‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 3)Chapitre 257 sur 656 · DE LA RH1NOPLAST1E · texte numérisé non relu

DE LA RH1NOPLAST1E

§ Ier. Historique.

Les opérations d’autoplastie que l’on pratique sur le nez ont pour but nonseulement de corriger les difformités de cet organe, mais encore aussi de contribuer à la conservation et même au rétablissement de l’odorat. On sait avec quelle facilité s’irrite la membrane de Schneider quand cette muqueuse se trouve en rapport avec l’air extérieur par une large surface, et personne n’ignore que la voix elle-même subit, pàr suite de la destruction du nez, des altérations que la rhinoplaslie a seule le droit de corriger. Les voies lacrymales altérées peuvent aussi se trouver singulièrement améliorées par les diverses autoplasties de l'organe de l’odorat :

opérations qui peuvent porter d’ailleurs ou sur le lobule, ou sur la sous cloison, ou sur l’une des parties latérales, ou sur le nez en entier; le tout avec ou sans destruction complète ou incomplète des os carrés et du cartilage de la cloison.

Ces opérations, du reste, ne sont pas nouvelles, puisque Celse mentionne assez longuement un procédé qui s’y rapporte ; procédé que Galien, Soranus et Moschion ont copié. Il est vrai de dire, au reste, que ce n’est pas là une véritable rhinoplaslie, du moins telle qu’on l’entend de nos jours. En tout cas, le passage de Celse était tellement oublié

(1) Traité des mal. des yeux, t. ii, p. 502, obs. 183.

(2) Obs. anat.-cbir.-mcd., edit. altéra.

Roslocliii, 1760. Obs. 4, 5.

en 1442, que, lorsque à cette époque 1 évêque de Toscane Petrus Bonzanus en fit mention dans le t. VIII des Annalesdu inonde, il considéra Brancas, chirurgien de Sicile, comme l’inventeur de la manière de restaurer le nez en empruntant un lambeau au bras. Il ajoute que son fils hérita non-seulement de la découverte du père, mais encore la perfectionna au point de restaurer oreilles et lèvres; et qu’un aulre médecin de Calabre, Vincent Viancus, eut également recours plusieurs fois à cette opération. Les œuvres publiées à cette époque parlent en effet des moyens propres à réparer les nez perdus, ainsique l’attestent les écrits d’André Vesale(i), de Paré (2), de Gourmelin (3) ; surtout d’Alexander Benedetti de Vérone, qui s’exprime ainsi à cet égard : « Carunculam e brachio suo » concisain ad narium formas conseri, » addique trunco naso sæpe visum est.... » nasi enim venulæ cognalæ carunculæ » nutrimeotum præbent, eoque modo » mires novas miro studio componunt, » oraminaque faciunt audaci naluræ in- » genio imperanles — ajoutant un peu » plus loin.... id addimenlum hyemis » violentiam vix suslinet et curationis.. . » nasum ne prehendaut moneo, ne sequa- «tur.... (Alexander Benedict. Prax.

» med., 39.) »

Mais l’historien sans contredit le plus célèbre dans l’art de restaurer les nez, est Gaspardus Tagliacotius, que l’on désigne quelquefois sous les noms de Tagliacozzo, Tagliacozzi, Tagliacot, Tagliaguerso, et dont le traité (4) fut publié quarante-quatre ans après sa mort, qui eut lieu en i 553. — Dans ce traité, GaspardusTagliacotius examine, dans le premier livre et au chapitre 19, les écrits publiés déjà sur le même sujet, et insiste beaucoup sur l’erreur de Vesale et de Paré, qui, l’un et l’autre, croyaient qu’il fallait prendre un lambeau du biceps avec la peau du bras. — Seulement, Gasp, ardus Tagliacotius s’abuse étrangement quand il prétend qu’en agissant de la sorte on s’expose 1° à intéresser les nerfs du bras , 2° à donner lieu à une hémorrhagie difficile à arrêter, 3° à produire

(1) Lib. ni, cap. xix de son grand ouvrage.

(2) Lib. xxiii, cap. u.

(5) Synopsis phirurgiæ, 1566.

(4) De curtorum chirurgia per insitio nem.

nne paralysie, 4° ou même à occasionner la mort (i). Toutefois, nonobstant cette erreur grave, Tagliacolius n’en doit pas moins être considéré comme le véritable fondateur delà méthode italienne, ainsi que nousl’avonsdéjà dit, elles éloges que lui donnèrent, au dire de Halle, Jacques Horstius, Ulmus, Jacques Zenar, Thomas Etienne, puis Munnick, Fabrice d’Acquapendente, etc., etc., indiquent assez le haut degré d’estime dont il jouissait, et suffisent pour justifier la Faculté de Bologne de lui avoir tait élever une statue le représentant avec un nez dans la main.

, Vint ensuite, en 1593, Jean Griffon ae Laasanne; lequel, à en croire Fabrice de Hilden, refit si «admirablement un nez a une jeune fille, qu’il excita l’admiration de tous; ce qui n’empêcha pas cette opération de tomber dans Je discrédit le plus complet, au point, on le sait, que du temps de l’Académie de chirurp-ie, Garengeot fut couvert de ridicule k Loccasion de son nez décollé et réuni. — Pourtant, lorsque Thomas Pennant fit connaître en Angleterre un fait publié en 1794 à Madras, dans un journal, et dans lequel un nez coupé avait été réparé à l’aide d’un lambeau pris sur le Iront, il fut reçu sans méfiance. — Peu de temps après, Crusco et Finley, médecins anglais, ayant été témoins à Bombay d une opération semblable, pratiquée par un chirurgien hindou sur un prisonnier privé de nez par le chef Tippo-Saïb la firent connaître à Londres, où l’on reconnut que ce procédé, connu depuis un temps immémorial chez les brahmes était une de leurs opérations usuelles. — <moi qu il en soit, les praticiens de Lon-

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DE MÉDECINE OPÉRATOIRE. 437

Liston, Green, etc., etc.; en Allemagne enfin, surtout. Beck, et Dieffenbach en Belgique. — Maintenant, est-il vrai que dans certains cas de rhinoplastie la régularité a été assez parfaite pour qu’il fut difficile de reconnaître qu’une opération avait été pratiquée?... Quelquesuns 1 ont affirmé, et d’autres l’ont répété : mais, nousl’avouons, nous croyons peu, pour notre part, à un succès aussi

Jieau- On comprend, du reste, que

la difiormité peut se présenter avec des degrés divers d’altération : tantôt, en effet, l’altération semble porter plus particulièrement sur le lobule, la sous-cloison, ou l’une des parties latérales du nez; tantôt, au contraire, elle envahit le nez en entier. Tantôt aussi Jes os carrés et 1e cartilage de la cloison existent encore, ou, au contraire, toutes ces parties sont détruites. Il est vrai que quelquelois le chapiteau du nez semble détruit, et par le fait, pourtant, il n’y a qu une simple déformation du nez, et alors 1 opération se borne le plus souvent a l’exhaussement.

§ II. De l'exhaussement du enfonce'.

Ce

nez

(i) 'bld-, lib.

L cap. ix.

genre de difformité , quoique moins dégoûtant et moins hideux que la perte du nez, est toutefois d’un aspect des plus désagréables, et donne lieu à une grande gêne de respiration ; aussi

s2?',n tl"e, ceux 9ui en SOl’t atteints so.en jaloux de s’en débarrasser, et de se délivrer en même lemps du g(m

lard que Ja voix acquiert alors, ainsi

bihide 3 pUanteur 1u’,ls exhalent d’ha-

a: étiologie. — Les causes qui y donnent naissance sont, d’après M. Labat les contusions de la face avec fracas et enfoncement de la charpente oiseuse du nez, les destructions partielles pins ou

moins profondes déterminées par le vice

syphilitique, scrofuleux ou cancéreux les brûlures, la carie des os carrés celle de a lame perpendiculaire de l'elhmoïde celle des apophyses montantes des os maxillaires, etc., etc.

Larrerannl ?P*r,aloirc- Procédé de

r,5T-— Quoi quen ait dit M Geis de T l ’èlrT^ de.reprocl*er à Larrey

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neur d’avff T“ Lar^ revienU’hoT die V nu rn p,'emier essuyé ‘le remé-

r a une difformité de la nature de celle

TRAITÉ

dont nous parlons, sur un malade que lui avait envoyé M. Zinc, un de ses dignes compagnons d’Égyple, pour me servir de ses expressions (1). Aussi estce un devoir pour ceux qui tiennent à rendre justice à la chirurgie militaire de ne placer M. Dieffenbach qu’en seconde ligne, à propos de l'exhaussement des os du nez.

c. Procédé de M. Dieffenbach. — Sur une jeune fille chez laquelle il manquait les os propres du nez, le vomer, la plus grande partie de l’apophyse nasale, l’os malaire et les lames de l’ethmoïde, et chez laquelle les téguments du nez étaient repliés dans les fosses nasales et offraient, au lieu de la saillie naturelle de cet organe, un sillon tortueux et irrégulier qui donnait à la figure l’aspect d’une tête de mort, M. Dieffenbach mit en usage le procédé suivant : — La malade étant assise sur une table et le dos nu soutenu par deux coussins, deux incisions furent pratiquées sur les côtés du nez enfoncé et dans toute la longueur, en pénétrant jusqu’aux os, de manière à obtenir une bande de peau isolée et ne tenant plus aux téguments qu’en haut et en bas, et d’une largeur plus grande dans ce dernier sens. — Celle pQrtion fut ensuite partagée en deux à l’aide d’une incision pratiquée sur la ligne médiane, et les incisions latérales continuées inférieurement par deux incisions semilunaires destinées à dégager les ailes du nez de leurs adhérences extérieures. — Les deux lambeaux furent disséqués de bas en haut et dégagés complètement des fosses nasales, où ils s’étaient repliés. — Les os eux-mêmes furent détachés, dans l’étendue de quelques millimètres, des bords limitrophes de la joue, et le tissu ferme et solide de ces parties fit bien augurer du succès de l’opération. — Du reste, les dissections une fois achevées, les bords de l’incision médiane furent rapprochés, après avoir, au préalable, taillé leur lace interne en biseau, afin de les empêcher de se replier de nouveau en dedans; puis, réunis par six points de suture : — huit autres servirent à mettre en contact les lèvres des incisions latérales, dont on tailla également la face interne en biseau, et on obtint ainsi un nez avec une forme naturelle ; seulement, on allongea, pour terminer l’opération, une bande de peau qui restait de

la cloison, qui était trop courte et attirait en dedans la pointe du nez : cet allongement se fit au moyen de deux petites incisions dans la lèvre supérieure. — Le chirurgien plaça ensuite un tuyau de plume, qu’il enveloppa de charpie imprégnée d’huile, dans chaque narine, puis traversa d’un côté à l’autre les téguments disséqués de la joue, à l’aide d’une aiguille longue et mince passée par-dessous le nez nouveau ; aiguille dont la tête était garnie d’un morceau de cuir arrondi, et dont la pointe fut roulée en forme de spirale avec une tenelte. Cette aiguille avait pour but de rapprocher l’une de l’autre les faces latérales du nez avec les bords correspondants des joues, et d’augmenter la saillie de l’organe.

Le nez ainsi reconstruit fut d’abord pâle et froid, aussi s’empressa-l-on de le couvrir de compresses imbibées d’un mélange de vin tiède et d’eau, et le soir la rougeur et la chaleur avaient reparu. Tout alla pour le mieux, puisque dès le troisième jour on enleva la plupart des points de suture; et le dixième, la grande aiguille elle-mèine disparut. — La face interne du nez fut cautérisée ensuite pendant les dix jours qui suivirent, et on eut soin en même temps d'y faire de fréquentes injections d’eau blanche, et l’on fut assez heureux pour la voir se revêtir d’une couche cutanée de nouvelle formation. — La cloison seule , trop étroite, s’était gangrenée le quatrième jour et avait été retranchée avec des ciseaux, et il en fut refait une autre avec une bandelette de téguments empruntée à la lèvre supérieure (1). — Nous le répétons, il faudrait mettre de la mauvaise foi pour ne pas reconnaître l’identité presque complète entre celte opération et celle que Larrey a pratiquée en 1820 sur un sous-ollicier de la légion de l’Aude : ceci soit dit sans diminuer en rien le mérite de M. Dieffenbach, qui, en s’emparant de l’idée de notre illustre chef, l’a rajeunie et popularisée, et a ainsi appris à tous à relever, pour ainsi dire, des nez tout à fait enfoncés, et à corriger d'une manière primitive ou secondaire (2) les déformations de cet organe qui succèdent aux blessures ou aux opérations.

(1) Gazette méd. de Paris, t. i, n° 8, p. 85.

(2) La chirurgie de Dieffenbach, par Phillips.

(1) Clin, chir., t. n, p. 12.

DE MÉDECINE OPERATOIRE.

§ III. De la restauration partielle du lobule des ailes et de la sous-cloison du nez.

de les maintenir à l’aide de quelques points de suture entrecoupée (ij.

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