ART. 111. DE LA BLEPHAROPLASTIE , OU
AUTOPLASTIE PALPEBRALE.
§ Ier. Historique.
Que dirait de nos jours le Cicéron des médecins , s'il voyait chaque jour démentir son axiome : Si nimium palpebrœ deest , nul/a id curatio restituere polest ? Plein de reconnaissance sans doute pour les progrès de l’art, il viendrait assister lui-même aux opérations à l’aide desquelles on restaure les paupières.
Cette opération , du reste , n’est pas aussi récente que l’avaient cru en 1833 quelques chirurgiens de Paris , puisque Græfe l’avait déjà mise en usage en 18 1 6, ainsi que l’indique son traité sur l’art de restaurer les nez fl), et que Dzondi en avait parlé deux ans après (2). Toutefois , il faut bien en convenir , lorsqu’en 1829 Fricke (3) y recourut, au mois de mai, chacun s’émerveilla à la lecture de son mémoire; et nonobstant les deux insuccès de Jüngken (4) , le sort de cette opération n’en fut pas moins favorablement décidé. Aussi, depuis lors, Langenbeck (5) , Rust (6) nlasius (7), Dreyer (8), Staub (9), Pe-
(I) De rhinoplastice sive artc curium nasum ad vivurn restiluendi cornmentatio.
f2) Journal de Ilufeland.
(5) Journal des progrès, 1850, 1. m p. oG.
(4) Archiv. génér. de méd., t. xxvn,
\°r\ u0S0!i "nd lheraP-> p. 488.
W Handbuch der Cbir., 1830, p. 97-
I *denD t. ii, p. 1-21.
9 îhidCrv lnaUS” Viennc’ *830.
(J) Ibid, Vienne, 1831.
DE MÉDECINE OPERATOIRE. \Tf
ters (1), se sont-ils fait un devoir d’en propager les principes, et Aminon et Diefl’enbach se sont-ils empressés de les mettre en pratique. La France n’est pas, du reste, restée en retard à ce sujet; et les travaux de MM. Blandin (2), Jobert (3), Carron du Yillards (4), Robert (5), Velpeau (G), sont là pour attester la part honorable qu’y ont prise nos compatriotes. Gardons-nous surtout d’omettre M. Serre de Montpellier, qui, lui aussi, a eu une part honorable et incontestable dans les progrès de l’art sous ce rapport : témoin la lettre qu’il écrivait naguère à l’Académie royale de médecine de Paris en faveur de la méthode française , et clans laquelle il insistait sur la nécessité de revêtir la surface interne du lambeau avec la conjonctive palpébrale, à l’instar de ce qui se pratique pour la chéiloplastie (7).
En résumé donc, Græfe semblerait devoir etre considéré comme le premier qui ait eu recours à l’opération de la blépharoplastie. Toutefois , n’oublions pas de rappeler, nonobstant le passage suivant : « Ipsi ante lias proximos an- » nos palpebrain inferiorem blepharoph- » thalmitide erysipelatosa in gangræ- » nam abeunte destruclam observavi- « mus, unde haud médiocre ipsi bulbo » periculum imminebat. Morbo prima- » rio quantum fieri poterat sanato, amis- » sam partem restituere conali proxi- » mam genæ cutem, cunctanter quideni » et timide , quod exemplum defuit ,
« prospero ta ni eu successu refleximus. » (De rhinoplastice, sive Arle curium nasum ad vivum restiluendi commenjatio.
Latine, edidit Hecker , fol. 13); n’oubl ions pas , dis-je , de rappeler que mon arm M. Rigaud, dans sa thèse sur Fanaplastie, cite Ledran comme l’auteur auquel il faut rapporter cet honneur.
(Mém. de l'Acad. de chirurgie, t. I in-4o, p. 440.— Rigaud, De l’anaplasüe des lèvres, etc., in. 8°, 1841, p. 160.)
(1) De Blephareplastico. Leips., 1830.
(2) Journ. hebd., t. vin, p. 95.
(5) Gaz. méd., 1835, p. 404.
(4) Guid. prat. des mal. des veux t i, p. 3G4.
(5) Barbier, Thèse de Paris, n<> G,
1 oo7 .
(G) Dici. de méd., art. Paupières, t.
•xxm, p. 273.
(7) Serre, ouv. cité, p. 537.
§ II. Causes qui peuvent donner naissance aux elali morbides de nature à réclamer V opération de la blépharoplastie.
La destruction d’une partie plus ou moins étendue des paupières peut, ou le conçoit, donner lieu à une difformité telle qu’il puisse y. avoir un grand avantage à pratiquer la blépharoplastie ; le raccourcissement des téguments de ces mêmes parties peut produire dans certains cas un résultat analogue ; et il en faut dire autant des divers états morbides qui se rattachent à l’ectropion , à l’entropion et au trichiasis , bien qu’il soit vrai de dire cependant que l’autoplastie oculaire, comme l’autoplastie en général , a surtout pour but de remédier aux déperditions de substance de la peau.
A. Manuel opératoire. — Plusieurs procédés ont été proposés pour restaurer les paupières. Nous allons les décrire et faire connaître en même temps les modifications importantes qui s’y rattachent.
B. Procédé de M. Friche. — On commence d’abord par exciser le tissu des cicatrices qui rendent la paupière difforme , puis on y substitue une plaie régulière. S’il n’y a pas de tissu modulaire, la peau est incisée en travers , afin d’allonger les tissus et de se créer ainsi un espace suffisant pour y rapporter une portion de peau. Reste ensuite à tailler dans les environs un lambeau dont on contournera un des bords et qu’on fixera ensuite, à l’aide d’un nombre suffisant de points de suture , sur la déperdition de substance.
a. A la paupière supérieure, le lambeau sera pris sur la partie antérieure de la tempe , au-dessus de l’extrémité externe du sourcil , et sera détaché de haut en bas, en ayant soin toutefois de lui conserver un large pédicule ; puis on le ramènera par son bord antérieur jusqu’au bord inférieur, tandis qu’on dirigera son bord postérieur, au contraire, vers le bord supérieur.
b. A la paupière inférieure ; c’est sur la face externe de la pommette que sera pris le lambeau , qui sera ensuite ramené , à l’aide du même mécanisme, sur le vide à remplir (1).
(t) Journal du progrès, an 1830, t. m, p. G8. Serre, ouv. cité, p. 373, pi. 29, lig. 1 et 2.