PERFORATION DE L’APOPHYSE MASTOIDE
Indiquée par Riolan , celte opération fut pratiquée pour la première fois par Jasser en 1776 , puis tomba dans un tel discrédit qu’il n’en fut plus mention que pour rappeler l’exemple malheureux de Just Berger, médecin du roi de Danemark , qui en fut victime en 179t. Aussi n’en connaissions-nous en France que trois cas : le premier appartenant à Jasser, et suivi de succès; le second, à Arnemann; et le troisième, enfin , relatif à Just Berger , lorsque M. Dezeimeris appela de nouveau l’attention des hommes de l’art sur les avantages qu’elle pouvait présenter , et parvint à changer la disposition d’esprit d’un grand nombre de praticiens en démontrant que celte opération n’a été meurtrière qu’une seule fois , qu’elle était presque toujours innocente, et qu’on avait été assez heureux pour guérir quelques surdités en y ayant recours. En invoquant, du reste, pour faire revivre cette opération , et les notions anatomiques , et certains états morbides de l’organe auditif, et les faits connus jusqu’à ce jour, M. Dezeimeris réduisait nécessairement au silence les praticiens décidés à la proscrire quand niême. Comment nier , en effet , les avantages que peut présenter la térébration de l’apophyse mastoïde , alors qu’on voit une communication établie entre les cellules mastoïdiennes et la caisse tympanique ne donner lieu à aucun accident, ainsi qu’il résulte des faits observés par Vésale , lliolan , qui en avaient posé l’indication ; par Valsalva , qui , donnant des soins à un homme atteint de carie à l'apophyse mastoïde, ne craignit pas de pratiquer
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des injections et vit sortir le liquide parla gorge? Vinrent ensuite Morgagni , puis Murray de Copenhague, Arnemann , Rosenchal , qui mirent celte communication hors de doute au point de vue anatomique; communication, du reste , rendue plus certaine encore par les observations.de Duverncy, de Ileuermann, de J.-L. Petit, de Leschevin , qui ont vu des obstructions, de lu caisse se faire jour par l’apophyse mastoïde.
Anel , d ailleurs , n'g-t-il pas observé une surdité ancienne et opiniâtre g.iér.e par une perforation spontanée de l’apophyse? et il faut en dire autant de Joseph Frank et de M. H. Gérard. Et maintenant que la possibilité de la guérison est démontrée anatomiquement, si nous invoquons les faits, nous voyons que Jasser guérit son malade en trois semaines; que Ivelig et G cellier eurent à se louer, des quatre opérations auxquelles ils eurent recours ; et qu'à la même époque où eut lieu la mort du médecin du roi de Danemark, un malade placé à l’hôpital de Copenhague n’en sollicita pas moins l’opération, qui fut , dit M. Dezeimeris , pratiquée pur Proël , et .qui réussit , du moins d’un côté. Près de trente-deux ans s’écoulèrent ensuite (de 1792. à 1824) sans que personne songeât à pratiquer l’opéralion indiquée par Riolan ; et ce fut M. Weber de Hammelbourg qui y eut recours, et qui fut assez heureux pour guérir son malade en six semaines. IL ne reste en définitive , comme cas malheureux, que le fait rapporté par Iîagstroen de Stockholm et celui relatif à la mort de Jus! Berger ; mais si L’on fait attention que , chez le malade de Hagstroen , la surdité était telle qu'il n’entendait ni le bruit du canon ni celui du tonnerre , et que la trompe d'Eustaclie était tellement bouchée , qu’une injection poussée par l’ouverture de l’opération pénétrait b peine et ne sortait ni par la bouche ni par le nez , on n’en saurait évidemment rien conclure contre la perforation de l’apophyse mastoïde. Malheureusement, il n’en est pas de même pour Just Berger : ici, en effet, il semble, à s'en rapporter à ce qui a été écrit, que le cerveau a été blessé par l’instrument, qui aurait pénétré à 5 lignes de profondeur. Ce qu'il y a de certain, c’est que l’illustre malade mou-
rut le douzième jour ave? tous les accidents d’une affection encéphalique puisqu’on trouva au cerveau et au cervelet , sous l’arachuôïde , une matière gélatineuse et transparente , et une traînée de pus à la base du crâne', au niveau du lobe moyen du cerveau , et sc prolongeant jusqu’à la scissure de Sytvius : aussi , aux yeux de tous , l’opération passe-t-elle pour avoir tué le malade. « Ce qui n’empêche pas, dit M.
Dezeimeris, qu’eu additiounaut les faits, on trouve 1 4 perforations de l’apophyse mastoïde, plusieurs malades ayant été opérés des deux côtés; et sur ces 14 opérations , neuf fois le succès a couronné l'entreprise , deux fois il y eut amélioration et trois fois un résultat négatif, plus le cas malheureux de Berger. » Mais ce n’est pas assez , selon nous, pour justifier une opération aussi grave; et si l'on doit savoir gré b M. Dezeimeris de ses recherches, il esta regretter pourtant qu’il n’ait pas cherché b mieux établir les cas dans lesquels il convient d’avoir recours à cette opération. Rien n’est, eu effet , plus vague que ce qui a été publié sur les causes qui ont nécessité les opérations dont nous avons parlé , excepté peutêtre poar le inabde de Weber , qui était atteint d’un écoulement de pus pair le conduit auditif externe , et chez lequel un abcès commençait h se former sur l’apophyse mastoïde. Il importe de remarquer d'ailleurs que, puisque l’on n’a pour but, en perforant l’apophyse mastoïde, que de porter des injections dans l’oreille , et que l'on possède plusieurs exemples de guérison de surdité accidentelle à la suite d’injections par la trompe ou par le pavillon, il est bien plus naturel de commencer par recourir à ces deux moyens : ce qui réduit , on le voit, la perforation de l’apophyse mastoïde à un rôle extrêmement restreint; et encore conseillons - nous b ceux qui seraient tentés d'y recourir d'imiter Weber, c’est-à-dire de prévenir le malade de la gravité de l’opératioa et de le laisser lui-même la demander. Nous renvoyons, pour ce qui a trait b la perforation des cellules mastoïdiennes , an chapitre où nous avons parlé de la trépanation par rapport aux plaies de tète.