ART. IV. PRÉPARATIFS RELATIFS
a l’amputation.
Il importe, avant de pratiquer l’opération , de s’assurer que les différents objets dont on peut avoir besoin ont été convenablement préparés: ces objets se rapportent au manuel opératoire et au pansement.
§ Ier. Appareil opératoire.
Il se compose de plusieurs couteaux, de bistouris droits et courbes terminés en pointe ou boutonnés , de plusieurs scies , d’une pince incisive , de pinces à disséquer, de ténaculums, d’aiguilles a suture, et de ciseaux courbes et droits.
§ II. Appareil de pansement.
Il sc compose 1° d’une pièce de linge fendue dans son milieu , à deux ou trois chefs, et destinée à soutenir et à relever les chairs pendant lit section des os ; 2° de fils à ligature; 3° de compresses fenêlrées enduites de cérat ou de toute autre substance ; 4° de petites compresses carrées pour isoler et préserver de tout tiraillement les extrémités des ligatures; 5» de bandelettes agglutinntives; G° de plumasseaux de charpie de di verses grandeurs, secs ou enduits de cérut, et d un peu de charpie brute ; 7“ de compresses longuettes; 8° de compresses carrées ou taillées en croix de Malte, pour recouvrir le moignon, et d’une ou de deux bandes dont la longueur doit varier selon 1 amputation ; plus, comme pour toutes, les opérations , de bassins remplis d’eau froide ou tiède , d'éponges fines et mol les. de feu pour chauffer les bandelettes agglutinalives , de vinaigre ou de sels à respirer , et de quelques potion: cordiales pour les administrer au besoin
Les couteaux dont on se sert pour les amputations ont varié singulièrement de forme. — Wisemann, afin de diviser en une fois une grande quantité de parties molles, les avait fait rapprocher des faucilles ; mais Louis en ayant fait voir les inconvénients, cette forme a été abandonnée. Du reste , il faut le dire , la
forme ici a peu d’importance : ceux que nous préférons sont à tranchant un peu convexe , comme le voulait Lassus ; quelques-uns se terminent par une pointe mousse et large ; d’autres ont l’extrémité arrondie; il en est de trèsacérés à la pointe, et qui ont peu de largeur dans le reste de leur étendue : en tout cas convient-il de ne pas faire usage du couteau-scie de M. Weinliol, encore moins du couteau cxciseur de M. Cazenaud , qui , comme on le pratiquait du temps de Botal, ampute le membre d’un seul coup. — La forme donnée à la scie n’a pas moins varié que celle employée pour les couteaux. Ce qu’il importe , c’est que la lame soit suffisamment tendue avant l’opération : son épaisseur du côté des dents devra être plus grande ; il est bien de s’assurer que l’ouvrier lui a donné un chemin assez marqué pour pénétrer facilement, en déjetant chacune de ces dents alternativement à droite et à gauche. En Angleterre, M. Guthrie a proposé de poser ces dents sur deux rangées parallèles , de façon que dans l’une la pointe regarde en avant, et que dans l’autre elle soit dirigée en arrière afin de pénétrer aisément dans les divers mouvements qu’on leur fait subir. — Mais celte modification n’a point été adoptée parmi nous ; on se sert même rarement de la scie dite scie anglaise a cause delà difficulté plus grande qu'on éprouve à en faire usage. — Le choix de cet instrument n’a pas du reste l’importance qu’on voudrait lui donner.
Ce qu’il faut à l’opérateur c’est d’avoir à sa disposition une ou deux lames de rechange, afin de pouvoir changer immédiatement en cas d’accident.
1 § III. Position des aides et du
malade.
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Rien n’est plus important, dans les opérations , que le choix et le placement des aides; aussi un opérateur prudent ne confie-t-il qu’à lui seul le soin «l’assigner a chacun d’eux la place qui leur convient. Celui chargé des soins de la com-
«pcession sérielle doit être doué d’une
Malle.
certaine force musculaire ; quant à celui destiné à relever les chairs, il doit avoir, autant que possible , assisté déjà à plusieurs amputations , sans quoi , plus préoccupé de la crainte de la maladresse de l’opérateur que des divers temps de l'opération , il laissera infailliblement à désirer. Celui enfin auquel est confiée l’extrémité inférieure sera non moins habile pour deviner l’opérateur et lui rendre l’opération plus facile en portant le membre dans différentes directions ou en le maintenant immobile au moment de la section de l’os, de façon à éviter les éclats : viennent ensuite celui chargé de présenter les instruments et ceux destinés à maintenir le malade et à faire face aux éventualités qui peuvent se présenter; mais ici les chirurgiens novices, pourvu qu’ils soient intelligents, peuvent suffire. Quant au malade; dans les hôpitaux, c’est ordinairement dans une salle ad hoc ou à l'amphithéâtre qu’on le place; à cet effet une tableconvcnablement disposée, suivant la taille de l’opérateur, et sur laquelle d’ailleurs ont été mis les matelas et les alèses qu’on a crus nécessaires, s’y trouve assez habituellement. Dans la pratique civile, c’est en général dans la chambre à coucher du malade qu’on place ce dernier, soit sur un lit, soit sur une chaise. Quant à l’opérateur, l’habitude veut qu’il sc mette en dedans pour l’amputation de la jambe et de l’avant-bras ; en dehors pour la cuisse et le bras, et enfin au-devant pour le pied et la main ; mais c’est là pour ainsi dire une contention arbitraire, et nous aurons soin , chemin faisant, d’indiquer la position qu’il lui convient de prendre pour chaque amputation en particulier.
§ IV. Suspension du cours du sang.
Dans les hôpitaux c’est presque toujours aux doigts d’un aide qu’on a recours pour s’opposer efficacement à l’ccoulement du sang ; il est vrai de dire que dans certains cas , ce moyen , eu égard aux mouvements inconsidérés du malade, ou à la maladresse , ou à la faiblesse de celui chargé de comprimer le vaisseau , ne satisfait pas convenablement aux vues de l’opérateur; aussi M. Champion ( Velpeau . t. ii, p. 360) lui préfère-t-il le garrot. Nous ne savons s'il faut attribuer la préférence et l’espèce d’engouement de IM. Champion , pour ce moyen de compression , à ce
TRAITÉ
qu’un jour l’aide auquel il avait confié la compression de l'artère fémorale, s’est trouvé pris d’une syncope, mais nous doutons qu'il trouve beaucoup d’imitateurs ; l’engourdissement du membre que M. Champion regarde comme un avantage, éiant loin d être considéré de la même façon par tous les praticiens. A notre sens donc . c’est aux doigts d’un aide intelligent et instruit qu’il faut confier le soin de suspendre le sang dans la plupart des cas, pendant la durée des opérations.