A. DE LA RESTAURATION DU LOBULE LU NEZ
Les altérations qui nécessitent les opérations dont il est ici question étant sans contredit du nombre de celles qu’on rencontre le plus communément dans la pratique, elles doivent par conséquent fixer surtout l’attention des chirurgiens ; et, chose vraiment remarquable, au dire de M. Serre, pourtant (l) la plupart de ceux qui on t eu à se prononcer sur le choix d’un procédé ont eu recours à d'autres méthodes que la méthode française. Ainsi Delpech, pour restaurer le lobule du nez du nommé tMazet , pratiqua un lambeau au front, d’après la méthode indienne ; et M. DieOènbach, renchérissant sur le chirurgien de Montpellier, en emprunta un au sinciput : afin, dit-il, d’éviter les inconvénients d’une cicatrice large et adhérente sur le front, comme s’il n’eût pas été préférable de prendre un lambeau a côté même de la perte de substance que l’on voulait réparer, ainsi, du reste, que l’a fait d’ailleurs M. Serre pour un ulcère cancéreux qui avait détruit le lobule du nez (2) chez la nommée Marguerite Vidai.
Procédé de M. Serre. — Deux incisions furent pratiquées obliquement de haut en bas, et de dedans en dehors, de manière à circonscrire un espace triangulaire dans le milieu duquel se trouvait l’ulcération, et a enlever non-seulement la totalité du mal, mais encore une portion de peau saine. — Disséquant ensuite de droite et de gauche la portion des tégumenls qui recouvrent le chapiteau du nez, l'opéraleurcherchaàen rapprocher les bords autant que possible et s aperçut alors, d'une part, que les téguments disséqués ne se prêtaient qu’avec peine à 1 allongement et que, de l’autre, la cloison et les cartilages latéraux du nez résistaient trop pour espérer de les recouvrir en entier avec la peau. Aussi M. Serre n’hésita pas à sacrifier une partie de la cloison et des cartilages latéraux, tout en leur conservant leurs proportions respectives. — Dès ce moment il lui devint lacile de rapprocher et même de réunir les bords de la plaie, et
(t) Ouv. cité, p.
t2) Ibid., p. 251
a. Méthode française. — Une série d’incisioiis est d'abord pratiquée de chaque côlé de l’échancrure nasale, et ces incisions en se joignant forment une sorte de triangle tronqué dont la base touche à l’ouverture des narines et le sommet se perd dans la joue ; vient ensuite la dissection de chacun des lambeaux cutanés, que l’on réunit sur la ligne médiane à l'aide de plusieurs points de suture entrecoupée, et on s’estime heureux s’il reste de quoi fournir ensuite un point d’appui aux lambeaux, une portion de lu cloison (2).
b. Méthode i/tdicafie. — Les bords de la plaie nasale une fois avivés, on taille dans la joue correspondante, au niveau de la losse canine, un lambeau ovalaire dont la base est en dehors et le sommet en dedans vers l’aile du nez ; on fait tourner ce lambeau sur son pédicule , puis on l’applique exactement sur les bords avivés de ta perte de substance, où ou le fixe à l’aide de points de suture. — Pendant que la cicatrisation s’opère, un tampon de charpie est introduit dans la narine correspondante, à 1 effet desoutenir la partie nouvellement appliquée, et afin de lui donner une saillie analogue à celle que forme naturellement l'aile du nez (3).
Ct M- Serre a du resle décrit, dans son Traité des difformités de la face, uu procédé qu’il a emprunté à M. Labal, procédé qui se rattache d’ailleurs à la méthode indienne , et dans lequel ou emprunte le lambeau à la peau des joues (4). — • Seulement resle à savoir jusqu a quel point ce que l’on dit sur la valeur de ce procédé peut être considéré comme absolu, surtout pour ce qui a trait à la formation des narines. — Il est à, remarquer, en effet, que tant qu'on s’est borné à introduire de la charpie, des tuyaux de plume, d’ivoire ou tout autre corps étranger dans les narines, pour les tenir béantes, ces oqvertures se sont presque toujours projnplement fermées ;
(1) Serre, ouv. cité, p. 253, ni 18
(2) Idem, ouv. cité, p. 254. F '
(5) Dictionn. de méd. en 25 vol t. xxi , p. 73.
(4) Ouv. cité, p. 255, pl. 21.
TRAITÉ
et ce n’est réellement que depuis qu’on a renversé la peau de manière à former une espèce d’ourlet autour de ces mêmes ouvertures, que les narines ont conservé les dimensions qu’on leur a données primitivement. Il est même étonnant que M. Labat n’ait pas fait mention de cette modification importante, puisque c’est grâce à elle que M. Serre a pu rétablir une narine presque complètement
oblitérée chez le nommé Jeanton (t j.
M. Serre, en effet, a agi, dans ce cas, de manière à garnir les bords en renversant en dedans la peau de la fosse nasale correspondante. — M. Malgaigne, dans la dernière édition de son Manuel de médecine opératoire (2), après avoir rappelé qu'on peut restaurer l’aile du nez avec un lambeau emprunté à la joue ou à la lèvre supérieure, ajoute en même temps que, quand la perte de substance est légère, il est permis d’espérer masquer la difformité en opérant une nouvelle perte de substance, et il rapporte à Dieffenbach le procédé suivant :
d. « Un bistouri est introduit dans la narine du côté où manque l’aile du nez, en longeant avec l’instrument la cloison nasale, et l’on divise de dedans en dehors et longitudinalement la partie moyenne du dos du nez, jusqu’au bord libre de l’os nasal de ce côté. — Gela étant fait, le tranchant du bistouri est appliqué transversalement à la partie supérieure de l’incision, sur la moitié du nez du côté sain , puis on la divise depuis le dos de l’organe jusqu’au point où il se confond avec la joue, en donnant à cette incision une direction un peu oblique en bas et en arrière, à peu près parallèle au bord libre des os du nez. — Le bistouri est ensuite réappliqué à quelques millimètres au-dessous de cette section, de manière à diviser de nouveau cette moitié dans toute son épaisseur, et à emporter, en rejoignant la première section à la base, une branche du nez de la forme d’un coin: disposition dont le but est de donner aux deux moitiés latérales du nez la même longueur, d’où il suit, par conséquent, que l’épaisseur de la branche à enlever sera réglée d’après l’étendue de la perte de substance qui constitue la difformité. — Reste ensuite à mettre les parties eu rapport, .à réunir, par consé-
quent, la partie inférieure de la moitié saine du nez à sa partie supérieure; puis, à mettre également en contact cette moitié latérale ainsi recousue à la moitié lésée. — Cette réunion s’opère à l’aide d’épingles à insectes, qu’on passe d’un bord de la plaie à l’autre comme pour la suture entortillée; mais, en recourbant de chaque côté les extrémités des épingles, on maintient les parties en place, sans qu il soit nécessaire d’avoir recours au fil entortillé. — Les extrémités des épingles sont coupées le plus près pussible des téguments, et les points de suture sont rapprochés d’ailleurs jusqu’à deux ou trois millimètres. — Quant aux résultats, cette méthode diminue nécessairement la longueur du nez et en relève en même temps le bout, de manière à laisser à l’opéré, au lieu d’un nez gros ou aquilin, un nez retroussé ou à la Roxelane: d’où il suit que, si l’organe de l’odorat était déjà retroussé naturellement, il y aurait de la difficulté réelle à exécuter ce procédé ; ce qui aurait lieu également si la perte de substance était telle qu’il fallût diminuer à l’excès la longueur de l’organe de l’olfaction.