CERTAINES OPÉRATIONS DU STRABISME
Il n’est pas rare de voir, une fois le muscle droit interne divisé, l'œil proeminer en avant, et quelquefois aussi se dévier de Vautre côté. — C’est pour remédier à ces deux états que M. Fl. Cunier et M. Guérin ont proposé l’un et l’autre les procédés suivants:
Procédé de M. Fl. Cuiller. — L’appareil instrumental se compose de deux érignes avec lesquelles on forme, entre la cicatrice de la conjonctive et la caroncule lacrymale, un pli vertical qui comprend les premières membranes, je veux dire la conjonctive et l’albuginée, pli qu’on excise ensuite avec des ciseaux courbes sur le plat , d’où l’on voit que l’opération ne diffère guère de celle que nous avons décrite dans le paragraphe précédent, et auquel Dieffenbach a recours dans le strabisme léguer; mais l’opération en diffère sensiblement cependant : car M. Cunier pratique ensuite deux points de section sur chaque bord de la solution de continuité, afin d’en opérer le rapprochement. — Ce qu’il importe du reste avant tout dans cette opération, c’est de ne pasomettre d’enlever la tunique albuginée; aussi ne fautil pas hésiter, dans le cas où elle n’aurait pas été comprise dans le premier pli, à la soulever avec des pinces et à l’exciser ensuite.
Procédé de M. Guérin. — M. Guérin y a eu recours pour une jeune fille atteinte primitivement de strabisme interne et suivi de déviation externe qui avait résisté à la section du droit interne. Une fois les nouvelles adhérences de ce dernier muscle détruites, M. Guérin mit à nu l’extrémité du droit interne, dans le but de le faire adhérer plus en avant de la sclérotique : à cet effet il passa, à l’aide d’une aiguille à coudre, un fil ciré dans l’épaisseur de la membrane albuginée, tout près du bord externe de la
TRAITÉ
cornée ; puis il attira en dedans , d’un centimètre environ, l’œil ainsi accroché, et le maintint dans cette position en attachant les deux bouts de l’anse du fil au dos du nez à l’aide d’un morceau de diachylum. — Celte opération, dit M. Guérin, ne fut suivie d'aucun accident, et le lendemain, dans l’après -midi, le fil se détacha de lui-même, et le mouvement de l'œil en dedans fut rétabli , mais non celui en dehors. En moins de huit j o irs l'œil avait recouvré sa forme, sa position, et presque toute sa mobilité normale. — Le droit externe n’ayant pas été divisé sur l’œil du côté opposé, également dévié en dehors, on se borna alors, pour celui là, à découvrir le droit externe et à le ramener en avant, à l’aide des mêmes moyens, et l’on réussit également. — Plus d’un praticien reculera peut être devant l’idée de recourir à une semblable opération ; mais si on s’y décidait, peut-être ser lit-il préférable de réunir simplement le bout du tendon du droit interne avec la portion de l’albuginée qui avoisine le bord interne de la cornée.