‹ Encyclopédie des sciences médicales (volume 3)Chapitre 26 sur 656 · DES SOINS PRÉALABLES · texte numérisé non relu

DES SOINS PRÉALABLES

ART. 1er. — CONTRE-INDICATIONS.

Toutes les fois que l’on court, en opérant, le risque d'une récidive dangereuse, ou d’accidents plus redoutables que le mal primitif, il faut s’abstenir : car il y a contre-indication. Nous nous sommes assez étendu dans les prolégomènes sur ce sujet important, pour que nous nous contentions d’en faire ici simplement mention.

ART. II. — CHOIX DU MOMENT OU IL CONVIENT d’amputer.

Cette question, qui a tant occupé autrefois les membres de l’Académie de chirugie, est résolue de nos jours contradictoirement à la décision de cette célèbre compagnie. Les guerres sanglantes de la république et de l’empire ont mis hors de doute, pour tout praticien sage, les avantages de l'amputation immédiate, et fait triompher les doctrines de Boucher.

[ Attendre en effet comme le voulait Faure, dont le travail pourtant fut cou- . ronné , que les accidents inflammatoires . soient dissipés et que l’état de stupeur, i, qui accompagne d’habitude les blessures , par armes à feu , ait disparu ; c’est faire h courir deux fois des chances de mort au

! blessé, puisque, les craintes qu’inspire la blessure primitive éloignées, on se trouve de nouveau en présence de celles qui naissent de l’opération même. 11 ne peut • n effet y avojr jc dôme fjue p0urics cas

équivoques ; car alors une question nouvelle surgit, celle de la possibilité de la conservation du membre: question capitale pour le blesse et qui justifie l’importance qu’y attachent les praticiens consciencieux, et rend compte parfois aussi des irrésolutions de quelques-uns. Qu’on se garde cependant de se laisser aller à ce qu’offre de spécieux cet aspect nouveau du problème. Les cas, en effet, dans lesquels l’homme de l’art se trouve irrésolu sont bien moins nombreux qu’on le suppose; à l’armée surtout, où les circonstances commandent si souvent à l’homme de l’art le sacrifice de parties dont il aurait pu tenter ailleurs la conservation. Qu’on se représente d’ailleurs , par la pensée, les différents cas qui nécessitent l’amputation , et on verra combien sont peu nombreux ceux où les praticiens diffèrent touchant la nécessité de l’amputation. Ainsi donc, relativementaux avantages et aux inconvénients de l’amputation médiale ou immédiate et nonobstant ce qu’ont écrit, en faveur de la première, Hunier, Percy, Leveillé, Mehée, de La Touche, et plus récemment Somué d’Anvers et Kerst de Hollande; l’opinion de Bouclier, qui la défendit devant l’Académie de chirurgie: l’amputation faite surle-champ, doit prévaloir une fois l’opération reconnue indispensable. En lisant attentivement d’ailleurs les mémoires de ces deux chirurgiens, on ne peut s’empêcher d’être frappé du soin avec lequel ils cherchent l’un cl l’autre à se combattre, quand au fond ils partagent les mêmes principes. Mais l’esprit humain est ainsi fait, qu’une fois en présence d’un contradicteur réel ou supposé, le besoin de preuves nouvelles nous conduit quelquefois à détruire la force de celles qui nous avaient servi à fonder notre premier jugement. C’est ainsi que Faure, après avoir établi six classes de blessures exigeant, suivant lui, l'amputation immédiate, ne s’aperçut pas que quelques-uns des faits qu’il avait cités à l’appui des avantages de l’amputation consécutive, rentraient dans l'une des six catégories qu’il avait établies, et que Boucher à son tour n’hésita pas à invoquer des faits propresà combattre sa doctrine puisqu’il s’agissait de blessures graves réclamant d’après Faure l’amputation immédiate, et suivies néanmoins de guérison nonobstant l’amputation consécutive. Les faits rapportés par Percy , Larrey , Masclet , del Signorc ont démontré surabondamment les avantages qu’il y a à opérer

TRAITE

sur-le-champ. Sur quatre-vingt-douze amputations , l’auteur du Manuel du chirurgien d’armée obtint quatre-vingtsix guérisons a Newbourg; sur quatorze,

M. Larrey en sauva douze; a Aboukir, Masclet guérit les quinze qu’il amputa dans les premières vingt-quatre heures, et perdit les trois qu’il opéra plus lard ; à INavarin , del Signore, sur trente -un amputés sur-le-champ, en conserva trente, tandis qu’il en perdit treize sur les trente-huit opérés dans les douze premiers jours. Enfin les cent amputations pratiquées dans les hôpitaux de Paris à la suite des événements de 1830, ont confirmé cette doctrine aujourd’hui généralement consacrée et non encore adoptée complètement comme le dit sans doute involontairement M. Velpeau (t. n, p. 339).

AliT> 1U. — désignation du lieu ou l’opération doit être pratiquée.

Les amputations ne se pratiquent pas toutes sur le corps des membres ; quelques-unes ont lieu en effet entre les surfaces articulaires elles-mêmes: les premières portent le nom d amputation dans la continuité, les secondes celui d'amputation dans la contiguïté. Quand l’opérateur est obligé d’agir sur un endroit déterminé du membre par suite des lésions qu’a éprouvées ce dernier, on dit alors que l’amputation est pratiquée au Ueu de nécessité : on opère au contraire au lieu d’élection quand l’état des parties permet de porter I instrument sur un point donné et considéré comme préférable à tel autre pour le succès de la guérison. — 11 est vrai qu on ne sautait à cet égard établir rien d absolu , pas même le précepte de s’éloigner autant qu’on le peut du tronc ou de diviser le moins de parties possible, ou de choisir de préférence la partie du membie la plus mince.- — Yeut-on, du reste, une preuve nouvelle de la difficulté d établir des préceptes généraux en pareille matière : qu’on soumette chacun de ceux qui ont été donnés à un examen rigoureux , et l’on verra pour ainsi dire se multiplier les exceptions. Nous pourrions, s’il en était be.-oin, invoquer un grand nombre d’exemples pour justifier cette assertion : contentons-nous de rappeler qu i! a été établi en principe qu’il convenait à la suite des lésions traumatiques d’amputer dans f article ou audessus de cc dernier. Mais depuis.

M. Kerst ayant eu occasion de remarquer que les fêlures remontaient jusqu’au tissu spongieux de l’extrémité articulaire supérieure de l’os brisé, a cru pouvoir conseiller d’amputer immédiateternent au dessus de Ja lésion quand la plaie a été faite de haut en bas, et M. Velpeau paraît disposé à adopter celle opinion. Eh bien! se soumettre aveuglément à cette donnée serait s’exposer à commettre une erreur qui pourrait devenir des plus funestes au malade, et M. Velpeau est un praticien trop prudent pour en donner le conseil formellement.

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