BÉGAIEMENT
Peu d’opérations ont causé plus d’enthousiasme et plus de désenchantement que celle dont nous allons nous entretenir. Il fut une époque, et ce terme est bien près de nous encore , où on ne s’abordait pour ainsi dire qu’en parlant des succès obtenus à la suite des opérations de bégaiement, et telle était alors la ferveur des esprits, qu'on en a vu quelquesuns considérer comme de brillants succès les plus éclatants revers ; encore si l’on s’en était tenu aux procédés rationnels ! mais non, chaque jour voyait éclore une modification nouvelle: aussi, base de la langue , pointe du même organe, excision des amygd îles , division des piliers du palais , division par le bistouri, puis par la ligature, etc., rien n’a été épargné, et de nouveau nous avons pu nous convaincre que quand l’esprit est prévenu , il n’est rien d’extravagant qu’il n'admette, voire même les récits dont il peut reconnaître à chaque instant
l’inexactitude pour ne pas dire plus
Mais éloignons ces tristes souvenirs, et, plus prudent que ceux dont nous blâmons l’exagération , tâchons d’apprécier sagement les services réels que peut rendre à la science l’opération du bégaiement. — Mais hâtons-nous de le dire, nonobstant les nombreux écrits qui ont été publiés sur ce sujet dans ces derniers temps, on ne connaît encore que bien imparfaitement les véritables causes du bégaiement; et il suffit pour s'en convaincre de lire le long travail qu'ont consacré à son examen MM. Colombat , Serre, Deleau, Malbouclie et Bonnet de Lyon. — Qu’on parcoure en effet les œuvres de ces écrivains, et on verra combien peu sont positives nos connaissances sur ce point. Ainsi M. Bonnet, jui avait cru d’abord troqver quelque imposition particulière à la bouche des oègues, avoue bientôt après qu’il résulte les tudes comparatives auxquelles il est livré que ces dispositions sont sans mportancc, ou communes aux bègues et 1 ceux qui parlent facilement ( 1 ) . L’é-
(1) Bonnet, ouv. cité, p. 328.
tude des mouvements de la bouche et de la langue pendant l’articulation des sons, qui semblait devoir aussi produire de beaux résultats, n’a fourni également que de faibles données (l) ; encore faut-il, pour se livrer avec fruit à ce genre de recherches, avoir bien présent à l’esprit toutes les positions que prennent les diverses parties de la bouche dans l’exécution des sons élémentaires chez des personnes non affectées de bégaiement, et ne pas oublier surtout de faire tenir toujours les mâchoires à deux centimètres de distance au niveau des petites molaires. Et à quoi en réalité sert de connaître les mouvements de la langue dans la production des sommo-linguales (le, n, de, le), dans lesquelles cet organe se porte successivement en arrière (le), eu avant (le), dans une position intermédiaire (de /ié), un peu plus haut (ne), un peu plus bas (de) (MichelolJ ! Et de quelle utilité est pour l’opérateur la connaissance de la position qu’elle occupe dans l'articulation des toto- linguales ? Mieux vaut, ce nous semble, qu’il fixe son attention sur l’influence que peuvent avoir les phénomènes relatifs à l’inspiration. Quelques bègues, en effet, sont obligés avant de commencer une phrase, de faire trois ou quatre inspirations au commencement ou au milieu des notes ; d'autres au contraire, sont forcés de s’arrêter au moment de parler, et ne peuvent lefaire qu’après une suspension plus ou moins longue. — Ce n’est pas du reste, qu’on ne s’y trompe pas, chose très-facile que de distin ,uer chez les bagues ce qui appartient réellement a la respiration, ou ce qui dépend de la tendance de la langue à se porter dans des directions vicieuses ; l’observateur le plus attentif peut rester ici dans le doute. — La difficulté , du reste, nous paraît tout aussi grande pour juger de l’intensité du bégaiement. On a dit, il est vrai, que les bègues récitaient d’habitude assez facilement les vers, etc., mais tous ces indices sont fallacieux, et nous croyons même devoir n’ajouter qu’une confiance médiocre au moyen proposé par M. Bonnet (2) et qui consiste à faire répéter les tn mes phrases a tous les malades et à compter, avec une montre à secondes , le temps qu’ils mettent pour les prononcer. — Du reste, sans nous occuper plus long-temps
(1) Ibid., p. 331. 352, 333. 334.
(2) Ouv. cité, p. 538.
TRAITÉ
de tous ces détails et des causes qui donnent naissance au bégaiement , causes qui, suivant nous, peuvent être trèsnombreuses (qu'il s'agisse de bégaiement accidentel ou de bégaiement congénital), bornons-nous à constater que le bégaiement paraît consister dans un trouble fonctionnel local , ayant son siège dans les organes de la parole, et que les mouvements en apparence convulsifs des lèvres et des joues, ne paraissent pas constituer le phénomène essentiel de la maladie, savoir : \’ affection locale, attendu que ce phénomène paraît subordonné. à certaines difficultés de la langue et d’autres parties de la bouche. — 11 est à remarquer, en effet, que si la maladie du système nerveux a précédé celle des organes de la parole, une fois la première guérie e le devient, pour ainsi dire, tout à fait étrangère à la seconde, qui reste alors une lésion purement locale, ayant son siège dans les organes de la parole ou de lu respiration, et s’accompagnant de troubles dans les fonctions de chacun de ces appareils. — Ce qui semble à nos yeux justifier ces assertions, c’est que, quand chez les bègues les mouvements respiratoires s’exécutent régulièrement pendant l’exercice de la parole, on n’observe alors que des mouvements spasmodiques des lèvres et des joues , et une diiliculté plus ou moins grande de la langue à se porter dans certaines directions.
Or, ces mouvements nous paraissent bien différents des mouvements spasmodiques véritables, dans lesquels le mouvement convulsif se reproduit, envers et contre tous; tandis que pour ceux qui accompagnent le bégaiement, celui qui en est atteint peut les prévenir en ne parlant pas. Dans notre pensée donc, ces mouvements, comme est disposé à le penser M. Bonnet , semblent des mouvements nécessaires à la production de la parole, qui se répètent jusqu'à ce que ceux qui doivent s'accomplir avec eux et qui éprouvent un obstacle puissent enfin se produire (l). Et ce qui semble prouver qu’il en est ainsi , c’est qu’on voit des bègues dont toute la face est agitée de mouvements convulsifs, lorsqu’ils essaient de parler, la langue venant sans cesse se placer entre les dents, et restant alors difficilement en haut et Cil arrière , pour articuler les sons dans
lesquels elle prend cette position ; position qu’elle prend au contraire facilement une fois les génio-glosses divisés.
Cela une fois admis, il nous reste maintenant à établir les difficultés qui séparent les diverses variétés du bégaiement; afin de tâcher de poser quelques indications positives pour l’opération. — A cet égard , nous dirons avec M. Bonnet, relativement au bégaiement déterminé par les mouvements vicieux de la langue, que quand cet organe éprouve de la difficulté à se porter en haut et en arrière, les bègues répètent alors souvent les mêmes syllabes , et que dans ce cas la section du muscle génio-glosse paraît surtout produire de bons effets (t).
— Le mal paraît au contraire plutôt résider dans la langue dans les cas où , les malades parlant couramment , on comprend difficilement tout ce qu’ils disent : il semblerait même, au caractère nasal de certainssons, que levoile du palais n’est pas assez élevé dans leur articulation ; mais l’observation n’a pas confirmé celte prévision (2).
Lorsque le sujet s’arrête brusquement au milieu des mots , et reste long-temps sans proférer aucun son , avant de commencer une phrase , la cause dans ce casen paraît due à une interruption brusque de la respiration ; mais cet état morbide ne saurait être considéré comme du bégaiement, attendu que dans ce dernier les mots, bien qu’articulés difficilement , le sont néanmoins, tandis que toute émission de sons se trouve suspendue dans le cas dont nous parlons ; que cette interruption dépende d’une contraction spasmodique du larynx ou d’un soulèvement de la langue qui, venant s’appliquer contre la voûte palatine , ferme alors l’issue à l’air du côté de la bouche. — Le vice de la parole dépend-il au contraire de l’inspiration, c’est-à-dire du mode vicieux suivant lequel cet acte s’exécute ; alors ceux qui en sont atteints font de grandes inspirations semblables à celles qui d’habitude précèdent les sanglots, au moment même où ils vont prononcer les premières syllabes, ou en prononçant les mots eux-mêmes: et comme les individus qui présentent ces particularités, paraissent n’avoir aucune maladie pulmonaire, il est difficile d'en établir la cause réelle.
— Ce que nous tenons à constater seu-
fl) Ouv. cité, p. 549.
(2) Ibid., p. 350.
1) Bonnet, ouv. cité, p. 345.
DE MÉDECINE
ement, c’est que les divers phénomènes iout nous venons de parler peuvent Exister isolément; et que dès lors il y a lieu de supposer que quand ils existent simultanément, il n’y a entre eux que des rapports de coexistence et non des rapports de causalité.
bj — Des différentes espèces de bégaiement.
Les divisions que nous venons de rapporter diffèrent de celles adoptées par d’autres auteurs, notamment de celle qui porte sur les lettres linguales gîte, que, g/te, le, ne, de, te, re; et labiales me, be, pe ; distinction purement spécieuse; car elle n’est confirmée ni par l’étude des bègues avant et après l’opération, ni par la connaissance des mouvements de la bouche dans l’articulation des sons. — La distinction des consonnes en linguales et labiales, paraît ne reposer en effet que sur la connaissance imparfaite des mouvements de la bouche : car il n'est aucun son produit exclusivement par les lèvres ou la langue, ainsi qu’on peut s’en assurer en plaçant un doigt dans la bouche (l) pendant qu’on prononce me, be, pe; que la langue est abaissée au-dessous des incisives inférieures et qu’elle est retirée de plus d’un centimètre en arrière de ces incisives (ce qui n’est pas parfaitement exact), et qu’elle concourt à la production du son , en laissant libre toute la partie supérieure du canal formé par la bouche. — Il en résulte donc que la proposition de M. Phillips , de n’opérer que les bégaiements qui se font sentir sur les lettres linguales (2), n’est en aucune façon justifiée.
Quant aux divisions établies par MAL Malbouche , Colombat , Serre d’Alais, Deleau; nous dirons qu’elles ne dif fèrent pas tant les unes des autres qu’on serait disposé à le penser, et qu’elles s’éloignent peu aussi de celles admises par M. Bonnet. — Suivant M: Malbouche , les bégaiements peuvent se diviser : 1° en bégaiement avec impossibilité momentanée d’articuler , 2° en bégaiement avec doublement précipité des syllabes, et 3® en bégaiement avec bredouillement; distinctions primitives qui ont servi ensuite à l’auteur pour établir les suivantes, 1° savoir: celle du begaie-
(L Bonnet, ouv. cité, p. 357.
(2) Ténotomie sous-cutanée.
ment s’accompagnant d’un mouvement de la langue en avant pour les consonnes s, c, x, b-, 2° celle du bégaiement demandant un mouvement de la langue en haut, l, m, n, r, et 3» enfin celle du bégaiement entraînant la langue en arriéré et donnant lieu même à un mouvement de rétraction pour les consonnes c, b, d,f g, k, h, p, q, t, v; ce qui l’a conduit à désigner ces lettres sous le nom de lettres d'avant, d’en haut, d'arrière. — M. Colombat admet, lui, deux classes de bégaiement : l’un, labio-choréique , consiste dans une espèce de chorée des lèvres et dans la succession plus ou moins rapide de mouvements exécutés par la langue , la mâchoire inférieure et tous les autres organes de l’articulation ; l’autre, gulturo-tclanique, caractérisé par une sorte de roideur tétanique de tous les muscles de la respiration , principalement de ceux du pharynx et du larynx.
M. Serre d’Alais ne parle également que de deux espèces : la première ressemble.! une sorte de danse de Saint-Guy des muscles de l’articulation ; la seconde reconnaît pour cause une roideur tétanique des muscles de la voix et de la respiration. — M. Deleau, au contraire, en a admis trois espèces : 1° une dans laquelle les bègues répètent les sons plusieurs fois avec une volubilité extrême, en faisant entendre des demiexplosions ou des bruits sifflants et interrompus q u’ils laissent échapper sans efforts et sans fatigue. C’est à cette variété, que M. Deleau attribue aux mouvements désordonnés de la langue, qu’il a imposé le nom de bégaiement lingual ou loquax 2® Une antre dans laquelle les individus font entendre une parole étouffée, puis contractent les muscles de la face avec violence, ouvrent et ferment la bouche; cette espèce, il l’a désignée sous le nom de bégaiement labial on dif orme. 3° Enfin il a appelé la troisième bégaiement ou douloureux ou muet, car les individus suffoquent dès qu’ils veulent parler et ne peuvent proférer aucun son.
Si nous embrassons maintenant dans leur ensemble ces différentes divisions, nous verrons qu’elles rentrent presque toutes les unes dans les autres; et que toutes s'accommodent à celles de M. Bonnet, excepté toutefois celles qui ne sont pas fondées sur l’observation : témoin, par exemple, celle qui suppose que les bègues hésitent sur certaines consonnes
TRAITÉ
et n'hésitent pas sur d’autres. — Qu’on réfléchisse, en effet, aux divisions de MVI. Malbouche, Colombat , Serre «l’Alais et Deleau, et on verra que le bégaiement labio-choréique de M. Colombat répond à celui que M. Bonnet a considéré comme dépendant des mouvejnenls vicieux de la langue ; seulement M. Colombat fixe principalement son attention sur le mouvement convulsif et répété des lèvres : tandis que M. Bonnet, les considérant comme soumis à la difficulté des mouvements de la langue, s’occupe exclusivement de ces derniers, parce qu’ils le conduisent à une application thérapeutique en lui faisant connaître la nature.des tendances de la langue à être entraînée dans certains sens; celle des mouvements convulsifs des lèvres ne menant a rien M. Colombat, au dire de M. Bonnet (l). Quant aux bégaiements gutluro-tétaniques de VI. Colombat, nul doute qu’ils ne correspondent aux vices de la parole a tribués à des arrêts brusques de l’expirai iou par M. Bonnet. Seulement ici encore, au dire de ce dernier, M. Colombat a le tort de considérer comme secondaires les phénomènes importants de cette espèce de bégaiement, qui, suivant lui, se trouve produit par les phénomènes respiratoires.
Dire que les divisions de M. Malbouche sont à peu près les mêmes que celles de VI. Colombat, et par conséquent les mêmes aussi que celles de M. Bonnet, cela paraîtra un paradoxe, et pourtant le bégaiement avec doublement précipilé-des syllabes ne correspond-il pas aux bégaiements labio-ehoréiques de M. Colombat et à ceux déterminés par les mouvements vicieux de la langue, suivant M. Bonnet? Ce bégaiement avec impossibilité momentanée d’articuler n’est ii pas le même quelegulturo-télanique de M. Colombat, le même que celui que M. Bonnet a attribué à l’anomalie des mouvemets inspiratoires et respiratoires ? Seulement il importe de faire remarquer que, à propos des bégaiements avec doublement précipité des syllabes, la véritable cause de ces mouvements paraît avoir échappé à M. Malbouche: ces mouvements étant dus à la difficulté de la langue à se porter dans certaines directions et à sa tendance à se laisser entraîner dans d’autres. — .Inutile d’ajouter que M. Serre
d’Alais n’ayant admis, commeM. Colombat, que deux divisions, ce que nous avons dit au sujet du dernier se reproduit niturellement ici pour les divisions de M. Serre. — Maintenant, comment ne pas reconnaître dans le bégaiement lingual ou labial de M. Deleuu une maladie analogue à celle labio-choréique de M. Colombat, et ne pas assimiler son bégaiement muet au bégaiement gutturotétanique <le VI. Colombat; ou à celui que M Bonnet considère comme le résultat d’un arrêt de l'inspiration ! Et après cet examen rapide dans lequel nous croyons avoir montré l’accord qui règne entre des opinions en apparence différentes, que résulle-t-il sinon qu’il existe deux variétés principales de hégaien ent: 1° celle qui tient h certains mouvements difficiles de la langue et qui s'accompagne de mouvements convulsifs des lèvres et de la répétition des mêmes syllabes; 2° celle qui est due à des causes encore inconnues, qui arrêtent brusquement l’expiration pendant l’exercice de la parole !
§ II. Des indications et des contre-
indications a l'opération du bégaiement.
Puisqu’il exisle, à n’en pas douter, des variétés de bégaiements, empressonsnous d’ajouter qu’ils exigent deux espèces de traitement. Ainsi le bégaiement qui a lieu avec entraînement de la langue en avant et en bas, et difficulté du même organe à se porter en arrière et en haut, peut être avec raison attribué à l’action du muscle génio-glosse, qui, par sa contraction, entraîne la langue en avant et au dehors de la bouche ; aussi rien de plus naturel que de pratiquer dans ce cas la section de cet organe, cette opération étant le plus sur moyen que l’art possède pour détruire promptement l'action exagérée de cet organe.
Dans les bégaiements, au contraire, produits par l’interruption brusque des mouvements respiratoires , que faire dans l’état d'ignorance où nous sommes sur le siège précis et sur la nature des obstacles qui s'opposent à la libre issue de l'air; que faire, dis-je, sinon s'abstcnir ! — Aller, en effet, comme l'ont osé quelques-uns, pratiquer la section des muscles abaisseurs du voile du palais ou des élévaleurs de la langue, retrancher une partie de sa base, etc., etc., c’est à nos yeux compromettre nne science qui,
tQ Ouv. cité, p. 358.
DE MÉDECINE
si elle ne peut agir toujours d’après des principes certains, ne doit procéder au moins qu’avec des indications tellement rationnelles, que son auteur se trouve justifié d’avance de l’insuccès de ses opérations
§ III. De r operation du bégaiement, notions historiques.
Il nous faut commencer ce chapitre par rappeler que madame Heigh et le
docteur G ont exploité à JNew-York
un secret pour guérir les bègues, secret rendu public , pour l’honneur de la science, par le docteur Mac-Cornac, à son retour en Europe, et publié par M. Dubar dans la Revue des revues, secret connu auparavant, du reste, par M. Malbouche de Bruxelles, qui publia sur ce sujet un mémoire sur lequel VI. Magendie fit en 1 S2 8 un rapporta l'Institut (1). — Vint ensuite M. Coloinbat, dont l’Académie des sciences a couronné les travaux, et qui à son mode de traitement, e'ti anger d'ailleurs à la chirurgie, ajouta une petite opération , la section du frein de la langue, afin de préparer les malades à son traitement en donnant plus de liberté à la langue. A M. Colombit a succédé tout à coup M. DieÜ'enbach, dont un journal politique disait le 1er février 184 1 : « Il n’est » bruit à Berlin que d’une opération que » vient de faire le professeur Diefi'en- » bach, eu pratiquant une incision sur » la langue. » Et pourtant, bien qu'alors et jusqu’alors personne n’y eût songé, on • sait s’il y a eu depuis des prétendants à cette découverte : et M. Amussat (2), et M. Baudens (3), et tant d’autres. - — Mais, sans nous inquiéter plus long-temps des prétentions de ces écrivains, bornonsnous à rappeler, pour ceux de nos lecteurs qui attachent quelque importance à la précision des dates : t° que c’est le 1er février qu’un journal politique a fait mention du succès obtenu par le chirurgien de Berlin, sans toutefois indiquer le genre d’opération (4) ; 2° que le 0 du
(1) Dict. de méd. et de cliir. prat., t. 'V, p. (53.
(2) Lettre à I’Acad. des scienc., 15 février 1841 .
(3) Gazette des hôpitaux, 6 mars 1841.
(4) Voyez Do la guérison du bégaieiment au moyen d’uuc nouvelle opération pmrurgicale (Annales de chirurgie fran-
même mois M. Phillips a montré à une Société de médecine de Paris (XIIe arrondissement) deux sujets opérés, et que le 8 il a écrit à l’Institut, et le 9 à l’Académie de médecine, pour en prévenir ces deux compagnies; 3° que le 14 février MM. Velpeau et Amussat ont l’un et l’autre pratiqué la même opération, et que ce n’est que le 15 que ce dernier à écrit à l’Institut et a montré ses opérés.
§ IV. Anatomie chirurgicale.
En rapport avec l’os maxillaire par le génio-glosse, la langue tient également à cet os par l’aponévrose du même muscle et par la membrane fibreuse qui lui apparlienl en propie. — Attachés d’une part par leur sommet aux apophyses génio supérieures , les muscles gériioglosses se portent, on le sait, en arrière en prenant la forme d'un éventail, c’està-dire en s’élargissant et en s'épanouissant de la base à la pointe de la langue ; aplatis transversalement, ils présentent en haut un bord presque tra> chant, accolé sur la ligne médiane au bord correspondant du muscle opposé. Ils sont en outre plus rapprochés en avant qu’en arrière, où ils laissent entre eux un espace celluleux; aussi, plus l’instrument les attaque sur ce point , plus il les trouve épanouis en hauteur et écartés en largeur, et importe-t-il de le faire pénétrer près de leur insertion aux apophyses génio-aupérieures. — Quand on les attaque au contraire par la bouche, on n’a alors à diviser pour arriver jusqu'à eux, sur la partie médiane, que la muqueuse buccale et l’aponévrose ; et sur les côtés, que les deux glandes sublinguales.— A 1a partie inférieure, leurs rapports changent : là, en effet, ils se trouvent en contact avec les muscles génio hyoïdiens , et séparés du tissu cutané par les muscles mylo-hyoïdien et peaucierjet sur lescôies, un peu par les ventres antérieurs du muscle digastrique. — Ces muscles sont enveloppés par une aponévrose cellulo fibreuse qui se comporte avec eux comme toutes les gaines fibreuses, et pour les bien voir il convient de détacher de la tête la mâchoire inférieure et la langue; afin d’examiner plus aisément le plancher inférieur de la bouche reslc alors intact. La
çaise et étrangère. Paris, 1841, t. i. p. 422, etc.), 1 2 3 4
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langue étant ensuite soulevée et portée en arrière, la portion de membrane muqueuse qui va d’une glande sous-linguale à l’autre sera mise alors à découvert si on incise sur ce point. Le muscle génioglosse, egalement rais à nu par sa° portion supérieure, sera ensuite enlevé dans toute son étendue, et on trouvera alors une cavité quadrilatère bornée en avant par la mâchoire inférieure, en arrière par la langue, en bas par la réunion des deux génio-hyoïdiens, et sur les côtés par les glandes sous-linguales. Cette cavité est tapissée par l’aponévrose du muscle gé io glosse, qui s'insère, d’une part, à la mâchoire inférieure en dehors des apophyses géni, et de l’autre à la langue, qu elle concourt à fixer en avant; d’où il suit que cette aponévrose, comme toutes les gaines musculeuses, a les mômes attaches que le muscle, et qu’elles suffiront seules pour retenir la langue en avant, la section du corps du muscle une fois faite.
Quant à la membrane fibreuse de la langue, pour la voir convenablement il faut avoir recours à la préparation suivante : enlever successivement la peau du cou, iepeaucier, la glande sousraaxillaire , les muscles digastriques , milo-hyoïdiens, génio-hyoïdiens, génioglosses, hyo-glosses, stylo glosses , les glandes sous-linguales; puis, une fois arrivé au muscle lingual proprement dit, enlever ce dernier avec précaution, en laissant quelques fibres charnues encore adhérentt-s à la membrane fibreuse. — La cavité de la bouche n’élant alors point ouverte, la membrane fibreuse se présente, et on la voit s’insérer à la mâchoire interne au-dessous du bord alvéolaire, et au ligament qui unit l’angle rentrant de la mâchoire et l’extrémité de l’apophyse ptérygoïde à la langue, qu’elle tapisse eu adhérant soit à sa membrane muqueuse, soit aux muscles enlre lesquels elle est attirée (1) ; et en introduisant le doigt dans le cul-de-sac auquel donne lieu la préparation on peut simuler, si on le désire, tous les mouvements de la langue
Quant aux vaisseaux et aux nerfs de la. répion, il importe de se rappeler qu'à partir du filet de la langue, en longeant, quand on opère par l’intérieur de la bouche, les attaches latérales de la langue au plancher buccal, on voit sous la
(1) Bonnet, ouv. cité, p. 380.
membrane fibreuse dont nous venons de parler le nerf lingual, l’artère et la veine linguales, et un peu plus bas le nerf hypo glosse; tandis qu’en avant de ce même filet on trouve les orifices des conduits de Warthon presque accolés sur la ligue médiane, et, plus avant encore, les deux glandes sublinguales.
§ Y ■ Des différents procédés proposés pour l’opération au bégaiement.
Nous l'avons déjà dit, notre intention n’est pas de reproduire ici tous les procédés qui ont été proposés pour guérir le bégaiement; nous nous bornerons en effet a décrire ceux de M. Amussat pour la section du frein et de la muqueuse, laissant ainsi de côté ceux de MM. Lucas, Velpeau, Dielîenbach, etc,, etc.