle-ci, et le lient lui même de la main gmehe. La conjonctive étant alors soulevée par les deux crochets en forme de pli, l’opérateur, armé de ciseaux courbes, y fait une section et continue à donner de petits coups de ciseaux, jusqu’à ce que le muscle soit à nu, en même temps qu’avec le crochet tenu de U main gauche il porte l’œil un peu plus en dehors, déposé alors les ciseaux, prend le crochet mousse cl le glisse entre la sclérotique et le muscle ; il dégage ensuite son crochet aigu, qui devient inutile, et prend le crochet mousse de la inam gauche devenue libre. Pour finir l’opération , il ne s’agit plus que de couper le muscle sur le crochet mousse; ce qui se lait avec les mêmes ciseaux qui ont déjà été employés. Au même instant l’œil, comme délivré du lien qui le tenait enchaîné, se met * “ans sa position normale. Il fait ensuite
quelques lotions d’eau froide pour enlever le sang, et fait ouvrir au malade les deux yeux pour s’assurer s’ils sont en parallélisme. — Si l’œil gauche est affecté de strabisme, le procédé n’est que légèrement modifié et l’opération peut se faire également de la main droite; l’aide situé derrière le malade tient l’élévateur de la main gauche et le crochet de la droite, l’opérateur passe son bras gauche transversalement au-devant du front, prend un point d’appui sur lui, et de la main courbée tient le crochet qui doit porter l’œil en dehors (1). »