RÉUNION
Ce mot sert en médecine opératoire à désigner l’indication principale du traitement des solutions de continuité, c’està-dire le rapprochement et le contact de leurs lèvres. Elle porte le nom de réunion par première intention, de réunion immédiate, primitive, lorsque les lambeaux mis en contact appartiennent à une plaie récente, tandis qu’elle prend celui de réunion par seconde intention ou médiate lorsque la plaie suppure. Le premier mode de réunion doit seul nous occuper ici : les agents à l’aide desquels on l'obtient, sont : la position, les bandages , les emplâtres nggluliuatifs et la suture.
§ Ier. Position.
La situation de la partie blessée suffit quelquefois seule pour mettre et maintenir en contact les lèvres d’une plaie; ainsi, après l’opération de la taille périuéale, il n’est besoin ni de suture ni de bandages, ni d’emplâtre pour affronter les bords de la plaie ; le contraire a lieu pour les blessures de la face et de la poitrine ; aussi la position doit-elle être dans certains cas considérée comme suffisant seule pour maintenir en contact les bords de la plaie , et dans d’autres comme un moyen auxiliaire des emplâtres agglutinatifs et des bandages unissants et de la suture ; c’est ainsi, par exemple, que dans les blessures profondes des parties molles de la région antérieure du cou , la flexion de la tète à un degré modéré contribue à la cicatrisation primitive de la solution de continuité ; et quoique Yalentin en ait beaucoup exagéré les avantages, on ne peut nier que la situation ne soit avantageuse pour les blessures dont nous parlons, ainsi que pour celles de la partie antérieure de la cuisse et de l’abdomen.
§ II. Bandage unissant.
Pour faire sentir toute l’importance qu’il convient d’apporter à l’application de ce moyen de réunion généralement d’ailleurs peu employé , il nous suffira de rappeler ici ce que J.-L. Petit raconte d’un cavalier qui, à la suite d’un coup de sabre reçu sur le bras , eut le muscle biceps divisé en travers. Un bandage unissant fut appliqué, dit-il, et deux jours après le blessé conduit à l’hôpital avec une tuméfaction si considérable que la peau s’élevait circulairement a plus de trois lignes au-dessus du bandage. — La rougeur, les phlyctènes de la peau et les douleurs vives qu’éprouvait le malade, forcèrent J.-L. Petit à lever le bandage, à saigner deux fois le sujet, et à appliquer un bandage extrêmement lâche afin de remédier aux inconvénients déterminés par la compression trop forte du premier. U importe donc extrêmement, ainsique le recommande déjà Galien, de ne jamais trop serrer les parties dans ces cas. Percy dit avoir vu périr, à l’hôpital militaire de Strasbourg, un canonnier auquel Lombard avait laissé trop serrer un bandage contentif. On peut réduire à deux espèces différentes les bandages unissants employés pour obte-
DE MÉDECINE
nir la cicatrisation primitive des plaies; l’un porte le nom de bandage unissant des plaies en long, l’autre celui de bandage unissant des plaies en travers.
À. Bandage unissant des plaies en long. Les extrémités intérieures et supérieures, l’abdomen, le thorax, la lèvre supérieure et 1 e front peuvent être le siège de blessures qui réclament l’application de ce bandage. Pour le pratiquer à la partie antérieure de la cuisse , par exemple, le chirurgien fait choix d’une pièce de toile forte à droit fil, sans ourlet, ni coutures, plus large que la longueur de la solution de continuité, et assez longue pour entourer trois ou quatre fois la partie. Cette pièce de toile est alors fendue en trois ou quatre chefs, à l’une de ses extrémités et dans le tiers environ de sa longueur, tandis que l’autre doit présenter autant de boutonnières qu’il a été fait de chefs ou languettes. Reste à placer deux corn- • presses graduées sur chacun des côtés de la plaie et à une distance de ses bords, variable suivant sa profondeur, et à procéder enfin à l’application du bandage. A cet effet la pièce de toile ou la bande est appliquée par la partie moyenne à la face postérieure de la cuisse , et les deux extrémités conduites sur la plaie , de façon à engager les chefs dans les boutonnières.— La traction exercée sur ces dernières et sur l’autre extrémité de la pièce de toile rapproche l’une de l’autre les deux lèvres de la solution de continuité et les met en contact. Quant aux compresses graduées; pressées alors obliquement, elles sont destinées à faire cesser l’écartement du fond de la plaie et à rendre la réunion immédiate partout régulière. Les chefs sont ensuite ramenés audessus et au-dessous du membre et on a soin de les assujettir solidement en recourant, s’il le faut, à une bande ordii naire. • — Le bandage unissant des plaies
longitudinales, tel que nous venons de le décrire est fort peu employé , quoiqu’il repose sur de bons principes et j qu’il puisse rendre des services vraiment utiles dans certaines plaies longiludijj «aies de l’abdomen.
B. Bandage unissant des plaies en ' travers. Pour le pratiquer il importe de choisir deux pièces de linge dont la lonsueur doit égaler au moins deux fois celle des parties où on l’applique. L’une ‘ d’elles est alors fendue à une de scs extrémités à peu près dans le tiers de sa 1 . longueur, en deux ou trois chefs placés a égale distance l’un de l’autre; la se-
conde présente dans sa partie moyenne, et suivant sa longueur, un nombre de boutonnières égal à celui des chefs de la première ; ces pièces sont fixées par une bande roulée à un seul globe, et de manière que les boutonnières et les lanières se correspondent à peu de distance des bords de la plaie : il ne reste plus ensuite qu’à engager les languettes dans les boutonnières, et à les tirer en sens opposé jusqu’à ce que la réunion soit immédiate et régulière. Afin d’être bien sûr que les pièces de linge sont convenablement fixées, on a soin de les renverser successivement entre les tours de la bande qui sert à fixer tout l’appareil. Bien plus rarement encore mis en usage que le précédent , ce bandage n’est guère employé que pour la rupture du tendon d’Achille ou pour certains cas de fracture de la rotule : encore esl-il vrai de dire qu’il se relâche aisément.
§ 111. Bandelettes agglutinatives.
Cette manière de réunir les plaies portait autrefois le nom de suture sèche , mais c’est évidemment abuser des mots que de sc servir d’un pareil langage. — De nos jours, ce moyen de réunion est un des plus usités; les bandelettes agissant d’une manière assez forle pour maintenir en contact les bords de la plaie , et offrant l’avantage de ne pas causer autant de douleur que l’introduction du fil et des aiguilles dans les chairs ; elles n’ont pas d’ailleurs les inconvénients des bandages unissants qui compriment d’habitude les parties; elles permettent en outre d'observer la plaie sans déranger tout l’appareil. Une fois qu’elles ont été découpées avec la longueur et la largeur nécessaires , et qu’on les a divisées en deux languettes à chacune de leurs extrémités, on rapproche les bords de la plaie, puis on en prend une, on la fait chauffer légèrement et on place l’une de ses extrémités à plusieurs pouces de distance de la solution de continuité; la bandelette est alors conduite jusqu’auprès de celle-ci, tandis qu’avec les doigts de l’autre main on en maintient préalablement les bords rapprochés et confiés à un aide. U ne reste plus qu’à appliquer la bandelette sur le bord opposée! à recommencer de la même manière pour les autres bandelettes, dont le nombre varie suivant l’étendue et quelquefois même la forme delà plaie. De cette façon la bandelette rapprochant l’une de l’autre les lèvres de la plaie, et exerçant sur elles
TRAITÉ
xine double pression en sens contraire, ne leur permet plus de se séparer. C’est par la partie moyenne qu’il convient de commencer, car alors elles ont, toutes choses égales d’ailleurs, moins de tendance à se déplacer. Quand elles sont posées obliquement à la direction de la plaie, il ne faut pas oublier de laisser entre elles un certain intervalle, quelque petit qu’il puisse être , pour livrer passage au pus; sans celte précaution, les liquides pourraient , en cas d'hémorrhagie, s'infiltrer dans le lissu cellulaire, à la sui'c des amputations par exemple.
— Une fois exactement appliquées, les bandelettes restent en place pendant plusieurs jours ; et il importe, quand vient le moment de les détacher, de commencer par enlever chacune de leurs extrémités jusqu’à la plaie, afin de les enlever sans danger.
§ IV. Suture.
Réunir une plaie à l’aide de fils, d’aiguilles ou d’épingles intro luites dans l’épaisseur des bords de la solution de continuité, c’est pratiquer la suture trèsemployée par les anciens avant la publication du mémoire de Pibrac : elle était depuis lors tombée dans un discrédit complet, lorsque Delpech, Gensoul et la plupart des chirurgiens des contrées méridionales de la France ont cherché à la remettre en honneur. — Ce mode de réunion des solutions de continuité des parties molles ne méritait point en effet l’arrêt de proscription qui avait été porté contre lui ; Pibrac s’étant évidemment trompé en considérant toujours comme suites nécessaires de son emploi l’inflammation considérable , les douleurs vives ressenties par le malade et le déchirement des lèvres de la plaie. Si l’on ne peut nier en effet que son exécution soit parfois très-douloureuse , et que les fils qui séjournent dans les plaies ne soient line cause d’irritation , les avantages qu’on en retire surpassent néanmoins assez souvent les inconvénients auxquels elle donne lieu ; il suffit, pour obtenir ce résultat, de ne point exercer sur les bords de la plaie toute la constriclion qu’on pourrait bur faire supporter.
Quoi qu’en ail dit Pibrac, d’ailleurs, et les partisans exagérés de son opinion, il s’en faut qu’un chirurgien habile puisse toujours remplacer ce mode de réunion par la situation de la partie blessée, et les bandages unissants : pour ne parler ici que de là plaie de langue fort étendue,
que ce grand chirurgien réunitnu moyen d une petite bourse de linge fin, n’est-il pas évident que dans ce cas la réunion par la suture aurait dû lui être préférée? Comment ne pas avoir opposé à cet exemple si long temps invoqué par les adversaires de la suture, ce que Paré dit de 1 efficacité île celte dernière! Appelé pour donner des soins à un enfant de trois ans , qui, dans une chute sur le menton, s’était coupé avec les dent3 une bonne porlion de la langue, ce maître de l’art trouva la blessure si étendue qu’il fut un moment tenlé d’achever la section du lambeau. Ayant changé d’avis il maintint en contact, avec deux points d’aiguille, l’un en dessus, l’autre en dessous, et la guérison eut lieu en peu cle jours. Un autre cas s’étant présenté à Paré, quelque temps après , l’emploi du même moyen fut couronné du même succès.
« Je puis narrer un pareil cas advenu » naguères à un charpentier, homme de » bien en son état, nommé maistre Jean » Picl , demeurant au faubourg Saint- » Germain des-Prés, lequel tomba d’as- « sez haut sur une pièce de bois , et se » coupa aussi l’extrémité de la langue, » et subit vint vers moi pour la lui parti achever de couper, parce qu’elle ne » tenait qu'à peu de chose; ce que ne » lui voulus accorder, vu l’expérience » que j’en avois faite auparavant: donc- » ques la lui recousis , et en peu de jours » fut pareillement guary avec les remèdes » susdits. Parquoy ces choses entendues » au jeune chirurgien, faut qu’il traite » bien, s’il n’a meilleur moyen, les plaies » de la langue en la façon dite, et hon- » neur et profit lui en adviendra. » Ce que Paré disait de la suture pour lesplaies de la langue, on peut le redire aujourd’hui pour ce moyen de réunion envisagé d’une manière générale. — Il suffit seulement de n’en point faire abus et de bien spécifier les cas dans lesquels il convient d’y avoir recours. — Bornonsnous pour le moment à décrire les sirtures que la science a conservées, et qui font: la suture entrecoupée ou à points séparés, la suture à surjet ou du pelletier, la suture en zigzag ou à points passés , la sutupe à anse ou de Ledran , la suture entortillée , et la suture cmplumée ou eiichcvillée.
§ y. Objets nécessaires pour pratiquer la suture.
Des aiguilles ou des épingles , puis,
DE MÉDECINE OPERATOIRE.
v.ue anse de fil ciré , tels sont les objets dont l'opérateur a besoin pour pratiquer la suture. La (orme que doivent avoir les premières a suscité plus d’une controverse parmi les gens de l’art. Boyer a eu l’avantage de résoudre la question , et depuis le mémoire de ce grand chirurgien , inséré dans les Mémoires de la Société médicale d’émulation , on a beaucoup moins discuté. C’est surtout contre l’emploi de certaines aiguilles courbes que feu le chirurgien en chef de la Charité a protesté : leur courbure étant placée près de la pointe et l’autre extrémité étant presque droite, il en résultait qu’au moment où cette dernière pénétrait à travers le trajet formé par la pointe, elle pressait contre ce trajet, et provoquait beaucoup de douleurs en l’agrandissant. On s exposait d’ailleurs à la rompre entre ses doigts dans le cas où l’instrument était mince.
C’esl pour éviter cet inconvénient que feu le professeur Boyer avait recommandé l’usage d’aiguilles en arc de cercle parfait, de façon à éviler le mouvement de décomposition imprimé par les doigts de 1 opérateur. M. Velpeau ( Truite de Jiicd. o/jcrnt. , t. i , p. 43G) leur préfère celles à tige cylindrique , à chas latéral et terminées en fer de lance à une extré-
mité, et non courbées ou du moins trèspeu courbées à l’autre. Boyer avait résumé ainsi qu’il suit les conditions diverses que devaient posséder les aiguilles destinées à pratiquer la suture : 1° courbure uniforme représentant une demicirconférence parfaite; 2» corps aplati de la convexité à la concavité de l'instrument et arrondi à ses bords ; 3“ pointe ni trop aiguë ni trop mousse , offrant deux tranchants latéraux qui forment en divergeant un angle dont les côtés se prolongent jusqu’à six lignes environ de la pointe proprement dite ; 4° tête aplatie dans le même sens que le corps, percée d une ouverture quadrilatère dont direction est transversale.
Les anciens , au lieu de fils et d’aiguilles, avaient quelquefois recours à des agrafes dont parlent Galien cl Archigènes ; mais leur forme et le métal dont elles étaient composées nous sont inconnus. Guy de Chauliac est disposé a penser que c’étaient des espèces de crochets dont les extrémités étaient im- P antees dans chacune des lèvres de la P aie. la h ri ce d’Aquapendente, au con-
eu tv ' Cl0lt (|ue c’l’la'C"t des boucles ou en cuivre. Inutile de dire que
ces moyens ne sont plus mis en usage et que les aigudles flexibles de Fabrice d’Aqiiapendeiile sont tombées dans le même oubli. — De nos jours donc c’est aux aiguilles courbées en différents sens, aux épingles ordinaires en or , en argent ou en platine, à pointe d’acier, tantôt arrondies, tantôt aplaties, tantôt enfin triangulaires ; ou aux épingles d’entomologistes, comme le fait M. Dieffenbach , que l’on a recours pour pratiquer la su ture. Les dernières surtout , au dire du chirurgien de Berlin, pénètrent aisément dans les tissus, y suscitent peu de douleurs et d’inflammation et se coupent avec facilité lorsqu’on doit procéder à leur enlèvement.
Avant de pratiquer la suture, il convient de raviver les bords de la plaie, si l’on veut obtenir une réunion immédiate ; c’est là du reste une condition de succès inhérente à tous les procédés employés pour l'obtenir. Aussi aurions nous pu à la rigueur nous dispenser d’en faire mention. Assez souvent aussi on se sert de ce moyen pour rapprocher des lambeaux en partie désorganisés cl que la suppuration doit envahir, afin , s’il est possible, de prévenir le renversement des bords et d'obtemr des réunions partielles. Il arrive aussi, quoique plus rarement, que l’on pratique des points de süture d’une grande épaisseur, mais assez élastiques pourtant pour être mis en contact avec les parties voisines, ainsi que cela se pratique pour l’autoplastie. — Dans tous ces cas, l’instrument, pour l’exécuter , est saisi comme une plume à écrire ou comme une aiguille, puis dirigé obliquement par sa pointe de droite à gauche et rapproché des lèvres de la plaie, qu’on peut traverser de différentes maniérés: 1° d’un seul cou;) à la fois, alors que ces lèvres sont affrontées et maintenues par la main d’un aide ; 2° de dehors en dedans ; un des bords de la plaie étant soulevé par 1 opérateur, entre le pouce et les deux premiers doigis de la main gauche; 3° de dedans en dehors, a l’aide du même procédé ; 4° de dedans en dehors, dans les deux cas, en se servant d’un fil armé d une aiguille à chaque extrémité et comme il vient d’être dit. De tous ces procédés, le second, sans contredit, est le plus usité.
On recommande en général de placer le premier fil sur la partie moyenne ; mais il ne faut pourtant pas attacher à cet usage plus de valeur qu’il n’en a réel-
TRAITÉ
leinent. Quoiqu’on ait répété qu’il rendait l’affrontution des bords plus aisée et plus régulière , il nous semble que , à part certaines plaies à lambeaux flasques ou très - mobiles , il est préférable de commencer par l’un des angles de la division ou l’une des extrémités , et c’ost ordinairement par la lèvre droite ou supérieure. Quand les tissus sont très-épais et offrent quelque résistance, il im parle, pour ne pas se blesser les doigts, d'appliquer un linge épais au talon de l’aiguille; cette précaution offre encore l’avantage de donner plus de force à l’instrument.
On peut aussi se servir comme point d’appui d’une pince que l’on place sous chaque côté de la surface saignante et dont les deux extrémités sont légèrement écartées.
Quant à la distance que doivent laisser entre eux les fils, elle varie suivant le résultat que l’on veut obtenir. Plus ils sont rapprochés, plus la réunion immédiate est favorisée; aussi est-il de règle de ne laisser entre eux que deux ou trois lignes dans la plupart des anaplasties. Lorsque la plaie, au contraire, doit suppurer, il n’est pas nécessaire de multiplier autant les points de suture; il faut tâcher, au contraire, de créer au pus un écoulement facile.
Les moyens employés pour favoriser l’action des sutures après leur application sont des plus simples ; une compresse enduite de cérat recouverte d’un plumasseau de charpie et maintenue par une bande suffit dans la plupart des cas. Quelquefois pourtant on a recours avec avantage au bandage compressif, afin de rapprocher davantage les lèvres de la plaie. — Dieffenbach , afin d’éviter de placer les fils séparément, emploie le même fil pour pratiquer tous les points de la même suture , et commence toujours par l’un des angles de la plaie, puis le premier fil est coupé près du nœud ; aussitôt que celui-ci a été pratiqué, on procède ensuite à l’application du second fil, et ainsi de suite jusqu’à la fin. Aux paupières, à l’anus, on peut pratiquer tous les points de suture sans rien couper ni nouer, avec une seule aiguille et un seul fil. Il suffit que ce dernier soit assez long pour que l’on puisse laisser au dehors à chaque tour d aiguille une anse de plusieurs pouces. Reste alors à diviser toutes les anses et à nouer isolément les fils séparés qui en résultent s’il s’agit d’une suture entrecoupée. — ■ C’est ordinairement du troisième au
sixième jour que l’on retire les aiguilles dont on s'est servi. A cette époque les parties sontd’habitude réunies ; on conçoit cependant qu’il n’y a rien d'absolu à cet égard : car s’il survenait des symptômes d étranglement, il faudrait procéder aussitôt à leur enlèvement ; leur présence ne pouvant dans ces cas qu’accroître le mal. Pour lever l’appareil , il importe de se conformer aux préceptes suivants ; diviser les fils et couper les aiguilles b un endroit très-rapproché de celui où on les relire; prendre garde de les souiller de sang ou de toute autre substance susceptible d’augmenter leur épaisseur ; soutenir avec les doigts de la main gauche le point d’où se dégage la suture et agir lentement dans le sens de l’introduction première de l’instrument; enfin n’enlever, s’il y a lieu , qu’une partie des aiguilles et principalement celles qui correspondent aux points réunis.
§ YI. Sutures entrecoupées ou à points séparés.
Celte suture, connue sous le nom de suture à points séparés , se pratique à l’aide de lits distincts qu’on noue isolément après les avoir passés entre les lèvres de la plaie. Il importe donc de se munir d’autant d’aiguilles que l’on a l’intention d’appliquer de points de suture. Les bords de la plaie une fois traversés et mis en contact, ils y sont maintenus h l’aide de nœuds en rosette, placés sur le côté le moins déclive de la solution de continuité.
§ VII. Suture à points passés en zigzag ou en faufil.
Cette suture se pratique à l’aide d’une aiguille et d’un seul fil, dont on arme cet instrument. Elle consiste à traverser de droite à gauche les deux lèvres de la plaie, perpendiculairement à sa longueur, et à l’une de scs extrémités. L’aiguille traverse donc les tissus en débutant par le bord droit, puis, arrivée du côté opposé, les retraverse de nouveau , mais cette fois en sens inverse, c’est-à-dire de gauche à droite, et à quelques millimètres seulement de l’endroit oii elle est sortie, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on ait traversé de la sorte, et successivement de droite à gauche et de gauche à droite, toute l’étendue de la solution de continuité. Nonobstant les avantages que M. Champion trouve à cette espèce de suture, préférable selon lui, quand les
DE MÉDECINE OPERATOIRE.
intestins ont été divisés, à la suture à surjet, parce qu’elle facilite mieux les adhérences de la plaie aux parties avoisinantes, elle n’en est pas moins tombée dans un discrédit complet. Il est à remarquer, en effet , que les avantages qu’on lui attribue de ne pas déchirer aussi aisément les tissus, et de ne pas en causer l’étranglement, ne balancent point , en définitive, l’inconvénient qu’elle offre de tirailler inégalement l’une et l’autre moitié de la division sans en soutenir la face antérieure.
^ YIII. Suture à points continus ou en surjet.
Employée dans l’art vétérinaire , et connue des pelletiers et des tailleurs, elle se pratique à l’aide d’une aiguille que les uns préfèrent droite et les autres courbe. L’instrument, armé d’un seul fil, doit, une fois les bords de la solution de continuité affrontés , les traverser de droite à gauche, et tous les deux en même temps, mais un peu obliquement, et de façon à représenter une espèce de spirale. Une fois les lèvres de la plaie traversées en un point, l’aiguille les traverse de nouveau à 9 ou tO millimètres de la première, et toujours obliquement. Dans le cas où la suture ne paraîlrait pas assez serrée , l’opérateur tire les deux bouts de fil avant de les fixer ; dans le cas conlraire , il étale le pli de la blessure. Il importe de s’assurer, avant d’abandonner le sujet, que les deux lèvres de la plaie se touchent par leur surface, sans toutefois etre trop serrées; il ne reste plus alors qu’à passer chacune des extrémités cousues par un nœud coulant autour de la spirale voisine, puis, quand on veut l’enlever, de couper au niveau de chaque point pour les retirer isolément. On pourrait aussi se borner à enlever le bout supérieur , et à dégager successivement les divers tours de spirale pour l’entraîner ensuite par la partie inférieure.
Les auteurs ont reproché à celte suture de froncer le tissu cutané; mais on conçoit que rien n’est plus facile que de remédier à cet inconvénient. Elle est en général peu employée en chirurgie huma<ne, quoique pourtant on ne puisse contester ses avantages dans les plaies
une ee'daine étendue, et notamment s celles des parties qui comprennent uts organes creux.
§ IX. Suture entortillée.
Autrefois, on se servait pour cette suture d’aiguilles de fer, d’acier, d’or, d’argent, de plomb, etc., de différentes formes; mais de nos jours on leur a substitué des épingles ordinaires qui remplissent tout aussi bien les indications : il suffit seulement de les aiguiser un peu à leur pointe, et de les enduire de cérat et de suif; à la rigueur même il n’est pas nécessaire de se soumettre à ces précautions, si elles ont un degré de finesse convenable.
Pour la pratiquer, l’une des épingles, car il en faut plusieurs, est dirigée à travers les lèvres de la plaie, en ayant soin de toujours la placer à l’endroit où il importe d’obtenir une réunion complète; puis, une anse de fil est immédiatement jetée sur l’épingle de façon à embrasser l’instrument, en passant successivement au-dessous de la pointe et de la tête, et en croisant le devant de la plaie pour favoriser le rapprochement de ses bords.
Un aide s’empare alors des chefs de l’anse du fil, et a soin de les maintenir tendus pendant que l’opérateur procède au placement des autres épingles. Ce placement achevé, le chirurgien applique la partie moyenne d’une longue ligature derrière la dernière épingle, avec laquelle il passe successivement sur chacune d’elles à la manière d’un 8 de chiffre, et de manière à passer également sur les téguments et à maintenir les bords de la réunion en contact. Quelques brins de charpie ou un morceau de diachylum ployé en double sont placés sous les extrémités des aiguilles, afin d’éviter la piqûre des parties sous-jacentes. Quand vient l’époque de la levée de l'appareil, c’est par l’épingle qui supporte le moins de traction qu’il faut commencer; afin de remettre en cas de non réunion suffisante, la sortie des antres épingles aux jours suivants. Un soin non moins important est de soutenir convenablement la lèvre droite avec les doigts de la main gauche , ou avec le bec d'une pince à disséquer, pendant qu’on lire avec l’autre la tète des épingles par des mouvements de rotation et en ligne droite.
§ X. Suture cnchevillce.
Elle se pratique comme celle dite à points séparés, par autant de fils qu’il y a de points de suture : seulement ici les fils sont doubles et conservent une anse à leur extrémité libre. Une fois cbs-
TRAITÉ
cun de ces fils placé de manière que l'extrémité du fil où se trouve l’anse corresponde au bord droit, et l’autre extrémité au côté opposé, l’opérateur engage dans les anses libres les petits rouleaux de diacbylum , de bois ou de toute autre substance dont il fait choix pour soutenir les fils et leur donner un point d’appui; puis il noue, à l’aide d’une simple rosette, les extrémités du côté opposé sur le corps qu’il a jugé convenable de placer entre les deux bouts des fils opposés à l’anse. Il suffit ensuite de serrer assez l'appareil pour maintenir la plaie réunie- — Employée surtout par Ravuton,qui la fixait sur des emplâtres découpés et roulés en cylindre, cette suture offre l’avantage d’exercer une pression égale sur tous les points, et de ne pas déchirer aussi facilement les parties : elle paraît convenir surtout dans les plaies longitudinales des parois abdominales et des membres qui ont une certaine profondeur. Ravaton
la recommandait même dans les plaies transversales; mais on sait qu’il faisait passer les fils à travers chacun des rouleaux ou des cylindres, au lieu de les embrasser en entier.
§ XI. Suture à anse.
Elle consiste, comme celle dite à poinls séparés , à engager autant de fils distincts qu’on veut pratiquer de points de suture; seulement, au lieu de nouer isolément chacun d’eux, comme dans la suture entrecoupée , le chirurgien les rassemble en un faisceau pour les froisser , les tordre et les assujettir ensuite sous forme de queue qu’il assujettit hors de la plaie. — Imaginée par Ledran pour pratiquer une suture intestinale, elle pourrait, en effet , au besoin être mise en usage dans les cas où on aurait l’intention de retenir l’intestin près de la plaie extérieure. Il en sera question ultérieurement.