ET DE LA TRACHÉE-ARTÈRE OU DE LA
BKONCHOPLASTIE.
Les nombreux vaisseaux que l’on rencontre au cou ne sont pas la seule cause qui rende les blessures de cette région si graves.il faut y joindre encore la tendance qu’ont ces dernières à rester fistuleuses alors qu’elles attaquent le canal aérien. Il est vrai que toutes 11e présentent pas le même degré de gravite et qu’il n’y a aucune comparaison à faire entre les plaies de la trachée-artère et celles du cartilage cricoïde et thyroïde , qui en général se cicatrisent assez aisément sous l’influence de la position des bandages et de la suture, et celles qui occupent l’espace ihyro-hyoïdien; la raison en est d’ailleurs tout anatomique. Au-dessous , en effet, de la saillie laryngienne , les parties molles jouissent dans les différents points d’une égale mobilité et la trachée ellemême présente assez de vitalité pour que, au besoin, on puisse avoir recours à la suture, tandis que dans la rainure thyro-hyoïdienne, les parties cessent d’être parallèles aussitôt après avoir été divisées ; l’angle du cartilage tirant en haut et en bas la lèvre inférieure de la solulion de continuité, la lèvre supérieure se trouvant au contraire entraînée en sens opposé, c’est-à-dire en arrière et en haut par l’os hyoïde. La mobilité est telle en effet, dans cette région, que les moyens chirurgicaux sont, pour ainsi dire, impuissants alors qu’il s’agit de maintenir les parties en contact parfait. Que faut-il pour les disjoindre? Le plus léger mouvement du menton. A plus forte raison doit-on en dire autant des mouvements de mastication et de déglutition des matières solides ou liquides, voire même de celle de la salive?
L’épiglotte reste-t-elle au-dessous, les matières qui proviennent de la bouche s’engageront presque nécessairement dans l’ouverture accidentelle; la plaque est- elle au contraire détachée de la glotte, l’air ou les mucosités heurteront contre sa face postéro-inférieure, s’introduiront plus facilement encore dans la P.'e» si maintenant on place d’un •cote la langue, avec tous les éléments
charnus vasculaires qui s’y rapportent, de l’autre le cartilage thyroïde, solide, fixe, et le peu de vascularité de la région, on se rendra aisément compte de la facilité avec laquelle les fistules succèdent aux plaies transversales de cette partie du cou.
Du reste, tous les auteurs, ou du moins un grand nombre, en ont signalé les dangers, ainsi que l’attestent les écrits de Paré (1 ), de Richlee (2), de Bousquet (3), de .1. Bell (4), de notre ancien et illustre chef Larrey (5), et les Mémoires de l’Académie de chirurgie (6), etc., etc. ; malheureusement ici encore nos maîtres se sont bornés à des assertions générales, c’est-à-dire à annoncer qu’il s’y établissait souvent des fistules fort difficiles à guérir, sans s’occuper le moins du monde d’améliorer la thérapeutique qui s’y rattachait, à telle enseigne que Sabatier y a Consacré à peine quelque s lignes et que Roche et Sanson (7) se bornent à les considérer comme incurables. Aussi, quelle que soit l’opinion qu’on se forme sur la valeur du procédé de M. Yélpeau, dont nous parlerons bientôt , la science n’en doit pas moins de reconnaissnce à ce praticien pour s’en être occupé spécialement (8), non, il est vrai, le premier, car déjà, en 1831, Dupuytren (9) avait eu occasion de traiter un individu atteint d’une fistule à cette région et chez lequel, n’ayant pas réussi en disséquant latéralement les lèvres de l’ouverture et en les rapprochant ensuite, il se proposait « d’emprunter aux parties voisines » de quoi boucher la fistule, et ce, avec » un lambeau détaché(lO);» mais ce malade sortit de l’hôpital, et fut dirigé plus tard sur la Pitié, et opéré par M. Velpeau, dont nous allons décrire le procédé.
Procède de M. Velpeau. — L’opérateur taille d’abord un lambeau sur le devant du larynx, lambeau auquel il donne
(t) Amb. Paré, lib. x, chap. xxx, p.
(2) Bibliolli. du Nord, t. 1, p. 167.
fà) Thèse de Paris (ancienne faculté).
(4) Traité des plaies, p. 474.
(5) Clin, chir., t. IV, p. 282.
(G) Ouv. cité, t. iv, p. 429.
(7) Eléments cle palboL, t.v, p. 280.
(8) Ouv. cité, t. 1, p. 682 et suiv.
(9) Lancette française, t. v, p. 240 et
(10) Ibid., t. v, p. 315.
TRAITÉ
plus d’étendue en longueur qu'en largeur; puis, il le renverse de bas en haut, lie lui laisse qu’un pédicule de 9 millimètres, et le roule sur la face cutanée, qui devient ainsi centrale ou interne; il en fait ensuite un cône tronqué ou plutôt il lui donne la forme d’une portion de cylindre qu’il engage perpendiculairement jusqu’au fond de la perforation préalablement rafraîchie ; puis il traverse ensuite le tout avec deux aiguilles longues et termine par la suture entortillée. Peut-être , en agissant ainsi, auraiton à guérir plus tard une fente fistuleuse, ainsi qu’il arriva à M. Velpeau (1), mais l’opération n’en serait pas moins avantageuse pour le malade.
Appréciation. — Les faits relatifs à la bronchoplastie ne sont pas assez nombreux pour qu’il soit permis de se prononcer sur la valeur du procédé que nous vexions de décrire; seulement il est permis de penser qu’on n’obtiendrait aucun résultat favorable de la peau du voisinage, qui, à raison de sa souplesse et de son peu d’épaisseur , ne conviendrait pas pour construire un opercule convenable.
— Les points nombreux de suture auxquels on serait obligé de recourir et la tendance des fluides pharyngo-laryngiens à faire issue à travers la fistule seraient peu favorables à l’agglutination.
Peut-être même vaudrait- il mieux alors recourir au moyen déjà proposé par Larrey (2), qui conseille, pour la guérison de ces fistules , de prolonger en haut et en bas les angles de la plaie, d’en aviver les bords et de les rapprocher ensuite à l’aide du bandage ou de la suture. Peutêtre aussi aurait-on plus de chances de succès en imitant la conduite suivie par Dupuytren, si on rapprochait la plaie de baut en bas au lieu de la réunir latéralement. Il esta remarquer, en effet, que les plis qui existent à la peau de celte région s’opposent considérablement à la réunion de plaies longitudinales, ainsi que nous avons pu nous en assurer sur un certain nombre de blessés arabes, pendant notre séjour en qualité de chirurgien en chef à l'hôpital de Mustapha en Afrique. On sait du reste que la particularité sur laquelle nous insistons est telle aux yeux de M. Malgaigne (3) que
(1) Ouv. cilé, t. i, p. G89.
(2) Clin, chir., t. iv, p. 290.
(5) Anat. chir., 1838, in-8°, t. f. — Ma nuel de rriéd. opér., 1833, p. 499.
ce chirurgien, pour les travaux duquel, on ne l’ignore pas, nous professons la plus grande estime, a adopté 1 ’ incision transversale pour la laryngotomie sousliyoïdienne.
La suture entortillée dans ce cas devrait être alors remplacée par une autre. Quoi qu’il en soit, et pour eu terminer au sujet de la bronchoplastie , nous dirons qu’à nos yeux on assurerait mieux peut-être la réunion des deux lèvres de la plaie en taillant chacune d’elles en biseau ; la supérieure aux dépens de son bord externe, l’inférieure aux dépens de son bord interne : car, bien que le procédé de M. Velpeau, qui n’est, au reste, qu’une application heureuse de celui de Jameson, ait réussi presque entièrement entre les mains de ce chirurgien habile ; nous doutons néanmoins qu’il trouve beaucoup d’imitateurs. En tout cas la science lui doit de la reconnaissance , nous le répétons, pour avoir appelé sur ce point l’attention des praticiens.